Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N° 32, 2016, p. 153-154 | Texte Intégral


 

 

Sidi Mohammed TRACHE

 

 

Les sociétés ksouriennes du Sud-ouest algérien connaissent un changement social. Il diffère d’un espace à l’autre. Cependant, le moteur essentiel est commun ; il réside dans le phénomène de l’urbanisation sous l’impulsion du principal acteur : l’Etat. La promotion administrative de  nombreux ksour au rang de chef-lieu de commune, au milieu des années 1980, a provoqué, mais de manière inégale, une croissance démographique de l’ensemble et par conséquent leur entrée dans un mouvement d’urbanisation continu. Cette évolution différenciée est en relation avec deux facteurs importants : la sédentarisation et la dégradation de l’habitat ancien. Cette dynamique a donné naissance à de véritables petites agglomérations dont le modèle n’est guère différent de celles du Nord du pays. Il s’agit de simples juxtapositions d’un nouveau bâti sans lien avec l’ancien est qui le plus souvent abandonné par ses occupants.

Le paysage ksourien actuel relève d’un nouveau modèle inédit. Il s’articule sur une trilogie Oasis-Ksar-Extension systématique dans l’ensemble des territoires. Toutefois, des nuances existent dans la prise en charge des aspects urbanistiques, selon les contextes géographiques. Ainsi, les ksour du Sahara notamment ceux du Gourara sont toujours occupés, tandis que ceux de la Saoura et de l’Atlas (Monts des ksour) sont inhabités depuis plusieurs décennies. Parmi ces derniers, certains ont bénéficié d’opérations de restauration en vue de développer une dimension touristique et culturelle. 

Cette dynamique d’évolution est liée à un mouvement d’urbanisation continu diligenté presqu’exclusivement par les pouvoirs publics, à travers deux actions : la réalisation de programmes de logements individuels et d’équipements. Les sociétés locales y ont largement adhéré avec l’illusion d’une entrée dans la modernité.

Les populations des ksour connaissent un changement social provoqué de l’extérieur ; elles manifestent toutefois quelques résistances. L’organisation sociale fondée sur la tribu ou les zaouïas s’effacent progressivement devant le groupe familial. Les anciennes alliances nomades-ksouriens, propriétaires-khammès…tendent à disparaître au profit d’individualités. La relation matrimoniale est le « dernier bastion » dont disposent les ksouriens face au monde moderne.

La structure sociale résiste. Cette dernière ne fait que s’adapter, la hiérarchie qui en découle n’est pas définitivement brisée. Nous restons dans ce cas en face de territoires réfractaires, rebelles, agissant par stratégie, ne tolérant l’hégémonie d’un Etat central que dans la mesure où il ne bouleverse pas trop le changement
et amène de l’investissement.

L’analyse menée dans cette recherche a montré ses limites.

Si les aspects quantitatifs (démographie, croissance spatiale…) ont été révélateurs du changement social, il n’en demeure pas moins que les résistances doivent être approfondies à travers d’autres indicateurs tels que l’école et les festivités (les ziarates, les mariages…).