Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N°1, 2001, p. 1-2 | Texte intégral


 

 

 

Faouzi ADEL

 

 

La socio-anthropologie n'est pas une nouvelle science. C'est simplement une nouvelle manière de poser les problèmes qui tienne compte des acquis les plus récents de la sociologie, de l'anthropologie et de l'histoire. Elle tient compte aussi de leur imbrication dans la construction de chaque objet de recherche se rapportant aux sciences sociales.

En organisant ces journées d'études, nous ne prétendons pas être exhaustifs, mais nous voulons au moins attirer l'attention sur une façon de faire de la recherche qui, sans renier la tradition, renouvelle le mode de construction des questions et la manière de les résoudre en mobilisant les techniques les plus appropriées.

Tout le monde peut constater aujourd'hui que la recherche académique en sociologie répond plus à un code moral (comment faire selon la norme ?) qu'à une interrogation sur les moyens de résoudre les questions. La méthode est ici plus un carcan qui enserre qu'un moyen pour le chercheur d'exercer une liberté d'esprit et de laisser jouer l'imagination sociologique.

En donnant la parole à des chercheurs, nous voulons montrer que la méthode ne peut pas être l'objet d'un discours dans le vide, mais qu'elle est d'abord et avant tout l'apprentissage continu d'un métier, d'un «art» dans une situation de recherche concrète. L'acquisition de cet art suppose donc de traduire en thèmes précis ou «objets empiriques» sur le terrain des considérations théoriques générales. Dans ce cas, la recherche devient un véritable mode de production scientifique qui doit construire pierre par pierre tout l'édifice problématique se rapportant à une situation particulière en s'aidant de préceptes épistémologiques et méthodologiques.

Cette production ne peut se faire que sur le mode pratique, c'est à dire en énonçant à chaque fois les questions que pose chaque étape de la recherche : conceptualisation, élaboration des hypothèses, construction du questionnaire, de l'entretien, ou de toute autre information de nature à informer sur l'objet et susceptible d'être interprétée.

La construction de l'objet exige un aller et retour constant entre le champ théorique et l'appréhension pratique du problème. Il faut, comme le dit Bourdieu, récuser totalement la division théorie/terrain telle qu'elle est pratiquée dans les travaux de recherche aujourd'hui, parce qu'elle repose sur une fausse perception du rapport qu'il y a entre «théorie» théorique, qui est obtenue par une compilation de connaissances livresques, et l'approche du terrain pensée en dehors de toute construction de l'objet. Le méthodologisme le plus aveugle empêche en particulier de considérer que le choix des techniques les plus fines est en relation étroite avec les choix théoriques et l'élaboration des hypothèses.

L'objet des interventions qui constituent le programme de ces journées porte sur les différentes techniques pour le résoudre. Il ne s'agit pas de dresser un tableau exhaustif de toutes les possibilités mais d'évoquer un savoir-faire (qui n'est pas seulement technique) en rapport avec une pratique de terrain.

Trois thèmes seront abordés :

  • un bilan critique des recherches en magister de sociologie à l'institut de Constantine et d’Annaba ;
  • l’analyse des différentes techniques ou procédés de recherche à travers des enquêtes de terrain ;
  • la mise en perspective de thèmes et de voies de recherche encore peu pratiqués.