Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des cahiers

Les cahiers du Crasc, N° 27, 2013, p. 65-78 | Texte Intégral


 

 

Fatima-Zohra SEBAA

 

 

I. Introduction

De nombreuses études mettent l’accent sur les transformations que connaît la structure familiale algérienne en soulignant, presque de manière unanime, deux aspects importants : la tendance croissante vers la nucléarisation de la famille (69% de l'ensemble des familles) et l’augmentation de l'espérance de vie (53 ans en 1970, 76 ans en 2006).

D’autres aspects, comme la participation plus visible de la femme dans le monde du travail mais aussi dans la vie publique (mouvement associatif, vie culturelle, etc.) et l’augmentation importante du taux de scolarisation (97%), constituent les facteurs les plus influents du changement, non seulement de la structure familiale dans son ensemble, mais également au niveau des relations entre les individus qui la constituent.

Nous nous proposions, entre autres, pour cette étude un double objectif :

  • examiner la perception par l'enfant des pratiques éducatives parentales pour déterminer comment peut être lue cette perception (soutien, contrôle, démission…) ;
  • déterminer dans quelle mesure la perception de chaque parent diffère selon le sexe de l'enfant et les caractéristiques socio-économiques de la famille.

II. Parents, enfants : quels archétypes ?

Tout au long de cette étude, mais aussi, forts de notre expérience d’écoute et d’approche sur le plan qualitatif (études de cas, focus groupes…), nous nous sommes intéressés aux différentes représentations qu’ont les acteurs (parents et enfants/adolescents) de cette famille en évolution en tentant de répondre aux questionnements suivants :

  • Quels sont les différents modèles (modèles parentaux, modèles d’enfants/adolescents)  qui se dessinent ou du moins quelles sont les tendances lourdes qui se dégagent ?
  • Sont-ils remodelés par les changements intervenus et quels nouveaux rôles émergents pour les uns et les autres ?
  • Quelles grandes tendances de la (ou des) nouvelle(s) famille(s) algérienne(s) se dégagent ?

Les éléments de réponse recueillis vont nous permettre de centrer notre analyse sur la compréhension de l’inter-influence et de l’interaction entre les perceptions, les représentations et les pratiques des parents et celles des enfants au sein d’une même structure familiale.

Nous nous intéresserons aux nouveaux modèles éducatifs et aux nouvelles formes de socialisation qui se dégagent à la lumière des changements intervenus dans la cellule familiale (passage de la famille élargie à la famille nucléaire, taux de scolarisation élevé, travail rémunéré des femmes, recul de l’âge du mariage…)

Grâce au taux élevé de scolarisation et surtout chez les filles, la société en général ne jette plus le même regard sur les algériennes. Elles-mêmes ne conçoivent plus le strict respect des traditions sans une prise de conscience certaine et une remise en cause de leur statut. Même si la valeur « mariage » pour les femmes reste la plus admise et la plus partagée, il apparaît comme un fait saillant que les parents sont également soucieux de la scolarité de leurs filles et par extrapolation de leur indépendance économique future[1].

Il est temps à notre avis de tenter de saisir les concordances et/ou les divergences entre les perceptions des uns et des autres, souvent source de conflits et de dysfonctionnements au sein de la famille pour pouvoir justement y remédier ou les éviter.

Notre analyse va tenter de saisir les indicateurs de changements au niveau des attitudes, des comportements au sein d’une même famille chez les deux générations la composant : les parents et leurs enfants, mais également quelles incidences sur les individus et le fonctionnement de leur famille ?

III. Modèles parentaux : Comment sont perçus les parents en fonction du genre, des âges et du statut social ?

Au dernier recensement (2008), la population algérienne était estimée à 34,8 millions d’habitants. Le poids de la jeunesse est considérable dans la société puisque près de 67% des Algériens ont moins de  30 ans. En 2007, les 15-29 ans représentaient 32% de la population totale, soit environ 10,7 millions d’habitants (estimation provisoire de l’Office National des Statistiques). La proportion de jeunes de moins de 20 ans représentait 57,4% de la population totale en 1966, par rapport à 39,6% en 2007.

3.1. La famille : une nécessaire continuité 

Les récits de vie de jeunes de toutes conditions sociales que nous avons eu lors de nos différentes études (Suicide des jeunes, Droit à la participation des adolescents CRASC/UNICEF 2010) ainsi que les résultats de l’enquête (cf. Chap. I), permettent de relever la non rupture avec la cellule familiale ce qui, certes, va relativiser la notion de conflits de générations, mais il est important de noter que la famille n’est pas toujours perçue par les jeunes comme un espace relationnel permettant l’autonomie de ses membres et favorisant l’individuation comme l’a montré l’étude sur les tentatives de suicide chez les jeunes. Ce passage à l’acte entraîne souvent une désorganisation puis une réorganisation du groupe familial.

Notre enquête montre que les jeunes intériorisent les rapports d’autorité et ne semblent pas remettre en question la logique patriarcale. Le père et/ou le grand frère utilise plus les châtiments considérés comme sévères, alors que les mères ou grandes sœurs passent par le dialogue et/ou la négociation. D’ailleurs, les jeunes ont des rapports plus d’ordre affectif avec ces dernières qu’ils considèrent comme étant les acteurs principaux de l’espace domestique. Elles continuent à assurer toute la part de travail « invisible » à l’intérieur de cet espace mais assure également des rôles sociaux importants (inscription des enfants dans les espaces scolaires et de formation, suivi médical…) souvent en l’absence du père et surtout dans les milieux modestes.

3.2. La mère : pivot de l’espace domestique

La mère constitue pour les jeunes un solide soutien. C’est à elle que le jeune s’adressera pour ses besoins matériels (argent de poche, besoins minimes quotidiens), c’est également elle qui s’occupera de leur scolarité (inscription, lien avec les enseignants), de leur santé et c’est surtout vers elle que filles et garçons se tournent pour se confier.

Le père s’en remet généralement à elle pour les décisions concernant les enfants, la disposition des meubles à l’intérieur de l’espace domestique, la gestion des fêtes et manifestations familiales...

Mais cette survalorisation sociale et affective de la mère n’est-elle pas à mettre en lien avec la dépréciation du statut de la femme dans notre société ?

La famille, avec ce partage de rôles, reste malgré tout (interdits, rapports déséquilibrés de pouvoir entre ses membres) le modèle que les jeunes tentent de reproduire. Les garçons restent fortement attachés aux notions de virilité et d’honneur à préserver, alors que les filles semblent accepter leurs conditions avec toutefois quelques désirs de modifications à apporter dans les relations entre hommes et femmes.

3.3. Des représentations et des pratiques éducatives 

Dans cette étude, une première lecture des tableaux simples issus du questionnaire adressé aux parents nous donne le schéma d’une famille-type : c’est une famille nucléaire de classe moyenne  et habitant un appartement de trois pièces. Le père est plus âgé que la mère et les deux ont un niveau scolaire supérieur à leurs propres parents avec néanmoins une nuance : les femmes étant généralement moins instruites que les hommes pour les parents et les grands-parents.

Malgré les changements comme le rétrécissement de la taille de la famille et l’élévation du niveau d’instruction, il ne semble pas y avoir de changements radicaux dans les représentations et dans les pratiques des hommes et des femmes. Les qualités et les défauts des enfants sont appréciés selon le sexe de l’enfant, de même en ce qui concerne les souhaits et les projections exprimés à leur égard.

Les pratiques éducatives vont également être modulées par cette variable genre, car le modèle éducatif « traditionnel » (père autoritaire, mère affective/permissive) est toujours présent mais néanmoins avec quelques indicateurs de changements : le père semble plus à l’écoute, il donne plus facilement un coup de main à la mère pour l’entretien de la famille dans l’espace domestique et nombre de décisions concernant les enfants sont prises par le couple parental. Pour les mères et les filles, même si elles continuent d’assurer l’essentiel des tâches domestiques, elles investissent de plus en plus d’autres espaces pour les démarches administratives, la scolarisation des enfants et s’essaient pour certaines aux travaux de bricolage.

Ainsi, d’après ces premiers résultats, les changements ne semblent pas aussi radicaux, mais ils sont du moins perceptibles et réels.

- Qualités et défauts des enfants 

Contrairement à certaines idées reçues affirmant que certains parents ne voient dans leur enfant que l’élève, tellement les résultats scolaires sont surinvestis, lors de notre étude les parents enquêtés souhaitent pour leurs enfants plus de qualités sur le plan affectif et relationnel que sur celui du rendement scolaire.

Mais cela reste néanmoins à nuancer selon le sexe de l’enfant. Ainsi, le garçon est perçu comme plus affectif (surtout par les mères) alors que la fille, elle, est jugée plus sociable (Cf. tableau 12 Chap. 1).

Les mères, dans leurs déclarations, semblent plus égalitaires envers les deux sexes et ce quel que soit le type éducatif.

- Sanctions et récompenses

Nous avons également tenté de savoir comment les parents sanctionnent leurs enfants, et comment ces sanctions sont-elles modulées en fonction du sexe ?

Les pères encouragent un peu plus les garçons que les filles, mais leur donnent moins d’argent, alors que les mères restent dans des traitements égalitaires vis-à-vis des deux sexes (Voir Chap. 1).

3.4. La parentalité : approches théoriques et pratiques

- Définition

La parentalité implique les parents et les enfants et repose sur l’idée que l’ensemble complexe des relations impliquées, se renforce mutuellement. Pour expliciter ce point, disons qu’une « bonne » parentalité profite à la fois aux enfants et aux parents.

Selon Sellenet[2], « la parentalité est un processus psychique évolutif et un codage social faisant accéder un homme et/ou une femme à un ensemble de fonctions parentales, indépendamment de la façon dont ils les mettront en œuvre dans une configuration familiale ».

La parentalité est donc le fruit d’un long processus en constante évolution, variant selon les époques, les cultures et les conditions socio-économiques d’existence. Ainsi l’allongement de la durée de vie favorise les échanges entre arrières grands-parents, grands-parents, parents et enfants. Elle favorise les processus de socialisation et de construction identitaire car ce que les parents font avec l’enfant et ce qu’ils lui apportent implique des tâches (soins physiques, fixation des limites et apprentissage), des comportements et attitudes (réceptivité, affection) ainsi que des qualités relationnelles (sécurité affective, attachement solide…).

- Principales tâches de la parentalité :

  • Apporter les soins de base, protéger, éduquer et sécuriser ;
  • Orienter l’enfant et lui fixer des limites ;
  • Assurer les conditions du développement intellectuel, affectif et social de l’enfant ;
  • Faire respecter la loi et contribuer à la stabilité des relations.

- La parentalité en Algérie : approche globale

La fonction parentale connaît désormais un véritable tournant au sein de notre société : en raison des profonds changements des normes et des lois (travail des femmes, loi sur le harcèlement au travail…), les adultes sont amenés à réinventer le sens à donner au partenariat entre l’homme et la femme. C’est pourquoi les parents ont besoin, aujourd’hui, d’informations spécifiques, de soutien et de compétences qui leur permettent d’agir efficacement pour leur propre développement et celui de leurs enfants. Les politiques publiques ne peuvent pas se permettre de rester inactives sur la question de la parentalité et des différentes formes qu’elle peut prendre.

Dans les recherches sur la parentalité, il est de plus en plus prouvé que ce concept doit inclure une réciprocité des relations : comment les parents sont-ils influencés par l’enfant et comment l’enfant est-il influencé par les parents ? La nature réciproque des interactions parents-enfants est démontrée par l’étude du développement des très jeunes enfants ainsi que par celle des adolescents. Les relations familiales devraient consister en ce que tous les membres apprennent à coopérer les uns avec les autres, plutôt que d’apprendre seulement à l’enfant/adolescent comment coopérer.

En Algérie, et pour la question de l’adolescence notamment, c’est une situation psychosociologique nouvelle, posant un problème de statut. Statut, aussi bien de la notion que de ses porteurs. A commencer par les perturbations et les désordres qu’elle engendre chez l’adolescent lui-même.

Au cours de l’étude sur le droit à la participation des adolescents (CRASC/UNICEF 2010), nous nous sommes intéressés à l’adolescent algérien qui vit dans un environnement véhiculant des images socioculturelles diversifiées et se heurte ainsi à des contradictions qui ne sont pas sans incidence sur son développement personnel et dans les groupes auxquels il appartient.

Cette étude avait pour objectif de rendre visible la situation vécue par l’adolescent dans les différents milieux que ce dernier fréquente (famille, école, rue) avec la particularité de faire avec lui, principal intéressé et non plus pour lui ou à sa place.

Voici les principaux résultats de l’étude concernant l’espace familial :

  • Pour les adolescents le droit à la participation est perçu de façon plus complète au fur et à mesure que l’adolescent avance en âge. Les facteurs sexe ou statut de scolarisé ou de non scolarisé influent relativement moins sur le droit à la participation des adolescents et c’est plus au niveau des attitudes que des représentations que l’on voit le plus de différences entre les adolescents.
  • Le milieu familial permet aux adolescents d’être écoutés mais les exclut souvent de la prise de décision.
  • Le choix des amis, du look et du temps de loisir est soumis à l’approbation des parents.
  • L’avis des parents est souvent sollicité par les adolescents pour obtenir une autorisation, un consentement ou une simple caution.
  • Les adolescents réclament un droit à la participation en rapport avec leur tempérament et leurs dispositions (en fonction de ce qu’ils aiment faire : cuisine, petites réparations…).
  • Le droit à une participation valorisante est une aspiration des adolescents.

El les principales recommandations de l’étude étaient :

  • Informer et soutenir les parents par le biais d’émissions périodiques de télévision, radio, presse écrite, animées par des experts en droit des enfants.
  • Valoriser prioritairement les rôles et les compétences des parents en les encourageant à accueillir ou susciter de nouvelles initiatives.
  • Encourager le développement du mouvement associatif dans le domaine culturel et éducatif.
  • Favoriser la relation entre les parents, privilégier les supports où les parents sont présents, en particulier dans le cadre associatif.
  • Prendre en charge la formation des cadres associatifs.
  •  Favoriser une meilleure conciliation des temps familiaux et professionnels.
  • Informer et accompagner l’activité associative des parents d’élèves dans les établissements scolaires dans le cadre des activités péri et para scolaires.
  • Organiser des rencontres périodiques enseignants/parents et enseignants/élèves en dehors des résultats scolaires, portant sur les droits des adolescents.
  • Impliquer les personnalités publiques et politiques en vue de la promotion des droits des adolescents.

- La parentalité en Algérie : approche locale

Il est de l’ordre de l’évidence de dire que la famille est le « premier système social », par lequel le jeune enfant acquiert et développe des compétences tant cognitives que sociales. Il existe plus précisément plusieurs moments importants dans l’acquisition de savoirs et savoir-faire dans le contexte familial : avant l’entrée à l’école, en début de scolarisation et à l’adolescence (Pourtois et al., 2008).

Le questionnaire de notre projet, destiné aux enfants / adolescents a concerné des adolescents de 13 à 18 ans, scolarisés, relativement adaptés aux normes sociales et à la distribution des rôles au sein de la société. C’est dans ce climat familial que vivent la plupart de ces enfants/adolescents, où il semble que les rôles et les projets de vie tracés par les parents restent traditionnels, mais dans un espace formé non plus par la famille étendue (cohabitation de plusieurs générations, communauté de couples) mais par la famille nucléaire.

En général, les adultes posent sur l’enfant un regard tourné vers l’avenir : que fera-t-il plus tard, que deviendra-t-il ? L’enfant est un futur adulte qui occupera une place dans l’ordre social auquel il contribuera. Voir dans l’enfant quelqu’un dont il faut adapter attitudes et comportements aux critères de la société adulte, c’est souvent avoir recours à des mesures correctives (Pourcentage élevé des pères qui utilisent les cris et les châtiments corporels).

Les relations entre parents et adolescents ont souvent une double direction : les actions des parents ont un impact sur les conduites des adolescents mais le comportement des adolescents modifie également les attitudes des parents à leur égard. De nombreuses études indiquent par exemple que des relations parentales caractérisées par l’hostilité et le contrôle excessif sont des signes de dysfonctionnement familial qui, souvent, s’accompagnent de difficultés personnelles chez les adolescents (Patterson, 1982).

Le développement de la personnalité consiste en une évolution aussi harmonieuse que possible d'une position de dépendance matérielle (satisfactions de besoins primaires) et affective à une position d'autonomie aussi bien sur le plan de la satisfaction des besoins tant matériels qu’affectifs. Mais il est évident que cette autonomie ne signifie nullement absence d'affection ni absence du besoin d'affection, mais plutôt une mutation qui permet de nouer d'autres liens en dehors de l’espace familial.

Les différents aspects de la relation parent-enfant, les plus souvent évalués et surtout associés aux différences individuelles, sont les dimensions de soutien ou de conflit et le degré de contrôle sur le comportement de l’enfant, mais il n’est pas sûr que ces dimensions, seules, décrivent de manière adéquate toutes les formes de comportement parental. D’autres dimensions comportementales de la parentalité peuvent exister comme l’autonomie, le surinvestissement émotionnel, les troubles dans la communication…

IV. Conclusion

Toutes ces mutations, concernant la famille algérienne et son évolution, sont vécues par les individus la composant non seulement en termes de connaissances intelligibles, mais aussi en termes d’affects et d’émotions qui vont entraîner des évolutions et/ou des régressions.

Lorsque les valeurs d’une société font que celle-ci demeure plus ou moins pérenne, les rôles sociaux de parent et d’enfant se transmettent de génération en génération sans grandes modifications, la cohérence et la constance des attitudes parentales permettent à l’enfant de construire sa personnalité en constituant un surmoi parfois rigide, mais du moins homogène et en relative conformité avec la cohérence globale de son milieu.

Actuellement, du fait même des changements rapides et de la complexité des phénomènes sociodémographiques, les parents sont souvent désarmés et oscillent entre des modèles éducationnels différents. Par une sorte de phénomène de « reflet », cette situation inconfortable des parents engendre parfois chez l’enfant un fort sentiment d’insécurité, faisant ainsi obstacle à la formation d’un surmoi cohérent et empêchant une réelle capacité d’affirmation de soi.

Les résultats de l’étude sont néanmoins à nuancer dans la mesure où les croisements de différentes variables permettent de mieux comprendre les modèles et les pratiques selon les différences sociodémographiques (âge, travail, scolarité des mères et pères, etc.) et géographiques (centre-ville, périphérie).

Nous voyons, par exemple, que plus les parents sont jeunes, plus ils se partagent les tâches domestiques, mais en laissant tout de même la mère (et en son absence, la grande sœur) comme première responsable du travail domestique. Le travail scolaire reste très valorisé, notamment dans les grandes villes et souvent même les parents analphabètes ou très peu scolarisés veillent au bon déroulement de la scolarité de leurs enfants.

L’étude révèle aussi que, sur le plan des pratiques éducatives, le modèle éducatif traditionnel (père sévère, mère affective) est toujours présent mais avec quelques nuances : si le père est souvent redouté, il est à présent plus à l’écoute. La mère, elle, se montre plus égalitaire envers ses enfants et continue, comme par le  passé, d’assurer les tâches ménagères avec la fille ...       

Ainsi les changements ne semblent pas radicaux d’après ces résultats, mais ils sont du moins réels et indiquent les tendances lourdes vers lesquelles se dirigent à l’avenir les familles algériennes. Certes, la famille a beaucoup évolué au cours des cinquante dernières années et des changements profonds ont été remarqués (éclatement de la famille élargie, nucléarisation de la famille, famille monoparentale) et ces nouvelles configurations familiales vont réinterroger les places, rôles, devoirs et fonctions des parents mais aussi des professionnels.

Certains chercheurs évoquent la déresponsabilisation des parents, parfois même le manque de compétence. Pour d’autres, il s’agit d’engager des réflexions sur les «conditions d’être parent».

Dans notre pratique clinique, nous avons eu le sentiment grandissant d’avoir affaire à des personnes non pas démotivées et/ou démissionnaires, mais plutôt confrontées à des difficultés de vie incompatibles avec l’exercice de leurs responsabilités parentales.

Il est donc important de tout mettre en œuvre pour aider les parents à accomplir cette fonction parentale en leur offrant un accompagnement et des dispositifs d’écoute, en leur proposant des espaces de discussions et d’échanges en veillant toutefois à ne pas s’immiscer dans leur intimité familiale ni imposer nos propres modèles et normes éducatifs.  Cette distanciation est de rigueur dans la mesure où chaque famille élabore ses propres modes de fonctionnement et développe une «culture » intrafamiliale (valeurs, références, identité culturelle, etc.) qui la spécifie et la distingue par rapport aux autres ensembles familiaux.

En somme un système d’écoute et de soutien des familles, et surtout des parents, permettant d’identifier les expériences positives comme étant des réponses appropriées à des situations nouvelles.  Cela permettra également de dégager des perspectives aussi bien en matière de recherche qu’en termes de politique publique.

Les caractéristiques de notre population (adolescents scolarisés et vivant dans des familles ordinaires, majoritairement de classe moyenne) nous empêchent de conclure que les résultats obtenus  sont généralisables à des enfants vivant des situations familiales difficiles, voire victimes de mauvais traitements. Une étude sur une population plus large devrait permettre de confirmer l'incidence du milieu social et du sexe des enfants sur leurs perceptions des pratiques éducatives parentales.

Bibliographie

Ouvrages :

Houzel, D., Les enjeux de la parentalité, Paris Editions Erès, 1999.

Le Gall, D., Filiations volontaires et biologiques, la pluriparentalité dans les sociétés contemporaines, Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 2003. 

Sebaa, FZ., Adolescence et délinquance en Algérie : le cas de la délinquance juvénile féminine en Algérie, Oran, Dar El Gharb, 2000.

Sellenet, C., La parentalité décryptée, Paris, L'Harmattan, 2007.

Ouvrages collectifs : 

Sebaa, FZ., Des identités en projet, In : Adolescence : Quels projets de vie ? H. Cherif, P. Monchaux, Alger Creapsy, 2007.

Tentatives de suicide et suicide des jeunes à Oran. Désespoir ou affirmation de soi ? Ss la direction de Moutassem-Mimouni, B., Editions Crasc, 2011.

Enquêtes et études :

Recherche bibliographique dans le domaine de l’adolescence en Algérie. MDCFCF/CREAD/UNICEF Alger Juin 2006

Perceptions, valeurs et attitudes des adolescents sur leur droit à la participation. Ss la direction de Sebaa, FZ., Benghabrit-Remaoun, N.  et Keddar, K. UNICEF/MDCFCF/CRASC 2009


Notes

[1] Tentatives de suicide et suicide des jeunes à Oran. Désespoir ou affirmation de soi ? Mimouni, B. (dir), Editions Crasc, 2011.

[2] Sellenet, C., La parentalité décryptée, Paris, l'Harmattan, 2007.