Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N° 27, 2013, p. 11-43 | Texte Intégral


 

 

Collective

 

 

I. Méthodologie de l’enquête

De nombreuses  réunions ont été organisées par l’ensemble du groupe pour débattre du projet et du questionnaire pour l’étude des pratiques éducatives et des modèles d’enfants/ de parents.

Deux enquêtes exploratoires ont été réalisées par deux membres du groupe : l’une par S. M. Mohammedi auprès de 60 étudiants de 1ère année universitaire à Oran et l’autre par Z. Chabane également auprès d’étudiants sur les activités assumées par les différents membres de la famille. Ces deux enquêtes ont servi de base à l’enquête collective.

Cette enquête collective visait l’approche des modèles d’enfants, modèles de parents et les pratiques éducatives. Nous avons opté pour un questionnaire commun comportant des interrogations des différents axes et préoccupations de recherche des membres du groupe. Nous avons élaboré un questionnaire pour enfants / adolescents de 10 à 18 ans et un autre pour les parents. Suite au recueil de trente questionnaires pour la pré-enquête, les deux questionnaires ont été corrigés. L’enquête a eu lieu en juin et juillet 2009. 

La méthodologie suivante a été déterminée pour aborder le terrain et la passation des questionnaires :

1. Type d’enquête et unité de sondage

Nous avons décidé d’enquêter auprès des ménages de la Wilaya d’Oran. L’unité de sondage est le ménage ayant des enfants de 10 à 18 ans. Sont enquêtés : au moins un des deux parents et de préférence les deux, ensuite deux enfants âgés de 10 à 18 ans (les deux présents au moment de la passation du questionnaire, ou à un moment proposé par les parents). 

2. L’échantillon

Étant donné que l’objectif clé de l’enquête consiste à fournir les données concernant les modèles éducatifs dans la Wilaya d’Oran, et compte tenu des moyens dont dispose le projet, il a été décidé que la dimension minimale de l’échantillon qui permettrait d’atteindre cet objectif est de 150 ménages (en fait 156 ménages ont été réellement enquêtés).

La première question importante consiste à savoir comment distribuer notre échantillon géographiquement de manière à concilier les objectifs doubles constitués par les charges de travail de deux enquêtrices et une faible variabilité de l’échantillon.

Se pose donc la question de représentativité de l’échantillon. Il ne s’agit pas de représentativité statistique au vrai sens du terme, car ce n’est pas 150 ménages qui vont représenter la population d’Oran et de ses environs, mais il s’agit pour nous de ventiler de façon aléatoire ce petit échantillon de manière à se rapprocher le plus possible de la diversité de cette population. Les 150 ménages sont enquêtés dans la commune d’Oran, de Bir El Djir, d’Ain Beida et de Haï Es Sabah ; leur répartition est proportionnelle à la taille de la population de chaque commune :

  • Commune d’Oran = 75 ménages (compte tenu de sa taille, il nous semble judicieux de lui accorder la moitié de l’échantillon)
  • Commune de Bir El Djir = 25 ménages (seront enquêtées dans l’agglomération secondaire de Sidi El Bachir)
  • Haï Es Sabah = 25 ménages 
  • Ain Beida = 25 ménages

Pour la Commune d’Oran, nous avons décidé de tirer un échantillon aléatoire : l’objectif recherché est de répartir l’échantillon (75 ménages) proportionnellement à travers le territoire de la Commune, une possibilité consiste à tirer aléatoirement les districts échantillons.

Comme l’échantillon est trop restreint, nous avons tiré les cinq districts suivants : Sidi Lahouari, les Planteurs, le Centre-ville, Plateau Saint Michel et Haï Seddikia.

Pour le choix du nombre de ménages à enquêter par district, le nombre de quinze (15) a été choisi compte tenu du nombre restreint de ménages, nous avons simplement divisé ce sous échantillon (75) par les cinq districts.

3. Les questionnaires

Concernant les questionnaires, leurs axes abordaient les principales questions suivantes :

- Qui sont les parents/enfants enquêtés et quels sont les modèles éducatifs et les modes de socialisation préconisés ?

- Modèles d’enfants et d’adolescents : comment les parents perçoivent-ils leurs enfants ? Qu’en attendent-ils?

- Pratiques éducatives : quelles sont les actions éducatives entreprises pour atteindre l’objectif « d’enfant idéal » ? et comment se répartissent les rôles au sein de la famille ?

4. Déroulement de l’enquête

Les ménages étaient enquêtés selon la méthode de l’itinéraire (en prenant le troisième logement à chaque fois). Pour ce faire, deux enquêtrices ont été formées pour assurer la passation du questionnaire. La présence des deux enquêtrices par ménage était indiquée car en cas de présence des deux conjoints, chacune s’occupe d’un membre du couple. Cela pour éviter les situations embarrassantes créées par la présence de l’autre. Si le conjoint n’est pas présent, l’une s’occupe des enfants et l’autre de la maman.

II. Présentation des résultats du questionnaire des parents

Introduction

Dans cette présentation des résultats, nous allons adopter une approche modale et comparative. Une approche modale, c’est-à-dire nous allons suivre les grandes tendances des séries statistiques ; et une approche comparative, c’est-à-dire la comparaison entre les deux parents mais aussi entre les générations. Des croisements ont été faits pour déterminer l’influence des variables : sexe, genre, niveau scolaire, âge.

Après une brève présentation des espaces d’enquête et des répondants au questionnaire, sera décrit le cadre de vie des familles enquêtées et ensuite seront présentées les caractéristiques sociodémographiques des parents de ces familles ; leur conception des qualités et des défauts de leurs enfants fera l’objet d’une quatrième partie et nous terminerons par une présentation de leurs pratiques éducatives dans le discours et dans la réalité.

1. Espaces d’enquêtes et répondants

L’enquête a concerné 156 ménages distribués sur la Commune d’Oran, celle d’Ain Beida et de Bir El Djir.

Tableau 1 : Distribution des enquêtés selon le quartier

Quartiers enquêtés

Effectif

%

Sidi El Bachir (c. Bir El Djir)

26

16,67

Hai Es Sabah

28

17,95

Ain Beida

25

16,03

Sidi El Houari

12

7,69

Planteur

16

10,26

Saint Pierre

16

10,26

Plateau

15

9,62

Seddikia

18

11,54

Total

156

100,00

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Les femmes sont bien plus nombreuses (85% contre 15% d’hommes) à répondre au questionnaire et ce pour plusieurs raisons :

- les femmes sont plus souvent au foyer ;

- elles sont plus abordables, surtout par des enquêtrices femmes ;

- les hommes, même quand ils sont présents, refusent de répondre par pudeur, parfois par peur des questions et disent « c’est elle qui sait ces choses-là »

2. Habitat et morphologie familiale

Les familles enquêtées se répartissent d’une façon presque égale entre le centre et la périphérie de la ville d’Oran, mais leur concentration dans ces deux zones est différente : elles sont plus nombreuses en périphérie qu’au centre (rapport de 2 à 1 environ). Ces familles dans leur majorité (50,66%) sont propriétaires de leur logement, environ un tiers louent soit chez le privé (17,76%) soit chez le  public (16,45%), les autres logent chez leur famille ou  employeur. Les habitations en général sont soit des appartements individuels soit des maisons traditionnelles. La moyenne des chambres est de 2 à 3 par habitation. Le taux moyen d’occupation est de six par habitat.

Tableau 2 : Type d’occupation

Type d’occupation 

Effectif

%

Propriété individuelle

77

50,66

Propriété des parents

12

7,9

Location privé

27

17,76

Location publique

25

16,45

Propriété de l’employeur

7

4,61

Autres

4

2,67

Total

155

100

                             Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010


Tableau 3 : Type d’habitat

Type d’habitat 

Effectif

%

Appartement

73

48,34

Villa

1

0,66

Maison traditionnel.

64

48,34

Habitat précaire

3

0,66

Total

151

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Tableau 4 : Nombre de pièces par logement

Nombre de chambre 

Effectif

%

1

14

9,03

2-3

131

84,52

4 et plus

10

6,45

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Dans la majorité des cas, une seule famille nucléaire vit dans une seule habitation et la majorité des répondants déclarent que les deux grands-parents ne résident pas avec eux.

Tableau 5 : Morphologie familiale

Famille par logement

Effectif

%

Résidence avec la famille

Grand-père

Grand-mère

 

1

2

3 et plus

 

Total...........

 

131

15

7

 

153

 

85,62

9,8

4,58

 

100

 

 

Oui

Non

 

Total......

Effectif

%

Effectif

%

 

14

83

 

97

 

14,43

85,57

 

100

 

19

79

 

98

 

19,39

80,61

 

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

3. Données sociodémographiques

3.1. Age 

La majorité des parents de ces familles sont des quadragénaires et quinquagénaires, les maris sont globalement plus âgés que leurs épouses. Ce qui apparait également dans les différences d’âge au premier mariage : les hommes sont mariés entre 20 et 40 ans  alors que la majorité des femmes sont mariées avant l’âge de 30 ans.

Tableau 6 : Age des parents

Tranches d’âge

Père

Mère

Effectif

%

Effectif

%

20-30

-

-

5

3,20

31-40

10

6,57

52

33,33

41-50

66

43,42

71

45,51

51-60

54

35,52

24

15,38

61-70

19

12,5

04

0,25

71 et plus

03

1,97

-

-

Total

152

100

156

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Tableau 7 : Age au premier mariage

Tranches d’âge

Père

Mère

Effectif

%

Effectif

%

-20

11

7,28

52

33,33

21-30

112

74,17

103

66,02

31-40

25

16,55

01

0,64

41-50

03

1,98

-

-

Total

151

100

156

100

                          Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Un tiers des mères se sont mariées avant l’âge de 20 ans (âge moyen au premier mariage 23 ans) contre 7,28% des pères (âge moyen 27 ans). Les mariages semblent plus précoces qu’actuellement puisque la moyenne de l’âge au premier mariage
gravite autour de 29,3 ans pour les femmes  et 33 ans pour les hommes (RGPH, 2008).

3.2. Scolarité 

Concernant le niveau scolaire des parents enquêtés, leur niveau est nettement supérieur à celui des grands-parents de la famille comme le montrent les tableaux suivants :

Tableau 8 : Niveau scolaire des grands-parents

Niveau scolaire

Grand-père

Grand-mère

Effectif

%

Effectif

%

Non-scolarisé

49

55,68

82

92,13

Ecole coranique

21

23,86

-

-

Primaire

15

17,05

6

6,74

Moyen

03

3,41

1

1,12

Secondaire

-

-

-

-

Supérieur

-

-

-

-

Total

88

100

89

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

En comparant le tableau précédent et le suivant, la différence est très nette entre les parents et grands-parents puisque ces derniers sont dans leur majorité non scolarisés, les parents ne sont que 16% à ne l’avoir pas été. Et si aucun des premiers n’a accédé au secondaire et au supérieur, les parents sont 20% à accéder à ces deux niveaux.

Tableau 9 : Niveau scolaire des parents

Niveau scolaire

Père

Mère

Effectif

%

Effectif

%

Non-scolarisé

14

9,93

25

16,23

Primaire

40

28,37

53

34,42

Moyen

46

32,62

45

29,22

Secondaire

32

22,70

25

16,23

Supérieur

9

6,38

6

3,90

Total

141

100

154

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Ainsi, les parents ont des niveaux scolaires bien plus élevés que ceux des grands-parents et ils ont accédé aux niveaux supérieurs de la hiérarchie scolaire. Mais la variable genre fonctionne de la même manière pour les deux générations : ainsi, pour les grands-parents, les grands-mères sont plus analphabètes que les grands-pères et elles n’ont jamais fréquenté l’école coranique comme eux. Elles étaient aussi moins présentes dans l’école publique. Alors que les mères enquêtées sont plus souvent analphabètes que les pères, mais elles sont plus nombreuses à aller au primaire, et  leur proportion reste inférieure à celle des pères aux niveaux ultérieurs de la scolarisation.

3.3. Profession 

Pour la « division de classe », la grande partie des répondants appartient à la classe moyenne (fonctionnariat, commerce et artisanat), puis la classe inférieure (agriculture et travaux divers) et enfin une infime classe supérieure (entreprenariat et professions libérales). Cette structure de classes se trouve aussi bien chez les pères que chez les mères qui travaillent. Quant à la « division sexuelle du travail », et en termes relatifs, le peu de mères qui travaillent sont plus représentées dans la classe supérieure du groupe féminin que les pères dans la même classe du groupe masculin, aussi dans les catégories de fonctionnariat et des travaux divers mais elles sont totalement absentes dans l’agriculture. Il faut souligner que la grande majorité des femmes est sans profession (75%.).

Tableau 10 : Professions des parents

Catégories professionnelles

Père

Mère

Effectif

%

Effectif

%

Entreprenariat

1

0,92

1

2,56

Professions libérales

4

3,70

2

5,12

Fonctionnariat

37

34,25

17

43,58

Commerce

18

16,66

3

7,69

Artisanat

28

25,92

8

20,51

Agriculture

7

6,48

-

-

Travaux divers

13

12,03

8

20,51

Total

108

100

39

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

4. Modèles d’enfants

4.1. « Enfant réel » et « enfant idéal » 

Pour approcher les représentations qu’ont les parents de leurs enfants, nous avons d’abord posé des questions sur la façon dont les parents voient leurs enfant à travers une question portant sur les « Qualités et défauts » des enfants (énumérez trois qualités et trois défauts de votre enfant (garçon / fille), ensuite sera posée une question sur les qualités souhaitées pour les enfants :

Au plan général, l’appréciation des parents des qualités et des défauts de leurs enfants est différente selon le genre. Ainsi, dans le registre des qualités, la fille est considérée comme plus intelligente et plus performante en adaptation que le garçon qui est jugé, lui, plus stable émotionnellement, plus calme. Dans le registre des défauts, la tendance s’inverse.   

Tableau 11 : principales qualités/défauts des enfants selon les parents (%) 

Principales qualités des enf.

Principaux défauts des enf.

Champs

Garçon

Fille

Champs

Garçon

Fille

Intelligence    et adaptation

47,3

74,5

Inadaptation

16,5

40

Stabilité émotionnelle

85

72

Instabilité émotionnelle

82,5

61

Sociabilité

40

30,8

Non sociabilité

46,5

42

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

La variable genre fonctionne aussi dans le registre des souhaits : si le père exprime ses souhaits d’une manière égale pour le garçon et pour la fille en ce qui concerne le champ intellectuel-scolaire en général, la mère par contre semble plus inquiète pour  le garçon que pour la fille dans ce champ. Les deux parents sont d’accord pour que la fille soit plus sociable que le garçon mais ils ne sont pas d’accord en matière affective : le père souhaite que le garçon soit plus stable et plus calme alors que la mère souhaite que la fille le soit.

Tableau 12 : Qualités souhaitées pour leurs enfants (%)

Champs

Père

Mère

Garçon

Fille

Garçon

Fille

Intelligence et adaptation

8,7

8,7

37,0

5,0

Stabilité émotionnelle

56,5

34,7

21,0

35,0

Sociabilité

34,7

56,5

42,0

60,0

  Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

La stabilité émotionnelle vise des valeurs « gentil, calme, obéissant… », ce qui exprime des inquiétudes quant aux liens affectifs et sociaux futurs des enfants.

4.2. Influence des variables 

Ces représentations sont analysées selon les variables suivantes :

Selon l’âge des parents :

L’attitude du père est changeante s’il a plus de 50 ans. Pour la mère, il n’y a pas une influence de l’âge sur ses appréciations et attentes.

Selon la profession

- Les pères [fonctionnaires] et [commerçants] relèvent  plus de qualités chez la fille tandis que les pères actifs dans les [professions libérales] et [l’agriculture] notent plus de défauts chez le garçon.

- Concernant les qualités, les mères [fonctionnaires] signalent plus de qualités chez la fille alors que les mères [artisanes] les signalent plus chez le garçon. Concernant les défauts, l’appréciation paraît stable,  i.e.  le garçon a plus de défauts que la fille.

Selon le niveau scolaire

- L’attitude du père est fluctuante selon les niveaux d’instruction et ce pour les qualités et les défauts simultanément. Ainsi, concernant les qualités:

* Les pères [non-scolarisé] accordent plus de qualités aux  garçons ;

* Les pères [primaires, moyens  et secondaires] accordent plus de qualités aux  filles ;

* Les pères [universitaires] accordent plus de qualités aux deux.

- Pour les mères de niveau scolaire [primaire], la fille a plus de qualités que le garçon, mais concernant les défauts, le niveau d’instruction n’a aucune influence: les défauts sont tantôt signalés chez le garçon tantôt chez la fille. 

Tableau 13 : Tableau récapitulatif de l’effet des variables sur les qualités de la fille et du garçon selon les parents

 

Père

Mère

Age

Prof.

Niveau Scolaire

Age

Prof.

Niveau Scolaire

Qualités

+

+

+

-

+

+

Défauts

+

+

+

-

-

-

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

En résumé, nous pouvons dire que chez les pères enquêtés, le niveau scolaire joue un rôle important dans le changement d’attitude envers le sexe de l’enfant. Ainsi apparait une évolution dans la considération des qualités selon le genre, plus le niveau scolaire monte, plus les attitudes vis-à-vis du genre se modifient et passent d’une considération marquée pour le garçon vers une perception des qualités des filles et se terminent chez l’universitaire par une attitude plus égalitaire envers les deux sexes et ce sont les mères restent relativement constantes dans leurs attitudes et sont lucides quant aux caractéristiques de l’un et de l’autre : qu’il soit garçon ou fille.

5. Pratiques éducatives

5.1. Discours sur les pratiques 

Pour avoir une idée sur les pratiques éducatives des parents, il est intéressant de connaitre leur jugement sur celle de leurs propres parents, c’est-à-dire les grands-parents de la famille :

Tableau 14 : Perceptions des pratiques éducatives des grands-parents

Types de pratique éducative

Grand-père

Grand-mère

Effectif

%

Effectif

%

Sévère

65

54,17

6

4,03

Permissif- ve

16

13,33

50

33,56

Indifférent -e

15

12,50

34

22,82

A l’écoute

12

10

27

18,12

Affectueux/se

12

10

32

21,48

Total

120

100

149

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Le grand-père était perçu comme sévère selon la majorité des réponses. Il était dans un moindre degré permissif ou indifférent et il ne se montrait pas à l’écoute ou affectueux. Quant à la grand-mère, elle était, au contraire du grand-père, plus à l’écoute, plus affectueuse et plus permissive. 

Ces caractéristiques se trouvent dans le style éducatif des parents mais avec quelques différences : 

Tableau 15 : Discours sur les pratiques éducatives des parents

Types

de pratique éducative

Père

Mère

Garçon

Fille

Moy.

Garçons

Filles

Moy.

%

%

%

%

Sévère

27,3

34,8

31

3,08

3,91

3,49

Violent

4,55

8,7

6,62

-

-

-

Permissif (ve)

18,2

21,7

20

40

40,6

40,3

Indifférent/e

4,5

-

2,27

1,5

1,56

1,5

A l’écoute

31,8

26,1

28,9

40,8

41,4

41,1

Affectueux/

13,6

8,7

11,2

14,62

12,5

13,5

Total

100

100

100

100

100

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Si le père se dit permissif envers la fille, cela ne veut pas dire qu’il est indifférent, au contraire, il est plus sévère, voir plus violent envers elle qu’envers le garçon et il est plus affectueux et plus à l’écoute pour ce dernier. Mais la mère, elle, semble plus égalitaire envers les deux enfants quel que soit son style éducatif : elle n’est pas sévère ou violente envers les deux enfants et si elle est indifférente ou à l’écoute, plus affectueuse ou plus permissive, elle l’est d’une manière presque égale pour le garçon et la fille. La seule différence notable réside dans le fait qu’elle soit moins permissive envers le garçon qu’envers la fille. Il faut noter que souvent les mères se plaignent des garçons et considèrent les filles comme plus dociles et plus facile à élever.

Enfin, le tableau suivant présente une comparaison globale entre le style éducatif des parents et celui des grands-parents :

Tableau 16 : Comparaison entre les pratiques éducatives des parents et des grands-parents (%)

Types de

pratique éducative

Mère

Grand-mère

Père

Grand-père

Sévère

3,49

4,03

31,02

54,17

Permissif- ve

40,31

33,56

19,96

13,33

Indifférent -e

1,55

22,82

2,27

12,50

A l’écoute

41,09

18,12

28,95

10

Affectueux/se

13,56

21,48

8,70

10

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Le père est  aussi peu affectueux que le grand-père, il est par contre presque deux fois moins sévère et plus à l’écoute, plus attentif aux enfants et plus permissif. Et la mère, comme la grand-mère, n’est pas sévère. Mais la mère se montre moins affectueuse que la grand-mère mais elle est plus attentive qu’elle, plus à l’écoute et plus permissive.

5.2. Des pratiques éducatives 

Les pratiques éducatives expriment les modèles éducatifs et la façon de concevoir son rôle de parents ainsi que sa conception de l’enfant.

Si l’éducation familiale se fait d’abord par l’exemple que par l’argumentation, la socialisation aux tâches ménagères est un bon indicateur pour caractériser le style éducatif des parents :

Tableau 17 : Tâches ménagères (%)

Tâches

Mère

Père

G. Mère

G. Père

Fille

Garçon

Habiller les enfants

44,44

10

-

-

9,28

-

Faire les courses

71,53

18,70

1,12

1,18

20,47

11,57

Préparer à manger

90

16,33

2,22

-

41,13

4,04

Nettoyer la maison

87,33

14,74

2,22

-

48,76

5,05

Bricolage

40,35

6,38

-

-

2,25

1,98

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Les tâches domestiques sont essentiellement féminines…

Ainsi nous constatons que toutes les tâches ménagères retenues incombent dans la majorité des cas à la  mère : c’est elle qui habille les enfants, fait les courses, prépare les repas, nettoie la maison et même « bricole ». Vient ensuite la fille qui prend en charge ces tâches, sauf pour ce qui concerne l’habillement des enfants et le bricolage. Enfin le père vient en troisième lieu avec le garçon qui, s’il fait quelque chose, fait les courses pour la maison. Les grands-parents, eux, ne participent que rarement à ces tâches ménagères, mais, vivant rarement avec le couple, les grands parents ont peu de place dans la prise en charge de ces tâches.

Le contrôle de l’usage des nouvelles technologies (télévision, téléphone portable et Internet s’il y en a) est un autre indicateur pour caractériser le style éducatif parental. La mère, la ménagère de la maison, a moins de contrôle sur ces nouvelles technologies, c’est le père qui assure cette fonction deux à trois fois plus souvent que la mère.

Tableau 18 : Contrôle des NT (%)

NT

Père

Mère

Grand père

Grd. Mère

Frère

Sœur

Autres

aucun

Télévision

53,85

25

0,64

-

3,85

1,92

0,64

14,10

T. portable

61,06

23,89

-

-

-

0,88

1,77

12,39

Internet

88,89

5,56

-

-

-

-

-

5,56

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

5.3. Sanctions et récompenses

Pour les sanctions, le père crie souvent sur le garçon mais utilise le châtiment corporel envers la fille. La mère, elle, paraît équitable dans sa manière de sanctionner les deux enfants.

Pour les récompenses, le père félicite verbalement la fille alors qu’il donne plus d’argent au garçon. Par contre, la mère se montre plus égalitaire envers les deux enfants.

Tableau 19 : Sanctions

Types de réaction

Père

Mère

Garçon

Fille

Moy.

Garçon

Fille

Moy.

%

%

%

%

Dialogue

21,7

20,83

21,3

21,71

23,3

22,5

Cris

52,2

41,64

46,9

65,89

65,1

65,5

Châtiment corporel

26,1

37,50

31,9

11,63

10,8

11,2

Indifférence

-

-

-

0,78

0,87

0,82

Total

100

100

100

100

100

100

 Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Tableau 20 : Récompenses

Types de                   récompense

Père

Mère

Garçon

Fille

Moy.

Garçon

Fille

Moy.

%

%

%

%

Féliciter-encourager

66,67

78,57

72,62

69,40

69,40

69,40

Cadeaux

13,33

7,14

10,23

23,13

23,88

23,50

Argent

20

14,29

17,14

7,46

5,97

6,71

Indifférence

-

-

-

-

0,75

0,37

Total

100

100

100

100

100

100

 Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

En scrutant un peu ce champ de sanction et de récompense, la mère se montre plus égalitaire envers les deux enfants que le père qui a un comportement différent : lors de sanction, il crie plus sur le garçon mais utilise plus le châtiment corporel envers la fille ; et lors de récompense, il félicite et encourage plus la fille, verbalement s’entend, mais il donne plus d’argent et plus de cadeaux au garçon.     

5.4. Influence des variables

Selon l’âge des parents

- Pour les sanctions, plus le père avance en âge, moins il châtie le garçon, mais aucun changement à signaler concernant la sanction de la fille. Pour la mère, plus elle avance en âge, moins elle sanctionne  et ce pour les deux enfants.

- Pour les récompenses, le père félicite plus les deux enfants après 50 ans. Pour la mère, nous notons une progression au niveau des récompenses avant 50 ans mais cette tendance régresse après cet âge.

Selon la profession

Il n’y a pas de différence significative selon la profession des parents que ce soit pour les sanctions ou les récompenses, c’est-à-dire on a le même résultat général évoqué précédemment.

Selon le niveau scolaire

- Pour les sanctions, le niveau scolaire n’influe pas sur le comportement de la mère mais influe beaucoup sur celui du père:

* Les pères de niveau [primaire] sont plus égalitaires dans leurs sanctions envers les deux enfants;

* Les pères de niveau [moyen et secondaire] crient sur le garçon et châtient beaucoup plus corporellement la fille;

* Les [universitaires] semblent totalement absent du champ des sanctions.

- Pour les récompenses, le niveau scolaire n’influe pas sur le comportement de la mère, contrairement au père. Celui-ci récompense plus s’il [n’est pas scolarisé] ou a un niveau [primaire] ou [moyen] mais ne récompense que rarement s’il a un niveau [secondaire]  ou [universitaire].

Tableau 21 : Poids relatif de chaque variable

 

Père

Mère

Age

Prof.

Niveau Scolaire

Age

Prof.

Niveau Scolaire

Sanctions

+

-

-

+

-

-

Récompenses

+

-

+

+

-

-

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Conclusion 

Les résultats des questionnaires adressés aux parents nous donnent le profil type suivant : il s’agit d’une famille nucléaire de la classe moyenne qui habite dans un appartement de deux ou trois pièces. Le père est plus âgé que la mère et les deux ont un niveau scolaire supérieur à leurs propres parents.

Mais malgré cette nucléarisation de la famille et l’élévation de la scolarité des parents, la variable genre reste très présente et dans les représentations et dans les pratiques. Les qualités et les défauts des enfants sont appréciés selon le genre de l’enfant, de même en ce qui concerne les souhaits exprimés à leur égard.

Cette variable genre est également présente sur le plan des pratiques éducatives. L’ancien modèle éducatif des grands-parents (père sévère, mère affective-nourricière-ménagère) est toujours présent mais avec quelques atténuations : si le père se montre toujours redoutable, il est à présent plus à l’écoute. La mère, elle, se montre plus égalitaire envers ses enfants et continue, comme par le passé, à assurer les tâches domestiques avec l’aide de sa fille ...       

La variable genre est donc toujours fonctionnelle. Elle se révèle aussi lorsqu’il est nécessaire de sanctionner les enfants ou de les récompenser. Si les deux parents crient généralement sur leurs enfants quand ils sont fautifs, ou s’ils dialoguent avec eux d’une manière presque égale, le père, lui, utilise plus que la mère le châtiment corporel comme moyen de sanction. Et quand il s’avère nécessaire de récompenser les enfants, les deux parents les encouragent et les félicitent en premier lieu, sinon le père donne plus de l’argent alors que la mère donne plus des cadeaux.

Néanmoins, des changements sont perceptibles dans différents niveaux : pas de discrimination sur la scolarité ; la fille, tout en gardant les rôles traditionnels s’ouvre à l’extérieur, fait des courses et autres tâches. Et plus le niveau scolaire des parents est élevé, plus l’attitude égalitaire prédomine.

Mais l’inquiétude des parents sur leurs enfants semble aussi affectée par la variable genre : s’ils sont d’accord sur l’importance de la sociabilité de la fille plus que le garçon, ils ne le sont pas sur les plans affectif et scolaire : le père s’inquiète plus sur la stabilité émotionnelle du garçon alors que la mère s’inquiète plus pour sa scolarité. Concernant la fille, si le père ne fait aucune différence entre les deux enfants en matière scolaire, la mère, elle, semble donner plus d’importance à la sociabilité et à la stabilité émotionnelle de sa fille que sur sa scolarité.         

Ces changements préfigurent des transformations dans les représentations et dans les pratiques éducatives qui sont loin d’être négligeables et mérite un examen plus approfondi dans les chapitres suivants.

III. Présentation des résultats du questionnaire des enfants

La lecture des tableaux tirés du questionnaire enfants / adolescents, nous permet de dégager les grandes tendances des séries statistiques concernant :

  • Les données sociodémographiques : âge, sexe
  • Les activités sociales : scolarité, travail, la vie familiale : tâches domestiques, relations intrafamiliales…
  • Pratiques éducatives : sanctions/récompenses, loisirs, contrôle des comportements

Nous terminerons cette partie par une étude de cas concernant le contrôle de l’utilisation des NTICs.

1. Données sociodémographiques

1.1. Age

Tableau 22 : Age de l’enfant répondant

Age

Effectif

%

9-12

44

23

13-15

75

40,33

16-18

67

36,03

Total

186

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Nous pouvons regrouper la catégorie « enfants » en deux tranches d’âge :

* Les 10 – 13 ans, considérés comme pré adolescents

* Les 14 – 18 ans, considérés comme adolescents

Nous constatons que le nombre de répondants le plus important se situe entre 13 ans et 18 ans, avec un pic de répondants pour les 14 – 15 – 16 ans.

Pour l’UNICEF, les tranches d’âge se répartissent comme suit :

* 10 – 12 ans : préadolescence

* 13 – 16 ans : adolescence

* 17 – 19 ans : adolescence et jeunes adultes

Le tableau suivant confirme la forte participation des collégiens de 13 à 16 ans : (108/168)

Tableau 23 : Classe scolaire

Classe scolaire

Effectif

%

Primaire

29

17,26

Moyen

108

64,29

Secondaire

29

17,26

Supérieur

2

1,19

Total

168

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Tableau 24 : Situation de l’enfant

Situation de l’enfant

Effectif

%

Scolarisé –e

160

85,11

En formation professionnelle

10

5,32

Travailler

2

1,06

Non scolarisé –e

16

8,51

Total

188

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Enfants et adolescents sont en grande majorité scolarisés (160/188), ce qui confirme l’attachement des familles à la scolarisation des enfants des deux sexes. La formation professionnelle concerne à peine cinq pour cent des répondants (10/188).

1.2. Sexe

Tableau 25 : Genre des répondants

Genre

Effectif

%

Masculin

88

46,81

Féminin

100

53,19

Total

188

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Les filles sont plus nombreuses que les garçons. Il faut noter que les filles sont plus présentes au foyer lors des passages des enquêtrices, elles s’expriment plus et sont plus volontaires à participer (100/188) aux enquêtes.

2. Activités sociales

2.1. Scolarité 

Tableau 26 : Aide aux devoirs scolaires

Discutant –e

Effectif

%

Père

76

47,20

Mère

119

73,91

Grand-père

2

1,24

Grand-mère

3

1,86

Frère

7

4,35

Sœur

21

13,04

Tante

2

1,24

Cousin

1

0,62

Ami –e

5

3,11

Personne

14

8,69

Autres

3

1,86

Total

161

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

La mère est en pôle de position (73,91%) concernant l’aide apportée aux enfants concernant le travail scolaire, suivi du père, mais aussi de la sœur qui intervient plus de deux fois que le frère.

Tableau 27 : Cours supplémentaires

Qui paie les cours 

Effectif

%

Père

8

4,88

Mère

10

6,10

Grand-père

-

-

Grand-mère

-

-

Personne

1

0,61

Ne fait pas de cours

145

88,41

Total

164

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Concernant les cours supplémentaires, et contrairement à une idée très répandue selon laquelle nombre d’enfants scolarisés font des cours supplémentaires payant, 145 répondants sur 164 (88%) déclarent ne pas en faire. Pour ceux qui en font, ce sont les mères qui payent les cours et ensuite les pères, ce qui montre l’omniprésence des mères et leur attachement à la scolarité de leurs enfants.

2.2. Travail 

L’écrasante majorité (91%) des enfants et des adolescents ne travaillent pas (94/103). Nous avons vu plus haut que la grande majorité des enfants sont scolarisés, ce qui leur laisse peu de disponibilité pour travailler. Pour ceux qui travaillent, ils sont encouragés par les parents.

Tableau 28 : Attitude des parents envers le travail des enfants

Attitude

Père

Mère

Effectif

%

Effectif

%

Encouragement

3

75

7

87,50

Mécontentement

-

-

-

-

Indifférence

1

25

1

12,50

Total

4

100

8

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Pour le peu d’enfants qui travaillent, ils ne sont nullement déclarés, car le travail des enfants est interdit en Algérie, mais ils sont encouragés par leurs parents. Les gains sont déclarés pour aider les parents et subvenir aux besoins personnels de l’enfant ou de l’adolescent.

3. Pratiques éducatives vues par les enfants

3.1. Relations et interactions familiales 

 A la question de savoir si les discussions familiales sont fréquentes, ils sont 78/185 à dire qu’elles sont quotidiennes, 79/185 à affirmer qu’elles sont rares et pour 28/185, jamais.

Les discussions tournent en majorité autour :

- De la scolarité des enfants et la préparation des leçons

- Budget familial

- Religion

- Vie affective

- Sport

- Politique

3.2. Participation aux tâches domestiques 

Toutes les réponses aux questions concernant les tâches domestiques et ‘‘qui s’occupe des enfants’’, montrent que la division « traditionnelle » du travail est largement respectée : ce sont les femmes de la famille qui s’en occupent « souvent » avec une large part pour la mère, ensuite la sœur et la grand-mère quand elle est présente au foyer familial.

Pour les répondants, les hommes font parfois les courses, mais très rarement la cuisine ou nettoyer la maison et s’occuper des enfants comme les habiller. Par contre, les mères sont plus nombreuses à bricoler - rôle traditionnellement dévolu aux hommes - comme le montre le tableau suivant :

Tableau 29 : Bricolage (Mère)

 Modalités

Effectif

%

Souvent

92

65,25

Parfois

40

28,37

Jamais

9

6,38

Total

141

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Les enfants et adolescents, face aux tâches domestiques, sont en adéquation par rapport aux rôles sociaux traditionnels : les sœurs s’occupent plus de nettoyer la maison, faire la cuisine et habiller les enfants que les garçons. Mais elles investissent autant l’espace public que l’espace domestique puisqu’elles font souvent les courses :

Tableau 30 : Faire les courses (Fille)

Modalités

Effectif

%

Souvent

41

29,29

Parfois

92

65,71

Jamais

7

5

Total

140

100

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

3.3. Contrôle de comportements 

- Les sorties : pour les enfants et adolescents, ce sont principalement les mères qui contrôlent le plus les sorties (78%), suivies des pères (49%), mais aussi du frère (6%) et du grand-père (5,8%).

- Le choix des amis : ce sont toujours les mères qui viennent en premier (63%) suivies des pères (40%). Nous relevons tout de même que pour 24% personne n’intervient quant au choix des amis.

- Le choix des vêtements : les mères interviennent en premier (68%), suivies des pères (37%). Pour 16%, personne n’intervient pour le choix des vêtements.

- Les visites au médecin : les mères se chargent en grande majorité (88%) des visites au médecin et c’est toujours elles qui font suivre le traitement aux enfants et adolescents.

Les adolescents déclarent en majorité que ce sont les mères qui interviennent le plus, ce qui laisse supposer que la mère constitue le pivot familial. Mais comme les taux dépassent les cent pour cent, des enquêtés ont répondu que les deux parents le font.

3.4. Sanctions et récompenses

Tableau 31 : Sanctions et réactions des parents selon les enfants (%)

Types de réactions

Mère

Père

Dialogue

20,50

14,16

sermons/cris

63,35

48,67

châtiments corporels

12,42

31,86

Indifférence

3,73

5,31

Total répondants

100,00

100,00

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

Selon les enfants, le père (48%) comme la mère (63%) utilisent le plus les cris et les sermons quand leur enfant fait une bêtise, suivis des châtiments corporels alors que le dialogue ne vient qu’en troisième position. On constate ici une différence notable entre les perceptions des parents et celles de leurs enfants. Les parents se voient plus souples et plus en dialogue que les enfants qui les perçoivent comme plus sévères, en particulier le père. Ce constat est renforcé par la réponse à la question explorant les recours possibles en cas de problème : les enfants et adolescents s’adressent en majorité à la mère (77%) ensuite à la sœur ou au frère (38%) et enfin à une ou un ami (18%). Le père ne semble pas constituer un recours pour les enfants, puisqu’aucun des répondants ne l’a cité.

3.5. Qualités humaines

Tableau 32 : Qualités souhaitées par les enfants (triple choix, %)

Effectifs

Garçon

Fille

Moyenne

Stabilité émotionnelle (calme, tendre, affectueux, gentil)

73,6

80,6

77,3

Sociabilité (Généreux, sociable, serviable…)

25,2

27,1

26,1

Dégourdi

78,1

79,6

78,9

Travaille bien à l'école

75,9

63,3

70,2

Sérieux

15

16,3

15,6

Total

100

100

-

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

A la question de savoir quelles étaient leurs trois qualités essentielles et lesquelles ils aimeraient avoir, la majorité disent : ‘bien travailler à l’école’, ‘être dégourdi’ (assimilé à être intelligent) et ‘gentil’. Souvent les parents mettent en avant les résultats scolaires pour parler de leur enfant ou pour juger de ses facultés d’adaptation, l’enfant se conforme-t-il au modèle valorisé par les parents ou est-ce renforcé par l’importance de l’école dans la réussite sociale ? Comparé aux qualités citées par les parents, les différences sont intéressantes à relever : alors que les parents n’accordent que peu d’importance aux qualités intellectuelles et scolaires, les filles comme les garçons leur accordent le plus fort taux de choix. Si les pères accordent peu d’intérêt à la réussite scolaire et privilégie les qualités affectives et sociales que ce soit pour les filles ou pour les garçons, la mère par contre espère plus de réussite scolaire aux garçons qu’aux filles. La mère privilégie les qualités affectives et sociales chez la fille (voir tableau 12).

4. Etude de cas : contrôle des NTICs

4.1. Données générales

La possession d’un ordinateur est très faible puisque la majorité des familles enquêtées déclarent ne pas en avoir, ils sont à peine quinze pour cent à disposer d’un ordinateur. Et très peu des familles possédant un ordinateur ont accès à Internet.

Pour la télévision, tous, quelles que soient leurs conditions, possèdent au moins un téléviseur. Ainsi, ils sont 89% à posséder un poste de télévision et 47% à en posséder deux, ce qui laisse supposer que certains programmes ne sont pas regardés par toute la famille réunie. Alors qu’ils sont 89% à affirmer regarder la TV en famille. Les entretiens laissent entendre que certains programmes réunissent la famille (les informations, le sport, certains documentaires ou soirées musicales, émissions religieuses) alors que les feuilletons et films sont regardés séparément.

La totalité des répondants affirment avoir la parabole. Ils sont 96% à avoir le satellite Nilesat (Chaînes arabes en général et anglaises), ce qui explique que 93% préfèrent ces chaînes. Près de la moitié, 43%, ne regardent que les chaînes algériennes.

Pour le contrôle de la TV et du téléphone portable, contrairement aux comportements qui sont contrôlés d’abord par la mère et ensuite par le père, ici, les positions s’inversent et c’est le père qui vient en premier (47% pour la TV et 58% pour le téléphone portable) suivi par la mère (TV : 27% et téléphone portable : 24%).

Le contrôle de l’utilisation des nouvelles technologies (télévision, téléphone portable et Internet quand il  y en a) est un autre indicateur pour caractériser le style éducatif parental. La mère, la ménagère de la maison, n’a pas le contrôle premier sur ces nouvelles technologies, c’est surtout le père qui assure cette fonction, il faut noter que plusieurs répondants disent « les deux ».

Tableau 33 : Contrôle des NTIC (%)

NTC

Père

Mère

G. père

G. Mère

Frère

Sœur

Autres

Pers.

Télévision

53,85

25

0,64

-

3,85

1,92

0,64

14,10

T. portable

61,06

23,89

-

-

-

0,88

1,77

12,39

Internet

88,89

5,56

-

-

-

-

-

5,56

Source : Famille éducation santé mentale/ Crasc, 2008-2010

C’est le père qui choisit les programmes TV (42%), suivi de la mère (19%), puis le frère (11%), mais, fait important, les adolescents sont 22% à répondre que personne ne choisit les programmes. Dans ces cas-là, nous pouvons nous demander si les enfants sont laissés seuls face à l’écran et aux programmes proposés.

Le choix des programmes est assez diversifié avec une préférence pour les dessins animés et les feuilletons.

Quand le choix du programme ne leur plaît pas, ils sont  46% à quitter la séance  et 41% à vouloir négocier le choix du programme regardé.

4.2. Données du questionnaire des enfants 

Les données du questionnaire des enfants/adolescents nous présentent le profil général suivant des répondants : ce sont des adolescents de 13 à 16 ans, scolarisés et ne travaillant pas.

Ces adolescents semblent en conformité avec les normes en vigueur au foyer familial : se sont les filles qui s’occupent des tâches domestiques telles que nettoyer la maison, faire la cuisine, habiller les enfants, elles font aussi les courses. Le père est plus sévère, c’est lui qui règlemente les NTIC (télévision, téléphone, Internet) alors que dans toutes les autres activités c’est la maman qui le devance  souvent de loin. Il faut noter que quand l’un des parents domine, l’autre parent n’est jamais totalement absent. Ce n’est que dans la question du recours que les pères ne sont pas sollicités par les enfants.

Perçu comme plus sévère par ses enfants que par lui-même, le père susciterait-il plus de crainte que de confiance ? Interrogés sur cette question, des enfants et adolescents disent que le « père tout ce qu’il fait c’est refuser, alors que la mère aide, facilite », d’autres disent que le père étant inflexible, ils préfèrent demander à la mère parce qu’on peut « l’amadouer », enfin d’autres disent « de toute façon, il (le père) nous dit allez voir votre mère ». Cette dernière attitude est très courante, car la division des rôles sociaux accorde à la mère les pleins pouvoirs sur l’intérieur du foyer et sur les enfants. Même si le père prend part aux décisions, c’est à la mère que revient l’application de ces décisions. Quand ces dernières sont importantes, la mère les prend en commun accord avec le père ou se contente de les transmettre aux enfants.

IV. Synthèse des résultats des deux questionnaires

Il ressort des deux questionnaires des éléments forts intéressants qui méritent un examen plus approfondi et des investigations plus poussées.

Il faut rappeler que les enfants sont pris dans les ménages enquêtés, leurs réponses sont confrontées à celles de leurs parents pour mesurer l’écart entre les perceptions, les  représentations des pratiques et de leur effets sur les enfants et vice-et-versa.

Malgré cette nucléarisation de la famille et l’élévation du niveau d’instruction des parents, la variable genre reste très présente et dans les représentations et dans les pratiques. Les qualités et les défauts des enfants sont appréciés selon le genre de l’enfant, de même en ce qui concerne les souhaits exprimés à leur égard. Cette variable genre est également présente sur le plan des pratiques éducatives car l’ancien modèle éducatif des grands-parents (père sévère/autoritaire, mère affective/nourricière) est toujours présent mais avec quelques atténuations : si le père se montre autoritaire, il est à présent plus à l’écoute. La mère, elle, se montre plus égalitaire envers ses enfants et continue, comme par le passé, à assurer les tâches ménagères avec sa ou ses filles ...  

Ces rôles d’entretien du foyer, sont toujours dévolus à la mère qui en est le principal acteur puisque c’est elle qui assure ces tâches en premier lieu, tout en assurant à présent d’autres tâches : elle « bricole », elle fait les courses, elle apporte de l’aide à ses enfants en matière d’assistance scolaire, elle veille sur leur santé, leur habillement et la qualité de leurs relations avec les autres. C’est en premier à la mère que s’adressent les enfants en cas de problèmes, car en cas de désobéissance, le père utilise plus le châtiment corporel alors que la mère choisit plus le dialogue.

Pour les modèles d’enfants, c’est-à-dire « l’enfant idéal » souhaité par les parents, il est intéressant de constater l’évolution entre les générations : dans la ligne masculine, le grand-père est désormais sévère et redoutable, le père est moins redoutable et plus à l’écoute et, à présent, ce même père souhaite que son fils soit plus calme et plus stable émotionnellement. Dans la ligne féminine, si la grand-mère est plus affectueuse et plus permissive, la mère, tout en héritant ces qualités, additionne en plus d’autres qualités et d’autres rôles moins traditionnels (tel le bricolage) et, comme « projection vers l’extérieur », elle souhaite que sa fille soit plus sociable et plus affective.

Il faut rappeler que ces transformations ont eu lieu au sein d’une famille nucléaire et non dans une famille étendue. Certes elles ne sont pas spectaculaires, vue la période de ce « rétrécissement morphologique » de la famille, mais elles dénotent au moins des changements à moyen terme et dans les statuts et dans les rôles des membres de cette nouvelle famille algérienne.