Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N° 34, 2018, p. 7-10 | Texte intégral


 

 

Hadj MILIANI

 

 

Cet ouvrage rassemble des études qui mettent en relief différents aspects du patrimoine matériel et immatériel en Algérie. Certains de ces textes sont issus des journées d’études initiées par l’équipe de recherche au CRASC : Patrimoine, Pratiques Culturelles et Artistiques en Mouvement. L’importance des recherches sur ces sujets n’est plus à démontrer du point de vue de leurs apports pour les savoirs scientifiques et académiques. Néanmoins il faut insister tout particulièrement sur leur utilité sociale et citoyenne car elles renforcent le lien social et révèlent les ancrages historiques les plus profonds : « Le patrimoine culturel est le point de ralliement de toutes les communautés, leur critère, leur creuset ou leur rempart »[1] .

Il est de tradition de séparer le domaine du matériel de celui de l’immatériel en matière de recherche sur le patrimoine. En effet, les problématiques liées à la préservation des objets et monuments leurs sont propres et relèvent de dispositifs et de protocoles déterminés. Alors que le champ de l’immatériel recouvre des domaines qui se formalisent principalement par et dans la langue ainsi qu’à l’univers des représentations et des pratiques symboliques qui se transmettent dans le temps. C’est donc à cet ensemble, à cette globalité que l’on définit comme culture que se réfère la problématique du patrimoine matériel et immatériel.

Sans trop entrer dans la multiplicité des définitions, nous reprendrons celle qu’a retenue l’UNESCO dans sa déclaration universelle sur la diversité culturelle du 2 novembre 2001 :

« La culture désigne l’ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social et englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les façons de vivre ensemble, les systèmes de valeur, les traditions et les croyances » (Article 4, §1).

Tout en soulignant les singularités des domaines du matériel et de l’immatériel, cet ouvrage tente de mettre en regard des angles d’approche dont le sous-bassement est commun, celui de donner à comprendre une part de la profondeur et de l’épaisseur historique et d’appréhender des formes d’expression d’imaginaires individuels et collectifs dans leur complexité.

L’éventail des sujets offre un ensemble qui varie de l’objet architectural proprement dit aux dires, qu’ils soient marqueurs d’une territorialité identitaire, expression de performance narrative ainsi qu’aux pratiques artistiques à travers un état institutionnel et géocritique et, enfin, aux rituels à caractère sacré.

La réflexion patrimoniale architecturale se fonde ici sur des approches de terrains qui varient de l’évaluation d’un centre historique dont on mesure la variété des composantes (Farida SEHILI) à la contextualisation historique et culturelle d’une zaouia dont la structure architecturale impose son ‘aura’ spirituelle (Lamia MANSOURI) et au processus de mise en œuvre d’une restauration d’un hammam classé qui témoigne des multiples contraintes que doit prendre en charge une telle opération (Madina FOUKROUN). Ces études qui s’appuient sur des données techniques mettent cependant  l’accent sur la dimension éthique et esthétique des questionnements que soulèvent les différentes actions de réhabilitation et de revalorisation des sites étudiés.

Habiba ALOUI présente pour sa part un exemple de modélisation du patrimoine culturel algérien au travers une cartographie qui identifie sur le territoire algérien les traces matérielles du patrimoine national et un essai de zonage de la production immatérielle. Cette opération expérimentale de numérisation dans un cadre de spatialisation géocentrée des faits culturels en Algérie ouvre de sérieuses perspectives pour l’identification et l’information culturelles.

Le patrimoine immatériel est présenté dans sa dimension linguistique dans deux des études qui ont pour commun dénominateur de faire un état synthétique des sphères qu’elles examinent. Ouardia YERMECHE, après avoir rappelé ce que recouvre le domaine de l’onomastique, retrace l’émergence des premières études en Algérie. Elle présente les retombées à la fois scientifiques, sociales et administratives des études générales et monographiques dans ce domaine. Saliha SENOUCI fait sienne le postulat établi de la place centrale qu’occupe le conte dans la société algérienne dans ses multiples dimensions : linguistiques, imaginaires, sociales et anthropologiques. Elle fait le point sur les recherches entreprises en termes d’études et de collectes sans viser pour autant à l’exhaustivité.

 

Les arts plastiques qui participent de la sphère artistique relèvent à la fois d l’immatériel par leur composante esthétique fondamentale et du matériel par le fait que les œuvres produites sont des objets de conservation et de transmission marchande ou non. Mansour ABROUS nous offre un tableau synoptique de la situation des arts plastiques en Algérie où il présente tout aussi bien une évaluation quantitative des productions et des manifestations que celle des structures institutionnelles liées à cette activité. Il propose ensuite un certain nombre d’actions prioritaires en amont (la formation et la structuration) et en aval (la valorisation et la visibilité).

Sous la forme d’un reportage illustré de photographies, Mohammed KALI plonge au cœur d’un rituel lié à la célébration de Mouloud Ennabawi dans le Sud algérien. Il rend compte, au fil de son propos de la temporalité de cet évènement, de son déploiement spatial et de la polyphonie de ses symboles ainsi que de sa profondeur spirituelle. Cette approche dynamique d’une pratique ancestrale montre assez clairement l’imbrication du matériel et de l’immatériel, du sacré et du profane, de l’individuel et du collectif, du présent et du transcendantal.

Au final, toutes les contributions offrent, même d’un point de vue centré, partiel et non exclusif, un panorama de terrains de recherche riches et encore peu investis. Elles posent néanmoins la problématique centrale de la conservation, de la réhabilitation voire de la restauration pour les biens culturels matériels et enfin de la valorisation des patrimoines dans leur ensemble.

 

 


Note

[1] Melot, M. (2012), Essai sur l’inventaire général du patrimoine culturel, Mirabilia, Paris, Gallimard, p. 203.