Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Cahier du Crasc N°10, Turath N° 5 2005, 226 pages, ISSN: 112-34-51

 

Présentation

Ce cinquième numéro de Turath rassemble, comme pour les précédents, des études, des matériaux et des documents. Il restitue l’activité de recherche de l’équipe initiale qui s’est scindée depuis septembre 2004 en deux groupes : l’un qui s’investit plus précisément sur la poésie populaire sous la direction de Ahmed Amine Dellaï et le second qui élargit davantage son aire d’intérêt autour de ce qui se rapporte au patrimoine immatériel en Algérie. De ce fait cette équipe s’est étoffée avec l’incorporation de nouveaux chercheurs et a donc considérablement démultiplié ses chantiers de recherche (cf. la présentation de la problématique de l’équipe ici même).

Dans ce numéro nous exposons tout d’abord des données sur le site que nous avons lancé il y a tout juste une année (www.patrimoine-algerien.org) Grâce à ce support nous avons pu faire connaître notre activité au-delà du cercle restreint des chercheurs algériens, mais surtout, cela nous a permis d’établir un véritable échange avec tous ceux qui se préoccupent et s’intéressent au patrimoine culturel en Algérie. Pour cette nouvelle année nous proposons un interface du site en anglais et en arabe qui, nous l’espérons, nous aidera à diffuser un peu plus largement notre travail.

C’est sous le signe de la variété des domaines et des angles d’analyse que se présentent les études de ce numéro. Poésie populaire, conte, cinéma, langue, médecine traditionnelle forment un ensemble assez disparate au premier regard alors que la perspective d’analyse est relativement homogène puisqu’il s’agit de repérer des modalités d’expressions populaires à travers leur dimension socio-anthropologique et esthétique. Certes, les procédures d’analyse divergent sans pour autant entrer en contradiction entre elles. Ici la dominante populaire visée au travers les corpus examinés relève davantage de l’ordre des légitimations discursives et symboliques que de la simple taxinomie sociale. Elle renvoie néanmoins d’une manière centrale ou connexe à la question du genre – le féminin et le masculin (cf. les études de Belgasmia, Fatmi et Miliani) et fait l’objet d’une configuration analytique plus précise au travers de son outil d’expression principal : la langue (cf. l’étude de dialectologie comparée de Benyachou, le questionnaire de dialectologie de Dominique Caubet, tous deux dans la partie en arabe et la question de la traductibilité abordée par Mehadji). Mais on peut considérer que les problématiques formulées esquissent également, même si cela apparaît parfois comme secondaire, des interrogations sur le statut générique des productions culturelles étudiées.

En tout état de cause, les analyses entreprises sont dans leur ensemble axées sur la problématique de la représentation sociale ou du moins des modalités qui la manifestent ou la déterminent. Nous savons que cet aspect dans la culture populaire en Algérie pose à la fois un problème qui touche à l’identification des indices qui qualifient ces représentations dans la production culturelle populaire et à l’interprétation qui en découle. En dehors des aspects d’ordre heuristique et méthodologique que cela suppose, ce questionnement est quelque peu complexifié dans la mesure ou la production culturelle populaire est considérée dans son ensemble d’une manière courante – évidente ? – sous le mode référentiel (ce qui constituerait la tradition, le matériau historique, voire sociologique ou esthétique d’une société).

Nous ne pouvons précisément admettre la pertinence de la problématique des représentations sociales sans rappeler (à titre purement indicatif évidemment) leur surdétermination du point de vue de ce que l’on a appelé l’histoire des mentalités, à l’aune de l’ethnolinguistique et plus globalement dans les sciences sociales.(On retrouve en partie ces préoccupations dans les articles de Benyachou, Belgasmia, Mehadji et Miliani)

Pour les historiens de la culture qui s’interrogent sur cette notion de représentation sociale, l'inflexion principale est à étayer à propos des relations entre formes symboliques et monde social, dans la mesure où « Le groupe n’existe que dans la mesure où il est parole et représentation, c’est-à-dire culture. »[1]. Ainsi pour un historien comme Roger Chartier[2] l’histoire des mentalités a pour objet le collectif, l’automatique, le répétitif. Cette conception s’articule autour d’une dialectique du temps long des mentalités qui résistent au changement et temps court des renonciations brusques ou des mutations rapides de perception et de sensibilité. C’est dans l’écart qui s’insinue entre les productions et leurs réceptions que s’incarnent les représentations qui sont dès lors définies par le fait qu’elles : « incorporent dans les individus, sous forme de schèmes de classement et de jugement, les divisions même du monde social. (…), ces représentations collectives et symboliques trouvent dans l’existence de représentants individuels ou collectifs, concrets ou abstraits, les garants de leur stabilité et de leur continuité. »[3]

D’autre part nous pouvons schématiquement relever du point de vue des théories des sciences sociales[4] que les représentations sociales peuvent être appréhendées au travers de ce que l’on peut considérer comme une structure solidaire composée d’un noyau central et d'éléments périphériques. De ce fait les notions de coopération et de compétition sont à mettre en rapport avec les représentations sociales (Abric, 1988) de même que les unités signifiantes des représentations sociales peuvent être envisagées à travers la notion de thêmata (Moscovici et Vignaux) Ajoutons cependant que pour les ethnométhodologues l’un des postulats est que le langage est le constituant central de tout processus social[5]

Enfin à un niveau plus particulier, l’étude des littératures orales privilégie l’analyse du point de vue de l’ethnolinguistique qui tient compte aussi bien de la forme que du contenu du contexte. Calame Griaule[6], par exemple, considère d’autre part que la littérature orale forme un système qui articule tous les genres entre eux (on ne peut ainsi étudier le conte sans prendre en considération les chansonnettes, les proverbes, les pratiques rituelles, etc.) Les relations entre les différents pôles sont définies à travers des normes ‘règles d’actualisation des textes oraux’ qui peuvent être constituées par des systèmes de règles et d’interdits. Ces normes sont considérées comme extrinsèques par rapport aux codes qui eux fixent les modalités de la performance (système des genres littéraires, formules initiales, alternances de parties chantées ou non, mode d’énonciation, débit).

Pour Bernard Py[7], les représentations sociales existent par le discours et se diffusent dans le tissu social puisque le langage permet de catégoriser : « dénommer, c’est classer et regrouper selon des critères imposés par le système grammatical et les expressions préfabriquées du discours. »

Pour lui les représentations sociales tendent à résister au changement social. Les individus ont tendance à les adapter plutôt qu’à les modifier totalement :  « Cette adaptation se manifeste dans le discours par des procédés tels que la modalisation, la mention ou encore la réduction du domaine d’application. » Il met en relief deux types de représentations sociales : les représentations sociales de référence qui sont souvent décontextualisées  et les représentations sociales d’usage qui sont associées à un contexte pratique ou discursif et mobilisées pour les besoins d’une action particulière. Ces quelques éclairages méthodologiques et théoriques montrent tout l’intérêt d’aborder sous cet angle le champ du patrimoine immatériel.

La particularité des documents que nous présentons tient à leur relative notoriété pour les chercheurs qui s’intéressent à la culture    et à la littérature orale en Algérie. En effet qu’il s’agisse du récit comique recueilli et transcris à la fin du XIXème siècle ou de l’étude de Rouanet sur la musique du Maghreb, ces documents ont longtemps constitué une source essentielle pour l’étude, pour le premier, des usages linguistiques populaires en Algérie ; pour le second, des pratiques musicales en usage à l’aube du XXème siècle.

Enfin, les matériaux recueillis ici prolongent le travail de collecte, en particulier au travers la série d’énigmes et de proverbes présentés et offrent une bibliographie exhaustive des mémoires de magister    et des thèses soutenus à l’Institut de Culture Populaire de l’Université de Tlemcen depuis sa création à ce jour.

Hadj Miliani

 

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[1] Pour une histoire culturelle, coll. L’Univers historique, Paris, Seuil, 1997, s/d. de Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, p.137

[2] Roger Chartier, La nouvelle histoire culturelle existe-t-elle ?, Cahiers du Centre de Recherches Historiques, n°31, avril 2003

[3] Roger Chartier, La nouvelle histoire culturelle existe-t-elle ?,op.cit.p.23

[4] Nous nous sommes principalement appuyé sur l’article de Birgitta Orfali, Les représentations sociales : un concept essentiel et une théorie fondamentale en sciences humaines et sociales, L'Année sociologique, 2000, 50, n°1

[5] Cf. Paul Achard et Paul Wald, Sociologie, langage et interprétation, Langage et société, n°59, mars 1992. Les enjeux de l’ethnométhodologie

[6] Geneviève Calame-Griaule, La recherche du sens en littérature orale, Terrain, n°14, mars 1990

[7] Bernard Py, Pour une approche linguistique des représentations sociales, Langages n°154, juin 2004

 


 

Sommaire

Projet PNR

Introduction

Textes en langue française

I- Etudes :

1.Belgasmia N,
La relation bru/belle-mère à travers la poésie orale féminine chantée

2.Mehadji R,
De l'intraduisibilité à la traduisibilité de termes dialectaux dans les contes oraux algériens

3.Fatmi S,
Médecine traditionnelle et croyances populaires : le cas de la guérisseuse Kabbouche Louiza

3.Miliani H.,
BLEDWOOD ou le cinéma du pauvre en Algérie à l’assaut de la mondialisation

II- Documents

1. Rouanet J. , « La musique arabe » (1922)
2. Delphin G., Récit des aventures de deux étudiants arabe au village nègre d’Oran (1887)
3. Site du « Patrimoine culturel en Algérie »

Textes en langue arabe

دراسات

1-بن يشو ج،
الخصائص الصوتية للهجة ترارة

2-سنوسي ص.
اللغز الشعبي في منطقة القور ضواحي تلمسان -جمع و تصنيف

وثائق:

استبيان "علم اللهجات" لـ "دومينيك كوبي"

مواد:

1. بومديني ب،
أشكال التعبير عند قبيلة بني هديل(تابع)

2.سنوسي ص،
إحصاء مناقشات رسائل الدكتوراه والماجستير بقسم الثقافة الشعبية بتلمسان