Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N°28, 2013, p. 55-57 | Texte Intégral


 

 

Leila Louise HADOUCHE DRIS 

 

Adila Katia est collaboratrice au quotidien francophone Liberté pour lequel elle anime une chronique à succès depuis 1993. Son métier lui permet de vivre au plus près les maux de la société. A l’ombre de tes yeux est un court récit dans lequel elle aborde le thème du harcèlement sexuel et moral en milieu professionnel. 

 

 

A l’ombre de tes yeux est davantage un récit qu’un roman si l’on en juge par la concision du texte. L’auteure y traite de sujets d’actualité tels que le harcèlement sexuel et moral, la stérilité masculine, l’adoption, la violence faite aux femmes, la mort et bien entendu l’amour. Des problèmes somme toute banaux qui affecteraient n’importe lequel d’entre nous et qui prennent parfois des dimensions démesurées.

A  l’ombre  de  tes  yeux raconte l’histoire de Besma, jeune femme fraichement diplômée qui débarque dans l’univers professionnel avec la verve et l’énergie qui caractérisent les gens de son âge. Son premier job, Besma le décroche dans une entreprise où elle est chargée de la gestion des stocks. Consciencieuse, la jeune femme se donne à fond dans la besogne. Le hic, c’est que son patron se montre de plus en plus entreprenant à son égard. Besma rejette poliment ses avances, mais c’est sans compter sur la pugnacité de ce dernier qui décide de faire de sa vie un enfer. Le harcèlement devient quotidien et Salim y prend goût. Face au silence de Besma, il déploie toutes les ruses pour la faire plier. Ainsi, il se met à l’humilier en public, à subtiliser des documents pour ensuite l’accuser de les avoir volé. Il va jusqu’à détériorer le mobilier du bureau et n’hésite pas à aller la narguer devant chez elle. Besma n’en peut plus, c’est la descente aux enfers. Angoissée, stressée, elle ne ferme plus l’œil de la nuit. Il lui semble le voir partout, persuadée qu’il la suit partout où elle va.  Salim hante ses jours et ses nuits :

« Besma se sent comme transpercée. Même si elle ne voit pas celui ou celle qui l’observe, elle sait qu’il est là. « Je suis en train de devenir folle ! Qui pourrait me fixer dans le dos ? », pense-t-elle. (pp. 85-86) »

Convaincue de mettre ainsi un terme aux agissements de son patron, Besma décide d’adresser un courrier à sa hiérarchie. Elle ne fait pas allusion au harcèlement, mais se plaint des agissements peu scrupuleux de Salim. Ce dernier est radié. Furieux, il lui promet une vengeance certaine :

C’est de ta faute si je suis renvoyé ! Ce sont tes rapports ! C’est à cause de toi… Tu vas me le payer, Tu vas me le payer, hurle-t-il. S’ils s’en prennent à moi, je m’en prendrai à toi ! Tu comprends ? Tu ferais mieux de les appeler et de dire la vérité ! la menace-t-il (pp. 83-84)

Un beau jour, Besma rencontre enfin l’amour et se marie. En dépit du bonheur qu’elle vit et celui d’être bientôt mère, elle reste habitée par la crainte des représailles de son ancien patron.  Ses appréhensions s’avèrent en fait fondées : Salim lui intente un procès et l’accuse de détournements de fonds et recel de marchandises :

A cause de ce procès, Besma fait tout le temps des cauchemars. Salim hante ses nuits. En lui tenant tête, elle ne s’attendait pas à ce qu’il l’entraine dans cette descente aux enfers. Besma n’a pas porté plainte pour harcèlement moral ni sexuel, trop soucieuse de la réaction des gens et du qu’en dira-t-on. Elle reste traumatisée par cette période de sa vie. Même à l’ombre de ses yeux, il est là, omniprésent. Tout la ramène à lui (p. 109)

Tout en brodant son écriture, l’auteure ne dénature en rien la réalité. Son récit raconte un fait réel. La narration est sans artifices et le style se rapproche davantage de l’écriture journalistique auquel l’auteure est accoutumée que de l’écriture littéraire. Sans doute le thème qu’aborde l’histoire, un thème généralement tabou, dicte-t-il ce choix d’écriture. Le moment n’est pas à la villégiature, mais bien à la dénonciation d’un fléau social peu ou pas du tout reconnu. C’est plus comme un cri du cœur, celui d’une femme visiblement scandalisée, fermement engagée pour une cause qu’il faut lire A l’ombre de tes yeux. Sur plan esthétique, il est incontestable que le récit est pauvre. Cependant, cela n’est pas rédhibitoire à l’acte d’écrire chez cette auteure dont le souhait n’est visiblement pas de créer une œuvre littéraire.