Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des cahiers

Les cahiers du Crasc, N° 31, 2014, p. 63-103 | Texte Intégral


 

 

Nadia TABELLOUT

 

 

II.1. L’enquête à Azzeffoun 

Après l’élaboration d’un guide d’entretien,  l’enquête de terrain est réalisée à la commune d’Azzefoun de la wilaya de Tizi-Ouzou.

Nous avons, dans un premier temps pris contact avec certaines jeunes filles que nous connaissons nous même et parfois par le biais de personne intermédiaires. Nous avons alors eu des discussions informelle avec les différentes jeunes filles afin de leur expliquer l’objectif de cet entretien et de les rassurer de la discrétion total et nous sommes engagé à garder l’anonymat. L’ensemble des entretiens ont été réalisés durant la période qui s’étend du mois de juillet jusqu’au mois de décembre de l’année 2011. Nous avons réalisé cinq entretiens, les deux premiers au mois de juillet, le troisième et le quatrième au mois d’octobre et enfin le cinquième  au mois de décembre.

Avant de faire une présentation sociologique de nos enquêtées, il est nécessaire de faire d’abord la présentation de la région concernée par notre enquête de terrain à savoir la commune d’Azzefoun afin de mieux cerner nos enquêtées dans leurs contextes villageois et communal.

 La région d’Azzefoun, petit ville située sur la mer, elle contient un petit port et a connu plusieurs invasions allons de la période phénicienne en passant par la présence arabe jusqu’à la conquête française.

Du temps des romains la région d’Azzefoun se nommait Ruzasus qui est un nom composé de « Rus », le préfixe est d’origine phénicienne qui signifie cap, et de « Azus » qui renvoie au nom d’une grande tribu de la région qui veut dire « Iezuzen ». La région d’Azzefoun est un camp militaire stratégique pour les légions romaines en raison de sa situation géographique. La commune d’azzefoun est construite par le colonisateur français vers  le dernier tiers du 19eme siècle elle fut baptisée Port-Gueydon.

En effet, Azzefoun est une commune maritime d’une superficie de 126,66 Km, elle est bordée au nord par la mer méditerranée et limitée par la commune d’Ait-Chafaa à l’est et à l’ouest par celle d’Iflissen, au sud-ouest par la commune d’Aghribs, au sud-est par Akkerou. La bande littorale de la commune est d’une importance qui s’élève à 20 km. Azzefoun se trouve à l’interface du chef lieu de Tizi-Ouzou puisque elle s’y situe à 70Km et de la wilaya de Bejaia qui s’éloigne de 80 Km. elle est à 150 Km d’Alger, et c’est la route nationale numéro 24 qui les lie (RN 24). D’après des statistiques réalisées en 2008 le nombre de la population a connu une ascension considérable puisque en 1998 la population était de 16027 habitants pour s’élever à 17935 habitants en 2008[1].

L’armature villageoise de la commune d’Azzefoun est composée de 49 villages dont certains villages sont concernés par quelque unes de nos enquêtées à savoir Dahbia et Zahia qui habitent à Ait-Arhouna et Oumadhène le village natal de notre enquêtée Nouara. Quant aux deux autres enquêtées Lynda et Nabila elles résident au chef lieu de la commune d’azzefoun qui abrite 5856 habitant selon les statistiques de 2008.

Tahar Djaout écrit sur la région d’Azeffoun et la qualifie d’une « cité tout à fait terne et démunie à laquelle la mer n’a octroyé aucun de ses dons hormis cette propension au voyage qui projette les hommes non pas vers un quelconque Eldorado mais vers les usines insatiables et les ténébreuses usines houillères où l’on laisse sa vigueur et ses poumons. Les premiers émigrés algériens pour la France sont partis d’ici et de Tigzirt en 1905 »[2]. En effet, jusqu’à la fin des années 1980, Azeffoun n’était qu’une ville qui ne connait pas de développement son seul atout c’est la mer et deux secteurs sont développés à savoir la pêche et le tourisme.

Le port de pêche constitue la première infrastructure qui a vu le jour après l'installation des premiers colons. La commune mixte de Port-Gueydon figurait parmi les plus vastes de la Kabylie du temps de l'administration française. Cependant, après l’indépendance de l’Algérie l’importance du port en question a diminué puisqu’il n’a pas été suffisamment agrandit et reste ainsi un petit port de pêche qui ne peu recevoir que cinq chalutiers. Rappelant, néanmoins que la commune a connu ces dernières années l’ouverture d’une ferme aquacole destinée à l’élevage des poissons.

Le secteur du tourisme connait ces dernières années un essor considérable puisque la commune reçoit des touristes venant de différentes régions de l’Algérie surtout avec l’aménagement du site par les autorités locales. La commune est dotée de magnifiques sites touristiques hormis les différentes plages autorisées à la baignade et « le front de mer » qui a été récemment réalisé, la région recèle des vestiges historiques et archéologiques.

En effet, le village d’Azeffoun appelé communément Taddart uzeffun qui connait la présence de ruines romaines, ces vestiges sont de nos jours visibles et témoignent d'un passé prestigieux : les thermes, les silos à grain, les murs d'enceinte. Un grand nombre d'objets remontent à la surface ici et là au gré des fouilles impromptues entreprises par les habitants autochtones lors de travaux divers : labours, construction de maisons, etc. Faute de sauver ce merveilleux site archéologique par les autorités, c'est sur les ruines de Ruzasus que sera construit le village kabyle de Thaddart Ouzzefoun, il y a de cela quelques siècles. Il n'est pas rare de rencontrer des traces vivaces de la présence romaine en visitant une vieille maison de style kabyle ou une villa en béton.

Cependant, sur le plan économique la commune d’Azzefoun reste à faible potentiel, la « zone d’activité » dont la superficie ne dépasse pas 109m est composée de 75 lots viabilisés. Cette zone industrielle comprend au total trois entreprises opérationnelles qui emploient 160 employés qui se répartissent sur une biscuiterie qui emploie 135 personnes, une minoterie de farine employant 13 personnes et enfin une entreprise de transport qui emploie au total 12 personnes.

 Dans le domaine de l’agriculture l’activité n’est pas très au point puisque sur l’ensemble des terrains agricole dont la superficie s’élève à 3299 h n’est cultivée que 2352 h. la région d’Azzefoun est alimentée en eau potable soit 80% des foyers par deux chaines de distributions la première est celle d’Azzefoun qui provient du captage des nappes phréatique de Sidi Khelifa l’autre est celle de Timizart. Quant au taux d’électrification, il est de 100%, le taux d’assainissement est à 60%[3].

Concernant les secteurs qui touchent la jeunesse comme l’éducation, la formation professionnelle la région semble être bien munie. En effet, en ce qui concerne le secteur de l’éducation la région d’Azzefoun compte treize écoles primaire, trois CEM, deux lycée avec un taux satisfaisant de scolarisation et ce à tous les niveaux : 100% au primaire, 90% au moyen et 70% au secondaire. La région d’Azzefoun comporte aussi un CFPA qui forme des jeunes en différentes spécialité dont la couture et la coiffure. La région possède aussi une maison de jeune, une bibliothèque communale, un stade et une salle de sport.

Quant au secteur de la santé, la région dans ce domaine connait un déficit énorme. En effet, le secteur sanitaire souffre d’une déficience d’infrastructure pour répondre aux besoins de toute la population. La région dénombre un hôpital de vingt huit lits, une polyclinique de huit lits, quatre centres de santé et vingt deux salles de soin. Toutes ces données sont au service de cinq communes qui se répartissent sur une superficie de 384,10 Km pour une population de 81 111 habitants. Toutefois en 2011 la région a connu l’ouverture d’un hôpital plus vaste avec un bloc opératoire et 60 lits avec plusieurs spécialités. Ainsi le déficit se fait moins sentir. Les habitants de la région n’ont plus besoins de se déplacer jusqu’au chef lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou pour voir un spécialiste ou pour une intervention chirurgicale. 

A. Qui sont-elles ?

La première enquêtée est une jeune fille âgée de 23 ans, elle est la cadette d’une famille composée de trois garçons et trois filles. Elle réside au centre ville d’Azzefoun, elle a été scolarisé jusqu’au collège où elle échoue dans l’examen qui lui permet de rejoindre le lycée (BEF). Après cet échec, elle décide de réaliser son rêve d’enfance celui de devenir un jour une coiffeuse. Elle rejoint, donc, sa tante à Alger qui l’introduit dans un institut pour une formation de 18 mois. Deux années plus tard elle revient à sa région natale avec un diplôme de coiffeuse et d’esthéticienne. Dès son retour, elle a été sollicitée par une dame qui possède un salon de coiffure et travaille chez elle pendant cinq années mais avec l’ambition d’avoir un jour son propre salon de coiffure. Au début de ces cinq années son objectif ne cesse de croitre mais par manque de moyen financier elle décide de chercher un deuxième travaille qui lui fera gagner plus d’argent. De ce fait, elle a commencé à travailler dans une usine de fabrication qui se situe à 3Km du centre d’Azzefoun et ce de 14h jusqu’à 21heure. Pour arrivé à concilier entre les deux métiers qu’elle exerçait elle s’est entendu avec la responsable du salon de coiffure de commencer à travailler chez elle jusqu’à 13h. L’accumulation de ces deux métiers lui a permis d’ouvrir un salon de coiffure cinq années après.

La deuxième enquêtée est une jeune fille âgée de 25 ans originaire de la commune d’Ait-Chafaa de la daïra d’Azzefoun. Elle est l’avant dernière d’une fratrie de deux filles et trois garçons dont deux sont des demi-frères. Son intérêt pour les études était tellement minime qu’elle a refusé de refaire son BEF après l’avoir échoué la première fois. Elle décide alors de s’inscrire dans le centre de formation (CFPA) situé au centre de la commune d’Azzefoun pour une formation de 12 mois afin d’obtenir le diplôme de coiffeuse. Après cette formation elle a travaille dans un salon de coiffure.

La troisième enquêtée est une jeune fille âgée de 35 ans, elle est la deuxième d’une fratrie de deux garçons et trois filles, c’est l’ainée des filles, elle habite dans un village nommé Ait-Arhouna de la commune d’Azzefoun. Cette jeune fille n’a jamais été scolarisée suite au refus catégorique de son père. Elle s’est retrouver enclaver dans la maison à faire les taches ménagères. Voulant sortir de cette période monotone, désirant monter son utilité et se faire un peu d’argent ; très jaune elle a exercé plusieurs métiers comme le tricotage des pulls à l’aide d’une machine. Elle a également confectionnait des napperons qu’elle vendait aux jeunes mariés. La période qu’elle a passé à la maison lui a permis d’apprendre très tôt à cuisiner, cet avantage lui a permis de faire un petit commerce en ouvrant un local au centre ville d’Azzefoun ou elle prépare plusieurs plats traditionnelle : couscous, gâteaux, galettes, en gros des plats de cuisines susceptibles de répondre à des besoins de commercialisation   qu’elle vendait aux gens et livrait au magasin, cafés et restaurants. 

Nous nous sommes, par la suite, rapprochées de la sœur de cette dernière enquêtée pour réaliser notre quatrième entretien. Celle-ci est âgée de 31 ans, elle est la cadette de sa famille. Elle a arrêté sa scolarisation au lycée suite à son échec à l’examen de baccalauréat. Avant d’entamer son travaille de vendeuse dans une boutique pour femme elle vendait des napperons qu’elle confectionnait à la maison. Ce métier artisanal l’a poursuivi même pendant qu’elle travaillait comme vendeuse, elle pratiquait pendant qu’elle se retrouvait seule dans la boutique, en l’absence des clients. Après cinq années de travaille comme vendeuse elle décide d’arrêter ce travaille de vendeuse et les napperons pour rejoindre le filet sociale comme adjointe de l’éducation au collège (CEM) et prépare aussi, pendant les week-ends et après le travaille au CEM des plats traditionnelles qu’elle livrait à des magasins.   

Notre cinquième enquêtée est une jaune fille âgée de 35 ans, c’est la cadette de sa famille, elle est originaire d’un village nommé Oumadhene de la commune d’Azzefoun. Elle est née et scolarisée à Alger jusqu’à sa cinquième année primaire où son père décide de revenir au village natal pour travailler refusant à sa fille de poursuivre sa scolarité au village avec l’appui de son grand frère qui était du même avis.

Ayant beaucoup de temps libre après avoir terminé les tâches ménagères, la jaune fille décide d’occuper le temps qui reste de ses journées en apprenant à faire de la couture. Peu à peu elle a appris à coudre essentiellement les robes kabyles. Elle à d’abord commencer à faire ca aux membres de la famille, aux voisins puis sa réputation grandit et commence à avoir des clientes qui venaient de partout. Ne supportant plus l’enfermement dans lequel, elle a été sollicitée par une cousine à elle qui à ouvert un local qui était à la fois atelier de couture et boutique  pour vendre des robes kabyles. La tache de cette jeune fille était d’occuper la boutique, elle faisait donc le métier de vendeuse.

Les entretiens ont été à plusieurs fois écoutés afin de voir s’il y a lieu de compléter par l’observation et la recherche d’informations complémentaires concernant l’environnement immédiat, la famille et le quartier et l’environnement de travail. Une enquête de proximité a été réalisée à cet effet avec l’élaboration de fiches concernant les enquêtées et complétant ainsi  les manques relevés après les entretiens.

B. Comment a-t-on fait l’enquête?

Dans le cadre de cette recherche nous distinguons deux niveaux différents de la collecte des données à savoir la pré-enquête et l’enregistrement des entretiens semi-directifs.

La pré-enquête a été réalisée au mois de mai 2011 mais avant de nous rendre sur les lieux, nous avons d’abord eu des conversations téléphoniques avec deux personnes que nous connaissons. Celles-ci se trouvent sur le lieu de la communauté ciblée par notre travail de recherche à savoir la région d’Azzefoun afin de nous orienter vers certaines personnes susceptible de constituer notre échantillon de recherche. Nos deux contacts connaissent la ville parce qu’elles y sont natives, y travaillent, l’une comme enseignante au CEM et l’autre tient un bureau en prestations de services en informatique, toutes les filles s’y présentent lorsqu’elles préparent leurs dossiers administratifs. Nous leurs avons expliqué notre thème de recherche, l’objectif visé et les critères nécessaires pour le choix des enquêtés.

La première personne nous a parlé d’une enseignante de lycée qui est propriétaire d’une boutique de robes kabyles qui se situe prés de sont bureau. Quant à la seconde personne, elle nous a parlé d’une fille qui travaille actuellement  dans le même CEM qu’elle dans le cadre de l’emploi de jeunes. Une fois le terrain tâtonné et les premiers contacts installés nous nous sommes par la suite rendues sur les lieux pour voir ces deux personnes et à la recherche d’autres enquêtées pouvant cadrer avec les profils recherchés.

En effet, notre premier rendez-vous s’est effectué avec la propriétaire du magasin de robes kabyle dont  l’arrière boutique fait office de petit atelier de couture. Cette dame nous a présentées à une jeune fille couturière qu’elle a embauchée, à la fois, pour coudre les robes kabyles et lui tenir la boutique, elle est donc vendeuse aussi. Par la suite nous nous sommes entretenu de façon informelle avec la jeune fille en question en lui expliquant en quoi consiste notre recherche et autour de quoi va tourner notre entretien et elle a accepté aussitôt.

Le lendemain nous nous sommes rendu au CEM ou travaille la seconde jeune fille, nous étions accompagnées de la deuxième personne qui me sert d’intermédiaire, une fois les présentations faites nous avons procédé à une explication sommaire de notre projet de recherche, la jeune fille a sur le champ accepter de réaliser l’entretien. Exprimant son intérêt à cette thématique, la jeune fille m’a même parlé de sa sœur ainée qui gagne sa vie en vendant des plats traditionnels, et elle nous a promis de lui en parler dans la perspective de la faire participer à notre enquête et réaliser avec elle un entretien.

Compte tenu de la distance qui sépare notre lieu de résidence de la région où nous devons réaliser notre enquête nous étions dans l’obligation de faire plusieurs allers-retours afin de cerner notre échantillon ce qui retardait un peu la réalisation des différents entretiens prévue dès le lancement de notre projet de recherche. En effet, à ce stade de notre pré-enquête nous avons pu obtenir des rendez-vous pour réaliser trois entretiens mais il nous reste encore deux cas d’enquêtées à chercher. A cet effet, deux semaines plus tard nous sommes retournés à Azzefoun, notre lieu d’enquête dans le but de chercher d’autres enquêtées. Cette fois nous n’avons pas fait appel à des personnes intermédiaires, au contraire nous avons effectué plusieurs visites dans des magasins, des ateliers de couture et salons de coiffure sans aucun problème ni difficulté, nous jouissions de cet avantage étant une femme.

Au cours de nos visites nous avons eu à discuter avec une jeune couturière qui possède un petit atelier de couture ou elle y travaille avec ses sœurs. Au départ, elle nous a bien reçus croyant qu’elle avait à faire à une cliente mais dès que nous avons commencé à exposer l’objet de notre présence dans son atelier la jeune couturière en question a immédiatement exprimé son refus avec beaucoup de crainte. Nous avons tenté de la rassurer mais en vain et afin de mettre fin à cette discussion la jeune fille prétendait ignorer complètement de quoi il s’agissait et insistait sur le fait que son cas ne convient pas à notre sujet de recherche.

Nous avons insiste et persisté  pour convaincre la jeune fille en l’a  rassurant de garder l’anonymat de cette entretien. Cependant, cette dernière à commencer à exprimer son énervement de ce fait,  nous avons compris que l’idée d’un entretien avec cette fille est tombé à l’eau nous avons donc quitté l’atelier de couture avec une petite déception.

Par la suite nous nous sommes dirigé vers un autre atelier de couture un peu plus loin, cette fois-ci il s’agit d’une personne que nous connaissons avec qui nous partageons un lien de parenté. La jeune fille en question nous a très bien reçus et nous lui avons expliqué que nous souhaitons nous entretenir avec elle dans le cadre d’un projet de recherche. Dès le départ de la conversation nous avons détecté une petite gêne de la part de la couturière, une gêne qui dissimule un refus. Compte tenu du lien de parenté qui nous lie à cette jeune couturière, elle n’a pas pu exprimer explicitement son refus comme l’avait fait la première couturière.

Nous avons très vite compris qu’elle cherchait un subterfuge pour fuir cette entretien en prétextant qu’elle doit sortir tôt, qu’elle n’avait pas beaucoup de temps à nous consacrer, qu’elle avait beaucoup de travail et que les clientes l’attendent …etc. nous avons aussitôt compris sa réponse et nous n’avons pas insisté en tenant compte du lien d parenté qui nous unit.

Par la suite, nous nous sommes nous même rapproché d’une jeune fille coiffeuse en nous introduisant dans son salon de coiffure. Après une discussion, avec elle, expliquant le but de la recherche elle semblait être d’accord et nous a promis d’en parler à son père pour nous donner son accord définitif. Dans le même salon de coiffure la jeune fille propriétaire à embaucher une autre jeune fille dont le profil cadre parfaitement avec ce que nous recherchons mais hélas par crainte et surtout par timidité, elle a refusé au départ de réaliser cet entretien avec nous.

Elle ne nous a même pas accordé l’occasion de lui expliquer en quoi consiste notre recherche. Néanmoins, la convaincre nous a prévalu  une longue discussion dans laquelle nous l’avions rassuré qu’il n’y a aucun risque de diffusion de cet entretien puisque elle nous a confondu avec une journaliste de la radio ou de la télévision. La jaune fille a fini par accepter de réalisé l’entretien avec elle mais avec beaucoup de réticence.

A travers cette petite expérience nous constatons qu’en dépit du fait que nous avons à faire à des enquêtées du même sexe que nous en l’occurrence des jeunes femmes, la difficulté d’avoir leurs accords et de les convaincre est parfois présente. En effet, au départ de cette recherche nous avons pensé qu’étant une femme la réalisation des entretiens avec les filles serai une tâche très simple. Cependant nous avons omis le fait que nous avons à faire à des filles dont le  niveau d’instruction n’est pas très élevé qui ne leur permet pas de comprendre l’importance d’une recherche.

Après avoir cerné les cinq enquêtées  que nous recherchions, nous avons obtenu des rendez-vous pour la réalisation effective des entretiens. Tous les enregistrements se sont fait de la même manière c’est-à-dire de façon informelle et surtout spontanée. Nous précisons de prime abord que le type des relations qui unissent l’enquêteur et l’enquêtés est caractérisée par une grande liberté. En effet, nous avions usé de tous les moyens afin de mettre à l’aise nos différentes enquêtées essentiellement les plus timides parmi elles.

Ces dernières n’étaient pas soumises à une quelconque contrainte sauf que le sujet de discussion était bien cadrée, la conversation était donc oriente par l’enquêteur en fonction des informations recherchées en tenant compte du guide d’entretien préalablement élaboré pour répondre aux besoins du thème de recherche. Ces enregistrement en question étaient réalisés dans un cadre naturel autrement dit dans différents lieux comme le domicile de l’enquêté, son lieu de travail en l’occurrence le salon de coiffure, l’atelier de couture.

Il est vrai que la réalisation des entretiens ne s’est pas faites à la fois c’est-à-dire à la même période,  les rendez-vous étaient donc dispersés. En effet, les premiers entretiens n’ont pas pu être réalisés qu’un mois après la pré-enquête donc au mois de juillet de l’année 2011. Le premier était avec Dahbia qui prépare les plat traditionnel, nous nous sommes entretenu avec elle dans son lieu de résidence dans un village nommé Ait Arhouna.

Les conditions du déroulement de l’entretien étaient très satisfaisante nous avions à faire à une jeune fille très ouverte d’esprit, entièrement à notre disposition, encourageant les études et la recherche et ce malgré son analphabétisme. Quant au second entretien, nous l’avions réalisé avec la sœur de cette dernière mais pas le même jour puisque elle était prise par le travail qu’elle fait au C.E.M. parce que cette période là coïncidait  avec la fin de l’année scolaire.

Concernant le troisième et le quatrième entretien que nous avons réalisé avec les deux jeunes coiffeuses, nous étions obligé d’attendre la fin de l’été, donc la périodes des fêtes puisque à cette période de l’année toutes les coiffeuses sont dépassées par le travail. Mes deux enquêtées ne pouvaient pas me consacrer un moment pour l’enregistrement des entretiens. Les mois de septembre ou octobre étaient donc les mois ou les coiffeuses peuvent être disponibles mais nous avons opté pour le mois d’octobre de la même année puisque le mois de septembre est la période de la rentrée universitaire et c’est nous qui sommes dépassée par le travail essentiellement les examens et les délibérations.

Lors de l’entretien avec la jeune propriétaire du salon de coiffure les choses se sont très bien passées. La jeune fille en question était ouverte d’esprit, très calme et spontanée donc nous n’avions aucune difficultés. Quant à sa collègue qui a fait preuve de beaucoup de réticences et de timidité nous a donné du fil à retordre puisque au départ elle a exprimé son refus quant à la réalisation d’un éventuel entretien.

Lorsque le mois d’octobre est arrivé nous sommes retournés à Azeffoun pour réaliser ces deux entretiens. Nous avons d’abord commencé par la propriétaire du salon de coiffure qui a facilement accepté de faire cet entretien dès le départ. L’entretien s’est fait avec beaucoup de spontanéité, la jeune fille en question nous a relaté son parcours depuis son enfance jusqu’à l’aboutissement de son projet celui d’ouvrir un salon de coiffure. Quant à la jeune fille qui travaille dans ce même salon nous avions rencontré quelques difficulté à la convaincre d’accepté de réaliser cette entretien et ce après avoir obtenu son accord la première fois qu’on s’est vu au mois de mai passé. Par la suite, après avoir eu son approbation, nous avions rencontré une autre difficulté cette la faire parler.

En effet, au départ dès le début de l’enregistrement elle était muette, elle ne pouvait prononcer aucun mot, par la suite quand nous avons tenté de l’aider en lui posant des questions elle répondait à voix très basse en rigolant et en hochant la tête pour dire oui ou non.       

Quelques minutes plu tard elle a commencé à se détendre et à rentrer dans la conversation. Enfin le dernier entretien n’a pu se faire qu’au mois de décembre parce que nous avons repris les cours à l’université donc il a fallu attendre les vacances de l’hiver pour procéder à ce dernier entretien. La jeune fille en question à essayé d’être très brève, nous avons senti qu’elle avait peur d’avouer certaines réalités qu’il fallait impérativement taire comme par exemple la répression de ses parents notamment son frère. 

II.2. Entre activités lucratives et domestique

Nos enquêtées pratiquent toutes une activité soit la coiffure, la couture, activité culinaire ou bien vendeuse dans un magasin et ce suite à un échec scolaire, ou un abandon volontaire. Le choix d’une telle ou telle activité peut être parfois un souhait caché depuis l’enfance, il peut être aussi imposé mais le plus important c’est l’objectif visé à travers cette activité pratiquée puisque ces jeunes filles en question «  n’imputent pas explicitement leur choix à des considérations matérielles. C’est comme si le contentement était une valeur partagée et un signe de réalisme. L’adolescente ou l’adolescent aspire à un métier garantissant la stabilité et la réussite dans son propre milieu social, et ne demande qu’à fonder une famille, posséder une maison et une voiture, jouir d’une bonne réputation et avoir des relations sociales honorables »[4].

D’ailleurs nous pouvons vérifier cette citation avec un extrait d’entretien d’une de nos enquêtée qui insiste sur le fait que le travail en dehors de la maison notamment la réalisation effective de son projet n’est rien d’autre qu’une façon de s’affirmer avant toute chose particulièrement l’objectif matériel, elle dit à ce propos :

J’ai proposé à mon associée de commencer le travail en préparant seulement quatre galettes kabyle si on arrive à vendre deux dans la journée c’est très bien quant aux deux autre on les mange.

La majorité d’entres elles ont commencé à pratiquer leurs activités respectives à la maison et ce pendant au moins trois ans comme c’était le cas pour Nabila, pour d’autres encore l’attente à la maison pour sortir travailler à l’extérieur était trop longue et pendant ce temps là nos enquêtées à l’exemple de Dahbia et de Nouara ont pratiqué des activités domestiques lucratives.

A. La couture, la coiffure

L’ouverture d’un salon de coiffure a couté à Lynda une attente de cinq années mais en attendant de réaliser ce projet l’enquêtée en question a travaillé dans un salon de coiffure. Le travail dans un salon de coiffure a ses particularités bien distinctes des autres magasins. En effet, un salon de coiffure pour femmes est un espace qui est fréquenté uniquement par les femmes, les hommes n’ont évidemment pas le droit d y accéder. D’ailleurs lorsqu’un homme accompagne sa femme ou sa fille chez une coiffeuse il la dépose et n’attend même pas à coté du salon parce qu’il peut être mal compris par les gens qui y vivent aux environs ou par les passants. Il est donc obligé de revenir pour la récupérer.

Le salon de coiffure se présente différemment à l’extérieur excepté les panneaux qui le désigne et les affiches. Il a la particularité d’avoir la porte souvent fermé sinon à la place la propriétaire pose un rideau pour ne pas percevoir les femmes à l’intérieur. Un salon de coiffure est aussi un espace où se retrouvent les femmes à faire des connaissances entre elles ou a discuter pendant peut être plusieurs heures en attendant leurs tours.

Les sujets qu’elles abordent entre elles sont d’ordre féminin le plus souvent comme la cuisine, les mariages, l’éducation des enfants. Parfois aussi, les sujets abordés peuvent relevés de l’intimité de quelqu’un comme évoquer les problèmes personnels d’une personne. C’est donc un lieu où s’échangent les informations. Mais parfois c’est aussi un lieu où nous assistons à plusieurs malentendus entre les clientes spécialement lorsqu’une d’entre elle est pressée de rentrer à la maison et trouve un prétexte pour passer la première, ce qui rend la propriétaire du salon de coiffure confuse devant ce genre de situation mais aussi dans l’obligation de trancher et n’a d’autres choix que de rejeter la responsabilité aux clientes.

Il peut être aussi un lieu où peut s’exercer un commerce indépendamment de la fonction initiale de ce salon à savoir la coiffure. En effet, certaines propriétaires de salon acceptent de vendre des produits destinés aux femmes proposés par d’autres personnes comme les produits cosmétiques, des vêtements généralement de l’étranger qu’elles exposent sur une table au vu de toutes les clientes. Souvent la coiffeuse ne gagne rien de cette vente c’est juste un service rendu à une proche qu’elle connait. Parfois les coiffeuses font de leur salon un lieu pour la louer les robes de mariée pendant la période des fêtes dans ce cas la propriétaire bénéficie de cette location puisqu’elle l’intègre dans son commerce. 

Notre enquêtée Lynda lorsqu’elle a commencé à concrétiser son projet d’ouverture d’un salon de coiffure son père lui a proposé un local au rez-de-chaussée de leur maison. Cette contribution du père est l’expression d’un contrôle permanent sur sa fille, c’est une façon aussi de garder la jeune fille en sécurité. Les ateliers de couture on presque la même configuration extérieur que celle décrite pour les salons de coiffure sauf que dans les ateliers les femmes ne se réunissent pas pendant longtemps pour discuter généralement leurs discussions sont courtes et avec la couturière et généralement ca porte sur l’objet même de la visite à savoir la couture, par moment il leur arrive de sortir du contenu initial mais pour un court instant.

Les ateliers de couture contrairement aux salons de coiffure peuvent avoir comme client pas seulement les femmes mais les hommes aussi. Cependant ces derniers ne peuvent pas y accéder à l’intérieur à la fois par crainte pour la réputation de la couturière puisque la présence d’un homme à l’intérieur d’un atelier peut susciter des rumeurs et ce malgré les bonnes intentions de l’un et de l’autre et aussi par gène que peut ressentir le client homme dans l’atelier.

En cas de besoin, généralement l’homme envoie une femme chez la couturière qu’elle soit son épouse, sa sœur ou bien sa fille. Il peut aussi se faire accompagner par celle-ci pour pouvoir entrer.  Souvent les hommes s’adressent aux couturières pour des retouches soit pour un ourlai ou retailler un pantalon, une veste ou autre. Ce genre de retouches n’a pas besoins de prendre des mesures du monsieur en d’autres termes de l’approcher physiquement.

Le métier de vendeuse se différencie des autres métiers que nous avons exposés jusqu’à maintenant à savoir la couture et la coiffure. Deux de nos enquêtées Zahia et Nouara travaillent comme vendeuses dans un magasin. La première est vendeuse dans un magasin de vêtements pour femmes qui est un lieu qui est fréquenté aussi bien par les femmes que par les hommes. La jeune fille profite des moments de vide quand il n’y a pas de clients dans la boutique pour pratiquer son autre activité à savoir la confection des napperons.

L’enquêtée Zahia  s’est servi de sont métier de vendeuse pour exposer sont produit et se faire des clientes notamment les jeunes mariées qui venaient justement à la boutique pour leur trousseau elle dit à ce propos :

Le propriétaire de la boutique me fait confiance et m’a laissé vendre ici les napperons que je confectionne en même temps, j’ai donc travaillé pendant plus de cinq ans.

Nouara travaille aussi comme vendeuse dans un magasin de vêtement pour femmes mais sa situation diffère un peu de celle de l’enquêtée Zahia dans la mesure où le magasin en question vend uniquement le produit de l’atelier de couture qui se trouve à l’arrière boutique. La présence de cet atelier procure à la boutique une certaine particularité qui fait que les hommes n’osent pas entrer. D’ailleurs l’enquêtée Nouara passe tout son temps dans l’atelier à coudre et ferme la porte du magasin chose qu’on ne peut pas trouver dans les autres boutiques. Les gens notamment les hommes adoptent vis-à-vis de cette boutique la même attitude que pour un atelier de couture.

B. Les activités domestiques

La majorité de nos enquêtées ont pratiqué au moins une activité à domicile, sachant que pour certaines d’entre elles cette activité est lucrative à l’exemple de Nouara et de Dehbia. Pour d’autres le travail pratiqué à la maison n’était pas rentable puisque les jeunes filles qui le pratiqué n’en faisait pas un travail lucratif à l’exemple de Nabila qui dit avoir appris à faire de la couture et la confection des napperons et les robes kabyles mais juste pour la maison elle ne voulait même pas vendre aux gens elle explique son point de vu dans l’extrait suivant :

Je fais plus la confection des napperons plusieurs filles qui ont vu mon travail m’ont demandé de leur faire quelques napperons mais moi j’ai refusé ça ne m’a jamais intéressé de vendre puisque ce n’est pas ce que je voulais faire pour l’avenir donc tout ce que je confectionner je le laissais à la maison pour les décorations. 

Le début du travail de couture qu’avait pratiqué Nouara s’est fait à la maison et ce pendant plusieurs année avant de le pratiquer dans un atelier à Azzefoun. Le cas de Nouara se présente pour nous avec quelques ambivalences puisqu'elle pratique à la fois la couture et le métier de vendeuse. Deux activités qu’elle a pu concilier et ce en restant dans un même local.

Concernant les activités culinaires que pratiquent les jeunes filles le point de démarrage c’est toujours la maison puisque ce type d’activité se confond avec les tâches ménagères du quotidien notamment la cuisine. Cependant certaines jeunes filles font de ce travail domestique un travail lucratif et désir agrandir leur commerce en ouvrant un local c’est ce qu’a fait notre enquêtée Dahbia.

Elle a commencé à travailler à la maison mais avec l’appui et l’encouragement de sa famille notamment sa sœur et fini par louer un garage à Azeffoun où elle travaille et fini même par y passer la nuit alors qu’au début sortir du village était une tache très difficile pour elle et dit à ce propos « pour descendre à Azeffoun j’avais l’impression que c’était très loin j’étais comme un arbre qu’on déracine pour le transporter ailleurs ».

Les caractéristique d’un local pour activité culinaire ne sont pas très différentes d’un salon de coiffure ou d’un atelier de couture puisque les hommes n’ont pas le droit de s y rendre, c’est un espace réservée exclusivement pour les femmes. La porte du garage est toujours fermée il faut frapper à la porte pour faire ses commissions. Les jeunes filles qui y travaillent font des livraisons à des superettes et c’est Zahia la sœur de l’enquêtée Dahbia qui se charge de livrer les plats préparés.

II.3. Logique de formation et d’aide

A. La formation

Nos cinq enquêtées s’adonnent à des activités domestiques suite à un échec scolaire pour la majorité mais nous avons un cas particulier celui de Dahbia qui a été forcée de rester à la maison et de ne jamais rejoindre l’école et subir la rude mentalité de son père et frère ainé, elle dit à ce propos :

Mon frère et mon père ont un esprit archaïque, ils ont peur que je sorte avec les garçons, il ne le faut pas pour l’honneur.  Tout le monde a tenté de les convaincre les oncles paternelles et maternelles, mon oncle qui est notre voisin d’à coté lui a même dit confie les moi je me débrouille avec elles, je me charge de les prendre à l’école et de les récupérer le soir mais mon père à dit non ce sont mes filles je leur fait ça parce que j’en ai envie.

Nous sommes face à un exemple d’autorité parentale totale, qui ne laisse aucune chance à la concernée que d’accepter sa situation à partir de laquelle, elle doit trouver une issue pour compenser son analphabétisme et s’affirmer à travers notamment la diversification des activités domestiques tel que la couture, le tricotage, le gardiennage de brebis et surtout la préparation des plats traditionnels.

De ces activités, les unes ont nécessité un véritable apprentissage plus ou moins conscient lorsqu’il s’est agit de la couture ou du tricotage et d’autres relèvent plus du travail domestique premier, qui est de l’ordre du naturel pouvons nous dire. L’apprentissage de la couture et du tricotage est le fait de la sœur dans ce présent cas comme l’intéressée l’exprime clairement dans l’extrait suivant:

Ma sœur m’a appris le tricotage des pulls et la couture. Elle m’a d’abord appris la couture, elle coud au gens des jupes pas des robes kabyles mais des jupes et moi je l’aidais je faisais les ourlais et quand il y a une couture à défaire je le faisais. Je faisais donc au départ toutes les retouches puis elle m’a montré et je faisais la couture simple.

Quant à la cuisine, on ne peut parler, de prime abord, d’un apprentissage destiné à une production susceptible d’être marchandée puisque toutes les filles arrivée à un certains âge commencent à apprendre à faire la cuisine et c’est donc généralement la mère, la tante et parfois la grande sœur qui est à l’origine de cette apprentissage.  Ca relève, donc, d’un fait naturel lié à la socialisation Dahbia dit à ce propos :

Ma grand-mère m’a initié à l’apprentissage de tout ce qui à trait au plat traditionnels tel que le couscous, berkoukes, les beignets et galettes kabyles.

Quelques années plus tard Dahbia, à l’âge adulte, complète son apprentissage culinaire avec l’arrivée à la maison de la femme de son frère qui vient d’Alger. Cette dernière apporte son savoir culinaire et par là nous entendons une variété de plats que préparent les algérois notamment une sorte de pates appelée « rechta » pour laquelle ils sont spécialisée et qu’ils préparent à l’occasion d’une fête religieuse pour célébrer la naissance du prophète Mohammed. La belle sœur transmet son savoir à Dehbia qui la prépare avec beaucoup de succès et l’intègre dans sa longue liste de plats traditionnels qu’elle prépare à la vente et elle l’explique dans ce qui suit :

Lorsque la femme de mon frère est venu vivre avec nous à l’occasion de leur mariage, elle est venu d’Alger et tu sais que les algérois savent préparer la cuisine, elle nous a appris beaucoup de plat, la préparation des gâteaux c’est elle qui m’a appris a préparer rechta.

L’enquêtée Dahbia ne s’est pas contenté d’apprendre à tricoter, faire la couture ou bien la cuisine, nous pouvons dire de cette enquêtée qu’elle est autodidacte. Son amour et sa grande envie d’apprendre et d’aller à l’école l’ont poussés à s’initier peu à peu au savoir et elle a choisi d’apprendre le calcul elle dit à ce propos :

Lorsque mon plus jeune frère Mohand est entré à l’école je restais avec lui quant il révisé et j’ai appris le calcul parce que je suis du genre à apprendre facilement et je sais que les calculs me serviront dans l’avenir plus qu’autres choses.

Nouara a subit pratiquement le même sort sauf que cette dernière a eu la chance de connaitre l’école jusqu’à sa cinquième année primaire et le fait de quitter la capitale pour s’installer au village a joué contre sa chance elle dit à ce propos :

On est venu d’Alger pour s’installer ici au village puisque mon père a trouvé du travail ici, on pensait qu’on allait poursuivre nos études au village mais mon grand frère a refusé après on est restées à la maison.

Les jeunes filles en général et particulièrement celle qui ont connu un abandon scolaire ne peuvent pas échapper à l’autorité masculine les obligeant à rester à la maison pour se réduire aux tâches ménagères du quotidien. Par ailleurs la monotonie les a quelque part poussées à innover à travers différents apprentissages dont elles sont le plus souvent les instigatrices comme le témoigne cette enquêtée :

J’ai commence à la maison à faire des napperons j’ai appris toute seule puisque tu ne peux pas trouver quelqu’un pour t’apprendre à le faire.

Parfois nos enquêtées ont reçu une formation informelle qui s’effectue au sein de l’entourage familial, voisinage et parfois même à la maison à l’occasion de l’arrivé d’une étrangère de loin et généralement d’une grande ville comme Alger ou les femmes sont beaucoup plus émancipées jouissant de l’avantage de faire une formation institutionnelle. Cette dernière devient membre de la famille, s’intègre au sein du village et n’a d’autre choix que de partager avec les autres filles la monotonie et deviennent ainsi solidaire pour casser la routine et sortir du lot :

Après j’ai arrêté les napperons avec l’arrivée de la femme de mon frère d’Alger qui a un diplôme de couture de prêt-à-porter et petit à petit on a appris avec ma sœur, grâce à elle, à confectionner des robes kabyles.

Sa belle sœur, qui a grandi à Alger, apporte son savoir-faire et enseigne aux filles tout ce qu’elle connait du moins l’essentiel. 

B. Le Travail

Les jeunes filles qui restent à la maison accomplissent au quotidien des tâches ménagères. D’après les statistiques les « femmes aux foyers (des 15 /24 ans) sont l’écrasante majorité (1,6 million). Ce sont les filles qui n’ont jamais connu les banc de l’école, qui ont été éjectées ou a qui la volonté paternelle ou fraternelle a interdit la poursuite des études ou de l’activité professionnelle » [5]. Cette citation regroupe les différents cas de nos enquêtées. Ces jeunes filles n’ont d’autre choix que de se consacrer aux tâches ménagères mais parfois ces tâches revêtent un caractère qui leur permet  de devenir une source de revenu pour celle qui la pratique. Les avis restent partagés quant au statut à accorder au travail que pratiquent les jeunes filles à la maison. De part son caractère monnayant, l’activité peut être considérée comme un travail mais le fait qu’il soit pratiqué à la maison lui octroi un statut ambigu puisqu’il se confond avec les tâches ménagères de la maison. En effet, « le problème de l’occupation de la femme dans le secteur de l’artisanat est difficile à saisir par son aspect complémentaire aux activités ménagères »[6].

Restons toujours sur cette question et prenant la définition que propose l’Office National des Statistiques concernant le travail de la femme à la maison: « le travail à domicile regroupe une grande diversité d’activités : des activités traditionnelles, en ce sens qu’elle constituent le prolongement d’un savoir faire domestique et culturel : préparation culinaire, travaux de broderie, de tapisserie, etc. et des activité nouvelles liées au travail domestique : cours de couture, garde d’enfants ou non liée à un travail domestique : travaux de dactylographie réparation à domicile, etc… » [7].

Plusieurs activités sont citées dans cette définition mais nos enquêtées sont concernées essentiellement par les préparations culinaire et la couture. Quelle est le statut que nous pouvons accorder à nos jeunes enquêtées telle Dahbia et Nouara qui pratique à la maison les activités que nous venons de citer, un travail qui demande de l’effort mais qui n’est pas officiellement reconnu donc la qualification du travail à domicile manque de rigueur.

Certains considèrent les activités pratiquées à la maison comme un travail artisanal traditionnel. Oui en effet, ce sont les jeunes filles aux foyers qui tentent de préserver l’héritage culturel mais elles travaillent toujours dans l’ombre puisqu’elles restent dans le cadre de l’informel « si nous avons tenu à inscrire l’artisanat traditionnel dans le cadre du travail informel, c’est pour bien démontrer la marginalisation des femmes actives dans ce secteur et les conséquences qui en découlent. Car l’artisanat traditionnel regroupe un grand nombre de métiers qui ne ressortent pas à travers les statistiques » [8]

La solidarité féminine est omniprésente pour les trajectoires de toutes nos enquêtées. Toutefois, dans le cas de Dehbia nous assistant à un cas frappant de solidarité masculine qui apparait à travers les aides que celle-ci a reçues de son père. En effet, ce dernier l’a aidé à fructifier son savoir faire artisanal en lui achetant une machine à coudre la laine. Cependant, les premières activités lucratives de Dahbia ont commencé à l’âge de 16 ans quand elle a appris à tricoter des pulls à la main. Elle avait quelques commandes des femmes du village mais ayant atteint l’âge de 18 ans elle débute son premier petit commerce avec la machine à coudre en confectionnant des pulls en laines surtout qu’à cette époque la ils étaient très à la mode donc la demande était abondante :

Au départ je tricotais à la main des pulls aux gens.  J’aidais un peu à la maison puis mon père m’a acheter une machine à tricoter j’ai travaillé à un moment donné j’envoyer même à Sétif pour vendre, mais au bout d’un certain temps j’ai perdu la volonté de tricoter et j’ai arrêté.

Au bout de quelques années de travail environ cinq ou six ans, l’enquêtée était obligée de mettre fin à cette activité puisque vers la fin des années 90 la mode des pulls avec le modèle « Jaccard » a commencé à disparaitre et de ce fait le produit ne se vendait plus et elle épuise ainsi sa seul source d’argent. En effet, l’activité domestique lorsqu’elle devient lucrative généralement ne peut pas le rester pour toute la vie. Ce genre d’activité connait toujours une fin ou bien des ruptures à causes de différents obstacles et événements qui surviennent. Parfois la rupture se fait parce que la jeune fille est tout simplement fatiguée de pratiquer cette activité et souhaite faire une petite pause ou passer à autre chose  parfois aussi d’autres opportunités se présentent.

 En effet, le cas de Nouara est très expressif à ce propos puisqu’elle a commencé à confectionner des napperons elle dit qu’elle gagnait beaucoup d’argent puisqu’elle avait des clientes essentiellement les mariée. Mais avec l’arrivée de sa belle sœur qui est titulaire d’un diplôme de couture elle arrête sa première activité pour passer à une autre qui consiste à faire des robes kabyles et qui est justement  plus importante puisqu’elle  lui permet de gagner plus d’argent.

Revenant au cas de Dehbia qui a arrêté de tricoter qui met donc fin à une source d’argent mais son père qui était à l’origine de son analphabétisme regrette de ne l’avoir pas laissé aller à l’école tente donc de se racheter auprès de sa fille. Cette fois ci il achète une brebis qu’il offre à sa fille qui décide d’en faire un capital. Elle l’a confié à sa sœur et cette dernière se charge de la nourrir et elles partageaient les gains ensemble. Elle a fait la même chose  avec son père jusqu’au jour ou il fallait vendre :

Mon père ma offert une brebis dont il s’en occupe lui-même mais quand il vend ses petits l’argent c’est moi qui le garde. Avec cet argent je me suis dit que je pourrais en faire quelque chose  comme ouvrir un local dans l’avenir.

C. Formation institutionnelle

Nous sommes face à deux cas d’enquêtées tout à fait à l’opposé des deux premiers c’est-à-dire ceux de Dahbia et Nouara. En effet, le cas de Lynda et celui de Nabila diffèrent dans la mesure où ces deux jeunes filles ont eu toutes les possibilités d’avoir  un parcours scolaire prometteur malgré l’échec qu’elles ont connu en passant l’examen du BEM. Cependant elles ont choisi de se frayer un chemin parmi les coiffeuses Lynda explique son point de vu dans l’extrait suivant :

J’ai fait mes études jusqu’au niveau 9eme année et quand j’ai échoué j’ai arrêté mes études, je n’ai pas voulu refaire mon examen de BEM parce que je n’aime pas me casser la tête pour les études. J’adore la coiffure maman me raconte que depuis que j’étais toute petite mon père me ramenait des poupées de France que je coiffais en leur coupant les cheveux et les maquillant.

Le refus de poursuivre les études malgré l’insistance de ses parents n’est rien d’autres que l’expression de sa grande volonté de réaliser son rêve d’enfance  puisque elle a choisi cette activité là en effet, « Certains choix sont l’expression d’un souhait, et reflètent le prestige de certaines professions ainsi que le rang social conféré par les études supérieures, quelle que soit la spécialité »[9]. Sans tarder elle rejoint sa tante à Alger pour s’inscrire dans un institut de coiffure et d’esthétique. La formation professionnelle était donc la seule possibilité qui s’offrait à nos deux jeunes enquêtées après l’abandon scolaire qui n’est rien d’autre qu’une volonté.  En effet,  « les centres de formation professionnelle et d’apprentissage, sont les passages obligés pour les jeunes exclus du système scolaire. Toutefois, cette activité est isolée eu égard aux problèmes d’insertion, de concrétisation, de sensibilisation et de pratiques sociales »[10].

Elle quitte sa région natale et opte pour une formation payante ailleurs. Dans ses propos elle ne cesse de justifier son choix de cet institut par rapport à la formation gratuite dispensée au CFPA d’Azzefoun et dit à ce propos :

J’ai fait ma formation à Alger puisque je sais qu’ici ils n’ont pas de bon moyen pour apprendre, on n’a pas de bonne coiffeuse ici à Azzefoun ils ne forment pas bien les coiffeuses ; après j’ai voulu partir à Alger pour ramener du nouveau ici à Azzefoun. À Alger c’est bien surtout la façon d’enseigner, la classe théorique est à part rapport à la classe pratique en plus ce n’est pas les même enseignante pas comme ici à Azzefoun de plus ils ne font de dessin ici.

Cette jeune fille désir se distinguer des autres jeunes coiffeuses qui sont former à Azzefoun. Elle ne cesse de faire la comparaison entre la formation à Azzefoun et celle dispensée à Alger et ce à tout point de vue à commencer par la durée de la formation allons vers les différents modules assurés. A travers cette comparaison l’enquêtée Lynda tente de mettre en valeur ce qu’elle a appris et par la même occasion sa formation par rapport aux autres filles ou coiffeuses de la région.

Nabila, une autre enquêtée qui a arrêté ses études après un échec au BEM, elle refuse de refaire cet examen et reste à la maison pendant trois ou quatre années. Pendant ce temps la elle apprenait avec sa sœur à faire de la couture et à confectionner des napperons tout en gardant au fond d’elle le souhait de devenir un jour une coiffeuse. C’est vrai que cette jeune fille réside au centre de la ville d’azzefoun, elle était proche du centre de formation, elle pouvait donc facilement y accéder néanmoins elle n y habite que depuis peu donc elle ne connait pas la mentalité des gens de cette région et elle a peur de s’aventurer.

 Comme elle n’avait personne pour l’accompagner que ce soit dans la formation proprement dite et dans le trajet jusqu’au CFPA elle a préféré rester à la maison jusqu’au jour où son amie lui propose l’idée d’aller au centre pour se renseigner :

Justement un jour j’ai rencontré une copine à moi avec qui j’ai fais mes études au CEM on était en train de discuter après elle me dit qu’est ce que tu dis si on va faire un stage de coiffure au centre, après je lui ai dit je te jure que moi aussi je souhaite mais il y a personne avec qui partir parce que j’ai hésité un peu.

Les jeunes filles ont toutes besoins d’un accompagnateur que ce soit dans la réalisation d’un projet ou dans la formation. Cette idée apparait nettement chez nos deux enquêtées Lynda et Nabila qui ne peuvent pas sortir toutes seules pour allez au centre. Elles sont toutes les deux accompagnées par quelqu’un et généralement des filles Lynda dit à ce propos :  

Le matin je sors avec mes cousine elles font une formation à coté du centre ou je fais ma formation et l’après midi on rentre ensemble et c’est ainsi jusqu’au dernier jour de ma formation.

D. Le recours ou non à l’aide de l’Etat

Sur l’ensemble de nos enquêtées nous dénombrons une seulement qui a sollicité l’aide de l’Etat pour la réalisation de son projet d’avenir. Quant aux autres elles ont préféré se débrouiller autrement. En effet, Lynda qui jouit de certains avantages matériels comme la possession d’un garage, qui est bien aménagé pour un salon de coiffure et qui constitue d’ailleurs un don de son père, se voit débarrasser d’un lourd fardeau celui de chercher un local à louer chose qui peut lui couter énormément d’argents.

 Elle a préféré travailler dur pour pouvoir épargner de l’argent afin de concrétiser son objectif d’ouvrir un salon de coiffure. Par rapport à  la question qui porte sur l’aide de l’Etat notamment un dossier pour l’ANSEJ l’enquêtée préfère éviter :

Je voulais faire un dossier pour l’ANSEJ mais il y a trop de piston et puis je n’ai pas envi de m’encombrer avec des dettes de  l’Etat déjà comme ça j’ai des dettes mais pour des gens de l’entourage.

Dahbia, quant à elle, ne voulait pas recourir à l’ANSEJ puisqu’elle a peur de ne pas pouvoir rembourser la somme totale et puis de toute façon son activité ne nécessite pas une grosse somme d’argent  puisque elles ont tout ramené de la maison :

On n’a pas acheté le matériel on a tout ramené de la maison. Mon associée a ramener sa part et moi la mienne. Elle a ramené un fourneau, une bouteille à gaz. Moi j’ai pris de la maison les tamis, les récipients en plastique.

Par contre elle a sollicité l’aide de l’état pour faire un petit crédit de quarante mille dinars une somme qu’elle dit pouvoir facilement rembourser ». 

Toutefois la contribution de l’Etat était une chose inévitable pour Dahbia puisque elle a pu bénéficier d’une petite somme d’argent soit quarante mille dinars. Elle accepter de recourir à ce type d’aide parce que sa situation l’a obligée dans la mesure où elle en avait besoin pour la location. En effet, le type d’activité qu’elle pratique nécessite l’achat de la matière première à savoir la farine, la semoule, l’huile et plusieurs autres ingrédients. En plus  le propriétaire du garage qu’elles avaient loué avec son associée avait demandé une avance de plusieurs  mois. De plus une telle somme, d’après notre enquêtée, est facile à rembourser même en cas ou le projet échoue quelqu’un de la famille peut l’aider à s’acquitter de sa dette envers l’Etat.

Nabila qui débute son métier de coiffeuse, travaille dans un salon de coiffure mais garde au fond d’elle le souhait de réaliser un jour un projet. La seule issue qui s’offre à elle pour concrétiser son souhait c’est bien le recours à l’aide de l’Etat puisque l’ouverture d’un salon de coiffure nécessite beaucoup d’argent pour l’achat du matériel adéquat qui est cher et le payement de la location d’un garage. Elle compte donc faire un dossier pour l’ANSEJ, mais pour arriver à cette étape l’enquêtée Nabila doit attendre un peut le temps d’économiser de l’argent pour au moins les différents déplacements que va lui causer cette démarche. Cependant à présent Nabila doit d’abord perfectionner  son métier.

Nouara par contre nous informe lors de l’entretien qu’elle a entamé la procédure pour solliciter l’ANSEJ cependant son cas est un particulier. En effet, étant presque analphabète en quittant les bancs de l’école très tôt, la claustration de la maison ne la pas aidé à avoir l’esprit aventureux pour aller se renseigner et être aux fait de toutes les démarches à suivre pour constituer un dossier pour l’ANSEJ.

La situation de l’enquêtée en question l’a poussé à accepter la proposition de sa cousine et de lui faire confiance d’autant plus que c’est elle qui l’a sortie de l’enfermement d’avant. La cousine en question désir agrandir l’atelier dont elle est propriétaire de ce fait elle a besoin de recourir à l’ANSEJ cependant sa situation ne lui permet pas de le faire en son nom puisqu’elle est enseignante. Elle recourt donc à notre enquêtée Nouara pour utiliser son nom, elle constitue donc le dossier  pour l’ANSEJ au nom de Nouara et cette dernière accepte aussitôt et nous explique sont point de vu par rapport à cette situation :

Elle voulait constituer le dossier en mon nom mais au départ elle avait peur que je n’accepte pas mais moi je lui ai dit fait le l’essentiel c’est qu’ils nous donnent du matériel pour que tu travaille ».

L’enquêtée Nouara a une dette envers sa cousine pour plusieurs raison entre autre sa générosité puisqu’elle l’a ramenée à Azeffoun pour travailler comme vendeuse avec un petit salaire, elle ramène aussi ses commande de couture à son atelier pour les confectionner sans avoir à payer l’électricité. Nouara accepte le projet de l’ASEJ à la fois parce qu’elles se sont redevable envers la cousine en question mais aussi par ambition puisqu’elle espère avoir la possibilité de réaliser un plus grand projet.

II.4.  La réalisation

A. Aboutissement des projets

Le passage d’une activité domestique à une activité lucrative est le résultat d’un besoin qui s’est exprimé nouvellement du fait que le salariat féminin a commencé à prendre une importance qu’on ne pourrait pas rendre statistiquement ici mais qui est suffisamment visible.

En effet, on n’est pas dans une communauté villageoise où les femmes se consacrent exclusivement au travail culinaire et que les hommes au travail salarié. L’enquêté, étant résidente dans un village, a pensé produire des biens culinaires destinés au marché à Azeffoun, un chef lieu qui a vu ces  dernières années l’importance du travail salariale féminin. Au moins une femme par maison travail à l’extérieur, d’où un besoin de plus en plus important des plats dits traditionnels,  compte tenu de cette nouvelle réalité notre enquêtée y réponds par sa production c’est ainsi, disait-elle :

L’année dernière j’ai commencé à réfléchir, je me disais que j’ai un métier que j’utilise à la maison pour l’entourage mais en contre partie j’ai seulement un merci. Après je sortais je voyais que ce que d’autres filles préparent se vendais très bien. Ma sœur ma parlé ensuite de certaines jeunes filles du village ou elle habite qui ont ouvert un local et vendent tous les plats traditionnels après l’idée m’ai venu et je me suis dit pourquoi pas moi surtout qu’à Azzefoun il n’y a pas ce genre de commerce mais pas au village chez nous puisque toutes les femmes savent préparer ce genre de plat.

Les prémices d’un éventuel projet ont débuté en voulant imiter des jeunes filles d’une région voisine appelée Tigzirt qui ont très bien réussi leur commerce.  La volonté et l’ambition d’entamer une petite entreprise ne manquent pas à notre enquêtée d’autant plus qu’elle eu l’encouragement de sa mère puisque c’est elle qui a verbalisé le souhait qui est resté tacite encore jusque là. La mère à fait preuve de solidarité, une solidarité qui s’exprime à travers une contribution financière que l’enquêtée explique dans ce qui suit :

Un jour ma mère m’a dit pourquoi tu n’ouvres pas toi aussi un garage comme les filles du village d’Iflissen, je vais t’aider dans ce projet car j’ai un peu d’argent chez moi que tu peux utiliser.

Cependant lorsqu’une jeune fille est habituée à rester enfermée à la maison sous le contrôle permanent du père, du frère ou de l’oncle elle fait toujours preuve de prudence et de vigilance surtout lorsqu’elle commence à avoir un peu de liberté qui lui permet de sortir du village. La peur du contrôle social la rattrape même avec l’évolution des mentalités qui s’opère au fil des années. En effet, notre enquêtée ne pouvait pas s’aventurer toute seule  pour sortir du village et réaliser un projet loin de la maison au chef lieu de la commune d’Azzefoun malgré l’appui de sa jeune sœur qui a proposé de s’occuper de toutes les démarches comme par exemple trouver un local., s’entendre avec le propriétaire pour le payement, s’arranger  pour trouver des clients pour acheter les produits préparés.

 Cette situation l’a poussée à vouloir trouver une accompagnatrice pour faire aboutir ce projet. Elle pense donc à une jeune fille, dont le profil est très proche du sien, une jeune fille qui est plus âgée qu’elle de deux ans, dont les parents lui ont interdit d’aller à l’école. C’est donc une fille qui peut l’a accompagnée dans le malheur de leur enfance.  L’enquêtée Dahbia fini par contacter cette fille à la fois pour s’associer et pour la sortir de la vie monotone. Elle nous explique comment elle a procédé :

Il y a une jeune fille comme moi elle n’a jamais été à l’école on est très amies comme des sœurs elle est d’ailleurs de ma famille, je lui ai proposé qu’on s’associe, elle a  un peu d’argent  qu’elle a mis de côté et elle a accepté.

Les deux jeunes filles s’accorde à réaliser ce projet en comptant sur la sœur de Dahbia nommée Zahia, qui est une de nos enquêtées, qui travaille comme vendeuse dans un magasin de vêtements pour femmes. Son travail lui a permis d’être en contact permanent avec les gens aussi bien les hommes que les femmes. La nature de son travail lui a permis d’avoir un esprit ouvert et n’hésite pas à discuter avec les gens pour demander une quelconque information ou aide par rapport au projet qu’elle entreprend pour sa sœur. Ce qui lui a permis de trouver un local à louer dans un endroit fréquentable et respectable à un prix abordable. Le travail de vendeuse lui a, par la suite, permis de tisser un réseau de clientèle pour vendre tout ce que produit sa sœur Dahbia et son associée dans le garage.

A présent revenant un peu sur le cas de Lynda dont l’aboutissement du projet d’ouverture d’un salon de coiffure a connu le déploiement de plusieurs efforts. En effet, l’enquêtée a dû accumuler deux activités pour pouvoir économiser de l’argent. Elle travaillait donc dans un salon de coiffure pendant plusieurs années en même temps dans une usine de fabrication, dans l’extrait qui suit elle explique comment elle s’en est prise :

Je travaillais tous les jours dans le salon de coiffure mais un jour j’ai entendu qu’il y a une usine de fabrication des biscuits à Azzefoun. J’ai voulu y travailler puisque la coiffeuse ne me paie pas suffisamment, mon père a parlé à quelqu’un qui m’a introduite. Je me suis retrouvée entrain de travailler la matinée à partir de six  heures du matin jusqu’à treize heures dans le salon de coiffure et l’après midi à l’usine de quatorze heures jusqu’à vingt et une heure.

L’aide du père de l’enquêtée apparait énormément dans ce projet puisque c’est lui qui a pu lui débrouiller ce deuxième travaille qu’elle exerce à l’usine comme elle l’a expliqué d’ailleurs dans l’extrait précédent. L’idée de pratiquer deux ou plusieurs activités en vue de concrétiser un projet on la retrouve chez nos deux enquêtées qui ont fini par réaliser leur rêve. En effet, ces jeunes filles « vivent cet emploi comme une étape provisoire, un moment difficile à passer dans l’espérance de faire fortune ou de trouver une meilleurs situation »[11].

Comme c’est le cas pour notre enquêtée Lynda qui a fait preuve de plusieurs sacrifices notamment celui d’une jeunes fille qui aimerait dépensait l’argent qu’elle gagne pour s’offrir des vêtements, des chaussures et des bijoux néanmoins notre enquêtée Lynda nous explique dans l’extrait suivant son ardeur quant à la réalisation de son rêve d’enfance celui d’avoir un salon de coiffure :

J’ai travaillé à l’usine pendant presque cinq ans. J’ai économisé de l’argent, je n’achetais rien. Depuis longtemps j’ai voulu réalisé ce projet de salon de coiffure. J’ai mis de côté l’argent du salon et celui de l’usine jusqu’au jour ou j’ai obtenu une bonne somme, bien sur mon père m’a énormément aidé avec de l’argent et le garage.

B. Travail salarial

Toutes  nos enquêtées ont fini par connaitre un travail salarial. Certaines sont directement passées du travail domestique non  lucratif à un travail salarial. D’autres, au contraire, ont d’abord pratiqué plusieurs activités domestiques lucratives pour passer au salaire proprement dit. Prenant à titre d’exemple le cas de Nouara qui a pu pendant des années ramasser de l’argent en restant à la maison en confectionnant des robes kabyles à des clientes qui viennent soit du village natal ou des environs. A un moment donné de sa vie elle était fatiguée de rester à la maison et de subir l’autorité de son frère et de sa mère et dès qu’elle a eu une proposition elle n’a pas pu refuser. En effet, elle a sauté sur la première occasion qui s’est présentée pour la faire sortir du village et de la monotonie dans laquelle elle était pour voir la lumière du jour et se sentir un peu libre et émancipée, elle dit à ce propos :

Elle est venu chez nous Samia, c’est ma cousine éloignée, elle m’a proposé qu’on fasse la couture ensemble,  elle m’a proposé de lui garder son magasin, moi je savais qu’elle fait la couture avec deux de ses sœurs et que moi je garderai la boutique seulement.

Cependant pour arriver à ce stade là, notre enquêtée est passé par plusieurs difficultés de la part de sa famille notamment sa mère qui a continué à s’opposer à ce que sa fille sorte ou travaille à l’extérieur de la maison. Lorsque l’occasion de travailler dans un atelier s’est présentée à Nouara la mère a immédiatement affiché son opposition toutefois, cette fois ci, la jeune fille n’a pas cédé à cette opposition elle explique dans l’extrait suivant comment elle a s’est imposée :

 J’ai dit à ma mère que je vais accepter la proposition de Samia, mon frère qui s’est toujours opposé à toutes mes volontés est maintenant loin il travail au sud il saura seulement que je travail et puis c’est tout. Quant aux autres ils ont accepté et ils se sont tus, ils ont vu que j’ai grandit ca fait longtemps que je suis restée à la maison.

Elle passe du travail domestique à un travail qui lui permet à la fois de gagner un salaire fixe en travaillant comme vendeuse dans un magasin de robe kabyle et de poursuivre son travail de couturière en faisant des retouches au clients de cette boutique. La cousine en question lui a offert la possibilité de ramener son travail pour le faire dans son atelier sans avoir à payer l’électricité.

Dehbia quant à elle, est restée longtemps à la maison, elle a pratiqué dès son jeune âge plusieurs activités lucratives mais ce n’est que tardivement qu’elle a décidé de réaliser un petit commerce pour avoir un revenu régulier et plus important. Elle s’associe avec son amie et ouvre un garage où elles préparent toutes les deux des plats traditionnels qu’elles vendent sur place et livrent aussi des commandes à certains magasins.

Nous constatons à travers la lecture de nos entretiens que certaines de nos enquêtées n’ont jamais connu ce que c’est un travail domestique susceptible de leur apporter de l’argent. Elles sont directement passées au salaire soit après une formation institutionnelle ou directement après un échec scolaire. En effet, les cas de Lynda et de Nabila sont très expressifs à ce propos puisque après avoir abandonné l’école les deux jeunes filles, coiffeuses de formation, ont directement rejoint les salons de coiffure pour commencé le travail. Lynda l’explique dans ce qui suit :

J’étais fatiguée de travailler à Alger je suis rentrée chez moi, après il y a une coiffeuse ici à Azzefoun qui a su que j’ai fait une formation à Alger après elle m’a contacté pour que je travaille chez. Elle m’a fait un petit test et aussitôt j’ai été retenu. 

Zahia au contraire,  après avoir connu plusieurs échecs à l’épreuve du baccalauréat décide de faire une formation en comptabilité mais le monde du chômage la rattrape pour n’avoir d’autres choix que d’opter pour un travail qui ne cadre pas avec sa formation initiale. De ce fait, elle intègre le monde du travail comme vendeuse dans un magasin de vêtements pour femme où elle passe cinq années de travail avec un salaire de trois mille dinars au départ mais au bout de deux ans de travail son employeur l’augmente à cinq mille dinars. En même temps, il lui a autorisé à vendre des napperons qu’elle confectionnait ce qui lui permettait de gagner de l’argent en plus de son salaire :

Quand je n’ai pas trouvé de travail dans le domaine de la comptabilité j’étais obligé de travailler ailleurs et j’ai trouvé ce boulot de vendeuse, le patron me fait confiance et ma arranger parce que je vends mes napperons ici dans cette boutique.

C. Effets sur soi : quelles retombées sociales ?

Toutes nos enquêtées ont pratiqué différentes activités certaines ont débuté à la maison avant d’aller vers l’extérieur pour exercer un travail, d’autres ont dû d’abord rester à la maison travailler à partir de leur domicile pour enfin trouver une place que ce soit pour travailler dans un magasin d’habillement comme vendeuse, salon de coiffure ou bien couturière dans un atelier de couture. Toutefois, seules deux des enquêtées ont réussit à concrétiser leurs souhaits à travers la réalisation d’un projet qui est vécu comme l’expression d’une affirmation de soi.

En effet, Lynda et Dahbia ont pu se faire une affaire. La première enquêtée, à savoir Lynda, a ouvert un salon de coiffure après une longue attente et le déploiement de longs efforts. L’idée d’ouvrir un salon de coiffure n’est pas effrayante dans la mesure où la clientèle est assurée puisque les femmes et les  jeunes filles vont chez les coiffeuses régulièrement parfois certaines chaque semaine, la demande est donc toujours présente. Quant au garage qu’a ouvert Dahbia spécialement pour la préparation des plats traditionnels l’idée était très intéressante et garantit à la concernée une réussite et un gain d’argent puisque la région manque de ce genre d’activité.   

La situation de toutes nos jeunes enquêtées a changé et ce à différents niveau que ce soit matériel ou symbolique. Le fait d’avoir réalisé un projet n’est pas vécu de la même manière que ce soit pour Dahbia que pour Lynda. En effet, notre première enquêtée a vécu une longue période d’enfermement à la maison, elle a subit la répression de son père et de son frère mais arrivée à un âge adulte il y a eu l’aval de son tuteur pour aller à la recherche d’un épanouissement et d’une émancipation. Quant à Lynda qui n’a pas subit le même sort que la précédente ne vit pas cette réalisation de projet de la même façon. En effet, pour Lynda le projet est un moyen pour avoir son autonomie financière et se faire plus d’argent.

Concernant les enquêtées qui n’ont pas réalisé un projet, à l’exemple de Nabila, Nouara et Zahia, ces jeunes femmes demeurent optimiste pour aboutir un jour à cette finalité. Toutefois,  en attendant la réalisation de cet objectif les jeunes en question ont tout fait pour s’affirmer et exister dans cette société surtout celles qui ont vécu l’oppression des parents comme Nouara qui a connu la même trajectoire que Dahbia. Pourtant leur savoir artisanal conjugué à leur bonne volonté leur ont permis de s’en sortir dans cette multitudes d’opposition et de refus. 

Comme nous travaillons sur des jeunes célibataires d’une tranche d’âge bien déterminée à savoir 24 à 37 ans, le projet matrimonial est une de leurs préoccupations majeures à côtés du projet matériel et l’idée de se faire de l’argent. Toutefois vivre dans une société qui regorge d’interdits et de tabous n’est pas une chose facile, afin de préserver sa réputation chaque jeune fille est tenue de faire très attention au moindre petit geste ou mot prononcé pour cela le mariage demeure pour elles une protection à long terme. Le souhait de se trouver un mari est un des facteurs latent qui a poussé nos jeunes enquêtées, notamment les plus enfermées à la maison et les plus âgées d’entre elles, à sortir pour être vu et connu par les autres. Sortir est un moyen pour elles de connaitre et se faire connaitre, êtes vues par quelqu’un ou présentées à quelqu’un.

Conclusion 

Notre projet de recherche a porté sur les jeunes filles de la décennie deux mille (2000), des filles qui ont connu une rupture scolaire suite à un échec, un refus du tuteur que ce soit le père ou le frère ou bien même à un abandon volontaire. Notre échantillon de recherche est composé donc de cinq filles dont la tranche d’âge varie entre 16 à 37 ans qui ont toutes tenté de se débrouiller dans la vie, se faire une situation et s’affirmer. Pour arriver à cette fin nos enquêtées ont toutes déployé des stratégies qui parfois se recoupent mais d’autres fois elles sont complètement différentes les unes par rapport aux autres

Nos jeunes enquêtées pratiquent au moins une activité parfois il y en a qui pratique deux ou même trois. Nous avons donc deux coiffeuses, une jeune fille qui est spécialisée dans les activités culinaires, une autre jeune fille est à la fois couturière et vendeuse dans un magasin et enfin la dernière enquêtée elle est vendeuse dans une boutique d’habillement pour femmes.

Certaines des enquêtées ont pu faire une formation institutionnelle à l’exemple de Lynda et de Nabila, cependant d’autres n’ont pas eu cette chance là puisqu’elles sont victimes d’une mentalité archaïque et ancienne qui les a obligée à rester enfermé à la maison et ce pendant des années comme c’était le cas pour Dehbia et Nouara. En effet, l’enquêtée Dehbia n’a jamais été à l’école suite au refus catégorique de son père. Quant à Nouara, elle à pu être scolarisée à Alger pendant ses cinq premières années de l’école primaire mais en quittant Alger pour vivre au village son père et son frère lui ont interdit de reprendre l’école au village redoutant ainsi la mentalité villageoise.

Par  contre, notre cinquième enquêtée Zahia a pu poursuivre ses études jusqu’en terminale mais l’échec répétitif du baccalauréat lui a fait perdre l’espoir d’être titulaire d’un diplôme universitaire ce qui la obligée à faire une formation en comptabilité. Toutefois le chômage la rattrape et soit obligé de travailler comme vendeuse dans une boutique de vêtements pour femmes.

Quelque unes de nos enquêtées ont eu la possibilité de choisir telle ou telle activité, un choix qui remonte à un rêve d’enfance. D’autres jeunes filles, au contraire, n’avaient pas à choisir une quelconque activité, le choix s’est imposé de lui-même. Elles optent donc pour une activité traditionnelle telle la préparation des plats traditionnels ou bien la couture notamment les robes kabyles. Les jeunes filles qui restent à la maison sont la pour préserver les traditions en conservant un grand nombre de métiers qu’elles peuvent pratiquer étant au foyer[12].

Arrêtons-nous un peu sur les tâches qu’accomplissent ces jeunes filles à la maison, quel statut faut-il leur concéder surtout lorsque les activités qu’elles pratiquent deviennent lucratives. Le travail que pratiquent les jeunes filles à domicile est considéré comme informel puisqu’« elles ne sont qu’une main-d’œuvre de remplacement, de substitution exécutant les travaux dépréciés et invisibles, parce que dilués dans les taches quotidiennes qui ont l’aspect d’une seconde nature des femmes »[13].

 Le statut de la jeune fille travailleuse à la maison n’est donc pas considéré, les jeunes filles actives restent toujours marginalisées mais en dépit de cette marginalisation elles réussissent à se faire un peu d’argent et éviter de tendre la main au père ou bien au frère en cas de besoin. En effet, certaines activités que les jeunes filles pratiquent à la maison sont au début un apprentissage, elles relèvent plus des tâches ménagères, mais une fois cet apprentissage est confirmé elles en font un travail lucratif.

L’apprentissage auquel se livrent nos enquêtées à domicile se fait parfois de façon spontanée, en ce sens que la jeune fille en question n’a pas solliciter une autre personne à savoir la voisine, la tante ou la cousine pour lui apprendre une activité particulière. C’est justement le cas de Dahbia, analphabète qu’elle est, a réussi à faire fonctionner une machine à tricoter toute seule et ce après plusieurs tentatives et en se servant seulement des dessins qu’il y avait sur le manuel qui accompagne la machine. Comme c’était le cas aussi pour l’enquêtée Nouara qui a réussi à apprendre toute seule à confectionner des napperons en restant à la maison. Elle ne pouvait pas demander l’aide de quelqu’un d’autre puisque elle ne sortait jamais cette enfermement l’a poussé à réfléchir et à trouver un moyen pour s’occuper.

D’autres fois les jeunes filles dans le processus d’apprentissage, recourent à l’aide d’une autre personne lorsque le besoin se fait sentir. Nous avons remarqué à travers nos différents entretiens que cette personne est généralement extérieure à leur environnement villageois. Souvent c’est une personne qui a vécu dans une grande ville en l’occurrence Alger, une personne qui a évolué dans un environnement différent du leur loin de l’hostilité du village, où le droit d’apprendre et de s’épanouir n’est pas contesté. La femme algéroise apporte des nouveautés au village les jeunes filles sont fascinées et se livrent pleinement à de nouveaux apprentissages.

 Nous avons constaté à travers la lecture de nos entretiens que la quasi-totalité de nos enquêtées recherchent toutes de la compagnie lorsqu’elles décident d’entreprendre une démarche quelconque. En effet,  nous avons observé ce phénomène auprès des jeunes filles qui décide de faire une formation, elles sont toujours à la recherche d’une personne pour les accompagner dans le trajet et parfois même durant le déroulement de la formation. Nous avons aussi remarqué que les jeunes filles qui désir entamer un projet cherchent quelqu’un pour les accompagner comme un associer par exemple.

A travers la lecture de nos entretiens nous avons constaté que le phénomène de solidarité est omniprésent chez nos différentes enquêtées. Cette solidarité est souvent féminine, elle apparait à travers les aides auxquels fait preuve que ce soit la sœur, la mère, la grand-mère, la tante, la cousine…etc. En effet, dans le cas de Dehbia, la solidarité de la sœur se manifeste lorsque celle-ci apprend à sa sœur à tricoter des pulls en laine, à faire de la couture, celle de la grand-mère apparait à deux reprise lorsqu’elle essaie de convaincre le père de notre enquêtée Dehbia de la laisser entrer à l’école, puis elle apparait aussi lorsqu’elle initie Dehbia à la préparation de différents plats notamment les plats traditionnels.

La mère aussi se montre dans la majorité des cas solidaire  avec ses enfants notamment les filles comme c’était le cas pour Dehbia. La solidarité de la mère de notre enquêtée était à la fois morale est matérielle puisqu’elle l’a encouragé à ouvrir un petit commerce et l’a aidé financièrement pour réaliser ce projet. Dans le cas de Nouara la mère désolidarisé avec sa fille. En effet, elle s’est opposé catégoriquement à un éventuel acte susceptible d’épanouir sa fille. Elle s’est toujours montrée complices avec le frère qui interdisait à notre enquêtée d’aller à l’école puis de sortir et d’aller travailler. Cette opposition de la mère peut s’expliquer par la peur qui la honte de ce qui peut arriver à sa fille une fois à l’extérieur en la gardant à la maison elle garde toujours l’emprise sur elle et la maintien en sécurité et à l’abri de tous les doutes et les malentendus qui peuvent surgir dans leur village.

La solidarité féminine n’était pas la seule forme de solidarité que nous avons retrouvée dans nos entretiens. La solidarité masculine était présente aussi. Certaines de nos enquêtée ont eu la chance d’être épaulée par la gent masculine. L’enquêtée Lynda a reçu l’aide de son père lorsque celui-ci a tout fait pour lui trouver un deuxième travail dans la biscuiterie de la commune d’Azeffoun. De plus, étant propriétaire de plusieurs locaux, le père a fait don d’un local à sa fille pour ouvrir son salon de coiffure. Dans le cas de Dahbia, le père s’est montré solidaire en voulant procurer à sa fille tout les moyens qui lui permettent de se sentir utile. Il lui a donc acheté une machine à tricoter puis il lui a offert une brebis. Toutes ces contributions sont l’expression du sentiment de regret qu’il ressent à l’égard de sa fille en faisant d’elle une analphabète.   

Toutes nos enquêtées ont déployé des stratégies pour pouvoir s’affirmer, exister et se faire une place au sein de la société que ce soit à travers les formations effectuées, le travail débrouillé ou bien les projets réalisés. Le plus important c’est qu’elles sont toutes parvenues à réaliser leurs objectifs respectifs, du moins peut être en partie pour certaine. Trouver un travail et avoir un salaire, être émancipé, bien perçu par la société.

Notes

[1] Anaris, Mohand (2009), Stratégies matrimoniales et logiques lignagères : Cas du groupe religieux « Ihnouchène (Azeffoun) ; 1990- 2007, Mémoire de magistère en anthropologie des pratique sociales  de la religion, Tizi-Ouzou, p. 94.

[2] Djaout, Tahar (1982), « Azeffoun, la mer et le reste… », in Algérie actualité, 21-27 Janvier 1982.

[3] Anaris, Mohand, op.cit., p. 96.

[4] Largui, Radhouane, 2ème Rapport de Développement de la Femme Arabe Adolescentes Arabes : Situation et Perspectives, Centre de la Femme Arabe pour la Formation et la Recherche CAWTAR,  p.31.

[5] Rarrbo, Kamel, L’Algérie et a jeunesse : Marginalisations sociales et désarroi culturel, Paris, édition l’Harmattan, p. 133.

[6] Bensafa, Hassiba (1995), « L’activité des femmes dans le secteur de l’Artisanat entre le mythe et la réalité », p. 297- 311, in Femmes et développement (sous la direction de Nouria Benghabrit Remaoun), CRASC Oran, p. 300.

[7] Ibid, p. 297- 311.

[8] Ibid, p. 302.

[9] Largui, Radhouane, 2ème Rapport de Développement de la Femme Arabe Adolescentes Arabes : Situation et Perspectives,  p. 31.

[10] Ladjel, Khadidja, « Femmes et développement », p. 211-219, in Femmes et développement (sous la direction de Mme Nouria Benghabrit-Remaoun, CRASC Oran, 1995, p. 213.

[11] Rarrbo, Kamel, L’Algérie et sa jeunesse : Marginalisations sociales et désarroi culturel, p.138.

[12] Bensafa, Hassiba, op. cit. p. 306.      

[13] Ibid. p. 299.