Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N° 27, 2013, p. 79-107 | Texte Intégral


 

 

 

Zohra CHABANE

 

 

 

I. Introduction :

La conception de la famille dans le monde connaît actuellement des bouleversements tant au niveau de sa conception que dans sa structure (famille nucléaire,   monoparentale,   concubinage, …),   etc. Ainsi, nous assistons  à des transformations similaires au niveau de la famille algérienne où une évolution certaine de la famille est due en premier lieu à plusieurs facteurs :

  • L’urbanisation et la transformation en particulier de la fonction de production économique entraînent sans doute une modification des rapports liés à l'âge et au sexe et une autonomie croissante du couple par rapport au réseau de parenté.  Le père,  n'étant plus le seul dirigeant de l'entreprise  familiale et le seul détenteur de  ses ressources économiques, voit son autorité faire place à un partage progressif des décisions familiales.
  • L'instruction des filles qui croît de plus en plus, le nombre progressif des femmes qui entrent sur le marché du travail 16,8% (18% en zone agglomérée et 8,9% en zone éparse selon le RGPH, 2008), et surtout dans les catégories des salariées, ont des effets incontestables sur la restructuration des rôles conjugaux et familiaux.  Ceci nous amène à penser que dans le quotidien conjugal des heurts peuvent apparaître  sans pour autant trouver des solutions, ce qui va sans doute créer des zones de tensions.

Le fait que la femme travaille influence considérablement son statut au sein du couple et, comme hypothèse, plus la femme travaille plus la structure devrait être égalitaire H. Touzard 1972 ;  Z. Chabane 2008.  A ce niveau nous allons mesurer cette situation avec la technique d'HERBST.

 Tout ceci peut nous amener à nous poser les questions suivantes:

- Existe-t-il un nouveau modèle de la famille algérienne?

- Quels types de conflits existent-ils dans le groupe familial? Quels traits de personnalités ? Conflits de rôles? Conflits de culture?

- Comment la famille actuelle définit les comportements et les relations en son sein; les relations interpersonnelles,   les rôles conjugaux,   la structure familiale?

- Qui est le leader instrumental? (Est-ce le mari qui fait vivre la famille)?

- Qui est le leader socio-affectif (la femme console,  apaise les conflits intervient entre le père et les enfants) ? Ce modèle existe-t-il actuellement ? Qu’en est-il sur le plan du comportement réel?

II. Première enquête : que font les parents dans une journée ordinaire ?

2.1. La technique de P. G. Herbst

Brève présentation de l’auteur 

Herbst Philip Gunter est titulaire d’un B.A.I de psychologie (l’équivalent du Master actuel) à   l’Université de Melbourne de 1947-1951, d’un doctorat de philosophie en 1961. Il a  travaillé à NAVI dans l’installation  de l’industrie NTU de 1960 à 1966. Il travaille à Oslo depuis 1969.

Il est l’auteur de nombreuses publications :

  • la célèbre Organisation Horizontale écrit en langue Norvégienne « Hierakisk Organisation ». Oslo 1977 ;
  • The Measurement of relationships, 1952, traduite par Marie BROMBERG.
  • Groupe autonome fonctionnement, Tavistock publication,  Londres 1962.
  • Mondes du comportement - l’étude des cas individuels, éd Tavistock publications Londres 1970.
  • Le processus démocratique dans le travail, Oslo, 1971.
  • Socio-technique Design - Stratégies de recherche multidisciplinaire, 1974.

Il a été membre de l’association de recherche UNESCO, Melbourne de 1949 -1951 ; Staff member Tavistock of human relations, London 1953-1959. P.G.Herbst s’est également intéressé à la qualité de vie au travail.

Description de la technique 

Cette technique de mesure des relations  familiales a été mise au point par HERBST (1954) pour l’étude de la famille Australienne. Elle  consiste à interroger des enfants sur les activités familiales de leurs parents. Elle a été  utilisée dans un certain nombre de pays[1] :

1. En Australie d’abord ou la technique fut utilisée par R.TAFT  puis L. BOLLMANN qui ont montré les influences sociales et géographiques qui jouent sur la famille  (1953 et 1958).

2. ADLER a comparé les familles d’australiens et d’immigrants (1966).

3. Aux états – unis par COOPER  et ADLER  (1955 et 1956).

4. Au Mexique par Cooper (1957).

5. Nouvelle Zélande par L. BROWN (1959).

6. En France par H. TOUZARD (1967).

7. En Roumanie par NICOLETA TURLIUC ROXANA -OLIVIA RîPAN (2003)

8. en Algérie par moi-même dans le cadre de ce projet (Famille Education et santé Mentale) CRASC 2007-2010.

Avantages de la technique 

Selon  H .TOUZARD,  le questionnaire – enfant convient à une étude extensive  car il permet un gain de temps.

  • Simple et précis, il peut être rempli par un groupe  de sujets dans une séance collective.
  • Convient à ce genre d’étude grâce à son faible coût, ce qui vient ainsi compléter le gain de temps (H.Touzard. 1966).
  • Le questionnaire fermé précis et simple  permet une passation collective.
  • Sur le plan pratique la technique présente des qualités sur la présentation des résultats.
  • Elle offre, l’avantage de se situer dans la perspective Lewinienne (La théorie du champ de Kurt Lewin)
  • De permettre à la recherche d’étudier la dynamique interne des interactions dans le groupe conjugal et les implications sociologiques de cette dynamique 
  • Semble offrir aussi l’avantage de réaliser à travers les notions de rôle et de champ familial qui lui servent de bases théoriques, un pont entre l’orientation  soit psycho- sociale soit sociologique qui sous- tend la plupart des études systémiques sur la famille (H .Touzard. 1966).
  • Le questionnaire «  une journée à la maison » est un questionnaire directif et fermé comportant 2 parties :

* un questionnaire d’abord qui porte  sur les différentes  activités qui se déroulent à la maison : il est demandé à l’enfant de dire ; quelles sont les personnes  de la famille qui remplissent ces activités : par exemple qui fait la vaisselle après le déjeuner ? Qui
lave le linge ? Qui surveille votre tenue à table ? Lequel de vos parents détient l’argent à la maison ?

* La deuxième partie  du questionnaire  reprend les mêmes questions ; pas sous l’angle de l’activité mais sous l’angle de la décision (ex : qui décide combien d’argent de poche on vous donne ?)

Et par la combinaison des deux parties du questionnaire on obtient un type d’interaction entre les parents pour chaque question et qui tient compte de deux variables : qui fait l’action ? qui décide de l’action ?

Concepts utilisés par la technique Herbst 

Le groupe conjugal  limité au nombre de ses  membres  (les deux conjoints, le ou les enfants et éventuellement une ou plusieurs personnes adultes périphériques : aide-ménagère ou membre de la parentèle)  est un groupe  qui constitue pour la théorie du champ un domaine d’application de premier choix (perspective Lewinienne, H. Touzard  (1966).

Le groupe conjugal dans la vie quotidienne est relativement clos (qui se suffit à lui-même). Les  influences extérieures au groupe conjugal sont temporairement mises entre parenthèses pour cette étude.

Le champ psychologique de la famille est constitué par l’ensemble des  activités  entreprises par les membres du groupe. Selon la théorie du champ, ces activités représentent des conduites des groupes  et sont constituées en régions qui ont entre elles des relations d’interdépendance, ce  qui revient à dire que chaque région soutient et échange avec l’autre région. Les régions peuvent être voisines dans le champ, dans ce cas elles ont  une frontière commune   (P. G. Herbs, traduction de M.Bromberg, 1954).

Chaque région est en elle-même un système de tension.

Chaque région représente le lieu d’activités présentant entre elles un haut degré d’interdépendance  et relativement indépendantes  des autres activités. Dans une même région, les activités auront une structure de conduite semblable. Chaque région a les propriétés d’un système de conduite et il s’établit entre les régions un échange de tension.

Les outils qui permettent d’apprécier la structure des interactions sont les suivants :

1.  L’activité : qui fait l’action ?

2. La décision : qui prend la décision concernant cette tâche ?

3. La tension : cette décision entraîne-t-elle ou non un désaccord entre les conjoints ?

Nous obtenons un champ du mari et un champ de la femme qui peuvent plus ou moins se chevaucher et une structure  d’autorité qui indique dans quelle mesure l’un des champs est déterminé par l’autre .

En ce qui concerne  chaque tâche familiale  nous avons  trois possibilités pour l’action :

Ma = mari exécute la tâche seul

FA = la femme exécute  la tâche  seule

EA : l’un et l’autre exécutent ensemble  (simultanément ou successivement)

Le nombre des tâches entrant dans ces trois catégories définit la grandeur du champ de chaque conjoint et leur degré de recouvrement.

Relations d’influence : Selon H. Touzard, le nombre des tâches entrant dans chaque catégorie définit l’étendue de l’influence  de chaque  conjoint  et leur degré de chevauchement. En conjuguant pour  chaque tâche les deux critères : activité et décision, nous obtenons des types d’interaction qui peuvent être au nombre de 9 (3x3).

Ces types d’interactions correspondent à des significations précises:

Ma : autonomie du mari= (mari décide l’activité à lui seul et l’exécute). Nous avons repéré une seule activité dans la sphère des devoirs domestiques qui est celle d’aller faire des  courses. Il  lui arrive  parfois de refuser de la faire.  

Fa : autonomie de la femme = (la femme exécute et décide l’activité à elle seule).

La femme reste très autonome dans toutes les sphères du champ familial (voir les résultats  obtenus dans notre enquête / le schema). Nous  nous posons la question suivante : La femme Algérienne est–elle consciente du non –partage  du champ familial avec son mari ? Vu de l’extérieur la structure familiale est inégalitaire (i.e. la femme travaille beaucoup mais ne semble  pas prête à céder de l’espace à son conjoint)  c’est une appropriation totale  de la  sphère familial : est- ce une peur de l’abandon  ou tout simplement un  sentiment  d’utilité omniprésent ? 

Fama : autocratie du mari =la femme exécute et le mari décide : nous avons  relevé quelque cas de familles et  c’est souvent  les situations de femmes qui sont salariées et celles qui ne travaillent pas à l’extérieur de la maison. (ex : répondre aux besoins financiers des enfants  « donnes –lui tant ; il en a besoin et je n’ai pas encore encaissé !!! »

Mafa : autocratie de la femme = Le mari exécute et la femme décide. Les résultats de notre  enquête laissent  apparaitre  que l’élément moteur dans toute la sphère familiale sur le plan de la décision reste du ressort  de la mère : de l’aire des devoirs domestiques, en passant par les activités économiques jusqu’aux  tâches relevant de l’éducation et les activités sociales. Le pouvoir décisionnel demeure l’affaire de la mère.

Maled : leadership du mari = ils exécutent ensemble, le mari décide : les résultats de notre enquête laisse apparaitre que ce cas de figure existe avec une tension dans l’exécution de la tâche (l’aire des loisirs couvre une tension quant à la décision de l’action). 58,82% ont déclarés que leurs parents ne partent pas ensemble en vacances  contre 40,58% ont répondus oui.

Faled : leadership de la femme. Dans toutes les aires du champ familial la mère demeure le  leader tant sur le plan socio-affectif que sur le plan instrumental.

Maledfaled : coopération syncratique : qui signifie en arabe littéralement « El m’chawra  fi elraye »  est apparu entre 5 à 8% dans certaines familles concernant le changement d’école des enfants par exemple ; or quand il s’agit des projets importants la décision relèvera constamment  de la mère.

2.2. Présentation des données 

Nous avons décidé de passer l’épreuve à une population plus âgée, celle des étudiants de l’Université d’Oran dont 22 filles et 33 garçons (en juillet 2008). Cette épreuve comportait les questions suivantes :

  • Quelles sont les activités de la femme et du mari les jours de semaine?
  • Quelles sont les activités de la femme et du mari durant le Jeudi après-midi et le soir ?
  • Quelle sont les activités de la femme et du mari durant la journée du Vendredi[2] ?

Les résultats obtenus sont présentés dans les tableaux suivants :

Tableau 36 : Les activités quotidiennes de la femme durant les jours de semaine (%)

Les activités quotidiennes de la femme

Réponses des Etudiantes

Réponses des Etudiants

Prière

26

17

Préparation des affaires de l’époux et des enfants

63

37

Préparation du petit déjeuner

63

37

Déposer les enfants à l’école

17

14

Se prépare pour aller au travail

6

00

Tâches ménagères

63

37

Pause de 10 h

23

08

Achats des besoins de la maison

6

00

Préparation du déjeuner

63

37

Récupération des enfants

17

14

Servir le déjeuner

63

37

Débarrasser la table

63

37

Faire la vaisselle

63

37

Faire la prière

40

23

Faire une sieste

37

17

Révisions des cours des enfants avant qu’ils repartent à  l’école

20

11

Aider les enfants aux changements de leurs vêtements et du contenu du cartable

26

11

Accompagner les enfants à l’école

17

14

Aller au travail

02

00

Terminer les tâches ménagères

14

11

Regarder la télévision

17

23

Préparer les gâteaux

08

02

Faire de la couture

02

01

Sortie

06

11

Préparer le café / thé

63

37

Récupérer les enfants de l’école

17

08

Servir le goûter aux enfants

63

38

Faire réviser les cours aux enfants

34

17

Servir le café au mari

60

37

Donner au mari la liste des achats pour le dîner

40

26

Provoquer une dispute avec le mari à cause achats

08

11

Regarder la télévision avec le mari et les enfants  et discuter autour d’un café

14

11

Jeux de création avec les enfants

08

08

Choisir et regarder les programmes de télévision

45

34

Préparer le dîner

63

37

Servir le dîner

63

37

Débarrasser la table et faire la vaisselle

63

37

Préparer les enfants pour aller se coucher

60

37

Regarder la télévision avec son  mari

43

28

Discussion entre couple sur ce qui s’est passé dans la journée

48

23

      Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Tableau 37 : Les activités de la femme durant l’après-midi et le soir du Jeudi (%)

Les activités de la femme

Réponses des Etudiantes

Réponses des Etudiants

Servir le déjeuner

63

37

Débarrasser la table et faire la vaisselle

63

37

Sieste

17

14

Partir au bain

08

01

Aller à la ville-nouvelle (Mdina jdida )

08

01

Visiter ou recevoir des proches

20

09

Préparation des gâteaux

17

11

Sorite avec le mari et les enfants (foret,   mer,   pique-nique)

20

14

Après 18 h

Aider les enfants à réviser leurs cours

11

08

Regarder la télévision

17

26

Préparer le dîner

54

31

Passer le week-end chez les grands parents

09

08

Servir le dîner

54

31

Débarrasser la table et faire la vaisselle

54

31

Faire coucher les enfants

60

31

Regarder la télévision tout en parlant avec le mari sur différents sujets

40

28

 Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Remarque : les activités du Vendredi pour la femme sont les mêmes que celles du Jeudi.

Tableau 38 : Les activités du mari durant les jours de semaine (%)

Les activités du mari

Réponses des Etudiantes

Réponses des Etudiants

Se réveille tout seul

31

20

Prière

62

31

Partir au travail

54

37

Déposer les enfants à l’école

26

20

De midi à 14 h

Prendre le déjeuner

54

28

Reposer

48

23

A partir de 14 h

Reprendre le travail

54

37

Après le travail

Prendre le café à la maison

62

37

Prière

43

20

Reposer de la fatigue du travail

17

14

Lire le journal

11

11

Regarder la télévision

31

06

Faire réviser les enfants

08

06

Sortir pour faire des achats

48

23

Sortir pour voir les amis au café du quartier

37

17

Rentrer à la maison

63

37

Prière

45

20

Regarder la télévision

57

28

Discussion avec les enfants et son épouse

40

26

Dîner

63

37

Aider son épouse à débarrasser la table et faire la vaisselle

06

03

Regarder la télévision avec son épouse

51

34

Terminer son travail à la maison sur l’ordinateur

46

26

Lire le journal ou un livre

06

08

Discussion entre couple avant de dormir

40

37

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Tableau 39 : Activités du mari durant l’après-midi et le soir du Jeudi et Vendredi (%)

Activités du mari durant l’après-midi et le soir du Jeudi

Réponses des Etudiantes

Réponses des Etudiants

Reprendre le travail

03

08

Sieste

40

26

Sortie/ rendre visite aux grands parents

43

17

Autre activités (bricolage, sortir avec les amis)

06

03

Le Vendredi après-midi et le soir

Douche ou hammam

26

17

Prière et lire le Coran

51

34

Sortir avec la famille

20

08

Sieste/regarder la télévision

40

23

Vendredi soir

Regarder la télévision

40

34

Dîner

63

37

Préparer les affaires et le travail du Samedi

14

11

 Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

2.3. Discussion des résultats 

La première analyse fait ressortir les données suivantes :

  • 100% des femmes occupent l’aire ou la sphère des activités domestiques (qu’elles soient femmes au foyer ou salariées) à 84.7%. Et c’est la mère qui décide de la répartition des tâches ménagères dans le champ familial à 88. 32%.  Nous n’avons pas relevé de tension dans cette sphère. Le leadership est dévolue dans cette zone à la mère.
  • 100% des femmes occupent la sphère : contrôle et soins des enfants. Une tension apparaît dans cette sphère de l’ordre de 35. 3%, ce qui nous laisse supposer qu’un important désaccord  existe entre les parents sur la façon d’éduquer les enfants. Nous n’avons pas  trouvé de coopération syncrétique dans cette sphère. Il existe en général deux tendances parallèles la femme tend vers l’ouverture et  la modernité et le père vers le conservatisme. 
  • Les activités sociales : les résultats laissent apparaître que c’est la femme qui occupe un grand pourcentage avec 94% du champ des activités sociales (voir tableau).
  • Activités économiques : les résultats sont partagés entre le mari et la femme c’est le père qui décide de l’achat des courses à 94. 70%.  et l’on enregistre une tension à ce niveau de l’ordre de 70. 58% de désaccord.  (voir tableau).

2.4. Conclusion 

Nous constatons que les zones de turbulences (conflits)  à l’intérieur du champ familial se situent au niveau de la sphère contrôle et soins des enfants.  C’est donc la zone de l’éducation (de leurs enfants) par excellence qui semble être la plus conflictuelle,   zone où les deux parents semblent diverger  « nous n’avons pas la même façon d’éduquer les enfants et surtout pour les filles,   nous n’avons pas les mêmes valeurs dans ce domaine (!) » Ces divergences sont l’expression de conflits de rôle mais aussi de conception de l’éducation en particulier vis-à-vis des enfants de sexe féminin.

Délégation totale de toutes les responsabilités à la mère ; tout le pouvoir décisionnel est l’affaire de la femme dans le champ familial (donc pas beaucoup de changement réel).  L’implication du père demeure  partielle à ce niveau.

L’implication du père est aussi instrumentale (donner des sous de temps en temps) et même à ce niveau le père n’a plus la pleine maîtrise de cet aspect, les femmes travailleuses y participent grandement.

Le déplacement  quasi permanent de la femme dans toutes les régions du champ familial laisse apparaitre que sa présence est indispensable dans toutes les activités des régions  du champ ; ce qui nous laisse supposer que le champ familial est pratiquement
constant bien que l’on observe de larges variations dans la structure de la famille.

Les variations constatées à l’intérieur du champ c’est l’entrée du père dans la zone des devoirs domestiques  qui risque de soulever des tensions dans une zone dominée exclusivement par la femme. Une zone qui déclenche souvent des conflits ou l’apprentissage de la négociation, de la coopération et du partage  s’impose !

1. Devoirs domestiques de l’épouse 100%.

2. Devoirs domestiques du mari 16. 40%

3. Activités sociales mari+épouse 94%

4. Activités domestiques communes (mères +enfants)

5. Activités économiques (mari+épouse). Il arrive parfois dans certaines familles que c’est le mari qui décide et c’est la femme qui exécute la tâche.

6. Contrôle et soins des enfants 100%.

Nos résultats font apparaître que le père  demeure pratiquement manquant sur le plan émotionnel et relationnel  dans la sphère familial ! nous pouvons dire qu’il « y a trop de mère et pas assez de père » pour paraphraser  Yvon Dallaire (2008 Québec. Canada).

A partir de ces éclaircissements, nous allons présenter les résultats de notre enquête qualitative auprès de femmes travailleuses

III. Deuxième enquête : femmes travailleuses et stratégies de coping 

Avant de présenter les résultats, une définition du coping s’impose :

Le coping est l’ensembles des efforts cognitifs et comportementaux destinés à maitriser, réduire ou tolérer les exigences internes ou externes qui menacent ou dépassent les ressources d’un individu.

Cette définition fait du coping un processus dynamique centré sur la pensée et l’action d’un individu dans un contexte spécifique.

Le coping est donc :

  • Un processus actif impliquant une certaine intentionnalité, une rupture de la routine.
  • Un répertoire des stratégies disponibles, plus ou moins large, donc ce sont des ressources mobilisables contre le stress.
  • Le contraire de la vulnérabilité.
  • Les stratégies de coping /d’ajustement sont : les stratégies centrées sur le problème, dans ce cas l’accent est mis sur les efforts de maîtrise de la situation par l’individu sans tenir compte des résultats concrets de l’action.

 Ce que le coping n’est pas :

  • Un mécanisme de défense (cf théories psychanalytiques)
  • Une disposition stable (trait de la personnalité)

Les stratégies de coping (centrées sur le problème)

  • Résolution de problème y compris la recherche de l’information.
  • Esprit combatif ou acceptation de la confrontation.
  • Coping centré sur l’émotion: prises de distance ou minimisation des menaces.
  • Réévaluation positive.
  • Auto-accusation.
  • Coping centré sur l’évitement.

3.1. Une étude comparative internationale 

Cette étude[3] a été réalisée en 2005-2007 et était antérieure au projet actuel. Nous la présentons brièvement ici car elle a été à la base de l’enquête qualitative réalisée dans ce projet.

Cette étude  avait comme objectif de déterminer les modes de faire face ou type de stratégies du coping dans un premier temps. Dans un deuxième temps, elle visait à explorer les vécus de leur situation de femmes travailleuses à l’extérieur et des femmes au foyer. La situation des femmes travailleuses a-t-elle évolué en termes de partage des tâches au sein du foyer ? Les époux sont-ils plus impliqués que ceux des femmes au foyer ? Quels sont les stresseurs que subissent ces femmes ?

La méthodologie utilisée pour répondre à ces questionnements est de deux ordres : quantitative par la mesure des stratégies de faire-face (coping) à l’aide de l’échelle du CISS (2005-2007); qualitative à l’aide d’entretien semi directifs basés sur un guide d’entretien. Nous avons essayé de comprendre les sentiments de ces femmes, leur vécu et les stresseurs qu’elles doivent affronter au quotidien (2008-2010).

- La technique du  C .I .S .S 

Le CISS[4] (inventaire de coping pour situations stressantes), est une épreuve papier crayon, comprenant 48 items qui mesurent les styles de coping. Le C. I. S. S « coping inventory of stressfull situations » de James Endler et Norman Parker- adaptation de J. P. Rolland ECPA France). Notons à ce niveau qu’une adaptation en langue arabe du C. I. S. S en Algérie  a été réalisée par notre équipe de recherche composée des enseignants chercheurs F. Ferrahi ; Z. Chabane, K. Kebdani et M. Kouidri.

- Les résultats de l’étude 

L’échantillon (476 femmes) retenu dans l’étude sur la validation de l’échelle du CISS (CRASC,  2005[5]) démontre que les stratégies de faire face au problème s’organisent en fonction de la priorité du classement de ce test du Coping  c’est-à-dire : Tâche, Emotion,   Evitement.

Tableau 40 : Résultats du test CISS

Dimension du CISS

Moyenne

Ecart-type

Tâche

61, 84

09, 67

Emotion

58, 05

11, 40

Evitement

45, 47

12, 13

Distraction

15, 33

05, 20

Diversion sociale

22, 20

07, 12

Source : Validation du test du coping / Crasc, 2005-2007

Pour une analyse différentielle sur le plan international concernant les études faites sur le coping  des femmes  Algériennes (ou l’échantillon = 476 de la ville d’Oran), Françaises (l’échantillon = 959 de la ville de Paris et alentours)  et Américaines  (l’échantillon = 288),   elles donnent  les résultats  suivants :

Tableau 41 : Etude comparative du CISS entre les femmes Algériennes, Américaines et Françaises

Echantillon

Dimension du CISS

Moyenne

Ecart-Type

Algériennes

N=476

Tâche

61, 84

09, 67

Emotion

58, 05

11, 40

Evitement

45, 47

12, 13

Distraction

15, 33

05, 02

Diversion sociale

22, 20

07, 12

Américaines

N=288

Tâche

58, 60

08, 65

Emotion

42, 57

11, 65

Evitement

44, 71

11, 35

Distraction

20, 49

05, 90

Diversion sociale

16, 63

04, 47

Françaises

N=959

Tâche

59, 26

09, 50

Emotion

41, 71

11, 41

Evitement

44, 30

12, 22

Distraction

19, 05

06, 68

Diversion sociale

16, 86

04, 73

Source : - Pour les Algériennes : Validation du test du coping / Crasc, 2005-2007 - Pour les Américaines et Françaises (J. P Rolland, C.I.S.S. ECPA, Paris, 2006)

Les résultats ici laissent apparaitre, concernant la stratégie faire – face « tâche » : les femmes Algériennes utilisent la stratégie « tâche » avec une moyenne de 61,84  et un écart – type de 09,67, ce qui les place au niveau 1 contre une moyenne de 59,26  et un écart – type de 09,53ce qui les place au niveau 2 et pour les femmes Américaines avec une moyenne de 58,60 et un écart – type de 08,65 ce qui  les place au niveau 3.

Ce qui nous laisse confirmer l’hypothèse que l’éducation  des filles forgent leur esprit et structure leur mental de façon à aiguiser leur mental en matière de stratégies face aux difficultés de la vie les femmes Algériennes semblent manifester des capacités adaptatives intéressantes comparativement aux femmes Américaines et Françaises.

- La stratégie « émotion »  :  Les femmes Algériennes avec une moyenne de 58,05  et un écart – type de 11,40 se classent en premier ce qui  dénote un fort taux de stress dans leur vie quotidienne  liés à plusieurs stresseurs ( ex : concilier entre la vie familiale  et travail).

 - La stratégie « évitement » classe  Les femmes Algériennes en premier avec une moyenne de 45,47 et un écart – type de 12,13, suivent les Américaines avec une moyenne de 44,71et un écart – type de 11,35et ; en dernier les femmes Françaises avec une moyenne de 44,30 et un écart – type de  12,22.

Les femmes Algériennes comparativement aux femmes Françaises et Américaines se situent au niveau 1 pour les trois stratégies de faire face  « tâche – émotion –évitement » ceci explique le fait que culturellement en général nous ne  sommes pas dans l’affrontement mais dans l’évitement.

- La stratégie « distraction »  place les Américaines au niveau 1 avec une moyenne de 20,49 et un écart –type de 05,90 suivies  des Françaises avec une moyenne de 19,05 et un écart – type de 06,68 enfin les Algériennes avec une moyenne de 15,33 et un écart –type de 05,20. Les résultats obtenus révèlent une réalité des femmes Algériennes qui n’arrivent pas à se trouver du temps pour elle-même «  je ne peux pas rendre visite à ma mère le vendredi car je n’ai pas le temps» ! Je suis tout le temps en train de courir « !!!! Tout est centralisé autour d’elle.  

3.2. Une enquête qualitative 

Les données qualitatives recueillies à travers l’entretien semi-directif et du discours de nos enquêtées nous ont fait ressortir trois (3) profils de femme qui se résument comme suit :

- Trois profils de femmes 

Profil -1 : La femme battante et/ou combattante

C’est le profil de la femme autonome et affirmée qui sait ce qu’elle veut dans le présent et fait des projets pour le futur.  Elle se présente comme celle qui a fait des études universitaires,  qui a un bon poste de travail, qui est épanouie car satisfaite de ce qu’elle fait, s’adapte fort bien avec les tâches domestiques, fait «ce qu’elle peut donc ». C’est la femme qui a pris beaucoup de recul et qui arrive à ajuster ses moyens en fonction des situations problématiques qui se présentent à elle ; c’est une femme  « qui a les pieds sur terre ». 

Dans ce domaine,  elle n’arrive pas à s’empêcher de faire du repassage, de faire la poussière ou faire la lessive même à la maison, ceci fait partie de sa vie dit-elle et elle ne cherche pas à faire changer les traditions : « du moment que je n’ai pas de problèmes avec mon mari et mes enfants et que j’ai la paix avec eux ; je ne vois pas pourquoi je vais m’encombrer l’esprit, pour ne pas dire tracasser l’esprit (sic) avec des faux problèmes, les choses sont ainsi faites depuis la nuit des temps », « la femme a toujours travaillé, même quand elle n’avait pas de travail lucratif et plus que l’homme » donc autant s’investir dans son travail et l’éducation de ses enfants, et le reste est accessoire » ! N’y – a-t-il pas là une sorte de soumission? (souligné par nous)  « Tenez, moi je travaille avec mon mari, nous sortons tous les deux le matin à la même heure et nous rentrons ensemble le soir à la maison, lui,   passe directement à la douche, après s’être douché, il  prend son journal pour le lire et moi je passe directement à la cuisine, après avoir enfilé « la tenue de combat » [= tenue d’intérieur] mais ce n’est pas cette situation-là qui va me faire changer d’avis concernant mon travail.  Je fais tout pour m’ajuster aux situations désagréables mais je ne lâcherai pas ». C’est le profil de la femme qui se défend bien et défend ses intérêts personnels, très intéressée par la politique ; en fait c’est une femme qui assume sa situation du dedans et dehors.  «Quand je me réveille le matin et en ouvrant les yeux je me retrouve tout de suite en train d’organiser une tâche à laquelle j’ai pensé la veille… J’ai toujours l’impression que même dans mon sommeil mon cerveau reste actif.  Comme il m’arrive aussi de me lever avec une sensation de vide dans la tête !». Ceci nous laisse supposer qu’il s’agit là d’une situation de stress bien  prononcé mais qui s’ignore.

Profil -2 : La femme moderne et soumise[6]

Profil de la femme conservatrice qui tient aux valeurs traditionnelles mais tient tout autant à son travail.  Ne rechigne pas pour les tâches domestiques mais ne souhaiterait pas inculquer le travail domestique aux garçons car elle ne supporte pas de voir le mari ou les garçons à la cuisine car, dit-elle, « je suis convaincue que c’est un travail dévolu à la femme   ».  C’est le style de femme qui se lève à 6h du matin qui, en préparant le petit déjeuner, met le déjeuner en route  car son mari, dit-elle,  « n’aime pas manger les restes du repas de la veille (Essabeh !) ». Donc elle se conforme à sa demande ; « pour ne pas entrer dans le conflit »... Un profil de femme  qui se résume dans une personne qui se conforme aux règles traditionnelles, obéissante, soumise, très dépendante des orientations du mari et qui ne dit jamais « non » aux exigences de son  mari car, dit-elle,  « je ne pense même pas à négocier ». C’est l’exemple de la femme qui a les moyens de pouvoir s’acheter une voiture,   pour décharger son mari des contraintes quotidiennes et accompagner les enfants à l’école le matin et pouvoir aller à son travail. Elle a les moyens matériels et le désir d’avoir sa voiture personnelle mais son mari ne trouve pas cela utile d’avoir deux voitures à la maison, donc, elle accepte et ne cherche ni à négocier ni à le convaincre du contraire, et pourtant ceci les aiderait tous les deux à gérer le quotidien avec moins de stress, dit-elle.  Elle préfère introjecter sa frustration (نبلعها) que de se mettre au travers de son attitude.  « C’est dire que la tâche est insurmontable ! », souligne notre interviewée. Il est à noter que ce sont les femmes chez qui nous avons rencontré les maladies liées au stress tels le psoriasis, la lombalgie et l’hyperthyroïdie.  (Je viens d’apprendre un an et demi après notre enquête qu’elle vient de faire un néoplasme du sein et qu’elle vient d’être opérée, en avril 2011).

Profil -3 : La femme harcelée

C’est le profil de la femme qui fait pratiquement tout à la maison et toute seule,  c’est la femme « PIVOT » et tous « sont tournés vers elle ». C’est la femme autonome, qui contrôle tout et se tourmente pour tout (du mari, des enfants et autres membres de la famille) qui ne sait pas dire non (ou parce que l’on ne lui a pas appris) et ou si elle le dit, elle culpabilise vis-à-vis des membres de sa famille. C’est une femme qui reste bloquée au niveau de sa carrière  « comment veux-tu évoluer dans ton travail professionnel  avec toutes ces charges à subir au quotidien ? ». Elle souhaiterait évoluer dans sa carrière mais n’a pas la force de se détacher des demandes  incessantes de sa famille.  Alors,  son discours se résume ainsi.  :

« Sur les 24 heures j’ai une heure pour moi »,  

« Je ne vis pas pour moi ; je n’existe que pour eux ». 

« Ma famille m’avale (صارطتني),  je n’ai même pas la force de m’en détacher, et d’ailleurs tu vas trouver  des tourments المحاين) ( qui, quand tu interpréteras les données des tests (coping), ils  vont ressortir blanc (visibles) comme neige. »

«On nous a tellement répété durant toute notre socialisation de demeurer  toujours les yeux ouverts face à beaucoup de choses dans la vie : ‘ouvre tes yeux’   ( !حلي عينيك), ‘fais gaffe’ ( !بلاكي), qu’il m’arrive de ne plus dormir y compris la nuit ». 

- Un indicateur psychosomatique:

Dans les 2ème et 3ème profils que nous avons fait ressortir de notre entretien, la majorité des femmes de notre échantillon souffrent de maladies psychosomatiques regroupées dans le tableau suivant :

Tableau 42 : Récapitulation des différentes maladies chroniques des femmes enquêtées

Age

Situation matrim. et nbre d’enfant

Profession

Maladies Chroniques                 et remèdes

01

44

M+2

Tech. Sup. santé (T.  S.  S)

Asthme – Hypertension

02

54

M+3

Médecin Conseil

Asthme (Kystes mammaires) + traitement anxiolytique

03

50

D+ 2

Chef de service

 

Thyroïde (à vie) + P.  Sommeil Calcibronate, lire le Coran

04

57

M+2

Médecin chef conseil

P.  Sommeil (insomnies pratiquement tous les soirs)

05

52

M+3

Directrice d’école

Allergies

06

63

M+2

Enseignante en Psychologie

P.  Sommeil

07

31

M+1

Enseignante en Physique (Université)

Pbs /Angoisse + P.  Sommeil

08

34

M+2

Agent de saisie

Maladie chronique pb. de lombaires – Allergie + P.  Sommeil. Prend du sirop pour dormir. 

09

64

M+2

Chercheure Permanente

P.  Sommeil

10

55

M+3

Enseignante Psychologie

Cholestérol (se traite)

11

36

M+3

Femme de ménage

P.  Sommeil (Heptogil, Sirop)

 

12

51

M+6

Médecin Généraliste

Angoisses mais préfère le dialogue – Thérapies brèves.

13

44

M+3

Chirurgien-dentiste

Hyper organisée – Dépression masquée

14

58

D+1

Consultante en Communication

Crise d’angoisse suivie par des moments de blues

15

48

M+1

Professeur de dessin

Souffre du colon (douleurs intestinales quotidiennes)

16

46

M+3

Médecin Scolaire - Chef d’unité

Problèmes de lombalgies + sommeil,   agitée ; très perturbée mais elle ne prend rien comme remède

17

44

M+2

Ethnologue Consultante

En cas de stress elle se soigne elle-même à l’homéopathie +le sport. 

18

63

M+2

Chercheure permanent

Allergies se traite chez un allergologue. 

19

35

M+1

Chargée de communication ingénieur

Episode dépressif (se traite à l’amytriptime) – Crise d’estime de soi

20

31

M+2

Chargée de recherche

Problème d’allaitement 

21

49

M+2

Enseignante Université

P.  Sommeil de Hernie cervicale Arthrose – prend un relaxant musculaire (Myolastant)

22

57

M+3

Enseignante Université

P.  Sommeil- Allergies

23

39

M.  S

Assistante de recherche

Sans

24

38

M.  S

Attachée de Biblio. Université

Rhinites allergiques de nature à dormir peu (facilement irritable)

25

36

M+2

Ingénieur en informatique

Problèmes hormonaux. 

26

38

M+2

Secrétaire à l’université

P.  Sommeil saccadé suite aux problèmes existentiels sommeil et réveil alternés toute la nuit

27

54

M+2

Enseignante Université

Problème de Sommeil (Somnifères)

28

54

M+4

Enseignante Université

Problème de Sommeil (ne supporte pas du tout les bruits)

29

53

M+4

Médecin coordinateur

Sans

30

44

M+2

Tech. Sup. santé (T.  S.  S)

HTA+ Psoriasis

31

51

M+5

T.  S Laboratoire

Problème de Sommeil Insomnie

32

31

M+3

T.  S Laboratoire

Parasomnie p.  Sommeil très léger

33

42

M+4

Médecin

Problème endocrinien (kyste mammaire) à répétition

34

56

D+3

Conservateur de bibliothèque

Insomnie chronique +anorexie

35

46

M+1

Agent de saisie

1/HTA -2/Cholestérol – Arthrose lombaire

36

35

M+1

TS.  Informatique

/

37

48

M+3

Chef de service (Université)

/

38

54

M+3

Secrétaire

HTA, suivie actuellement en Neurochirurgie

39

33

M+2

Médecin radiologiste

Maladie chronique : Hyperthyroïdie (facteur N° 1 = Stress)

40

44

M+3

Chef de bureau admin.

Problème endocrinien  menstrues perturbées

41

37

M+2

Chef de service personnel

Hernie discale. 

42

44

M+4

Médecin conseil

Rhinite Allergique. 

Il ressort de ce tableau tous les symptômes retenus lors d’un épisode de stress tels que décrits par différents chercheurs (in Rivolier. 1989, Thomas P., 2001 et autres) à savoir les symptômes physiologiques, émotionnels et mentaux. 

La majorité des femmes de notre échantillon se plaignent de maux de tête ou migraines, des bourdonnements d’oreille, de vertiges, les troubles de la vision ou encore des problèmes d’insomnie. Certaines d’entre elles présentent des douleurs au niveau de la nuque, surtout des épaules et du dos.  D’autres se sentent oppressées au niveau de la poitrine et du cœur « je sens mon cœur sortir de sa place », exprime une enquêtée.  Elles se sentent constamment fatiguées et / ou agitées. D’autres se plaignent de tension artérielle et des problèmes hormonaux.  Le Pr Laborit parle d’un affaiblissement de l’organisme : « nos idées noires font marcher notre hypothalamus qui déclenchera la  sécrétion d’une hormone, laquelle libère à son tour de la cortisone.  Or la cortisone, si elle a le pouvoir de soulager nos douleurs, peut aussi dilater nos vaisseaux sanguins et détruire notre système immunitaire.  Nous voilà ouvert à la prolifération de n’importe quelle maladie : ulcère, pneumonie, cancer…etc.  » (in Thomas P. 2001) 

Concernant les symptômes émotionnels, nous relevons une forte vulnérabilité et le sentiment d’être submergées par des émotions négatives. Elles présentent des accès d’angoisse et pleurent pour un oui ou un non.  Elles sont vite énervées, agitées, agressives ou constamment sur le qui-vive et ne trouvent jamais le repos même quand elles n’ont rien à faire. Maudsley (Hainal A, Pasini W in medecine psychosomatique, 1978) écrivait : « si l’émotion ne se libère pas, elle va s’en prendre aux organes et en troubler le fonctionnement.  Le chagrin qui peut s’exprimer par des frémissements et des peurs est vite oublié,   tandis que la peine muette qui sans cesse ronge le cœur, à la fin, le brise ».  Certaines développent un tel sentiment d’impuissance qu’elles n’ont plus l’impression de contrôler leur vie, ce qui les amène à la perte d’intérêt pour tout ce qui les entoure et les emmène droit vers la dépression (ne s’agit-il pas de ‘burn out’ dans ces cas ?).  D’autres se torturent l’esprit pour des détails insignifiants et ne parviennent plus à faire leur travail comme elles le désirent et leur souhait imminent c’est de pouvoir changer.  

Concernant la maladie du psoriasis, A. Hainal et W. Pasini (1978) notent que, dans cette dernière, ce sont  les conflits intrapsychiques qui participent au déclenchement de la maladie. 
Ce trouble est souvent consécutif à une perte, une séparation ou une déception à l’égard de soi-même. 

Il est important de souligner dans cette enquête  que nous avons relevé uniquement deux (2) hommes qui aident leurs épouses dans les tâches domestiques des 42 femmes interviewées.  Comme il est important aussi de souligner que, souvent, ce sont les femmes qui n’aimeraient pas que leur mari rentre à la cuisine car il dérange beaucoup l’ordre établi par la femme à l’intérieur de cet espace ; et c’est la raison pour laquelle il demeure essentiellement féminin (bien que notre enquête a montré que 16% des hommes déclarent faire la cuisine).

- Un indicateur économique

Il est important de noter que, pour l’organisation budgétaire, parmi les 42 femmes de notre échantillon, une seule femme a un compte joint avec son mari ; et c’est le mari qui retire l’argent du compte et elle ne va jamais à la poste, non pas parce que son mari le lui interdit, mais elle trouve que « c’est une corvée à faire en moins » (sic).  Par contre, les autres affirment que chacun gère son salaire à part ; en somme, chacun fait ce qu’il veut de son salaire ! Selon elles,  il n’existe pas d’entente dans le champ économique. Cette zone, dans toute la  région du champ familial, apparaît en général comme  une zone de turbulences, donc de tension à l’intérieur de l’espace familial.  Comme il y a celles qui ont déclaré que leur mari leur donne l’argent qu’il faut pour les dépenses mensuelles de la famille, comme il y a celles qui participent aux frais des courses (15 000 D.A. /mois) car « le niveau de vie est très élevé, dit une enquêtée, et le reste de mon salaire je le garde pour moi, d’ailleurs  dans la religion musulmane le mari n’a aucun droit  sur le salaire de sa femme » (soulignée par l’enquêtée.).  Ceci nous permet d’avancer que l’on préfère garder chacun ses sous pour ne pas rentrer dans le conflit : « De toute façon, dit-elle, tout ce qu’il y a dans la maison c’est moi ! (vaisselle, ameublement, argent de poche pour les enfants … etc  ». 

- En guise conclusion

Toutes nos enquêtées se plaignaient de la charge de travail tant physique que mentale (celle du dedans et du dehors), du manque de temps, répètent-elles souvent à travers leur discours : « j’angoisse à l’idée de ne pas pouvoir terminer mes tâches à l’heure prévue » à la maison. Par contre, le travail rémunéré reste une source d’autonomie et de bien-être psychologique au quotidien.  « Ah si on pouvait rallonger la journée de 24h et pouvoir la rendre 2 journées en 1 » (faisant allusion à l’expression deux en un). Le stresseur n°1 donc c’est le temps, ce temps qui passe vite, très vite au point où l’on ne se rend pas compte de son passage : 95% de nos enquêtées affirment ne pas avoir suffisamment de temps pour régler au quotidien ce qu’elles comptaient réaliser !

Le stresseur n°2  c’est la pression exercée sur la femme par les membres de la famille : « Ils ne peuvent rien faire sans moi ; je suis tout pour tous : je suis leur mémoire », dit  l’une,  et « le pivot de la famille » réplique une autre. « Je dois être là pour tous et à tout moment. C’est l’extrême, je n’en peux plus ». Malgré son épuisement personnel, elle est dans l’incapacité à pouvoir « dire non aux membres de sa famille.» 

Enfin le stresseur n°3 est la pression  de l’époux.  « Parfois je suis éteinte, dans un état de total épuisement, mais je dois répondre à ses demandes jusqu’à en pleurer au moment de la réalisation des tâches, mais je le fais quand même car je redoute l’expression : ‘‘Tes « maîtresses » font plus que ça’’  (لالياتك يديرو اكثر من هاك) ou ‘‘les vraies femmes ne disent jamais « non » face aux demandes de leur mari’’ (المرأة انتاع الصح، عمرها ما تقول لا لراجلها). Comme s’il existait de vraies et de fausses femmes ! ».

Bibliographie 

Ait Amara, M., in Famille et transition en Algérie AAPF (Association Algérienne du Planning Familial), Oran, 2008.

Bouchard, M., Questionnaires et échelles d'évaluation de la personnalité, Edition Masson, 2002.

Bulletin de Psychologie (1954), Groupe d'études de Psychologie de l'Université de Paris  n° 10, Tome VII du 15 mai 1954.

Chabane, Z., Coping et locus de contrôle chez les femmes salariées (analyse différentielle), Université d’Oran, Mémoire de magister, 2011.

Fsian, H., Identité Féminine, Identité Masculine en Algérie, Thèse de Doctorat en psychologie, Université d’Oran, 2009.

Haynal, A. ; Pasini, W., Médecine psychosomatique, Paris, Ed Masson, 1978.

Hourel, M. Stress et santé: le rôle de la personnalité ; présentation de quelques outils d'évaluation de la personnalité, laboratoire de psychologie des régulations individuelles et sociales (PRIS), 2006.

Dr Mahmoud, Boudarène, le stress «  entre bien–être et souffrance », Alger, Ed Berti, 2005.

Kouidri, K ; Chabane, Z ; Kebdani, K ; Ferahi, F., Validation du test de Coping sur une population algérienne, CRASC, 2005-2007.

Rivolier, J., L'homme stressé, Paris, Edition PUF, 1989.

Rolland, Jean–Pierre, Manuel de coping pour situations stressantes  (C.I.S.S); adaptation Française, Paris, Ed ECPA, 1990.

Thomas, P., Stress, anxiété et troubles de l'adaptation, Paris, Ed Masson, 2001.

Touzard, H., Enquête psychosociologique sur les rôles conjugaux et  la structure familiale, Paris, CNRS, 1972.

Annexe : Description du CISS 

Le CISS (inventaire de coping pour situations stressantes), est une épreuve papier crayon, comprenant 48 items qui mesurent les styles de coping.

Il contient 16 items, mesurant le coping orienté vers la tache, 16 items mesurant le coping orienté vers l’émotion, et 16 autres items mesurant le coping orienté vers l’évitement.

Il y a deux sous échelles pour la dimension évitement : Distraction (08 items) et diversion sociale (05 items). (Les trois items restant pour la dimension évitement ne sont pas notés dans ces sous échelles).

Les items relatifs aux trois échelles principales ont été distribués au hasard au sein du questionnaire.

On demande aux adultes et aux adolescents de noter chaque item sur une échelle de fréquence en 5 points allant de 1 : « pas du tout » à 5 : « beaucoup ».

Le CISS peut généralement être passé en 10 minutes, bien qu’il existe des différences individuelles de temps de passation.

Description des échelles de coping :

  • la tâche: décrit des efforts orientés vers la tâche pour résoudre le problème, le restructurer sur le plan cognitif on pour tenter de modifier la situation. L’accent est mis sur la tâche, l’organisation et les tentatives pour résoudre le problème.
  • l’émotion: décrit les réactions émotionnelles orientées vers le moi dans le but de réduire le stress. Ces réactions comprennent les réponses émotionnelles (« m’en vouloir d’être trop émotif », « me mettre en colère », « je suis trop tendu »….), les préoccupations personnelles et les rêveries. Dans certains cas, la réaction augmente le stress (la personne est bouleversée, très tendue…).
  • L’évitement : décrit les activités et les modifications cognitives visant à éviter la situation stressante. Les moyens d’apaiser le stress, sont soit la distraction par d’autres situations ou d’autres taches (orienté vers la tache), soit la diversion sociale (orienté vers la personne)

Notes

[1] Touzard, H., Enquête psychosociologique sur les rôles conjugaux et la structure familiale, CNRS,  1975. 

[2] Jeudi et Vendredi car l’enquête a été réalisée avant le changement du week end pour le Vendredi et Samedi ?

[3] Les résultats de cette étude ont été  présentés au Colloque international : « Du milieu familial au milieu professionnel : situations de harcèlement », CRASC,  06-07 octobre 2010.  

[4] Une description de la technique CISS se trouve en annexe.

[5] Projet Validation du test du coping à une population algérienne. / Crasc, 2005-2007

[6] Selon l’expression de H. Fsian (2010)