Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des cahiers

Les cahiers du Crasc, N°31, 2014, p. 13-62 | Texte Intégral


 

 

 

Mohand Akli HADIBI

 

 

 

I.1. L’enquête et son déroulement

A. Profils et choix des enquêtées

Le choix des enquêtées c’est fait suite à plusieurs tentatives de reconnaissances de terrain qui a commencé avec le début de l’enquête. Cette reconnaissance s’est faite dans sa première phase en mobilisant les cercles familiaux les plus proches, les cercles amicaux et enfin celui des connaissances. Elle a été ponctuée par des questionnements retraçant approximativement des trajectoires scolaires, matrimoniales et professionnelles. Ces questionnements sont discrets, ils se sont faits à l’endroit des personnes proches  tel que la mère, la tante ou la cousine, la copine de classe ou de quartier. Ce n’est qu’une fois, que les choix arrêtés selon les besoins définis préalablement  par l’équipe, que la deuxième phase intervient, celle des contacts.

Les contacts se sont établis au fur et à mesure des certitudes quant à la disposition des enquêtées qui selon les cas prennent plus ou moins de temps. Les contacts se sont fait par l’intermédiaire des proches parents et amies, ils se sont étalés dans le temps de manière à laisser convaincre les concernées afin que l’adhésion soit la plus grande possible. Le choix des profils s’est donc basé sur les possibilités de réalisation d’entretiens dans les conditions meilleures tout en prenant en considération les profils arrêtés par l’équipe à savoir des filles célibataires, ayant connues une rupture scolaire précoce, évoluant dans des milieux sociaux rigides et ayant fait plusieurs tentatives de maitrises d’activités lucratives mais essentiellement domestiques au moins dans les débuts de leurs trajectoires respectives pour la majorité.

Les critères sociologiques qui couvriraient des cas représentatifs et suffisamment expressives d’une population agissante mais silencieuse celle des « jeunes filles absentes publiquement mais présentes socialement ». Celles-ci sont aussi repérées à partir des observations que nous avons accumulé sur le terrain de par notre proximité, ces dernières ont développés des réputations au village à propos des activités qu’elles accomplissent, le sens du service qu’elles rendent au village, la réussite supposé ou réelle qu’elles incarnent et le sens de la discrétion dont elles font preuve au quotidien, dans leurs démarches respectives, leur occupation des espaces publics mais aussi  l’effacement qu’elles affichent et pour lequel elles sont reconnues.

Une fois les choix réfléchis, dégagés et retrouvés sur le terrain, nous avons, après contacts optés pour les cas de jeunes filles dont nous avions eu la certitude de leurs accords et les possibilités de réalisation d’entretiens. A cette phase, nous nous sommes arrêtés sur chaque cas pour faire des enquêtes de proximités sur l’environnement social où elles ont évolués à savoir leurs positions au sein de la famille et l’évolution sociale de chaque cas comme nous le présenterons dans les lignes qui suivent.

Au village de Djenane, nous avons choisis le cas de trois jeunes filles qui constituent d’abord un exemple que plusieurs filles ont suivi quelques années après suite à la reconnaissance sociales de leurs activités respectives et parce que ces deux cas sont parlant sociologiquement à l’endroit de nos préoccupations heuristiques. Issus d’un mariage particulier, celui du père, ancien représentant du FLN en France est revenu les années 1970 pour se marier à l’âge de 65 ans il eu quatre filles et un garçon, il a gagné sa vie comme travailleur saisonnier et occasionnel et ses gains ne lui suffisent pas, il était contraint de vendre une parcelle de terre pour se construire une maison et a vécu la précarité sans pouvoir bénéficier des pensions des moudjahidines.

L’épouse est âgée d’une vingtaine d’années de moins que le mari, analphabète de son état, s’est retrouvée veuve à 45 ans, avait la charge des cinq enfants sans aucune source financière d’autant plus qu’elle n’avait pas atteint l’âge requis pour bénéficier de la pension de son mari. Elle vivra des solidarités familiales du village, de ses contributions aux tâches collectives et des maigres rendements saisonniers de quelques parcelles de terres dont les oliviers et le jardinage. Cette précarité implique une dépendance autant familiale que sociale d’autant plus qu’elle est favorisé par une rude concurrence segmentaire où la prédominance revient au segment détenteur de bras.

En effet, l’oncle paternel, salarié depuis les années 1970 dans une entreprise d’Etat, père de six garçons et de trois filles, parce qu’ayant beaucoup de garçons, il est le dépositaire du contrôle de la famille particulièrement après la mort de son frère. En effet, l’une des concernées a dû quitter l’école sous injonction de celui-ci ce qui a provoqué un précédent qui marque les démarches futures de l’enquêtée et par extension et à moindre impact de sa sœur comme nous le verrons.

Le premier concerne donc une couturière âgée de 36 ans, célibataire et est l’ainée de quatre enfants dont un garçon unique. Elle fait alors une formation dactylographe sans jamais pouvoir trouver un travail. Elle se tourna vers la couture à la maison, elle suit des cours chez une particulière pendant deux ans puis rejoint la maison des jeunes de la commune pour pouvoir se perfectionner et surtout obtenir une attestation qui lui permette de faire valoir son savoir faire. En parallèle, elle travaillait à la maison pour gagner un peu d’argent. Après sa formation à la maison des jeunes, elle a travaillé comme journalière chez une autre dame à Sidi Aich pendant plus d’une année avant de quitter son poste du fait et de l’éloignement et du gain qui reste dérisoire. Elle décide alors d’ouvrir une boutique comme tailleur au village même offrant son service autant pour les femmes, enfants et hommes. 

Le deuxième cas est l’une des sœurs de l’enquêtée précédente âgée de 26 ans qui, elle aussi, a arrêté  sa scolarité  au primaire en guise de révolte par rapport à l’autorité institutionnelle. Elle commence d’abord par être initiée à la couture et participe avec sa sœur à la réalisation des commandes mais tout en assurant que les tâches mécaniques et accessoires qui lui pesait parce qu’elle n’aimait pas trop ce travail qu’elle fait de manière transitoire. L’enquêtée saisi l’occasion de l’ouverture d’un CFPA à proximité du village pour faire une formation de coiffeuse après quoi elle a travaillé dans un salon de coiffure en même temps qu’elle coiffe des clientes de son entourage familial et de voisinage, elle finit par obtenir un local auprès de la commune et a ouvert son propre salon de coiffure.

Le troisième cas est une jeune fille âgée de 30 ans, célibataire et concerne l’ainé de plusieurs frères et  sœurs qui sont  à l’université contrairement à elle qui a arrêté sa scolarité à la troisième année secondaire, après n’avoir pas eu son baccalauréat. Elle se dirige alors au CFPA de la commune de Chemini, et ce de part sa proximité, et obtient ainsi un diplôme de couturière. Elle a fait ensuite une formation de styliste modéliste à Bejaia. Elle s’est inscrite au bureau de main d’œuvre pour se voir orienter vers un atelier de couture ou elle travail actuellement.

La quatrième enquêtée est âgée de 25 ans, elle est la troisième d’une fratrie de quatre filles et deux garçons. Elle a vite arrêté sa scolarité après avoir échoué au B.E.F et s’est retrouvée à la maison sans aucune formation. Quelques années plus tard, elle décide d’assurer le travail d’une vendeuse au niveau d’un super marché pas très loin de son lieu de résidence. Elle se met ensuite à travailler comme  couturière à domicile, puis s’est donner à des travaux culinaires occasionnels pour travailler enfin comme apprentie chez une couturière avant d’être, une année plus tard comme ouvrière.   

La cinquième est une jeune fille de 32 ans qui a arrêté sa scolarité au primaire, initiée par sa mère celle-ci l’aidait à rouler le couscous et à le vendre, dans un premier temps uniquement pour des particuliers notamment les cercles parentaux. Elle devient la spécialiste en la matière et en fait un véritable métier.  Ce travail devient de plus en plus régulier selon les plus rentables à l’approche de l’été et de l’hiver. En parallèle, elle a commencé à préparer régulièrement des gâteaux à des moments ordinaires de l’année qu’elle vendait à des gens de son entourage qui sont au courant de son activité. Par la suite, elle prend les commandes d’une certaine clientèle, celles qui envisagent de faire des fêtes et qui veulent s’en passer de la solidarité traditionnelle d’autrefois et qui consistait à la préparation du couscous et des gâteaux la semaine avant la fête proprement dite.

B. Conditions de l’enquête

L’enquête s’est déroulée à la deuxième année du travail de recherche de manière discontinue. Une fois les enquêtées repérées, il nous a fallut attendre les opportunités pour les contacter par le billet de femmes de la famille auprès desquelles elles sont  suffisamment en confiance et à des moments propices, à l’occasion de fêtes religieuses ou de circoncision. Le rendez-vous pour un entretien reste difficile à obtenir tant la parole enregistrées risque de faire le tour d’où la nécessité d’expliquer le caractère anonyme du travail et de donner un gage d’assurance pour le respect de l’anonymat d’où  la nécessité de la présence d’une tiers personne, la mère ou la sœur,  ce qui ne rends pas le travail plus facile. Nous avons alors laissé, l’initiative d’un rendez-vous et du lieu du déroulement de l’entretien à l’intermédiaire qui prend le temps de préparer l’enquêtée à l’entretien. L’entretien est semi directif, il est fait sur la base d’un guide d’entretien commun à tout le projet adaptée à chacune des enquêtées.

La réalisation de l’entretien obéit à plusieurs aléas qui ne peuvent être prévus initialement d’où une importante part d’imagination et de spontanéité rendu possible par la familiarité de l’enquêtée. Cette familiarité est favorable dans plusieurs situations  notamment lorsqu’il s’agit d’exprimer le mécontentement à l’endroit de l’administration ou d’un cousin  mais peut aussi être  sources de méfiances à quelques endroits, ceci étant la familiarité à souvent été mise à profit du projet. Avant chaque entretien nous avons déjà établit  la trajectoire de la concernée autant familiale et sociale que scolaire, professionnelle et de travail. Cette recherche de trajectoire exhaustive c’est faite autant auprès des parents, des amies et des personnes   du village. Elle a concerné autant les moments important propre à l’enquêtée que sa famille immédiate et élargie  dans la mesure où nous avons pour les trois enquêtées sur les cinq l’histoire de la famille jusqu’au grand père. Nous nous sommes intéressés à des événements clefs, tel que le mariage de l’un des frères ou sœurs, le décès d’un membre de la famille ou la promotion politique d’un parent : tout ce qui est susceptible d’aider ou d’entraver la promotion de l’enquêtée.

Ayant accumulé un capital de connaissances qui remonte aux années quatre vingt et qui concerne l’évolution des familles des enquêtées dans leurs éclatements et évolutions ou au contraire dans leurs regroupements tant sur les plans économiques que sociaux, nous avons mis au profit du projet en ce sens que nous avons orienté, sur la base de notre guide d’entretien, les discussions sur des moments de l’histoire familiale tout ce qui est susceptible de nous éclairer sur les démarches des concernées au présent. Comme nous avons fait appel à la mémoire pour remettre au débat les questions qui peuvent être des enjeux de famille actifs au présent.

Cette connaissance nous a sérieusement aidés parce qu’elle nous a permis de sentir, d’anticiper sur les questions qui peuvent bloquer  les dépassant, ou celles qui peuvent fâcher en les évitant. En revanche, les deux enquêtées sur lesquelles nous n’avions pas pu avoir des informations crédibles sur leurs trajectoires familiales nous a causé beaucoup d’incompréhensions.     

Les entretiens se sont déroulé chez les enquêtées elles-mêmes sauf pour deux  d’entre elles où les enregistrements se sont réalisés dans le local. Les entretiens à la maison se sont déroulés en présence de membres de la famille, ce qui a causé des gènes remarquables tant chez nous qu’auprès des enquêtées. Il nous a été impossible d’aborder un certain nombre de question concernant les contraintes qu’elles vivent au quotidien et lorsque nous nous sommes aventurés à aborder ces questions, les réponses sont vagues et détournées.

Nous avons néanmoins pu aborder des questions propres à la vie personnelle tel que le mariage, les rapports avec le sexe opposé, en étant accompagné d’une enquêtrice femme, membre de l’équipe, à qui nous avons laissé le soin à la fin de l’entretien  de discuter de ces questions avec les enquêtées en nous absentant sous prétexte d’une fatigue ou d’un besoin quelconque ressentis.

Les entretiens sont doublés d’une observation directe et indirecte. Nous avons à chaque fois, que c’est possible, enregistré les conditions de travail, les éléments constitutifs des décors internes de l’espace où les concernées évoluent  pendant le travail, les moments de tension lors de l’entretien, la gêne  ou l’aisance que provoque la compagnie d’un parent, d’un cousin  ou au contraire leur départ. L’observation indirecte étant toutes les informations recueillies auprès du tiers susceptible de nous informer sur les trajectoires des concernées.

C. Déroulement de l’enquête

  La superficie de la commune de Chemini est de 39.04 km2, sa population au 31 12 2002 est de 17 665 dont 8870 sont de sexe masculin et 8795 de sexe féminin et est d’une densité de 452 personnes par Km2. Le taux de naissances est important par rapport au décès dans la mesure où elles constituent le double. C’est ainsi que du mois de janvier au mois de décembre de  l’année 2002, la commune a enregistré au total 86 dont 48 garçons et 33 filles contre 43 décès dont 24 garçons et 19 filles.

 Sur la superficie globale de la commune, seuls 3904 h sont recensé pour différentes activités et sur lesquelles 676 h sont des terres forestières, 70 h sont inexploités et 616 sont laissés au parcours et pacages, 410 h sont affectés à l’agriculture[1] . C’est ainsi que la commune dispose de 2132 h de superficie de terre utilisée dont 7 hectares seulement sont irrigués, 175 h sont des terres labourables destinées à la culture, 18 h sont au repos et 80 h sont des prairies naturelles et le reste c’est à dire 1859 sont exploitées par l’arboriculture et les arbres fruitiers[2].

L’essentiel de la production agricole est la culture de l’olive avec 38 600Qx suivie de fourrage dont la production est de l’ordre 780 qx, alors que les céréales sont produites à hauteur de 285Qx et la production des légumes est de l’ordre de 175 qx.[3]  

La commune ne dispose d’aucune unité de production industrielle ou agro-industrielle, l’essentiel des industries existantes sont situées sur la route nationale, essentiellement dans les Tazmalt du côté est de la commune comme Nadia Messaci a fait le point en écrivant : «  La zone  industrielle et d’activité en construction dans la vallée s’étale   sur un axe  qui relie les agglomérations Ighzer Amokrane Takariet et Sidi Aich. »[4]. Du côté ouest, en dehors de l’usine des farines et semoules de Sidi aich, il y’a lieu de signaler la zone industrielle d’El Kseur.

Le nombre de demandeurs d’emploi est nettement supérieur à l’offre, la demande est six fois l’offre pour 2001 avec un nombre de demandeurs d’emplois enregistrés au niveau de l’agence locale de sidi Aich et qui couvre 13 communes pour lesquels 229 demandes d’emploi contre 37 offres et pour l’année 2002, la proportion de demande d’emploi est 13 fois plus élevée par rapport à la demande, il y eut 111 demandes d’emploi pour 08 postes.

La population ne dépassant pas l’âge de trente ans est de l’ordre de 625.972 soit 66% de la population totale pour la wilaya de Bejaia et la population scolarisable de 6 à 15 ans est de 238.502 soit 25,16 % de la population totale, ces deux taux nous donnent une idée sur la répartition de la population par âge et dont les communes avoisinent ce présent taux dans leur majorité.

La commune de Chemini, est dotée de 09 annexes d’école fondamentale, répartie sur l’ensemble de la commune, l ‘essentiel étant rattachées aux anciennes écoles primaire héritée de la colonisation mis à part un certain nombre d’écoles construites après l’indépendance pour couvrir les villages éloignés du chef lieu communal. Les neufs annexes dispensent un enseignement primaire pour 2206 élèves dont 1048 filles et à cet effet elle utilise 75 salles qui regroupent 79 divisions pédagogiques. Quant au deuxième palier, la commune dispose de deux CEM, l’un situé au chef lieu de la commune de chemini et l’autre à 5 km, les deux CEM ont enregistré pour l’année scolaire 2002/03 1257 élèves dont 651 filles.

La commune dispose aussi d’un seul  lycée ouvert les années 1990 est qui a recruté pour l’année scolaire en cours 704 l’élèves dont 424 filles. (p156) Les taux de déperdition ne sont important qu’avec l’examen du bac puisque il se manifeste à la lumière des résultats obtenue pour l’ensemble de la wilaya pour l’année scolaire 2001 / 2002  qui donnent un taux de réussite au bac tout type de spécialités confondu,  24,65 % d’admis soit 3832 élèves admis sur 15545 présents à l’examen, c’est dire que les trois quarts sont dirigés vers d’autres horizons.

Parmi, ces horizons, la formation professionnelle a ouvert ses portes récemment, la commune de Chemini est doté d’un centre de formation professionnel à partir des années quatre vingt dix centre sont ouverts autant pour les filles que pour les garçons ainsi que pour les niveaux de 9eme année fondamentale  et terminale. Il assure une formation en informatique, en réparation de télévision et coutures et broderie. Il a une capacité d’accueil de 300 places et a enregistré pour l’année 2002, 281 stagiaires.

La commune de Chemini est aussi dotée d’une maison de jeunes.  Elle est ouverte en décembre 1990, qui est rattachée au ministère de la jeunesse et des sports. Dès son ouverture qui coïncide avec la création des associations culturelles et sportives, elle fut un espacé pour une association culturelle locales qui anime diverses activités culturelles dont une troupe théâtrale, l’animation des soirées artistiques de façon conjoncturelles, des expositions et l’animation d’un journal. En 1990/91, la maison de jeune assurés des cours de soutiens à 40 élèves candidats libres à l’examen du bac , elle assure la prise en charge des enseignants qui ont encadrer ces cours, cette opération ne dure qu’une année .

A partir de l’année 1992 jusqu’en 2000, la maison des jeunes s’est lancée dans une série d’activités dites féminines et qui couvre des formations en broderies et coutures, elle a pu recruter pendant ces huit années 500 filles. La formation n’exigeait pas des critères scolaires ni d’âges rigoureux, elle a permis à beaucoup de filles dont les horizons se réduisent au travail domestiques d’acquérir une formation. A titre d’exemple pour l’année 1999/2000 la maison de jeune a recruté 70 filles, 34 en broderie, 22 en couture et 13 en coiffure, l’âge des filles recrutées varie entre 31 ans à 15 ans, le nombre le plus élevés est la catégorie d’âge qui va de 18 à 19 ans, elles sont 26 filles sur un ensemble 70 fille.

Depuis son ouverture la maison de jeunes n’a pas cesser de voir son effectif adhérents se développer même s’il enregistre des variation sensible entre les départ et les recrus mais le nombre est relativement stable jusqu’en 2002 puisque il s’est réduit à 36 adhérents contre 277 adhérents en 2000/01 et 296 en 1999/2000 suite à l’application d’une note ministérielle qui supprime les activités féminines de classes spéciales pour la préparation des examens scolaires et la récupération des salles affectées comme sièges d’associations .

La maison de jeune compte en 2005, trente  adhérents pour la bibliothèque, 15 jeunes qui font de la musique amateur, une troupe théâtrale de 10 jeunes amateurs. La direction a mis en location l’une des salles pour un jeune qui a ouvert un cyber café, il a été fonctionnel pendant 18 mois et reste l’espace le plus fréquenté par les jeunes avant de fermer.

La salle des spectacles est aussi louée pour la projection de film notamment pendant le mois de carême à raison de trois projections par jour et deux projection par jour en dehors de ce mois et ce pour un prix symbolique de l’ordre de 5 DA pour les scolarisés et 10 Da pour le grand public. Elle est réduite maintenant à assurer quelques expositions pour donner l’impression de fonctionner, les associations de théâtres, d’animations qui ont activé au lendemain de l’ouverture démocratique n’évoluent plus, elles ont disparues, c’est seulement au mois de ramadhan que la maison de jeune est vraiment animé au point où des tentatives de réappropriations contestataire commencent à apparaitre en aout 2013 à l’occasion de la tentative de baptisassions de la structure. 

En dehors de cette structure les autorités de la commune ne s’occupe que de l’entretien d’un stade communal déjà infréquentable que rarement pendant l’été et à l’occasion de tournoi villageois de foot bal qui s’organisent de façon sporadique à l’initiative de quelques villageois. Le commun reste dépourvu de toute structure accompagnatrice de prise en charge pédagogique, psychologique et de travail destinée pour les jeunes. Les structures sont dépourvues même de services qui prendraient en charge au moins le volet statistique concernant les jeunes et leurs intégrations.

D. Le village de Djenane : évolution et réalités

Lejnan[5] est l’un des villages des Ath waghlis, situé à 2 km du chef lieu communal : chemini ; il est constitué de neuf gros lignages dont trois habitants le contre bas du village, ce sont des lignage à descendance religieuses, ayant leur mosquée fontaine, et assemble du village mais que l’histoire enchevêtré des uns et des autres a scellé les différents lignages qu’ils soient maraboutique ou non de façon presque irréversibles : les alliances matrimoniales entre la presque totalités des lignages fait que le tissu social est tellement imbriquée et emboîté que l’on ne peut toucher un élément sans que la totalité ne réagisse.

Le village est situé sur une plate-forme naturelle non accidentée d’où l’appellation qu’il porte « Lejnan », le jardin, des légendes rapportent qu’au lieu où s’est construit le village, était couvert, jadis  de vergers. Deux ruisseaux de part et d’autres du village encadraient ce dernier et en faisait la limite naturelle de l’espace habité, vers l’est azaghar, l’espace sauvage, vers l’ouest  le chef lieu communal. Au contre bas du village, une vieille route qui traverse à des endroits, le village est reconnu comme étant une route discrète et entendant par-là que c’est une route emprunté plus par les femmes et rarement par les hommes, ces derniers empruntaient plus celle du haut.

Deux fontaines sont construites, l’une plus importante que l’autre parce qu’elle dessert un nombre important de villageois, elle est située à Tijnanin, une place centrale au haut du village et l’autre installée dans le quartier dit imrabden, elles desservent, les lignages religieux et deux autres lignages non religieux. L’assemblée du village se tient pour la plupart du temps dans la cour de la mosquée lorsqu’il fait beau, et dans la mosquée elle-même lorsqu’il s’agit de l’assemblée  des Ath alhadi. Il arrive que tout le monde, sans distinction d’appartenance lignagères, se réunisse autour d’une seule assemblée lorsque l’objet de la réunion en question concerne tout le monde quand il s’agit par exemple de l’acheminement d’une conduite d’eau.

Le village est réparti physiquement tout le long de son extension selon l’appartenance familiale. Des quartiers sont construit selon la grosseur des membres constituant les familles, c’est ainsi que chaque quartier reste uniquement accessible pour les membres de la famille sont ses alliées, ceux qui n’appartiennent pas à cet ordre n’ont pas de raison de s’y trouver mise à part lors d’un événement qui pourrait les justifier : rendre visite à un malade, accompagné les membres d’une famille après la perte de l’un des siens et ou rendre visite à un ami. Le village est constitué maintenant de 200 maisons, d’une population moyenne d’environ 1800 habitants. Le village a hérité d’une zawiya (école traditionnelle) sise à proximité dont les lignages religieux se réclament du saint fondateur, elle fut pendant des siècles, l’une des zawiyas les plus importantes des Ath Waghlis, elle a été pendant longtemps pourvoyeuses de cheikhs (maîtres d’écoles coraniques) pour toute la région.

L’école française, ouverte au début du siècle, avec la zawiya, a été productrice d’une élite importante autant pour le mouvement national que pour l’encadrement des institutions administratives, sanitaires et économique pour l’Algérie indépendante, deux gros lignages se sont investis très tôt dans la médecine et d’autres lignages, de façon proportionnelle, dans les administrations, ces cadres sont pour la plupart installés dans les grandes villes sans pour autant qu’il n’y ait rupture, un rapport d’échange de services est toujours maintenu. Un lycée est ouvert, à partir des années quatre vingt, un centre de formation, pendant les années quatre vingt dix, tous les deux situés à quelques centaine de mètres, sur les deux côtés du village.

Le village fut électrifié en 1979, date à laquelle les télévisions ainsi que les frigidaires ont fait leur apparition et plus récemment encore, il y’a deux, le village a été doté de lignes téléphoniques.  Aucune usine ou entreprise de production, qu’elle soit privée ou publique n’existe à moins de 25 km, il n’y un qu’une entreprise de construction privée qui fait travailler de façon permanente de cinq à dix salariés selon les besoins.

Deux commerçants dit d’alimentation générale c’est-à-dire où l’on trouve tout ce qu’un ménage recherche depuis l’allumette, les différents légumes jusqu’aux fruits les plus divers. L’un est situé en haut du village dont la clientèle est plus masculine que féminine et de par sa situation parce que situé sur la route goudronnée, il sert autant les villageois que les passants. Par contre, le second sert plus les villageois et sa clientèle est fidélisée parce que majoritairement féminine, les hommes ne s’y aventurent qu’au-delà de 19 heures, le reste de la journée la boutique est occupée le long par les femmes de tout âge tenue par la femme et/ou son mari. Les deux commerces font volontiers office d’expansion de l’assemblée du village à des moments où la clientèle est réduite, des hommes s’y retrouvent pour commenter les évènements du jour.

La journée, pendant que la presque totalité des hommes vaquent à leurs occupations, les mères occupées par des taches ménagères, le jardinage et la cueillette des olives, les vielles femmes se regroupes volontiers à l’entrée des quartiers, en groupe de quatre à cinq surtout lorsqu’il fait beau et observent d’un œil attentif au maintien de l’ordre, aucune intrusion étrangère ne pourrait se manifester, elles veillent à ce que toute présence de quelque ordre que ce soit ait sa raison d’être. Aux différents coins, à la fois, discrets et visibles, quelques vieux et moins vieux assurent la protection de l’ordre que tout le monde connaît et reconnaît pour lui et les autres, un ordre qui s’impose par proximité sanguine et surtout parce que tout le monde est là et y demeurera.

L’ordre est strictement observé par tous, il s’exprime par des convenances qu’on doit observer selon que l’on est jeune, filles ou garçon, marié et père ou mère de famille ; ceux qui n’obéissent pas aux critères d’intégration se retrouvent de façon presque naturelle dans la marge, une marge spatiale refoulé dans des espaces physiques en dehors du village, une marge sociale où l’indifférence jusqu’à l’existence physique se manifeste à l’endroit de la personne concernée.

Le village est «une série de cercles étroits emprisonnent les gens au sein des familles puis des karouba et fond de tout le village une cage grouillante où l’on se côtoie et se mesure sans cesse…. la karouba est une unité sociale et géographique en même temps. Les mêmes cousins habitent la même rue, les familles sont fixées pour toujours dans leurs quartiers. S’il arrive à l’une d’elle d’émigrer à Alger, par exemple, il est rarement admis qu’une famille étrangère vienne demeurer au village. On forme un tout, on se connaît, on s’est jugé depuis des générations. On ne se jette pas des jugements à la face mais chacun sait intimement ce qu’il doit penser de l’autre. Et l’on est là à se rencontrer chaque jour, à se dire bonjour, à se rendre service, à s’aider mais aussi à se surveiller, à s’envier et à se détester. Et tous, tous sont obligés de sauver les apparences »[6], le tableau tel décrit par Feraoun reste une photographie du vécue d’aujourd’hui comme si rien n’avait bougé depuis des décennies, est ce possible ?

 Au lendemain de l’indépendance de L’Algérie, le village en ruine, les habitants qui ont été placé par l’armée française dans les villages voisins, revenaient avec leurs maigres économies dans les maisons qui ont été épargnés par la guerre pour redonner vit (ad amren) le village vidé depuis maintenant cinq ans. De la génération de la guerre, ceux qui avaient dix/quinze ans, ceux qui en sont né pendant celle-ci  où juste avant, s'attelaient à apprendre un métier de maçon pour les plus chanceux, d’autres travaillent comme manœuvres occasionnels, leurs pères reprenaient le travail de la terre, d’autres enfin émigrent à Alger par le biais de leurs parents déjà installés : le sens de la solidarité est encore vivace et une harmonie se maintient, ceux qui sont en âge de mariage se marièrent autant pour les garçon que pour les filles d’autant que les exigences cérémoniales sont réduites et la vie luxuriante n’était pas encore du temps.

La génération née entre 1963 et 1967 a vécu des moments d’enfance à la fois difficile mais joyeux surtout que l’option industralisante était pourvoyeuse d’espoir pour les parents qui voient leurs quotidien s ‘améliorer de jour en jours notamment après les possibilités salariales qu’offrait les grandes villes comme Alger, Bejaia et Oran ainsi que l’émigration vers la France. La vie au village est rythmée pour les jeunes et moins jeunes par les différents jeux qui intervenaient suivant les saisons[7].

En automne, la place de la djemâa est le théâtre de jeux collectifs quant appelé localement Soummam, le jeu consistait à voir l’un des garçons, s’accroupir à quatre-vingt dix degrés, debout sur les pieds sans bouger pendant que les autres sautaient par-dessus son dos celui qui lui touche la tête se remet  prends la place de ce dernier, les participants sont âgés de 10 à 14 ans et le jeu se fait sous les regards intéressés des aînés et voir encouragés par quelques adultes. La société villageoise traditionnelle de par le contrôle qu’elle exerce sur ses membres  offrait, néanmoins par le passé, pour ceux dont l’âge varie de 13 à 18 ans, un espace d’expression. Ainsi, l’enfant hors de la famille est initié à l’espace “sauvage”.

Par sa fonction de berger qui sur le plan économique le rend déjà utile, il devient aux yeux de la famille actif et rentable, et sur le plan individuel gagne une certaine liberté par rapport au contrôle familial. Il s’agrège à sa classe d’âge, à savoir les autres bergers de son village. Le berger a un espace moins contrôlé qui est le champ ; là, loin des regards il développe ses dons artistiques, d’autant plus qu’il est toujours accompagné de sa flûte (tajewwaqt) instrument employé pour accompagner la chanson, interdite dans l’espace villageois. Ce monde sauvage est aussi un milieu de création poétique, où le petit berger s’initie à composer ses premiers vers, dont le thème prédominant est surtout celui de l’amour. Ceci étant dit, cet espace de lexla reste le seul lieu que la société traditionnelle  lui offre puisque la place de tajmaet réunit certes des jeunes mais leur présence reste passive, les vieux dominant la scène  où ils exercent leur contrôle sur ces derniers. 

L'hiver approchant, la chasse des étourneaux et autres oiseaux occupaient de façon presque totale les jeunes et les moins jeunes chacun selon sa maîtrise des différents pièges. La chasse accompagnant le plus souvent le gardiennage des quelques brebis et chèvres familial dans les champs éloignés et où les joueurs de flûtes se donnaient à cœur joie à jouer, à se faire entendre et à initié les moins jeunes ; Ces pratiques sont renouvelées en chaque saison avec beaucoup d’impatience vu l’effet de liberté et de maigre opulence qu’elle laissait : « les grives et les étourneaux  par milliers sur les olivettes. Pendant que les hommes se hâtent de gauler les fruits, les femmes de les ramasser, les ânes de les charrier les bergers eux se livrent patiemment à la chasse.

De grands espaces sont envahis de lacets. Chacun en place deux cents, trois cents ou même cinq cents. Les garçons partent le matin, par un froid glacial, changer les appâts de belles olives brillantes puis ils se rassemblent par groupe sous de gros oliviers, sur une colline voisine d’où l’on peut surveiller les piéges. Ils allument du feu pour réchauffer leurs pieds et leurs doigts et attendent fiévreusement le moment de faire leur ronde (…) les gamins en perdent l’appétit et ne sentent ni froid, ni pluies, ni épines. Lorsqu’ils voient  un étourneau s’arc-bouter au bâton flexible enfoncé dans le sol et tirer sur la ficelle, ils sont payé de leurs fatigues. On égorge les oiseaux, on les plume, on en remplit les capuchons mais on rapporte vivants ceux de la dernière visite du soir »[8].

Pendant l’hiver et lorsque les pluies tombaient c’est à tiqqar que les âgées de 14 à 18 ans se donnaient : il s’agit d’un jeu de lutte à coup de pied vers l’arrière ou la règle suppose que chacun des jeunes en compétition marque le plus de point en assignant un coup à l’adversaire tout en évitant de recevoir le maximum de coup. Les plus âgés, ceux à qui les parents permettent de sortir la nuit se précipitent pour voir un film cow boy ou hindou chaque quinzaine au cinéma situé au chef lieu de la commune.

Chaque fête religieuse, selon son importance, était l’occasion pour les jeunes de festoyé et de se côtoyer, d’apprendre  les usages et surtout de se faire reconnaître, la fête de laid El Kebir (grande fête du sacrifice, était l'occasion pour les différents lignages, encore une fois, de se mesurer. En effet, Tijnanin, la place centrale du village, la plus spacieuse et la plus plate, offrait un spectacle unique pour l’ensemble des villageois. Dés six heures du matin, chaque père de famille, accompagné des siens et du mouton acheté à l’occasion du sacrifice s’y rendaient.

Une fois que les villageois tous regroupés, une bataille entre les moutons se déchaîne tour à tour, le plus fort reste en scène jusqu’à ce qu’il soit battu, le gagnant reste pour affronter l’autre jusqu’à ce qu’il n’y reste de concurrent. Les luttes sont encouragées par l’assistance comme s’il s’agissait de soi, on est affecté si son mouton est battu et fier d’exploits ; les jeunes sont ainsi initiés à cette logique de confrontation carnavalesque.

La fête de Achoura est la seconde fête religieuse qui fait le bonheur des jeunes et plus jeunes, fille et garçon, elle est organisée à la zawiya de sidi yahia, elle est convoitée par plusieurs tribus et regroupé des milliers de pèlerins dont ceux qui viennent en famille depuis Alger et Oran ainsi que de villes proches.

De ces moments marquant l’ambiance quelque peu  atténuée déjà en 1973, un journaliste natif de la région, nous fait ce descriptif : « Aujourd’hui, il n’y a plus de trace de la fête de Sidi Khllil,  et celle de achoura qui subsiste, seule, n’arrive pas à cacher le vide qu’elle a laissé. Il y’a bien sûr les garçons et les filles du village, formés en carré et qui entonnent des chants patriotiques, il y a surtout deux ou trois interventions des vieux de la tribu qu’on apaise, en tolérant qu’il jette encore l’anathème sur leurs cibles favorites, les infidèles, les renégats, les femmes émancipés, les jeunes aux cheveux longs, ceux qui fument, ceux qui boivent … »[9]

La fin de la cérémonie religieuse est effective dés que les notables du village, ceux des villages voisins, l’imam, se lèvent pour rejoindre la mosquée. C’est alors le signal et le début du second volet de la fête, celui qui est impatiemment attendu par les jeunes et surtout par les 30 et 40 fusils venus ici pour ne pas faillir à la tradition de tirer à balles sur des cibles en pierre…

Le spectacle de tous ces chasseurs de la région rassemblés une fois l’an pour rivaliser d’adresse, se défier, s’énerver, s’acharner à toucher au but, désespérer d’épuiser cent balles et plus sans faire tomber la pierre fichée dans le sol à plus de 300 mètres, les grappes d’admirateurs et de spectateurs agglutinés tout autour des baroudeurs jusqu’à les étouffer, le sifflement des belles dont l’écho se répercute de colline en colline, tout cela, tout cela est d’autant plus émouvant et grandiose et grandiose que les youyous redoublent d’intensité… violence de la poudre, violence des youyous, c’est vers trois heures de l’après midi seulement que les canons des fusils chauffés à blanc cessent de fumer et que les gorgent des femmes et des fillettes s’apaisent »[10].

Les deux fontaines reste l’espace des femmes, jeunes ou moins jeunes, mariées ou en âge au mariage, elles s’y retrouvent presque toutes, elles viennent en groupe d’âge en  présence protectrice de quelques vielles pour garder les moqueries et plaisanteries dans les limites de l’acceptable Feraoun écrit à ce propos : « le lieu de réunion le plus spectaculaire est la fontaine. Là, les femmes ne connaissent ni Dieu ni maître. Les jeunes sont chez elles et en prennent à leur aise : libres propos, plaisanteries osées, chants. Quelques fois, elles sont vraiment déchaînées. Souvent la cruche d’eau n’est qu’un prétexte pour sortir, se montrer, exciter des jalousies ou parler d’un parti. La fontaine tient une place estimable dans le cœur d’une Kabyle »[11].

La fontaine était longtemps considérée comme un espace féminin qui permettait entre autre un certain contact symbolique des deux sexes, mais avec les changements actuels ces derniers espaces ont perdu leur fonction initiale, le premier est déserté aussi bien par les bergers que par les troupeaux, le second ne donne plus lieu à la présence féminine puisque chaque maison est dotée d’un robinet qui permet de se passer de la fontaine.

Les mariages qui s’organisent pendant la période d’été, période d’opulence et de repos était autant d’occasion pour que tous les villageois se retrouvent aux grandes satisfactions des jeunes, homme et fille, pour danser, chanter jusqu’au matin et ce pendant les trois jours. L’occasion pour que les aines cessent pour un moment, les filles redoublent de coquetteries et où les alliances se renouvellent, se consolident et solidifient les alliances passées : les jeunes en sont les objets.

C’est bien l’occasion où les couturières du village mettent leurs savoirs faire en évidence en doublant, voire triplant leurs horaires de travail, les machines à coudres, ne s’arrêtent pas de travailler et les maisons des couturières grouilles de monde au bonheur de ces dernières. Le seul salon de coiffure voit un défilé de femmes rentrant et sortant avant un nouveau look que les passagers ne peuvent ignorer surtout que les viennent accompagnées en groupes de quatre à cinq regroupant des jeunes allant de la vingtaine à la cinquantaine et parmi lesquelles en repère des natifs du villages, des algéroises venues à l’occasion passer leurs vacances et d’autres femmes des villages environnants.

I.2. Sociologie des activités lucratives et domestiques

A la lumière de l’observation des activités domestiques lucratives existantes sur le terrain de recherche, il apparait que des déterminants sociologiques, géographiques, culturels et historiques sont pesants dans le choix des activités qu’assurent les filles. En effet, les activités assurées sont d’abord essentiellement domestiques, elles partent de la maison. Elles sont le prolongement de l’ordre de division sexuel du travail et de l’espace. La couture, la broderie et la coiffure  concerne l’entretien de la femme qui ne peut se faire que par les femmes et pour les femmes dans un espace de femmes. La culture de l’entretien du corps féminin a de tout temps existé dans la société traditionnelle notamment avec la fréquentation des hammams mais l’expression de cet entretien s’est considérablement développée pour être plus ostentatoire mobilisant  à l’occasion des produits et des techniques modernes au détriment de produits d’entretien traditionnel. Les multiples fonctions sociales de l’habillement et leurs développements,  notamment ceux essentiellement ostentatoires propres aux expressions festives marquées par un renouvèlement permanent de la mode fait que les besoins sont sans cesse renouveler ce qui rend la couture et la Broderie particulièrement fructueuses d’où l’extension de ces activités.  A côte de cette extension qui concerne la demande, l’exigence en termes de qualité est de plus en plus importante et sophistiquée d’où l’exigence de formation et de mise à niveau qui doivent être permanentes et rend de ce fait le métier de couturière plus demandé, plus exigeant et la concurrence rude.     

La préparation des plats dit traditionnels, gâteaux et autres mets sont du domaine exclusivement réservés aux seules femmes dans la société traditionnelle dont la socialisation première investie pleinement la femme d’où un capital de savoir faire qu’elles acquièrent de manière presque naturelle. La prédisposition sociale, autant chez la femme que chez l’homme, à faire du savoir culinaire le seul domaine des femmes semble motivé la société à accepter que ce savoir faire puisse être monnayé et encourage la contribution sous cet aspect de la femme à l’économie familial en conditionnant ces contributions au maintien de la logique de séparation des hommes et des femmes. La société est même prédisposée à laisser ces activités évoluer dans des espaces qu’elle contrôle et sous des formes qu’elles jugent ne pas être préjudiciable à l’ordre des séparations des sexes, c’est dire du maintient de la horma.

A cet effet, l’ensemble des enquêtées ont vu leurs activités évoluer dans des espaces relativement clos, intimes, en tout les cas non exposés. La couture, la broderie,  tout comme le tissage traditionnel se font à l’intérieur de la maison lorsqu’il s’agit d’un travail domestique lucratif et à des endroits relativement clos où il y’a un axer aux seules femmes que ce soit au village ou à l’extérieur du village. On s’arrange toujours à ce que le local soit proches des habitations et disposé de manière à ce qu’il soit suffisamment accessible autant aux femmes qui pratiquent l’activité qu’aux  regards des hommes et des femmes qui en assurent le control. Cette logique de contrôle permanente est entretenue par des acteurs autant féminins que masculins, appartenant à la famille ou aux cercles plus larges de la parenté jusqu’à ce que tout le monde au village, voire au delà se sentent concernés par tout dépassement des filles ou à l’endroit des filles que ce soit lors de leurs déplacements ou à l’endroit de leurs évolution. Cet entretien permanent, se retrouve pendant les moments de leurs formations respectives, pendant qu’elles font leurs achats, qu’elles se déplacent au travail ou lorsqu’elles vendent leurs produits. Lorsqu’il s’agit de la coiffure par exemple, métier exclusivement concernant l’entretien du corps de la femme devient l’espace du harem par excellence  au point ou les hommes ne peuvent et ne doivent sous aucun prétexte s’y aventurer sous peine d’être mal vu. 

Les métiers assurés sont limités à l’évolution des mentalités et des besoins. La communication importante entre village, l’évolution urbaine et le rapprochement ou l’éloignement des centres urbains comme Sidi Aich[12] influent sur l’apparition de métiers, explique l’engouement des filles à adopter tel ou tel activité. La couture et la broderie simple, pourrait-t-on dire, est largement dominante, plusieurs familles dans chaque village, exerce ces métiers à domicile. On trouve aussi, dans deux villages importants, situés au carrefour de quelques villages et occupant une position discrète, qu’ils disposent d’ateliers clandestins qui font travailler une dizaine de filles. Par contre, des ateliers qui utilisent des machines semi industrielles et qui recrutent un personnel plus important existent à Sidi Aich, une agglomération urbaine plus éloignées. Quelques boutiques de prêt à porter et d’habillement sont ouvertes au chef lieu récemment. La coiffure reste un métier nouveau, il est arrivé au village ces dernières années certes mais ont apparus en nombre important particulièrement dans les villages qui ont la réputation d’être plus ouverts,  qui ont généralement connus une scolarisation dense et précoce, une migration et émigration importante : « Dans les années cinquante, les émigrés des Ath Weghlis représentent 63% de la population active masculine, ce qui donne deux adultes en âge de travailler sur trois, ils sont l’équivalent de 15,7% de la population totale. C’est dire combien les départs pèsent lourds dans la balance démographique. Mais c’est aussi grâce au départ d’une partie de la population active que la région a pu assurer sa survie »[13].

Par contre les activités culinaires sont importantes lorsqu’il s’agit de la préparation du couscous, des gâteaux mais qui se limitent souvent à des commandes à domicile particulièrement à l’occasion des fêtes de mariage en été, de naissances ou de circoncision. Cette activité n’est pas régulière et quotidienne dans l’espace villageois parce que la demande trop réduite ne la justifie pas puisque tout le monde en assure la préparation à la maison contrairement à ce que l’on observe dans des villes moyennes.

Nous n’avons pas inclus dans ce travail l’artisanat parce que le terrain sur lesquels nous avons travaillé ne dispose plus d’activités artisanales même si la région est connue traditionnellement par le travail de la vannerie et du tissage, pratiquement ces activités ont presque disparues, elles doivent leurs persistances à quelques femmes de la génération des années cinquante, les jeunes filles  nées après ne s’y intéresse plus : « malgré son importance d’approvisionnement, de la rareté d’une main d’œuvre qualifiée » [14].

Il se trouve que la nature des activités en question impose aux enquêtées une gestion du temps, de l’espace et de leurs propres corps. La tendance est que les couturières à domicile disposent de leur temps de manière continue puisqu’elles reçoivent leurs clientes à longueur de la journée ou plutôt dans la journée pendant que les hommes de la maison sont au travail, au milieu de la matinée ou de l’après midi, rarement à midi ou la fin de l’après midi. Lorsqu’elle ouvre une boutique, leur emploi du temps dépend plutôt de la disponibilité des femmes qui sortent lorsqu’elles se libèrent des taches domestiques. Le week-end est plutôt utilisé intensément à l’arrivée des fêtes d’été. Les salons de coiffure sont eux aussi dépendant des fêtes qui imposent un rythme de travail particulièrement dense pendant l’été et morose en automne, voire nulle en hiver. Au fait, la gestion du temps pour ces activités est imposée par l’ordre avec lequel on y fait. On se contente dans la plus part des cas de concilier entre ce qui est faisable, permis et possible autant pour les filles qui assurent ces métiers que pour les femmes qui en ont besoin. Il est vrai que même si le besoin reste la motivation première à l’origine des choix de ces activités, parce que des cas similaires ont bien montré qu’elles ont abandonnés ces activités une fois mariées surtout si la famille se suffit économique. Il n’empêche que beaucoup de filles sont dans la même situation des enquêtées, (précarité économique et absence de perspectives matrimoniale) mais seulement  vers l’apprentissage et l’exercice d’activités lucratives.

I.3. Les stratégies des filles dans leurs dépoilements

L’ensemble des enquêtées vivent dans des situations sociales précaires, elles ont pour la plupart été contraintes à arrêter leurs études. Les formations réalisées ont été le fait d’évolutions forcées des mentalités après une attente de plusieurs années. Les cercles de parenté ont été à l’origine de ces retards parce que la formation des filles n’a pas tout à fait été intégrée dans les préoccupations sociales. Celles-ci ont été le fait d’individualités, elles ont pu avoir des appuis d’individus issus des expériences personnelles vécues dans la marge ou l’expérience d’individus ayant évolué à l’extérieur du village.

Le travail chez les enquêtées fait suite à une rupture, scolaire le plus souvent, le résultat d’abandon forcé, l’option d’assumer une activité n’est dans la plupart des cas un choix mais plutôt la seule option qui se donne à l’enquêtée. Le travail des filles a été le fait de la nécessité et de l’oisiveté. Cette situation a été vécue au départ comme des occupations complémentaires aux taches domestiques quotidiennes mais qui ont finis par devenir  lucratives dans les maisons. La communication de groupes chez les jeunes filles est omniprésente dans le processus d’évolution dans le travail. Cette évolution est, pour la plupart, proche, parfois similaires sur des points. Le travail a été au sein de la maison, avec une clientèle de proximité, puis il a évolué vers le travail chez  un tiers, généralement dans des ateliers tenus par une femme et relativement éloigné du village.

Elles ont toutes changé au moins une fois d’atelier et déclarent toutes que le travail a été pénible et sous payé. L’abandon des ateliers pour la majorité est du au fait que le salaire couvre à peine le transport,  les frais du quotidien,  avec l’absence de couverture sociale. « L’observation empirique des situations sociales nous permet de dire que les jeunes qui sont employés dans secteur, le sont surtout comme aides familiaux (non déclarés), et ce, dans le commerce, l’artisanat, les PME/PMI et dans l’agriculture. Ils le sont aussi, notamment pour les filles et les enfants, dans les ateliers clandestins du secteur textile. L’emploi informel (…) c’est aussi les nombreuses couturières à domicile qui croulent sous les commandent, dès l’approche de l’été, saisons des fêtes et des mariages »[15]. Elles sont resté pour avoir un capital d’expérience qui leurs permet d’ouvrir leurs propre boutique.

En effet, les enquêtées déclarent toutes avoir opté pour une activité domestique non lucrative au début après s’être retrouvées cloitrées à la maison pour une durée relativement importante allant d’une à trois années. Le cas de Zoulikha est à ce propos expressif, orpheline de père, l’autorité de l’oncle l’a obligée à abandonner l’école pour des considérations de morales sociales qui impose à ce que la fille ne s’éloigne pas de l’espace contrôlé, elle l’exprime dans ce qui suit :

Après avoir quitté l’école, je ne sortais pas, je ne faisais rien sauf les tâches ménagères quotidiennes. Après deux ans, j’avais commencé à confectionner des tenues à mains pour les petites filles de ma famille,  mon but était d’apprendre, jusqu’au jour ou ma mère avait acheté une machine à coudre.

D’autres déclarent avoir abandonné l’école suite à des échecs qu’elles ont connues où le fait  particulièrement des hommes qui ont été à l’origine de l’interruption de  leurs études parce qu’ « il est vrai aussi que beaucoup arrêtent leurs études, leur travail, contre leur propre intérêt ou volonté : volonté du père, du frère ainé ou du futur mari »[16]. Ces interruptions sont souvent justifiées par l’éloignement, les conditions de la famille qui impose l’aide de la fille ou tout simplement que le rôle de la fille doit se réduire selon la tradition au travail domestique et à l’éducation d’où l’inutilité de poursuivre la scolarisation.

La presque totalité des enquêtées finissent par se retrouver avec des métiers dont  elles avaient des prédispositions relevant de l’habitus, c'est-à-dire qu’elles n’ont pas été conscientes de leurs choix mais c’est chemin faisant qu’elles se sont retrouvées réalisé un type d’activité plutôt qu’un autre. La rupture scolaire étant là pour la plupart, quelques unes étant analphabètes, découvre un métier après avoir vécu la monotonie des taches ménagères et les limites des dépendances sociales, elles veulent gagner un peu leurs vies, aider financièrement leurs petites sœurs et sortir du quotidien. Elles déclarent toutes qu’elles ont appris par elles  mêmes  au début, qu’elles n’ont pas été initiés mais à regarder de prés en se rend compte qu’il y’a plusieurs cercles de solidarité parental qui interviennent autant dans l’apprentissage que dans l’évolution de l’activité chez les concernées. 

La formation qui se fait sur le tas où l’initiative des concernées est importante mais où l’intervention de plusieurs initiatives, le plus souvent discrètes, en tout les cas rarement avouées sont omniprésentes. Djamila dit de ses débuts dans l’activité :

Personne ne m’avait montré, à l’époque personne ne pouvait m’apprendre malgré l’existence de quelques femmes qui connaissaient  le métier, elles le gardèrent pour elles même, puisqu’il est source de leur revenu.  C’est ma mère qui m’encourageait plus, elle me donnait de tissu pour le coudre bien qu’elle sache  que je ne  confectionnais  pas bien. Lorsque je rate une robe, elle s’en chargea de la porter. 

A. L’auto formation

L’auto formation est liée au développement de l’activité ou plutôt à la réussite dans l’activité et au fait que l’on est sollicitée, les deux sont déterminées par les solidarités féminines parentales qui apparaissent graduellement chez l’ensemble des enquêtées. Ces solidarités sont multiples et interviennent à plusieurs niveaux.  Pour les ainées, la mère est omniprésente autant dans la formation, l’acquisition d’outils que lorsqu’il s’agit d’épauler sa fille. C’est au cercle de voisinage, qui n’est rien d’autres que celui de la parenté, c'est-à-dire des cousins et cousines que les demandes se font et les gains se réalisent :

Quand j’ai cousu une robe pour ma mère, mes proches parentes et des voisines lui demandèrent où elle la faite. C’est ainsi qu’elles venaient vers moi pour leur confectionner. Je me souviens de la première fois où j’avais reçu de l’argent de la part de ma tante  pour une robe qui n’était pas bien faite. 

On devient d’abord couturière chez soi avant de prétendre à une activité lucrative, une fois que sa réputation gagne en terrain d’abord dans les cercles parentaux et puis ceux du village. Tant que le travail se fait à domicile au sein d’un espace clos et contrôlé, les hommes de la maison laissent faire et les femmes saisissent l’occasion pour trouver des vertus  à ces activités en argumentant les biens faits, les méritent et surtout en soulignant que ce genre d’activités ne dérogent pas aux règle sociales et à la rigueur du contrôl. Les métiers investis  obéissent à une logique de division de travail social par sexe. Le travail domestique mis au service d’une consommation plus large à l’exemple de la couture et de la coiffure. La formation a été tributaire de l’évolution de l’offre de formation au niveau local.

La formation a été d’abord clandestine, le fait de femmes plus âgées, natives de la région ou venues de régions limitrophes mais qui ont toutes grandies dans de grandes villes comme Alger  ou des villes moyennes plus proches. Les solidarités féminines des concernées et des femmes acquises à la formation et le travail ont été mises à profit dans l’accompagnement des ces formations. La fréquentation des centres de formation s’est faite avec la scolarisation généralisée des filles de la région. C’est la réputation de connaisseuse en couture qui donne l’envie de perfectionnement dans le métier et motive les concernées à plus d’apprentissage au-delà des frontières du village.

B. L’apprentissage institutionnel

L’apprentissage institutionnel a connu un « frein à l’insertion sociale de la jeune fille (qui) vient de la volonté de la puissance publique (Etat) qui dans son dispositif de formation professionnelle et d’apprentissage réserve une faible place aux filles. Elles n’ont droit qu’à 28% des places pédagogiques des CFPA et CFA ; et de plus, seulement dans la branche textile et de l’habillement (38% des effectifs) ou dans le secteur des emplois de bureau (50% des effectifs)[17] . Quand bien même il y a possibilité de formation, seules celles qui ont un niveau minimale de scolarisation peuvent prétendre, et lorsque cela arrive, le métier de dactylographe bute sur les recrutements comme ce fut le cas de Djamila, qui a dû abandonner le métier faute d’emploi.  

La formation n’étant pas ouverte à toutes les candidates parce que nécessitant un niveau scolaire, celui d’acquérir au moins le niveau de la seconde, « pourtant la demande en formation des filles est très importante. Ainsi, par exemple, toutes les écoles de coutures sont saturées et lorsqu’une nouvelle école de couture s’ouvre, c’est une avalanche d’inscription de jeunes filles de 14 à 20 ans qu’on observe »[18]. Des enquêtées, dépourvues d’un niveau scolaire requis ou ayant dépassé l’âge, usent de formations auprès de couturières  confirmées, deux parmi d’entre elles sont venues d’Alger, l’une ayant été formée lorsqu’elle était jeune fille chez les sœurs blanches. « Enseignement des missionnaires a fourni des promotions de fonctionnaires et de cadres moyen qui accédèrent à un rang plus élevé que celui de leur milieu d’origine. Il fut perçu comme un moyen d’élévation sociale, si l’action scolaire avait connu, à ses débuts une hostilité affirmée  dans un contexte plus généralisé d’opposition à la domination coloniale, elle était de venue attractive »[19]. Les générations qui en sont issues, brillent certes par leurs absences sur la scène publique mais on se rend compte qu’elles sont présentes à travers des actions pédagogiques comme ce fut le cas de cette enseignante en couture.

La trajectoire de Zoulikha, reste expressive d’une réalité complexe et commune à plusieurs filles de sa génération et de sa situation sociale. En effet, une femme résidente initialement à Alger, rejoint le village d’à coté avec son mari pour y vivre et elle décide d’organiser des cours d’apprentissage de broderie chez elle pour les filles des différents villages. Il reste que les cours sont dispensés pour beaucoup de filles dans la discrétion la plus possible, et chacune gère ces moments d’apprentissage en fonction de sa situation propre :

Au début, les gens ne me connaissaient pas, mais je confectionnais  des jupes et des robes pour les écolières de mon entourage. C’est de cette manière que j’étais devenu une couturière chez moi. Un jour, une femme de Sidi Aïch était venue d’Alger, elle voulait faire apprendre la broderie, un métier qu’elle connaissait très bien, elle me proposa de me l’apprendre. Cet apprentissage avait posé de problème, puisqu’il fallait se déplacer à sidi Yehia et c’était impossible de sortir sans autorisation. Une fois de plus le control persistait, je pouvais sortir, mais il fallait être conforme à l’environnement. Ma mère m’avait donné l’autorisation, je décidai de y’aller en cachette.

En contrôleur de l’ordre social, le frère unique s’aligne avec la gent masculine pour veiller au maintien de l’ordre social et impose une conduite stricte à ses quatre sœurs dont la plus grande d’entre elles, celle qui nous concerne dans ce propos et qui le dépasse d’âge mais auquel elle doit obéir ce qui l’oblige à ruser avec cet ordre : elle justifie tout déplacement en usant de complicités avec les femmes du village et de sa mère. Elle se déplace au village distend de la maison familial de trois kilomètre en compagnie de ses sœurs et des autres filles du village mais jamais seule,  choisit les horaires où elle doit se rendre à son apprentissage et qui coïncide avec les moments où le frère travaille, au lieu d’étaler ses cours sur l’ensemble de la semaine, elle y va que trois fois la semaine :

Personne ne le savait sauf ma mère et mes copines, les autres membres de la famille, hommes et femmes, ne le savaient pas. Je faisais de la broderie 3 fois par semaine, mais chaque fois que quelqu’un me demanda où tu va, je ne disais pas la vérité, je racontais autres chose. Mon but c’était de cacher, puisque si les gens prenaient connaissance, ils  produiront des scènes sur moi… durant 2 mois, j’apprenais avec mes sœurs. Jusqu’à présent, personne ne le sait, mon frère ne le savait pas. Parfois, quand je savais que mon frère va rentrer tôt, je quittai les cours avant l’heure pour éviter les problèmes, malgré que j’aie payé pour les deux heures. Il me suffisait qu’elle me donner des points, et moi je travaillais à la maison.

A partir de 2002, les choses ont bien changé, un CFPA à ouvert ses portes et un lycée à proximité du village a déjà reçus ses premières classes d’élèves ou il y’a des jeunes filles outre un collège ouvert aussi aux jeunes filles qui a permis des vas et viens de jeunes filles. Ces conditions ont contribué relativement à adoucir l'atmosphère. Cette situation a encouragé les filles à faire d’autres formations et tout le monde a fini par le savoir :

J’apprenais la confection de prêt à porter, c'est-à-dire la couture moderne, chez une femme qui a étudié chez les sœurs blanches à Alger, auparavant je faisais de la couture traditionnelle. La couture moderne exige une maîtrise de façonnement, l’utilisation  des patrons, des mesures et des dessins…etc. En 2002, je m’étais engagée dans la formation avec ma copine qui m’avait informé. J’ai beaucoup appris grâce à elle, Sur une durée de 9 mois, je payais 400 DA par mois  pour 3 séance par semaine, une séance durait 2 heures. 

La formation se fait toujours en parallèle avec l’activité qui se réalise à la maison étendant son réseau relationnel en termes d’information, de commande et de diffusion qui se font par des cercles de parenté additionnés pourrait-on dire en ce sens que chaque fille ou groupe de filles dans un village constitue son réseau de sœurs, tantes et cousines que l’on met au service d’un autre réseau et en contre parti on met à profit l’autre réseau et ainsi de suite. Ces réseaux sont efficaces dans la mesure où ils obéissent à une logique que les jeunes filles ont instaurée dans leurs différentes démarches basée sur l’entente, l’esprit collectif, la circulation de l’information et la discrétion dans les démarches.

Pratiquement, le réseau est affirmé lorsqu’il s’est agit de la formation car les deux femmes, venues d’Alger  dont il a été question précédemment ont organisé un véritable programme d’apprentissage au profit de ces jeunes filles respectant pour toute à chacune ses contraintes propres. La réussite de ce réseau social tient au fait qu’il est parti d’un groupe restreint de jeunes filles au village de Sidi Yahia  pour s’étendre, quelques années plus tard, à cinq ou six village environnants et la formation a duré plusieurs années.

Il semble que la chose ne se présente pas de la même manière pour les filles ayant un niveau d’instruction supérieur comme cela est le cas de Kahina. Celle-ci est certes rattrapée par le contrôl social, elle reste soumise et obéit aux orientations de sa famille dans ses choix :

Au début je voulais faire de  l’informatique mais mon frère m’avait encouragé à faire de la couture…. mon frère me disait que la couture est un bon métier pour les filles et que j’aurai besoin de ça. Comme j’avais le niveau terminal, j’avais l’opportunité d’accéder directement à la formation de tailleur. 

Cependant, elle semble sure dans ces démarches, a connu moins de contraintes, elle est le plus souvent accompagnée. En effet, elle s’est directement orientée vers une formation institutionnelle, après le CFPA, elle fait une autre formation plus importante à Bejaia, ville distante de son lieu de résidence d’une soixantaine de kilomètre mais rendu possible grâce au régime d’internat. Kahina disait, de sa formation ce qui suit :

C’est une formation qui avait duré 2 ans, je suivais une formation de tailleur ici au CFPA de Chemini, puis je me déplaçais à Bejaïa pour une formation de styliste modéliste durant une année. (….) je ne me déplaçais pas quotidiennement puisqu’il y’avait un internat à Béjaia. J’ai appris beaucoup de chose que je n’avais pas apprise ici au CFPA de Chemini. J’obtiens le diplôme de styliste modéliste en 2007. 

La nature de l’activité influe considérablement sur le type de formation, parce que si la préparation des plats et des gâteaux ne nécessitent pas une formation particulière, la couture, la broderie et le prêt-à- porter semble être mieux reçus que d’autres métiers tels que la coiffure. Un regard particulier semble se développer autour de ce dernier, sa venue au village, restée très timide, pendant une période, son développement limité dit long sur la représentation associée à la coiffure. La formation reste recherchée. Kaltouma a travaillé d’abord comme apprentie pendant plusieurs mois avant d’intégrer une formation qui s’est ouverte à la maison de jeune de Chemini sous l’initiative d’un directeur natif de la région qui a estimé nécessaire de faire des formations manuelles à ceux qui en réclame sans tenir compte d’une exigence scolaire particulière. La coiffeuse voulait s’installer dans la région.

La formation a duré à peine quatre mois pour s’arrêter. Kaltouma a du attendre une première session, puis une deuxième pour terminer sa formation au CFPA qui était expéditive, elle a dû travailler chez plusieurs coiffeuses, des fois de manière alternée, en fonction du flux limité ou important de la clientèle, qui varie selon la densité de l’activité importante pendant la période des fêtes en été et qui est nulle en automne et hiver. La formation proprement dite dépend de l’apprentissage et de l’expérience acquis chez des particuliers, il semble que la rareté des salons de coiffures accentue le besoin d’affirmation et permet aux rares détenteurs de salons de coiffures d’exploiter cette situation.

Le premier salon coiffure de la région est ouvert par un homme, tenu par sa femme qui se débrouillait à peine dans le métier, et pour combler ses limites elle eu recours à des recrutements de coiffeuses débutantes comme ce fut le cas de Kaltouma, qui a travaillait chez elle deux années de suite,  et d’autres filles apprenties qui travaillent au même temps, par moments la boutique est tenue seulement par la gérante par moment, lors des mariages, toutes les filles sont mobilisées.

C. Travail, condition de travail et l’expérience salariale 

Pratiquement toutes les enquêtées ont composé entre travail chez soi, apprentissage, formation et accumulation d’expérience à domicile. Cette composition se fait toujours suivant un rythme collectif, parfois les filles participent à la même activité, comme c’est le cas de Kaltouma qui, pendant de années, a accompagné sa grande sœur dans ses activités de couture et de broderie en attendant de faire sa formation. Avec la participation de leurs troisièmes sœurs, elles ont constitués pour ainsi dire une entreprise familiale informelle dont la portée est limitée à la clientèle villageoise et parentale. Cette logique collective de travail que l’on retrouve dans la formation, le travail et la rentabilité, permet de maximiser le capital relationnel dont peuvent disposer les filles, individuellement ou en groupe, autant lorsqu’il s’agit de l’information sociales et institutionnelles, des moyens et techniques de travail et de l’organisation.  Cette solidarité est mobilisée à tout moment, pour faire avancer un projet ou faire face à des résistances sociales, ou en famille face à un frère, un oncle ou au village, face à un cousin ou voisin. Le travail à domicile, qui réunit des sœurs et proches parentes, rend l’atmosphère bon enfant avec un rythme de travail plus ou moins soutenable parce que n’obéissant pas à un ordre chronologique, ni à un ordre hiérarchique qu’impose la logique salariale, l’ordre est institué par les concernées elles mêmes y sont gouvernées par la respectabilité.

Au fait, c’est avec les premières rémunérations qu’on obtient que change la perception des enquêtées autant de leurs situation propre au présent, de l’idée qu’elles se font de leurs métiers et de leurs investissement future qui reste déterminant, Zoulikha dit à ce propos :

J’étais très contente de recevoir l’argent que j’avais gagné de mes propres mains. Je sentais que j’avais un but dans la vie, c’était différent de l’argent que les parents me donnaient. A l’époque, on ne pouvait pas compter sur eux, ils étaient pauvres. Je n’avais pas gagné une grande somme, mais peu à peu les choses s’étaient améliorées. 

Cette première expérience permet selon les dires des concernées de se faire une suffisante réputation pour être sollicité à occuper un poste de travail et gagner un peu d’argent. C’est ainsi que la plus âgée a été embauchée dans un atelier à Sidi Aich, à 12 kilomètres du lieu de résidence, alors que ses deux sœurs ont continué à maintenir l’activité à domicile. Le travail dans ce qui est appelé atelier est difficilement cernable. Il s’agit d’un atelier clandestin, tenu par une mère de  famille créé à son initiative mais dans l’apport matériel du mari est conséquent puisqu’il a été question de machines industrielles dans des conditions de travail difficiles :

Je travaillais dans un atelier à Sidi Aich chez une femme qui avait un local. Je gérais le travaille puisque la patronne avait des jeunes enfants. C’était difficile car il y’avait une carence d’effectif, il y’avait  juste une stagiaire, moi et la patronne. 

Ce passage vers le travail dans l’atelier est une découverte pour la concernée avec tout ce que cela entraine de changements dans ses habitudes imposées par les restrictions de l’atelier en terme de liberté de gestion du temps, de l’effort et des rapports :

Je n’avais pas l’habitude de travailler avec les machines industrielles, chez moi je travaillais avec la machine à pédale mais j’avais appris très vite. Je demandais à la stagiaire de me montrer. Donc, j’étais devenu salariée, je partageais les bénéfices avec la patronne. Le local n’était pas spacieux, il n’était pas équipé, nous ne gagnions pas beaucoup. Je n’étais pas assurée, puisque la propriétaire n’avait pas déclaré son activité, faute de moyen. Je fournissais d’efforts mais je gagnais peu, et encore je le dépensais dans les frais de déplacements. Ces conditions m’avaient poussé à quitter ce poste après 9 mois. 

Ainsi, l’on découvre un autre rapport au travail, celui de la rentabilité mesurée par l’ordre le chronomètre et dont nous n’avons pas de contrôle sur le fruit de son travail qui ne s’exprime que par la vente de sa force de travail. Juger les conditions du travail qui sont dures, le cout des déplacements et la non maitrise du rapport de travail, on se rend vite compte, lorsqu’on peut prétendre aux moyens, qu’il serait plus porteur de travailler à son compte.

Ce travail en tant que salarié même s’il n’a pas été concluant parce que l’on découvre que le travail dans des conditions difficiles, non régulé, non couvert par la sécurité sociale, mal rémunéré et qui se fait le plus souvent sous les regards désobligeants de la société qui vous rappelle à chaque regard et réflexion  que vous n’êtes pas à votre place :

Ils parlaient en mon absence, ils me lançaient des regards insupportables et ça me faisait très mal. A présent, les gens qui étaient sévères autrefois, de nos jours, ils deviennent tolérants avec leurs filles, mais pour moi, que je sorte, ils voient toujours que ce n’est pas approprié. Pour eux il ne faut pas  que je change ou je m’améliore. 

Néanmoins celui-ci est, pour la majorité de jeunes filles qui n’ont d’autres choix que de garder ce travail ou revenir à la maison, celui-ci est vécu paradoxalement avec beaucoup de résignation comme le constat a été déjà fait : «Ce travail n’est point vécu et reconnu, si les jeunes acceptent de maigres salaires et des conditions de travail insupportables, c’est pour compléter le maigre revenu régulier de la famille. C’est surtout pour prouver leur utilité aux parents et à la famille »[20] .

En comparaison avec les couturières ayant un niveau d’instruction plus élevé, la terminale et ayant un  ou plusieurs diplômes notamment dans des spécialisations recherchées comme styliste modéliste, il semble que les choses se présentent autrement. En effet, elles présentent plus d’aisances dans leurs démarches auprès des instances administratives pour l’obtention soit du travail ou de l’aide. Elles sont sollicités au point où plusieurs offres de travail leurs sont fait sans qu’elles n’aient à les rechercher. Etre titulaire d’un diplôme recherché donne plus de mobilité et de choix ce qui permet à la détentrice d’accumuler expérience varié en un temps  record avant de décider à se fixer autour d’un projet de son choix, à ce propos Kahina dit :

J’avais contacté un atelier ici à Chemini pour acquérir de l’expérience, le côté pratique de ma formation. Je travaillais dans un atelier pendant 4 mois et je m’étais retrouvée dans un autre atelier. Je changeais d’atelier puisque le patron travaillait sur commande et il s’arrêtait après la fin de la commande. Je n’attendais pas, je cherchais directement autre chose. Je gagnais un million par mois, le même salaire dans ce nouvel atelier. J’ai ensuite  contacté l’ANEM. J’avais quitté le  deuxième atelier où je faisais de la broderie sur machine, j’étais restée à peu prêt 5 mois puisque je cherchais à être assuré. Je me déplaçais d’un atelier à un autre en disant que je cherche un emploi dans le cadre de l’ANEM  jusqu’à ce que je trouve une place dans cet atelier où je travail actuellement. 

I.4. Réalisation des projets

A. Avoir son affaire : Coût et contribution des jeunes filles et leur entourage

L’ouverture d’activité à son compte est conçue comme une aspiration, une consécration dans le métier d’où la tentative de plusieurs enquêtées pour bâtir leurs propres affaires. L’entreprise connait un parcours de combattant pour plusieurs d’entre elles. Elle suppose l’adhésion d’au moins un des hommes de la famille, voire d’un tuteur moral et l’accompagnement doit se faire lors de toute la procédure. Ces éléments apparaissent pour l’ensemble des enquêtées. La tentative d’ouvrir sa propre activité intervient pour la plupart après avoir travaillé dans un atelier pour une période allant de quelques mois à une ou deux années. L’abandon du travail rémunéré, le retour vers le travail à domicile ou l’on gagne moins mais dans des conditions certes meilleurs mais clos :

Quand je sortais, je revenais avec des nouvelles idées, mais une fois que je regagnais la maison, je ressentais que je suis à zéro, c’est comme si je n’avais rien fait, je voulais le changement. J’ai des idées, j’ai des projets mais je n’ai pas les moyens, l’argent, de quoi commencer. 

En réalité, le passage du travail à domicile vers le travail dans un atelier est vécu par les intéressées comme étant une dégradation en même tant qu’elles acquièrent de la certitude, du moins une certaine assurance quant à leurs capacités à gérer l’activité à la fois dans l’organisation, l’acquisition de la matière  première, la maitrise du travail et de sa gestion et la maitrise de la clientèle et la diffusion de son produit.

Toujours encouragé par un parent, qui peut être la mère ou la sœur, l’idée a déjà muri chez l’intéressée, le plus souvent le projet est cultivé discrètement depuis des années. La confidence est faite pour un parent ou une copine sures. L’idée est généralement accompagnée par des économies  accumulées à travers plusieurs activités de plusieurs années. Pour le cas de Zoulikha, elle a été stimulée par l’information qu’elle a eue et selon laquelle l’ANSEJ aide les jeunes cherchant à développer une activité :

 J’ai entendu parler de l’ANSEJ à la radio, puis je me suis déplacée à la mairie pour demander l’information, ils m’ont donné des formulaires, je me suis déplacée aussi à la wilaya. À la fin ils ont refusé mon dossier, puisque je n’ai pas de possession, le garage que mon cousin ma procuré à un prix symbolique est de la location. C’est pour ces raisons que j’ai abandonné, j’étais fatiguée de faire de la couture. 

L’information reste vague, elle concerne des généralités diffusées lors d’émissions de vulgarisation qu’elle écoute le plus souvent en kabyle, à la chaine II et la chaine I qui diffuse en arabe mais lorsqu’il s’agit de la constitution du dossier elle reste tributaire des agents de la mairie qui eux même ne maitrisent pas le dossier parce que n’appartenant pas à l’ANS.

Loin d’avoir une idée des démarches à suivre dans l’ensemble et dans le détail, elle s’est contentée de suivre les orientations limitées qu’elle a pu recueillir autant auprès de fonctionnaires, de cousins le plus souvent intéressés et des informations qu’elle glane auprès des filles qui font elles mêmes des démarches similaires. En parallèle, des stratégies de négociation, de ruses et/ou d’évitement sont développées à l’endroit de ceux qui s’opposent.

En effet, les aides qu’offre l’ANSEJ aux activités de jeunes sont alléchantes autant pour les jeunes filles que pour les hommes. Elles sont à l’origine des offres d’aides dont a fait l’objet, un cousin, le fils de l’oncle à l’origine de ses problèmes de scolarité et de formation. Etant à la recherche d’une opportunité de fructifier son local, il lui propose d’utiliser ce dernier pour exercer son activité de couture sans pour autant leur établir un contrat de location se limitant à une simple attestation communale.

Cette première tentative ayant échoué, la jeune Zoulikha reste toujours encouragée par son entourage familial, elle décide de louer un local auprès d’un particulier et d’ouvrir sa propre activité artisanale avec assurance mais le local, le seul qu’elle a pu trouver,  est situé à un endroit qui manque de discrétion :

Le local manquait de moyens, il n’avait même pas de porte, je lui ai juste mis un rideau, mais j’avais des clients hommes et femmes. Mais, je perds des clients puisque le local est situé loin de ma demeure. 

Au fait le local en question est situé à l’entrée du village, très en vu, mais comme les clients, composés parfois d’hommes et de femmes, venaient de tous les villages environnants les jeunes du village veillent au grain, leur présence gêne autant la venue des hommes qui  ne s’aventurent pas parce que la boutique est tenue par les seules femmes, et quelques femmes évitent cette boutique parce qu’il y a en permanence un regroupement de jeunes du village juste en face:

Dans ce deuxième local, c’est un peu difficile, il y a trop de monde ici. Nous sommes exposés  aux regards des gens, particulièrement,  si les femmes  veulent entrer, elles ne pourront pas. Parfois nous assistons même à des bagarres dans ce coin. Les gens remarquent si un étranger rentre, et ils posent des questions. Un jour, un vieux est rentré dans mon local par erreur puisqu’il ne voyait pas l’enseigne, il avait cru que c’est un magasin. A l’extérieur quelqu’un l’ont blâmé et lui ont dit pourquoi tu rentre dans un espace de couturières. C’est pour vous dire qu’il y’a toujours le contrôle. 

Le coût proprement dit de l’ouverture d’une activité n’est jamais donné, tout comme la contribution des uns et des autres parce qu’il se fait par petite accumulation d’investissement financier mais aussi par récupération de matériel. On se contente de la machine à coudre offerte par la mère à une certaine date ou du comptoir d’un salon de coiffure racheter à bas prix il y a quelques années et des travaux qu’on réalise dans un local et on met les membres de la famille à contribution gratuitement, on démarre toujours modestement comme dit Zoulikha :

Petit à petit, ma mère m’a acheté les catalogues qui existaient sur le marché. Je commençais à dessiner là où je trouvai un dessin, je le reproduisais sur le papier- glass. Je travaillais sur commande chez- moi. C’est comme ça que j’avais démarré. 

Les contributions familiales ne sont pas déclarées par pudeur et sentiments de redevance même si l’on fait allusion. On ne donne jamais de chiffre par contre notre connaissance des histoires familiales nous ont aidé à déduire que le projet d’une telle à démarré pratiquement avec l’obtention d’un rappel de pension de la mère, et l’autre a acheter une machine à coudre avec le retour de l’oncle maternelle de France et l’on comprend qu’elle a été aidé financièrement. L’aide n’est pas limitée seulement à des cercles parentaux du village mais reste diversifié, les réseaux d’entraides sont aussi ceux des femmes famille maternelle, de celles du village ou des villages ou il y’a eu échange de femmes mais aussi des cercles amicaux.

Au niveau des administrations, se faire accompagnée par un cousin ou un frère reste toujours indispensable ou solliciter sur place l’aide d’un agent qu’on touche pour parce qu’il a des liens parentaux ou matrimoniales avec un membre de son village est toujours actionner. Ainsi, dans les services de l’APC plusieurs agents appartenant à plusieurs villages sont souvent approchés au nom d’alliances passées ou présentes de quelques natures que ce soit et à défaut de l’appartenance au même village suffit à activer une forme de solidarité. Il reste que ce genre de solidarité a ses limites dans la mesure où les agents eux même sont dépourvus de moyens d’aides mis à part une maigre information. La chose devient plutôt plus délicate lorsqu’il s’agit des administrations au niveau de la wilaya ou propre à la jeunesse, ce genre de contact n’est le plus souvent pas disposé pour les filles.

L’ouverture d’un salon de coiffure par la sœur de l’enquêtée précédente s’est déroulé autrement, elle a d’abord accompagné sa sœur dans les différentes activités  de couture et de broderie, elle a travaillé sous son autorité et directive la faisant bénéficier des différents réseaux féminins d’apprentissage et de consommations d’importance surtout pendant l’été, saison pendant laquelle les algéroises s’y rendent en masse à la veille de chaque fête d’où le besoin de recruter des apprenties. 

L’argent qu’elle a économisé de la coiffure et de la couture lui a servi d’acheter le matériel nécessaire à l’ouverture de son activité de manière informelle en aménageant une partie d’un garage au rez-de-chaussée de la maison d’un cousin que sa famille habite. Elle reçoit une clientèle choisie notamment durant les périodes des fêtes. Elle a continué de travailler dans l’attente d’une demande de local. L’idée de s’intéresser à la coiffure était déjà là chez l’enquêtrice, elle l’a renforcé avec ses pertinentes constatations et contacts avec les jeunes filles qui venaient à l’occasion des fêtes particulièrement lorsqu’elles se préparaient en commandant des tenues vestimentaires de parler de leurs chevelures.

Elle a débuté comme apprentie chez une coiffeuse, native du village, mariée à Alger ou elle a appris la coiffure, elle revient au village pour ouvrir le premier salon de coiffure du village, celui-ci juxtapose la maison parentale, le père émigré étant décédé, la mère gère les affaires de la famille. Elle ouvre alors un salon au chef lieu de la commune, à un endroit discret propice à cette activité, elle a reçu une aide financière qu’elle a demandée auprès de l’Anem.

Les aides dont les filles bénéficient reste minime mais importantes même si dans la plus part des cas elles n’en sollicitent que lorsqu’elles ont un complément de ressources, elles appréhendent pour beaucoup la redevance. Par contre, elles sollicitent l’octroi d’un local pour abriter son activité, elles le font pour celles qui ont déjà fait l’expérience d’une activité privée pour plusieurs années. L’octroi d’un local vient beaucoup plus tard après une patiente attente mais les filles estiment qu’il s’agit d’une aide considérable.  

Les filles mettent à contribution essentiellement leurs savoirs-faire dont elles se sentent dans l’obligation d’améliorer parce que la critique est importante. Comme elles mettent à profit leurs réseaux de connaissances en commun et tiennent à maintenir leurs activités, les espaces qu’elles occupent sous un autocontrôle continu pour garder l’image d’honorabilité recommandée au prix de multiples restrictions. Celle-ci est déterminante pour la fréquentation de leur  boutique par les villageois.

Les deux enquêtées sur les cinq qui ont pu ouvrir une affaire à elles, à noter que sur l’ensemble des filles qui travaillent au village celles qui ont pu monter une affaire est proportionnellement très réduit, elles mettent en avant les limites des gains compte tenu des charges dont elles doivent s’acquitter dont le loyer et l’électricité : 

Je veux travailler pour gagner plus puisque je paye le loyer, je ne gagne pas autant, je n’ai jamais dépassé 20 000 Da de rente par mois. Nous sommes deux couturières, et une stagiaire qui travaille avec le contrat de l’ANEM. Je souhaite avoir de grande machine, avoir plus de main d’œuvre. 

L’aide de l’Etat reste la meilleure compensation notamment lorsqu’il s’agit de l’octroi d’un local dont le cout de location chez un particulier reste élevé  mais il se trouve que le manque de communication et d’informations, voire l’absence de service spécialisé en la matière épuise les demandeurs comme le souligne Djamila en parlant de ses démarches auprès des services communaux :

Je ne l’ai pas demandé puisque je suis fatiguée des démarches administratives et de la paperasse. Cela m’était arrivé par ignorances des procédures de me déplacer à Azrou (Chemini) pour rien. Je me suis dit que j’étais dans la couture qu’est ce qui m’amène à la paperasse. 

Les activités et les gains qui en résultent restent modestes même si les enquêtées ont tenté d’améliorer leur rentabilité en explorant d’autres voies s’approchant des commerçants auprès de qui ils ont pris des commandes mais il se trouve que le marché impose ses règles et l’ensemble des couturières sont perçues comme médianes entre un travail artisanal domestique à qui on reconnait des compétences mais avec qui on ne prend pas  de risques.  A ce propos Zoulikha dit :

J’ai déjà essayé de travailler avec des commerçants ça n’a pas fonctionné puisque je n’ai pas les moyens de faire des grandes quantités. C’est un travaille qui nécessite beaucoup de temps. Quand je travaille avec les  commerçants c’est avec des prix de gros, et dans ce cas je gagne peu. 

Indépendamment des préoccupations précédentes, il se trouve que les couturières plus que les autres métiers rencontrent un problème de taille, celui de la concurrence, d’abord industrielle, mais aussi artisanale compte tenu du nombre important de couturières et surtout la présence sur la marche de la marchandise chinoise :

Le marché chinois limite notre commerce. Les Chinois vendent à des prix moins chers, par exemple, une tenu que je confectionne moi à 5000 DA, au marché chinois elle se vend à moitié prix. Je connais des couturières qui ont fermé leur atelier par rapport à la concurrence. 

B. Résultats et retombées sociales, matérielles et symboliques 

Toutes les filles n’ont pas pu arriver à créer chacune sa propre affaire, seulement deux sur les cinq ont un salon de coiffure et boutique de couture parce que toutes les activités ne s’y prêtent pas. Seulement quelques unes ont pu avoir les soutiens nécessaires pour réussir leur installation. En effet, ouvrir une boutique pour cuisiner et vendre des mets n’est pas possible dans une région ou chaque foyer est pourvu de femmes qui prépare des plats de tout genre et ou la demande est très limité, des voisins peuvent dépanner un éventuel demandeur.  

Seul le travail de couture et de coiffure semble s’apprêter à des offres de services publiques. Ces activités permettent aux filles et femmes du village d’avoir des services de couture disponibles voire même à domicile avec lesquelles des modes d’échanges variés sont garantis comme le système du troc par le biais d’échanges de services et de biens entre les couturières et les clientes du villages. Comme elles adoptent largement  les facilités de payements en étant large dans le payement de leurs services. Ces procédés permettent aux plus pauvres des filles et des femmes de satisfaire des besoins important au regard de la société. 

Les couturières sont assurées de la disponibilité d’une clientèle plus ou moins permanente puisque c’est une clientèle que l’on entretien depuis toujours. A ce niveau, les filles remplissent des fonctions importantes au sein du village celles de l’entretien du corps et de son habillement dans la mesure où elles participent à tout les événements heureux qui s’y passe. Elles en gagnent en respectabilité  au village où toutes sont assurées d’une protection villageoise dans l’exercice de leur travail. 

Même si ces jeunes filles déclarent toutes qu’elles ne sont pas bien payées, leurs gains les mettent dans une certaine indépendance, elles se sentent utiles et rentables aux yeux des parents, cousins et voisins. Leur travail leur permet de sortir de la maison, d’être au courant de ce qui se passe au village et au-delà de ses frontières, elles gagnent des portions de libertés qu’elles ne peuvent pas obtenir autrement tout en se gardant de respecter les restrictions qu’on leurs impose même si elle n’est pas aussi importante comme les travailleuses de l’usine chez qui le « travail a libéré l’ouvrière de l’enfermement du foyer dans le sens où il élargi son champ social   et géographique, il l’a sorti de l’isolement du foyer pour la faire accéder à un lieu de socialisation nouveau (l’usine) »[21].

Le travail leur permet  aussi de créer un espace de sociabilité lorsqu’elles travaillent à domicile, un espace féminin et générationnel qui leurs permet de partager des préoccupations commune autant professionnelles que personnelles. 

Le travail de la couture et de la coiffure ne leur permettent pas pour autant d’accéder à un statut matrimonial même si l’aspiration existe. Généralement, toutes les filles qui trouvent un mari finissent par ce ranger et abandonner le métier de la couture  ou dont faire un usage familial rarement lucratif   et on ne peut dire la même chose des coiffeuses qui généralement sont les moins sollicitées au mariage.

Nos enquêtées sont restés pour la plupart d’entre elles célibataire, les activités qu’elles assurent leur permettent de mieux vivre leur célibat et de cultiver l’espoir de fonder un jour un foyer. En attendant, elles vivent légitimement leur place autant dans la famille qu’au sein de la société.  

Conclusion 

 A la fin de cette recherche qui a porté sur cinq cas d’enquêtée dont trois sont couturière, une coiffeuse et un qui roule le couscous et prépare des gâteaux. Trois enquêtées sont du village de Djenane, les deux autres  de Semaoun. Les enquêtées ont, pour les trois d’entre elles été d’une façon ou d’une autre obligées  d’interrompre leurs scolarité tôt. L’une d’elle ayant atteint le niveau terminal et la dernière le niveau primaire. Les cinq enquêtées ont évoluées dans des familles nombreuses mis à part une, elles ont toutes évoluées au village et issues de familles modestes, deux sont orphelines sous la tutelle de l’oncle paternel puis celle du frère.

Les enquêtées, pour les quatre d’entre elles sont amenées à débuter leur activité par nécessité économique et à force d’oisiveté. La cinquième, quant à elle, s’est mise à travailler après deux formations de suite. Les activités sont pour la plupart d’abord domestiques et non lucratives puis, après confirmation deviennent monnayables. Le travail se fait au même temps que l’autoformation qui se fait à travers des cercles de parenté les plus restreints pour ce développé avec l’offre de formation locale et à domicile qui est le fait d’ancienne couturière ayant fait été formé et travaillé à l’extérieur, dans de grande villes comme Alger. C’est ainsi que les facteurs de changements viennent par les femmes et de l’extérieur. L’apprentissage institutionnel reste sélectif parce que ne prévoyant pas plusieurs métiers, n’offrant que peut de places pédagogiques aux filles comparées à celles mises au profit des garçons en nombre, en variété et en qualité et du fait des exigences scolaires. Le recours à une formation locale, domestique se fait par vagues générationnelles, contre l’ordre social au départ, sous son contrôl par la suite et avec son adhésion pas. Cet ordre se développe avec l’évolution de la société sous l’effet d’exigences sociales que provoque le marché matrimonial suite au prolongement du célibat masculin et par conséquent du célibat féminin : Chaque famille au village enregistre deux à trois filles en âges de se marier qui ne le sont pas.

On ne peut à proprement parler de choix d’activités puisque les choix sont conditionnés du fait que l’on soit filles, destinées  essentiellement aux travaux domestiques et à la reproduction biologique d’où l’impossibilité d’imaginer une activité qui sort des choix de l’ordre social. Ce conditionnement est d’autant plus vrai que la société, suggère, impose et ne fait que tolérer des activités déterminées : la couture, la broderie le savoir faire culinaires sont suggérés, la coiffure est plutôt toléré.  Cela explique les limites de notre enquête, il nous a été difficile de trouver des activités autres que celles citées.   

Le fait que les activités sont « choisies » en fonction des besoins, des attentes et sous l’encouragement de la société, il se fait  aussi avec le concours de la société et sous son contrôle. On effet depuis les débuts, les filles font chaque pas avec l’encouragement réfléchi d’un ou de plusieurs parents et face à d’autres qui veillent à ce que l’ordre soit maintenu. Chaque changement n’est admis comme évolution que lorsque la preuve qu’il ne perturbe pas l’ordre est fait, ce qui explique que l’on a recours à la persuasion, la ruse ou l’évitement, le conflit ou la négociation comme cela a été montré à travers les cas étudiés.

C’est ainsi que le choix du travail à domicile est le plus souvent admis, les activités sont assurées dans des espaces domestiques ou proches. Le fait que les démarches se font collectivement, le travail en groupe féminin en impliquant à chaque étape des parents  qu’ils soient femmes ou hommes comme à la fois, garant, protecteurs et témoins relève de cette logique sociale. Les activités assurées s’inscrivent profondément dans l’ordre culturel de la société où les choses peuvent bouger mais seulement dans un ordre préconçu  pour lequel tout le monde s’y accorde quelques soit les opinions qu’on affiche. Le temps fait son travail, il rattrape les plus réticents  aux changements et bousculent relativement ceux qui y résistent. Il se trouve que la gestion du temps se fait suivent des exigences de cet ordre, les femmes évoluent à des moments ou les hommes sont absents du village, elles se déplacent à l’abri des regards masculin mais toujours sous les regards des femmes plus âgées et des vieillards. Elles se rendent chez les couturières quand elles sont sures que les hommes sont occupés en dehors du village, de même les couturières se déplacent vers d’autres villages ou au chef lieu communal pour s’approvisionner en tissus et autres besoins à des moments choisis comme propices. Le pic d’activité atteint son summum pendant l’été avec les fêtes de mariages où il y’a un relâchement de contrôle à leurs égards et une certaine reconnaissance leur sont accordé, elles sont même remerciées à l’occasion des défilés de mariées et à l’occasion des fêtes pendants lesquelles leurs produits se donnent volontiers au spectacle, elles font l’objet de discussions reconnaissantes, gratifiant leurs mérites mais par moments elles font l’objet de critiques et de contestations.

Le travail à domicile reste la première étape dans l’évolution de leurs carrières avant de tenter l’expérience du salariat à l’occasion duquel elles découvrent un monde difficile, chronométré et compté autant pour l’exigence de travail, la mécanique des taches accomplies, le silence et la froideur qui caractérise les rapport de travail et le sens de la hiérarchie  comparé à l’ambiance de travail à domicile ou l’on se sent surtout chez soi, maître de son temps et de ses gestes où l’ambiance est plus conviviale. Le travail salarié dans les conditions d’exploitation, sans couverture sociale et avec un maigre salaire fait fuir les travailleuses mais ne les renvoient pas automatiquement au travail à domicile pour celles qui peuvent en réunir les moyen  puisqu’elles découvrent le monde extérieur proprement dit qui représente  pour elles une promotion quoiqu’elles en disent d’autant plus qu’elles développent d’autres aspiration autant professionnelles que sociales. Le plus souvent le travail salarial permet pour un moment d’échapper au contrôle social immédiat,  de fuir la monotonie des journées qui s’allongent lors des saisons creuses comme l’hiver et l’automne et surtout de découvrir d’autres manières d’être. Le passage par le travail dans l’atelier ou dans un salon de coiffure chez une tiers personne n’encourage pas les enquêtées à devenir travailleuses permanentes, ce qui apparait dans les changements incessant d’employeurs, deux à trois par an, ne les encouragent pas à revenir au travail à domicile mais aspirent toutes à monter sa propre affaire. Tout comme pour le travail à domicile ou dans l’atelier, l’appui de réseaux parentaux reste important, il est même indispensable pour ce que cela implique en termes d’appui. En effet, les gains accumulés ne suffisent pas pour monter son affaire, la famille contribue toujours financièrement, et c’est elle qui aide à se procurer le premier local sous forme de prêt ou de location. Cette contribution familiale peut se faire dans le cadre de la solidarité traditionnelle avec ce que cela implique en reconnaissance mais elle peut être objet d’intérêt monnayable à moyen et long terme, elle reste surtout un enjeu qui peut devenir l’objet de conflits. Monter une affaire fait toujours l’objet de négociations ou l’enquêtée met à profit son savoir faire, son expérience et le capital relationnel, un ou plusieurs parents contribuent financièrement en partie et l’octroi d’un local.

Les services d’aides de l’Etat restent défaillants à plusieurs niveaux lorsqu’ils existent. Le premier concerne un déficit en termes de communication, les services manquent de personnel qualifié et sont dépourvus de stratégies adaptées aux niveaux des concernées. Le second concerne une insuffisance flagrante de formations adaptées aux besoins sans cesse renouvelées en termes de diversité de métiers et de nombre de place pédagogiques pour cette population. Le troisième touche l’absence d’études en termes de marché de travail, des créneaux adaptés à cette population montagnarde à même pouvoir à prévoir la diversité des besoins et par voie de conséquence les métiers à pourvoir en formation et en moyens nécessaires. La seule aide conséquente que l’Etat offre reste l’octroi d’un local pour une activité et la prise en charge par l’ANEM en assurant des salaires pour les travailleuses qui le sollicitent.

Il y a, à proprement parler, une logique de réseaux qui soutient les démarches des filles qui commencent au sein de la famille pour s’étendre aux cercles plus larges de parenté. Ainsi les cercles d’alliances sont dans le village, s’élargissent à d’autres villages. Ces réseaux interviennent à plusieurs niveaux, que se soit au niveau social ou institutionnel, au niveau communal ou de wilaya. Les réseaux concernent surtout le travail de la couture, de la broderie et de la coiffure et couvre les outils de travail, les conditions du travail, l’acquisition des matières premières, l’écoulement de la marchandise ou alors la circulation de l’information autour d’un produit vestimentaire ou esthétique.

Le travail de la fille lui permet d’être fonctionnel au niveau social, elle remplit des tâches pour satisfaire des besoins anciens et nouveaux, elle contribue à introduire des formes et objets modernes de consommations esthétiques et vestimentaires dans le respect des modalités et référents culturels acceptables par la société. Elle contribue à l’économie familial et se sent utile, ne subordonnant pas son existence au moins économique à celle de la famille, elle finit même d’être entendu sur des aspects de la vie familial, d’être respectée dans l’environnement villageois, elle contribue à améliorer considérablement son quotidien. L’activité que la jeune fille assure lui permet d’évoluer dans des espaces en dehors de la maison évitant d’être réduite aux simples tâches domestiques. A défaut de fonder un foyer, elle cultive l’aspiration d’une rencontre pour son accomplissement social en tant que femme mariée, voire devenir mère.


Notes

[1] Sources DPAT 2000, p. 94.

[2] Op.cit, p. 97.

[3] Op.cit, p. 101.

[4] Messaci, Nadia, op.cit., p. 64.

[5] Hadibi, Mohand Akli (2013), « La fin d’un monde ? Jeux de saisons à Lejnan (Algérie) », in Jeunesses arabes. Du Maroc au Yémen, loisirs, cultures et politiques, Sous la direction de Bonnefoy Laurent et Catusse Myriam, Paris, La Découverte.

[6] Feraoun, Mouloud (1954), Le fils du Pauvre, Paris, Le Seuil.

[7] Hadibi, Mohand Akli (2010), « Projets en fragments et avenir de jeunes de Kabylie », Insaniyat n° 49, juillet – septembre 2010, p. 41-53.

[8] Feraoun, Mouloud, op.cit.

[9] Belanteur, Said (1979), Diar  El Mahsoul, Alger.

[10] Op.cit.

[11] Op.cit.

[12] Hadibi, op.cit.

[13] Messaci, Nadia, op.cit. p, 66.

[14] Ladjel, Khadidja (Août 1994), Femmes et économie, in Femmes et développement, Alger 18-21 Octobre 1994, Oran, Edition Crasc, p 216.

[15] Rarrbo, Kamel (1995), L'Algérie et sa jeunesse: Marginalisations sociales et désarroi culturel,  Paris, L'Harmattan, p. 141.

[16] Op.cit, p.140.

[17] Op.cit, p.141.

[18] Op.cit, p 141.

[19] Kateb, Nadia, L’institution des sœurs blanches à travers la mémoire collective, le cas de femmes de Djemaâ Saharidj, mémoire de fin de licence dirigé par Mohand Akli Hadibi, université de Tizi-Ouzou, 2010/11, p.61.

[20] Op.cit, p, 137.

[21] Cherif, Hellouma, Femmes et économie, Op cit., p.226.