Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N°28, 2013, p. 203-213 | Texte Intégral


 

 

 

Faouzia BENDJELID 

Djamel Mati est ingénieur au centre de recherche (CRAAG) qui est chargé, entre autres, d’observer les activités sismiques. Il est physicien de formation. Il est connu pour sa passion pour la littérature, l’informatique et de sport.

 

 

 

Le titre

Fada étant un personnage de la pièce de théâtre, incarnant un être marginal, un exclu de la société (mis à la porte par ses propres enfants, sans travail). Au plan onomastique, en arabe, il pourrait signifier « fawda », désordre. Est-il alors celui qui met en échec la théorie de l’éternité, de la vie et de la mort de son ami et voisin Kada ? Kada prétend à l’éternité en habitant dans une tombe et en côtoyant les morts, les asticots et les nécrophages. Fada, revient dans le tissu narratif et en fin de roman. C’est à travers une transgression des normes, des jeux multiples sur les structures langagières que s’écrit tout le roman.

Le paratexte (éléments périphériques) 

Les remerciements portent une première empreinte de l’auteur relative à des personnes qu’il côtoie dans son espace sociétal, ses premiers lecteurs et instigateurs de son œuvre (Ourida, Mohamed et Nassima).

L’avertissement au lecteur installe un contrat de lecture, une coopération ; l’auteur entend donner à son texte une teneur et un impact philosophiques : ses personnages endossent une quête philosophique de la vie, de la mort, de la vérité ou du vrai, de l’immortalité, du temps, de la connaissance, du pouvoir et de la puissance. Il entend aussi inscrire ces thèmes dans une tradition philosophique et littéraire universelle :

« Le Graal, la Toison d’or, la pierre Philosophale, Dieu, le Nirvana, l’Amour, un Mouton, un gnou ou simplement Fada, l’Homme a toujours été à la recherche de quelque chose de difficilement accessible donc par là même. Il en fait parfois sa croyance, son but et souvent sa raison de vivre. Cette obsession n’a d’égale que sa vanité […] cette vanité le pousse à croire qu’en trouvant ce qu’il cherche, l’homme devient plus puissant, moins mortel, tout en sachant que ses jours sont comptés. » (p.11)

C’est ainsi que l’auteur divulgue ses procédés d’écriture fondés sur un outil théorique : l’intertextualité, le rapport entre génotexte et phénotexte dans le processus de la création littéraire.

L’histoire racontée

« L’histoire d’un écrivain fou et abandonné qui cherche à se constituer à travers des récits qu’il rédige et fait lire à un personnage sorti de son imaginaire ou sa folie ; dans cet univers fictif, la vacuité de la vie et l’espoir se conjuguent et s’affrontent en donnant naissance à une fabulation de la réalité (la réalité avec les yeux d’un aliéné) […] Fada est avant tout un roman de fiction où le virtuel et le réel s’enchevêtrent en filigrane, au gré des événements. Où la folie prend parfois le pas sur la raison »[1]

 Dans le roman, Fada ! Fatras de Maux, le lecteur s’aperçoit que l’ensemble du texte ne constitue nullement un roman de type traditionnel mais que sa composition atypique se résume à un ensemble d’unités textuelles d’inégale longueur et relativement indépendantes et portant chacune un titre différent. Fada, est le personnage qui traverse le roman assez épisodiquement ; c’est une figure de cohésion interne mise au service du discours philosophique. Le roman se structure selon les titres suivants :

- Kada, Fada (Scènes I, II, III _ Rideau !):pp.11/100

- Une fable pourtant vraie : pp.101/114

- La ballade des Gnous : pp.115/131

- Echec et mat ! : pp. 133/141

- Epopée d’un modèle : pp. 143 à 150

- A la recherche de Fada : pp. 151/159

- Des châteaux dans le sablier : pp. 161/180

- La mer de toutes les mers : pp. 181/184

Différents codes narratifs se côtoient dans ce roman: du théâtre, de la fable, de l’épopée, le récit par lettres et des récits de réflexion philosophique qui est un discours métadiégétique. L’auteur déploie son écriture dans un cadre où l’intertextualité intervient comme modalité de production et de création. Ses empreintes sont judicieusement marquées dans une écriture qui se caractérise par son originalité. L’écriture aborde des thèmes relatifs à la condition humaine comme la matière et l’esprit, la vie et la mort, l’éternité et le temps, la puissance et le pouvoir, le vrai et le faux et enfin les valeurs sociales et morales en déployant un espace métaphorique, des images allégoriques et différents jeux langagiers phoniques, syntaxiques, lexicaux et sémantiques. Cette quête des formes fonde une esthétique qui affiche de multiples figures de la rhétorique. L’absurde comme attitude philosophiques domine la dimension thématique du texte et c’est cette valeur, poussée à l’extrême, qui permet la manifestation de l’humour, la dérision et l’ironie.

Résumé des unités textuelles 

Kada, Fada (pp.11/100) (la moitié du roman)

Le lecteur est très tôt piégé : dès le début du texte il est surpris par la forme d’un écrit qui ressemble plus à une théâtralité du roman. Kada, Fada est une pièce de théâtre en trois actes qui se déploie dans l’unité de l’espace et du temps ; l’action est rudimentaire. Les deux personnages occupent la scène ; ils squattent deux tombes dans un cimetière, deux espaces qu’ils partagent avec des cadavres. Un évènement insolite intervient : des personnes déposent un cadavre de femme à la porte du cimetière et repartent aussitôt. Kada et fada l’inhument au sommet du seul arbre du cimetière. Le lendemain, la dépouille a disparu. Kada décide d’aller à sa recherche. Durant cette quête, à la fin du IIIe acte, il rencontre « la vieille Dame Ange », symbole de la voix de la conscience surgissant subitement, qui affirme à Kada : « Ne plus faire partie du Tout, devenir un élément séparé, un paria qui se nourrit sans nourrir, c’est ce que tu es en train de faire dans ce cimetière. Tu n’as goût à rien, tu ne crois qu’en toi. La déflation te guette et tu as perdu, Kada. » (p.97) Kada s’engouffre dans sa tombe et s’isole dans sa folie alors que Fada renaît au monde, retourne auprès des hommes : « « Dehors, il y a le chemin qui monte du cimetière vers la ville, fada le prend en courant. Il a une mission à accomplir maintenant. » (p.99)

Un théâtre de l’absurde où peuvent être lues les résonnances de la pièce « En attendant Godot » de Samuel Becket. On peut relever quelques similitudes. La pièce se caractérise d’abord par l’absence d’intrigue, de quête et de ressort dramatique (de l’anti-théâtre). Kada et Fada (comme Estragon et Vladimir mais l’attente en moins) se retrouvent à l’extérieur des tombes et meublent leur temps par des conversations oiseuses. La vacuité du propos livre le langage à une grande déambulation dans une esthétique très recherchée de structures langagières où sont évoqués ou effleurés les thèmes de l’immortalité, la vie, la mort, la connaissance, la pauvreté, la richesse, Dieu, le diable, le paradis, la condition féminine… L’échange verbal se caractérise bien souvent par l’incommunicabilité totale et les dérives du discours absurde génèrent la dimension humoristique du texte à travers l’absurdité non seulement de la situation narrative mais du contenu du propos insensé ou incohérent (la crise du propos, du langage). Le passage d’une scène à l’autre n’est point intégré dans des péripéties mais se fait par un agencement hasardeux de l’échange verbal (ruptures sémantique) entre Kada et Fada.

Le tragique de la situation se situe dans cette grande peur de la mort qui terrorise les deux personnages et essentiellement Kada qui se présente comme « un cogiteur » et un théoricien de la vie et de la mort ; nous retenons les segments suivants :

« Je suis un grand de ce monde » (p.15);

 - je suis un penseur, un philosophe, un chercheur (p.16)

- Qu’est-ce que tu fais dans ce cimetière ?

- je cogite […] je cherche, je pense, je crée, j’écris. C’est un travail de Grand et cette tombe est mon creuset tout comme ce cimetière (p.16)

Ne pouvant faire face à la douleur existentielle de la mort, Kada (de caïd ou leader en langue arabe) a échafaudé une théorie fumeuse, incongrue et irrationnelle de la notion d’immortalité qu’il propose à Fada :

« Lorsqu’il n’y aura plus de place dans ce cimetière, il n’y aura plus de morts » (p.32), un propos bien naïf qui fait sourire le lecteur et qui laisse dubitatif son voisin ; inconsistant mais convaincu, Kada soutient : « D’ailleurs […] je suis ici pour vérifier ma théorie. Tant que je vivrais ici, dans ce cimetière, j’aurais la même résistance à la mort que les asticots. Je pourrais vivre tranquille au milieu des morts et je ne mourrais jamais !! » (p.32). Voulant persuader Fada, il l’interpelle (« tu ») en lui dévoilant le « secret » dans un raisonnement hypothétique fallacieux (syllogisme):

« Le secret, c’est que ce n’est qu’une question de place ! Si tu n’as pas ta place dans la vie, tu meurs, mais si, par contre, tu n’as pas ta place dans un cimetière, tu restes toujours en vie ! C’est cela ma Théorie, Géniale ! […] ici la dame en Noir, ne garde que les mort, c’est normal puisqu’elle va chercher les vivants dehors pour les ramener après trépas dans son domaine, donc, il ne lui viendra pas à l’esprit de me chercher ici, tant que chaque nuit je me cacherai dans ma tombe, je serai comptabilisé dans son obituaire comme mort ; tu vois ? » (p.37)

Ce sont-là véritablement les limites de la folie s’exprimant dans un discours au contenu déliriel. Notons d’autres indices convergents avec « En Attendant Godot » : un arbre (un sol pleureur ou « un saule qui pleure toujours »-p.29), une présence absence «Mme l’ange » et la « dame en Noir » (la mort).

Il y a des thèmes obsessionnels de l’absence de la communication, de la vacuité de l’existence, de la fuite du temps qui passe irrémédiablement, de la solitude d’un sujet enfermé dans le carcan de son solipsisme, de la précarité sociale et son instabilité, de la condition féminine, de Dieu, du diable, du paradis…

Une fable pourtant vraie (pp101/114)

Ce texte a une fonction métadiégétique et se présente comme un commentaire de l’aventure vécue par Fada. Le narrateur, un écrivain hospitalisé dans un hôpital psychiatrique, énonce un propos surréaliste et fantastique sur fada. Il intervient dans une distribution qui relève du mythe de Sisyphe perçu non comme un châtiment divin mais comme une acception sage du caractère absurde de la vie par Fada. Il se résigne à vivre sa vie mécaniquement face au défi du temps irréversible depuis les origines des temps et il accepte de se satisfaire de la routine. Ainsi, le texte nous renvoie le personnage poussant un rocher inlassablement sur les rails d’un métro. Lors d’une rencontre avec son amie, le narrateur lui livre cette information inouïe :

- J’ai rencontré Fada dans une station de métro

- Ah bon ! Et… que faisait-il ?

Il poussait un rocher sur les rails. Il le roulait jusqu’à la station suivante puis revenait à un point de départ pour repartir juste après. (pp. 102-103)

Le commentaire se rapporte à la philosophie de « l’éternel recommencement […] un recommencement qui se termine souvent dans la douleur […] La vie peut être dure, mais jamais absurde, aussi accablée qu’elle puisse l’être il faut la vivre en entier » (p.108)

La ballade des gnous[2] (pp. 115/ 131)

Ce mythe est illustré par Fada (simplet mais intelligent et lucide) par une fable, celle des gnous dont la moralité est la suivante : il ne sert à rien de remettre en cause un ordre immuable que le commun des mortels accepte depuis la nuit des temps ; il s’agit de se résigner à vivre la vie comme elle se présente même si elle est absurde. L’auteur invente une fable pour livrer une moralité sur la vie.

Le récit fabuleux : c’est celui de l’exode annuel des gnous lors de la saison des pluies des plaines vers le Nord, lieu plus clément ; cette émigration relève d’un instinct de survie. En dépit des dangers (les prédateurs), les gnous l’effectue indéfiniment et mécaniquement depuis la nuit des temps et celle des origines, par atavisme ; il n’y a pas lieu de contester cet ordre naturel des choses, c’est ce que signifient les réponses des gnous à un jeune qui se rebelle contre une pratique qui met en jeu la vie de plusieurs d’entre eux chaque saison, lors de chaque traversée (vieux, malades, les plus faibles) « qui finissent entre les mâchoires des lions » (p.120) :

 - Qu’allons-nous chercher au nord ?

-C’est une question vieille d’un million d’années, nous sommes gnous et depuis la nuit des temps les anciens ont toujours fait le voyage vers le Nord sans se soucier du pourquoi… Et tu viens maintenant nous embêter, fallait la poser il y a un million d’année ta question ! Ce n’est pas à moi de répondre, c’est aux ancêtres ! » Tonne violemment le patron des gnous.

 - La vie. Nous allons chercher la vie au Nord […] c’est la loi gnou. La réponse d’un jeune gnou… (p. 177)

Moralité d’une résignation lucide et sereine ; moralité : « La phratrie existe mais sûrement pas la fratrie. (p.130)

Ce qu’il faut comprendre c’est que dans la société, les origines, les puissants décident pour les autres.

Echec et mat (133/141)

C’est le discours commentatif du narrateur et de son amie et lectrice qui expliquent le sens du mythe et le sens de la fable des gnous en fonction des thèmes philosophiques essentiels que deux modalités d’écriture développent : entre le mythe de Sisyphe et l’écrit merveilleux : Les gnous vivent prisonniers d’un espace qui devient clos, en tout cas limité : « Ajoute à cela l’éternel recommencement des choses, même les plus absurdes, comme les perpétuels massacres qu’ils subissent ! Enfin, c’est la vie ! ». (p. 133)

Le narrateur établit un lien de contigüité ou de proximité sémantique entre les unités textuelles :

Je pense qu’à travers l’histoire des gnous Fada voulait uniquement nous prouver que sa manière d’agir avec la pierre était inéluctable… Pour lui et pour son caillou, inexorablement, les événements se répètent sans grandes formalités pour les détails et il fallait les accepter sans trop réfléchir… ou même en réfléchissant trop (p.134).

Extension du récit 

 Pour appuyer cette évidence, le narrateur raconte une expérience à son amie, celle d’une partie d’échecs qu’il entreprend en changeant la logique et les règles du jeu, apportant une nouvelle stratégie ou tactique qui se solde par son éviction rapide du jeu : «… Pour protéger mes petits pions […] sans valeur […] j’ai sacrifié mes donjons, mes cavaliers, mes dingues, ma souveraine et pour finir, mon roi. » (p.136)

Moralité 

 Toute contestation des grands est vouée à l’échec ; se placer aux côtés des faibles coûte l’élimination pure et simple.

Commentaire ironique ou amusé de l’amie : elle assimile le narrateur à un Chevalier de la Table Ronde (p. 141) : quête périlleuse mais pleine de bravoure de l’objet sacré (la coupe de Graal).

Lui, compte offrir à son amie au cas où elle gagne au jeu de dames un mouton: « D’accord, si tu gagnes, je t’offrirai un mouton ! » (p.141) ; le lecteur pourrait se rappeler le conte philosophique de Saint Exupéry, « Le Petit Prince » : au lieu de « S’il vous plaît…dessine-moi un mouton ».

Epopée d’un modèle (pp. 143/150)

 Cette unité textuelle s’écrit sous la forme d’un roman épistolaire ; c’est un échange de lettres entre le narrateur et son amie absente pour des raisons professionnelles. Il relate sa quête du mouton en véritable chevalier ; n’ayant pas trouvé un mouton, il se transforme lui-même en animal ; le ton est à l’humour : « Maintenant, je ne me rase plus, mais je me tonds, je ne ris plus mais je bêle de plaisir en souhaitant qu’un jour je tombe sur ton assiette. » (p.150)

Au plan de l’écriture, il y a substitution et désacralisation de l’événement ; sa quête s’accomplit dans un discours littéraire déliriel : en fin de récit, le personnage se transforme lui-même en mouton. Le roman conserve l’aspect fantastique et reproduit la quête de l’amour et de l’amitié qui caractérise le récit de Saint- Exupéry.

A la recherche de Fada (pp.151/159) 

Nous assistons au retour de fada ; le roman par lettres continue ainsi que le discours du délire, onirique ou fantasmagorique; une lettre mais également un monologue sont adressés à son amie à qui il fait part de projets, d’une nouvelle quête : celle de fada dans le métro et au cimetière, mais en vain ; il lui annonce une « excursion dans le temps » […] un voyage au bout de tout » (p.153) (Allusion à Céline : un voyage au bout de la nuit ) pour le retrouver et échapper à l’ennui, la morosité et l’enfermement de l’asile. Sa pensée déambulatoire et vagabonde s’arrête au temps des hippies et de la Musique à l’île de Wight en Angleterre, dans les années 70 : « Je débarquerai sur le rocher de la liberté ! Pour la vie ! pour ne pas me laisser mourir d’ennui et mourir de rire ! Pour parler, chanter, crier et écrire sans crainte ni reproche ! » (p154). Les chimères et l’illusion font un arrêt sur des espaces de rêve et une ballade qui suscite, dans une confusion ou fusion des temps, des lieux, des personnages et des objets, l’évocation aussi bien du Père Foucault, de Tamanrasset, de pigeons, de moutons que du Dr Jekill et Mr Hyde ( le fantastique). Fada est finalement introuvable dans aucun espace et dans aucun temps. « Et comme tout écrivain, c’est le pire des châtiments que celui de ne plus être lu » se réfère à l’absence de son amie qui lui rend visite et qui ne peut être en fait qu’un médecin qui l’écoute pour le soigner.

Des châteaux dans le sablier (pp. 161 à 180)

Ce chapitre, nous apprend un peu plus sur l’internement du héros dans un hôpital psychiatrique qui se raconte dans la confusion. Un discours métadiégétique traverse ce texte : une réflexion sur la fuite du temps à travers le sablier (champ lexical riche : « le sable, berge sablonneuse, coulée de grains, chronos, château de sable, ban de sable, grain par grain »). La parole porte sur l’éphémère et l’éternel, sur les contradictions qui mènent le monde et la vie. On parle communément de « construire des châteaux de sable » pour évoquer la rêverie, le retour au passé (analepse) ; le retour au passé comme tentative d’identité et d’identification ; la lutte contre l’oubli, le temps destructeur et ravageur. Le narrateur essaie désespérément de se retrouver, de faire le point sur ce qu’il a été. Le discours sur l’identité est métaphorique. Le héros évoque la rencontre avec une femme, certainement son médecin (qu’il confond avec une relation féminine appartenant à son passé et la douleur de la séparation, opacité de la narration)

-Tu me parais soucieux et distant. Où vogue ton esprit ?

-Dans l’espace

-Vers quelle destination voyage-t-il ?

-Vers mon passé

- Où voulez-vous que j’aille avec vous ? Avais-je répondu

- Dans ton passé

- Il n’y a plus rien à voir

-Alors pourquoi y retournes-tu ?

-Pour reconstruire mon château  

-Pour t’y cacher ?

Non, juste reconstruire les choses que Chronos a détruites (p.164-165) 

- « Grain par grain, le sable chutait […] Chaque infime particule rythmait sa brève vie, Grain par grain la vie s’écoulait et le tout nous annonçait qu’une autre seconde, une autre heure, une autre année, une autre vie passé… » (p.174)(police)

La mer de toutes les mers (pp.181/184)

Le Texte est très lyrique sur l’écriture de la mer. Le héros exprime l’échec de toutes ses quêtes celle de l’amie et celle de Fada : « Je n’avais pas su retenir mon amie, et encore moins retrouver Fada » (p.181) Il revient à son présent, son vécu de malade : « les médecins m’empêchaient d’écrire, ils disaient que cela empirait mon état » (p.181). Se retrouvant dans une situation désespérée, il finit par évoquer l’idée du suicide, la mort par noyade : « Ma chère amie, je t’écris, certainement pour la dernière fois. Je voulais t’apprendre que j’ai déjà choisi ma sépulture, séminifère, pour espérer ma résurrection. La mer de toutes les mers sera ma dernière demeure. »   (p.182)  

Le texte est signé Fada : est-il lui-même ce personnage ? : « Signé, Fada. » (p184). La voix narrative qui énonce le récit est maintenue dans une épaisseur totale.                                                                                              

A travers la reconstitution, assez difficile, de tous ces axes du roman, le lecteur se rend bien compte de la structure atypique et déroutante du roman de Djamel Mati. Son appartenance générique est hybride et ses formes narratives hétéroclites sont très librement choisie à travers une écriture délirielle et humoristique ; ni roman, ni nouvelles mais un simplement un texte fait de la contigüité d’une pièce de théâtre, d’une fable, d’un conte fantastique, d’un récit épistolaire et d’un récit-épopée.


NOTES

[1] Interview de Djamel Mati par Yacine Idjer dans Infosoir, 12-12-2004

[2] Gnou : mammifère d’Afrique : Genre d’antilope