Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N° 22, 2012, p. 48-121 | Texte intégral


 

 

 

Approche quantitative et paroles aux acteurs sociaux

1. Femmes et travail

La présence de plus en plus marquée des femmes sur le marché du travail résulte de la conjonction de plusieurs phénomènes découlant à la fois du contexte économique et du domaine socioculturel : l’élévation du niveau d’éducation des filles, le recul de l’âge au mariage, l’accroissement des besoins des ménages en raison d’une offre de plus en plus grande de biens et services et une plus grande permissivité de la société à l’égard du travail des femmes, notamment du travail des femmes instruites.

Même s’il y a une progression, elle semble assez lente. Pour pouvoir se prononcer, il faudrait avoir plus de données afin de calculer une évolution sur les 10 dernières années. Car la plus ou moins grande présence de femmes mariées dans l’emploi ou dans le chômage est un bon indicateur de changement social.

Selon les Nations Unies, les femmes font les 2/3 du travail dans le monde : de l’allaitement à l’éducation des enfants, des soins administrés à ceux qui sont malades, aux personnes âgées, ainsi qu’à la culture, la préparation et la cuisson de la nourriture, (80% de la nourriture consommée en Afrique est cultivée par les femmes), le volontariat et le travail dans le secteur informel en tant que femmes de ménage, couturières, vendeuses de rue…

1.1. Femmes et emploi

En Algérie, l’Office national des statistiques (ONS), en parlant des femmes occupées, fait une distinction entre le secteur informel et le travail à domicile. Celui-ci se rapporte généralement à des activités traditionnelles (coutures, broderie, tapisserie, artisanat, pâtisserie…) mais aussi au travail domestique (ménage, garde d’enfant, cuisine…). Cette catégorie de travailleuses note une étude du centre national d’études et d’analyses pour la population et le développement (CENEAP) n’a quasiment aucun niveau d’instruction et se trouve souvent dans l’obligation de subvenir aux besoins de leur familles (maris souvent au chômage) dont elles deviennent le chef et le revenu principal[1]

Ainsi donc, si les femmes occupées, en grande partie salariées, participent à l’économie moderne, le travail à domicile, travail informel, travail au noir ou économie informelle constitue une réponse à la crise du marché de l’emploi et à la baisse des revenus des ménages[2].

En octobre 2007, la population active est estimée à près de 9 969 000 personnes, d’après les données de l’enquête emploi auprès des ménages[3], réalisée durant le dernier trimestre 2007. Les femmes représentent 15,7% de l’ensemble des occupées : 19,7% en milieu urbain et 9,2% en zone rurale. La population active en chômage ou population active à la recherche d'un emploi, est estimée à 1.374.000 personnes, soit un taux de chômage de 13,8%. Les femmes quant à elles représentent 22,0% de l’ensemble de la population active en chômage.

Tableau 9 : Population active : national, wilaya Adrar et daïra de Charouine

 

Population active (15 ans et plus)

Masculin

Tx d’activité

Féminin

Tx d’activité

Charouine

2416

69,4

277

8,6

Talmine

2356

66,5

191

5,8

Ouled Aïssa

1533

68,2

125

5,8

Daïra de Charouine

6305

68,03

593

6,73

Wilaya d’Adrar

91549

68,4

12774

9,9

National

-

41,7

-

14,2

Source : ONS-RGPH 2008

Le faible taux d’activité des femmes à Charouine s’expliquerait surtout par des facteurs d’ordre culturel mais, aussi par les faiblesses du système d’information statistique qui exclut, de fait, le travail non salarié qui constitue un niveau important, notamment dans l’agriculture et l’artisanat. Ces activités bien que non directement rémunérées, génèrent des ressources d’appoint aux ménages et contribuent de ce fait à l’amélioration du niveau de vie des familles.

Tableau 10 : Taux d’occupation et chômage (national et daïra de Charouine)

 

Population occupée (15 ans et plus)

                  Chômage

Masc

Tx occupés

Fém.

Tx occupés

Masc.

Tx chômage

Fém.

Tx chômage

Daïra Charouine

168*

77,42*

53*

20,08*

76*

35,02*

27*

10,23*

National

-

84,9**

-

15,1**

-

8,1**

 

19,1**

*Source : enquête Charouine/FNUAP/Crasc

**Source : ONS-RGPH 2008

Dans le cadre des enquêtes budget-temps[4], généralement, quatre grandes catégories de temps consacré aux activités quotidiennes sont mis en exergue : le temps physiologique (sommeil, repos et soins personnels), le temps de l’activité économique et professionnelle (rémunérée et non rémunérée) et de la formation (travail, recherche de travail et études), le temps domestique (travaux ménagers, soins aux enfants et autres personnes à charge) et le temps libre (loisirs et activités sociales). Ce temps libre peut être décliné, selon les besoins de l’analyse, en deux types d’emploi du temps : le temps de l’entraide et de la sociabilité (entraide entre les membres du ménage et avec d’autres personnes (échanges de visites et de services, garde d’enfants, etc.), et le temps social du bénévolat et de la citoyenneté (activités associatives, syndicales et politiques).

1.2.  Activités des femmes à Charouine

Sur les 1045 individus interrogés pour l’étude, il y avait 168 ménages répartis en 149 hommes chefs de ménage et 19 femmes chefs de ménage. Dans une contrée aussi loin des grandes agglomérations, le fait que 19 femmes soient chefs de ménages et ne dépendant ni d’un époux, ni de leur propre famille, semble être un indicateur de changement dont il faudra tenir compte à l’avenir. Car même en étant veuve ou divorcée, généralement la femme et ses enfants dépendent d’un autre chef de famille qui est, soit le père, le beau-père ou le frère aîné.

Pour les tranches d’âge de 15 ans et plus, nous avons 718 individus, 326 hommes et 392 femmes dont 225 sont célibataires et 167 mariés. Le nombre plus important de célibataires est peut être du au recul de l’âge du mariage et à son corollaire le fort taux de scolarisation des filles, mais aussi à la cherté de la cérémonie du mariage.

Selon la déclaration des 168 chefs de ménages interrogés, entre 2009 et 2010, la situation des femmes à Charouine pour ce qui concerne notre population d’enquête ne semble pas avoir vraiment changé. Elles sont prés de 250 à être femmes au foyer, et près de 50 à se considérer comme occupées. Par contre 27 se déclarent chômeuses par rapport à 16 en 2009. Cela peut être du à la prise de conscience de certaines femmes quant à la nécessité de la recherche d’emploi et sont donc demandeuses de travail.

Tableau 11 : Situations individuelles 2009 -2010

Statut

2009

2010

Masculin

Féminin

Masculin

Féminin

Occupé

156

52

168

53

Chômeur

93

16

76

27

Femme au foyer

00

251

00

244

Etudes-Formation

53

71

53

67

Service national

06

00

13

 

Retraite-Pension

09

00

09

00

Non réponse

09

02

07

01

Total

326

392

326

392

Source : Etude Femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Concernant les secteurs d’activité, nous constatons à la lumière du tableau 11 que pour la population des occupés en 2010, les femmes sont plus présentes que les hommes dans le secteur tertiaire (30F et 16H), pour la santé également (3F et 1H), par contre elles sont totalement absentes dans le secteur de l’industrie. Il faut dire que la région d’Adrar et particulièrement Charouine ne sont pas à forte concentration industrielle.

Pour le secteur de l’agriculture, elles sont 20 femmes à répondre par : « …je travaille comme agricultrice », alors que certaines pensent que c’est une obligation d’être au « djnen ».

Tableau 12 : Secteurs d’activités pour 2010 (selon la déclaration du chef de ménage)

 

Secteur d’activité selon le sexe

 

Masculin

%

Féminin

%

Santé

1

0.6

3

5,66

services

16

9.5

30

56,6

industrie

21

12.5

0

0

agriculture

116

69.0

20

37,7

artisanat

14

8.3

0

0

Total

168

99.9

53

99,9

Source : Etude Femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

En interrogeant les chefs de ménage sur la situation sociale des personnes âgées de plus de 15 ans, seuls 51,5% (168) des hommes et 13,5% (53) des femmes ont une activité en 2010. Mais le questionnaire passé aux individus donne à la question du travail : 175 hommes répondant oui, un chiffre légèrement plus important que les réponses données par le chef de ménage, mais elles sont 216 au lieu des 53 femmes à affirmer travailler.

Lors de cette étude, nous nous sommes également posés la question des représentations du travail chez les femmes, qu’il soit rénuméré ou non, formel ou informel, régulier ou pas. Par le biais du questionnaire et des questions ouvertes, nous avons tenté de connaître ces représentations en posant la question : que représente pour vous le travail ?

Tableau 13 : Le travail

Est-ce que vous travaillez ?

Masculin

%

Féminin

%

Oui

175

80.6

216

81.8

Non

42

19.4

48

18.2

Total

217

100%

264

100%

Source : Etude Femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Nous avons passé un questionnaire (Voir en annexe) aux personnes présentes au moment de l’enquête : 217 hommes et 264 femmes parmi les 326 hommes et 392 femmes de la population mère. Ce questionnaire avec une série de questions ouvertes nous a permis de dresser un diagnostic de la situation des femmes, de leurs compétences en ce qui concerne l’emploi et les activités dans la région.

Tableau 14 : Population active, occupée et en chômage selon les déclarations des enquêtés

 

Pop. Active

Pop. Occupée

Tx occupation

Pop. chômage

Tx chômage

Masculin

217

168

77,42

76

35,02

Féminin

264

53

20,08

27

10,23

Total daïra de Charouine

481

221

45,95

103

21,41

Source : Enquête Charouine/FNUAP/Crasc

Les individus déclarant travailler se répartissent selon les tranches d’âge suivantes :

Tableau 15 : Groupes d’âges

Groupes d’âges

Sexe

Mas

%

Fém.

%

15-29 ans

90

51,4

142

65,7

30-44 ans

66

37,7

53

24,5

45-59 ans

19

10,8

21

09,7

Total

175

100.0

216

100.0

Source : Etude Femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010                                                                   

Sur les 216 femmes qui affirment travailler tous les niveaux d’instruction sont présents. Mais elles sont 09/21 universitaires à déclarer travailler. Plus le niveau d’instruction augmente plus le chômage est présent.

Tableau 16 : Niveau d’instruction

Niveau d’instruction

Sexe

Mas

%

Fém.

%

Sans instruction

60

34,3

31

14,4

Alphabétisé

15

8,6

50

23,1

Primaire

29

16,6

42

19,4

Moyen

42

24,0

28

13,0

Secondaire

28

16,0

56

25,9

Universitaire

1

0,6

9

4,2

Total

175

100.0

216

100.0

Source : Etude Femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Pour la situation matrimoniale, ce sont les célibataires, femmes et hommes, qui sont plus nombreux. Il est important de noter que toutes les femmes mariées déclarent travailler (81/81).

Tableau 17 : Situation matrimoniale

Situation matrimoniale

Sexe

Mas

%

Fém.

%

Célibataire

98

56

113

52,3

Marié

75

42,9

81

37,5

Divorcé

0

0,0

2

0,9

Veuf

2

1,1

20

9,3

Total

175

100.0

216

100.0

Source : Etude Femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

La prise de conscience des femmes quant à leur insertion économique comme facteur de réduction de la pauvreté est un fait indéniable, mais aussi comme un instrument d’autonomie et une condition pour être libres de contraintes financières. La présence de femmes mariées déclarant travailler est un indicateur de changement pour ces régions loin des grands centres urbains.

1.3 Représentations du travail chez les femmes

L’objectif est de mieux saisir les représentations qu’ont les personnes et notamment les femmes de leur travail, mais aussi d’émettre quelques hypothèses concernant les activités des femmes de la région et la perception qu’elles en avaient. Comment sont appréciés le travail formel et informel, la régularité des revenus, et les travaux de jardinage assez répandus comme activités des femmes.

Le travail est perçu comme un instrument d’autonomie et de liberté par près de 85% des femmes qui travaillent

Graphe 6 : Sens à donner au travail

Source : Etude Femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

  • Travail formel – Travail informel

En posant la question : Travaillez-vous dans le formel ou l’informel ? Nous comprenons que le formel fait référence à tout ce qui est du domaine étatique et que l’informel relève des travaux de jardinage et de l’artisanat.

Tableau 18 : Types de travail

Travaillez-vous ?

Masculin

%

Féminin

%

Dans le formel

28

16

35

16.2

Dans l’informel

147

84

181

83.8

Total

175

100%

216

100%

Source : Enquête femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Le travail dans la daïra de Charouine est avant tout une activité informelle aussi bien pour les hommes que pour les femmes (84%)

Sur les 216 femmes ayant répondu qu’elles travaillaient, 181 le font dans l’informel. En majorité ces femmes à partir du moment où elles ont une activité (cultiver son jardin, créer des produits artisanaux) considèrent qu’elles travaillent car toutes ces activités sont génératrices de revenus.

  • Revenus

Sur les 264 femmes interrogées 122 affirment avoir des revenus, avec toutefois 53 non réponses qui ne sont pas des réponses négatives mais provenant de personnes qui ne veulent peut être pas parler de leurs revenus (peur des contrôles, désaccord dans les familles ou simple pudeur…)

Tableau 19 : Revenus

Avez-vous des revenus ?

Masculin

%

Féminin

%

Oui

173

79.7

122

46.2

Non

10

04.6

89

33.7

Non-réponse

34

15.7

53

20.1

Total

217

100%

264

100%

Source : Etude Femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Le travail génère des revenus pour 80% des hommes, mais seulement pour 46% des femmes.

Sur les 122 femmes ayant déclaré avoir des revenus, 86 parlent de revenus irréguliers. Ont-elles pour mesurer la régularité, la référence au salaire mensuel du fonctionnaire ou les revenus sont irréguliers car provenant des produits du jardin ou de l’artisanat ? 

Tableau 20 : Types de revenus

Si oui ?

Masculin

%

Féminin

%

Réguliers

30

17.34

36

29.5

Irréguliers

143

82.66

86

70.5

Total

173

100%

122

100%

Source : Etude Femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Le travail au « djenène » (jardin) est perçu de manière ambivalente, parfois comme un travail et parfois non.

Tableau 21 : Produits du jardinage

Les produits du jardinage servent à :

Masculin

%

Féminin

%

L’autoconsommation

125

57.6

156

59.1

La revente

48

22.1

19

7.2

Les deux à la fois

09

4.1

8

3.0

Non-réponse

35

16.1

81

30.7

Total

217

100%

264

100%

Source : Etude Femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

La majorité des femmes (156/264) et des hommes (125/217) déclarent les produits générés par l’agriculture pour leur autoconsommation et 19 femmes sur 264 pour la revente mais le nombre élevé de non réponses (81/264) peut être assimilé à une non déclaration.

Le travail pour l’autoconsommation est plus féminin que masculin

Nous avons également tenté de savoir comment étaient perçus le travail et les activités des femmes par leurs proches (familles, conjoints…)

Tableau 22 : Perception du travail par les proches

Selon votre conjoint ou votre famille, votre travail est :

Masculin

%

Féminin

%

Nécessaire

190

87.6

177

67.0

Complémentaire

8

3.7

49

18.6

Non-réponse

19

8.8

38

14.4

Total

217

100%

264

100%

Source : Enquête femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Le travail est perçu comme nécessaire pour les femmes (67%) et les hommes (87,6%), mais la notion de complémentarité du revenu émanant du travail des femmes  au revenu du ménage est présente. 

L’implication des femmes dans la vie socioéconomique se mesure également en plus de l’emploi par leur participation à la vie sociale et citoyenne de leur communauté. A ce titre, nous avons essayé d’en savoir plus sur leurs activités en dehors du ménage, du jardinage, du travail et des études : ont-elles des projets (en dehors des projets intimes : mariage, procréation…), participent-elles par le biais d’une association à la vie de la cité… ?

Tableau 23 : Avez-vous un projet ?

Avez-vous un projet ?

Masculin

%

Féminin

%

Total

Oui

8

3.7

5

1.9

13

Non

209

96.3

259

98.1

468

Total

217

100%

264

100%

481

Source : Enquête femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

L’écrasante majorité des personnes enquêtées affirme ne pas avoir de projet. Est-ce du à l’absence de dispositifs permettant aux citoyens et surtout aux jeunes de s’inscrire dans des projets, ou à la méconnaissance due au manque d’informations sur le sujet dans leur région ?

Concernant la vie associative, peu d’individus questionnés s’y impliquent, mais fait intéressant à souligner, les femmes semblent plus concernées que les hommes (6,8% des femmes pour 0,9% des hommes questionnées)

Tableau 24 : Vie associative

Etes-vous membre d’une association ?

Masculin

%

Féminin

%

oui

2

0.9

18

6.8

non

185

85.3

199

75.4

Non-réponse

30

13.8

47

17.8

Total

217

100%

264

100%

Source : Enquête femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Les femmes et les hommes pensent que l’élément féminin participe moins que les hommes à la gestion des affaires communes mais aussi aux activités génératrices de revenus.

Tableau 25 : Participation des femmes

Participation des femmes aux activités génératrices de revenus

Masculin

%

Féminin

%

Autant que les hommes

02

0.9

00

0

Moins que les hommes

182

83.9

190

72.0

Plus que les hommes

12

5.5

42

15.9

Non-réponse

21

9.7

32

12.1

Total

217

100%

264

100%

Source : Enquête femmes à Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Si un consensus entre les hommes et les femmes se dégage sur l’idée d’une moindre participation des femmes aux activités génératrices de revenus, elles sont près de 16% de femmes et 5,5% d’hommes à soutenir l’idée que les femmes participent plus que les hommes.

Quelques indicateurs indiquant le changement sont perceptibles. Comme le fait que 5,5% des hommes qui pensent que les femmes participent plus que les hommes aux activités génératrices de revenus et aussi la présence, dans ces régions éloignées des grands centres urbains du nord, de femmes mariées qui déclarent travailler (37,5%).

Conclusion

Dans la daïra de Charouine, l’implication des femmes dans la vie socioéconomique se mesure en plus de l’emploi par leur participation à la vie sociale et culturelle de la région. Néanmoins, à la lumière des données du terrain, nous pouvons dire que :

Sur la question du travail, chefs de ménage et personnes enquêtées ne se le représentent pas de la même façon : les chefs de ménage déclarent que 51,5% des hommes et seulement 13,5% des femmes sont occupées. Interrogés individuellement, ils sont plus de 80%, quel que soit le sexe à affirmer travailler.

Le travail est perçu comme un instrument d’autonomie et de liberté par près de 85% des femmes qui travaillent. Les différentes recherches en sciences sociales affirment souvent que le développement d'une société se mesure au degré d'implication de ses femmes. La question de l'émergence des femmes dans l'espace social et politique, devrait être posée dans le cadre de la problématique du développement de la société, et le travail considéré comme une valeur émancipatrice[5].

  • Le travail dans la daïra de Charouine est avant tout une activité informelle aussi bien pour les hommes que pour les femmes (84%). L'arrivée dans le monde du travail des premières femmes est le point de départ d'un mouvement évolutif et irréversible qui ne peut que changer la conscience qu'ont les femmes d'elles-mêmes, celles qui travaillent comme celles qui ne travaillent pas. Cette émergence des femmes dans le monde du travail, constitue un atout important pour la conquête de l'espace social. Ce mouvement, du fait des nouvelles orientations économiques que connaît le pays, a donné naissance à un développement du travail informel qui prend des formes très variées, concernant un nombre important de femmes. Toutes sortes d'activités, exercées en auto-emploi, se développent et sont appelées à se développer.
  • Le travail génère des revenus pour 80% des hommes, mais seulement pour 46% des femmes, mais de nombreuses familles incitent et favorisent les membres féminins au changement parce qu'elles en tirent des profits matériels et symboliques[6]. L’irrégularité des revenus concerne aussi bien les hommes que les femmes.
  • Le travail dans le djenène pour l’autoconsommation est plus féminin que masculin 2.

2. Femmes et santé à Charouine

La notion de santé apparemment simple à comprendre n'est pas facile à définir. Les quelques tentatives de définitions que nous avons récoltées dans la littérature scientifique renvoient plus ou moins au concept de bien-être. Nous retenons, pour cet axe, la définition selon laquelle il s’agirait d’un état physique et mental permettant à l'individu de fonctionner aussi longtemps que possible dans son environnement. Pour l’OMS, la santé est « un état de complet bien-être  physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité »[7]. Il faut probablement noter qu'une absence de maladie ou d'infirmité peut ne pas traduire un bon état de santé. Le concept de santé réfère à un ensemble de mesures de santé publique.

2.1. Les conditions de vie

Les conditions d’habitation et les commodités de logement ont une grande influence sur l’état de santé des personnes. L’approvisionnement en eau, le mode d’évacuation, le combustible utilisé pour la préparation des repas et le type d’éclairage sont autant de facteurs dont l’influence sur l’état de santé n’est pas à négliger. Une eau non potable peut être à l’origine de nombreuses maladies, telles que le trachome, le choléra, la fièvre typhoïde… De la même manière, une évacuation inadéquate des déchets et, par conséquent, des conditions d'hygiène insuffisantes ou mauvaises sont une source de maladies diarrhéiques. Par ailleurs, les niveaux élevés de pollution, provoqués par les combustibles solides utilisés pour la préparation des repas, peuvent causer des problèmes de santé, notamment des maladies respiratoires, en particulier chez les enfants de moins de 5 ans. L’état et les caractéristiques des logements visités ainsi que les commodités qui s’y trouvent ne semblent apparemment poser aucun problème majeur. Les familles y paraissent parfaitement adaptées. 

Parmi les principales commodités, ayant une influence sur l’état de santé, nous avons retenu des données de l’ONS (2008) la présence/absence de toilettes, de réseau d’égout et de réseau AEP (Tableau 20)

Tableau 26 : Commodités caractérisant les ménages de la daïra de Charouine

Communes

Toilettes

Réseau d’égout

Réseau AEP

Charouine

83,8

14,1

30,4

Talmine

10,3

0,5

2,7

Ouled Aïssa

95,5

1,1

30,9

Source : ONS(2008). Données statistiques 527/01

Nous remarquons à travers ce tableau que si Charouine bénéficie de commoditès à plus de 80% pour les toilettes et  30% pour le réseau d’AEP, c’est Talmine qui apparaît comme la plus démunie.

L’absence des égouts peut être un terrain fertile à la propagation des maladies infectieuses. De la même manière des conditions de vie décentes, même en zone rurale, nécessitent le développement de réseaux AEP

2.2. L’accès à l’eau potable

Nous retenons des discours des autorités locales que l'accès à l'eau potable ainsi que l'évacuation correcte des eaux usées s’améliore progressivement. Cependant les maladies à transmission hydrique bien qu'ayant diminué continuent à poser quelques problèmes dans certaines zones. Et si l'eau potable est indispensable à la santé, s’en approvisionner ne suffit pas à améliorer sa santé. En effet, il faut aussi disposer d'un environnement sain et surtout développer une bonne hygiène au quotidien. Selon les différents discours, le traitement de l’eau potable est plus ou moins effectué par addition de quelques gouttes d’eau de javel.

Figure 5 : Puisage de l’eau pour la boisson dans une palmeraie

Source : Enquête Femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

L'eau est présente, selon le médecin-chef de la polyclinique de Charouine en revanche sa teneur importante en sel engendre des maladies telle que l'hypertension. Un dossier technico-économique pour la mise en place d'une unité de dessalement de l'eau à Charouine est constitué et n'attend plus que le financement complémentaire à celui déjà disponible Et malgré les grandes ressources souterraines en eau dans la région, leur accès devient de plus en plus difficile. C’est le puits à pompe/forage en zone secondaire et éparse et le réseau d’eau en zone agglomérée qui constituent les principales sources d’eau pour la boisson et  les différentes tâches ménagères.

2.3. La satisfaction des besoins nutritionnels

Selon les médecins interviewés, la malnutrition est un problème de santé majeur dans la daïra de Charouine.  Elle se caractérise dans la région par un apport excessif en aliments glucidiques et un apport insuffisant en protéines, vitamines et sels minéraux. Sur le plan alimentaire, des carences sont observées par les médecins que nous avions contactés. Tous parlent d’anémie faute de malnutrition. Le menu hebdomadaire se compose, en général, de couscous sans viande, avec très peu de légumes verts et/ou de soupe avec quelques lentilles et carottes. Les seuls fruits consommés sont secs (dattes). La ration de lait (et dérivés) est quasiment nulle.

Ce sont les féculents et les légumes secs (lentilles de la région) qui constituent la base des repas. Les enfants complètent leur ration calorique grâce en particulier au repas de la cantine. Il reste néanmoins que l’équilibre nutritif n’est pas réalisé. Nous pensons que l’école peut constituer un vecteur de sensibilisation des familles à une hygiène alimentaire.

2.4. Accès aux services de santé et état sanitaire

Les résultats de l’enquête par questionnaires montrent que sur 264 femmes, seules 10 parmi elles  ne connaissent pas l’existence d’un centre de soins dans leur commune ; de même que 205 sur 217 hommes sont informés de la présence de cette structure de santé de proximité. Pourtant, deux (02) femmes seulement parmi les enquêtées connaissent l’existence du service qui traite du planning familial ; 157 femmes répondent par la négative à la question sur leur niveau d’information sur ce service et 105  ne donnent aucune réponse.

Tableau 27 : Existence d’un centre de soins

Avez-vous un centre de soins  dans la commune ?

Sexe

Masculin

%

Féminin

%

Oui

205

94.5

254

96.2

Non

12

05.5

10

3.8

Total

217

100.0

264

100.0

Source : Etude femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

La quasi-totalité des enquêtés se déplacent à pied en cas d’une visite médicale  aux polycliniques ; il faut noter que la distance séparant l’infrastructure sanitaire du Ksar le plus proche est souvent supérieure à  02 km.

Par ailleurs, 109 femmes enquêtées, dont 50,5% parmi elles, de niveau secondaire, âgées entre 20 et 50 ans et plus, connaissent les moyens contraceptifs. Elles détiennent l’information d’un gynécologue (pour une personne) ou du médecin du secteur public local pour 44 femmes ou alors de la sage-femme pour 50 femmes interviewées ou encore du bouche à oreille pour le reste. On pourrait comprendre que c’est l’expression « planning familial », elle-même, qui a posé un problème de compréhension aux enquêtées et non le service offert, car non seulement les 109 femmes connaissent le moyen contraceptif le plus populaire à savoir la pilule et 54 d’entre elles l’utilisent avec satisfaction.

La monographie qui nous a été remise à la Wilaya met en évidence l’existence d’infrastructures sanitaires en progression mais en revanche le secteur de la santé peine énormément dans toute la Daïra de Charouine dont les besoins en hôpital et en personnel médical, notamment spécialisé, constituent l’une des préoccupations majeures des autorités et surtout de la population locale.

2.5. Les infrastructures et moyens sanitaires à Charouine

La commune de Charouine compte une polyclinique  (chef-lieu de la commune) et trois (3)  salles de soins : une à Tebbou, une à Jdir el gharb et une  à Jdir el chargui. La commune de Talmine compte une polyclinique à Boukezzime et quatre (4)  salles de soins : à Guellou, Seguia, Taghouzi et Bahamou.

Tableau 28 : Infrastructures sanitaires de la daïra

Communes

 

Pop.

RGPH 2008

Hôpital

Lits

Poly-

clinique

Salle

de

Soins

Maternité

Cabinets

médicaux

Cabinets

dentaires

Pharmacie

Pub.

Priv.

Charouine

11.347

00

00

01

03

01

00

00

01

00

Talmine

12.768

00

00

01

04

01

00

00

00

01

Ouled Aissa

7034

00

00

01

03

01

00

00

00

00

Source : Monographie, Wilaya d’Adrar 2009

Tableau 29 : Equipements médicaux par commune

Communes

Labo

D’analyse

médicale

Labo

D’analyse

Et contrôle

Bloc

Opératoire

 

Poste

Radiologie

Fauteuils

Dentaires

Centre

Transfusion

Sanguine

Banque de

Sang

Charouine

01

00

00

01

01

00

00

Talmine

00

00

00

00

00

00

00

Ouled Aissa

00

00

00

00

00

00

00

Timimoun

05

00

01

04

10

01

02

Source : Monographie, Wilaya d’Adrar 2009

L’analyse comparative des deux daïrate, sur le plan des équipements médicaux aboutit aux mêmes remarques discriminatoires : 05 laboratoires d’analyse médicale, 04 postes de radiologie et 10 fauteuils dentaires pour Timimoun contre 01 laboratoire d’analyse à Charouine, officiellement déclaré mais inexistant ou inopérant dans la réalité, de même pour le poste de radiologie ou du fauteuil dentaire.

Seules deux unités de dépistage scolaire (UDS), supervisées à partir de Timimoun, sont opérantes dans les communes de Charouine et de Ouled Aïssa alors que Talmine qui compte la plus forte population dans la daïra, en est dépourvue. Selon les chefs d’établissements interrogés sur le dépistage lors de la rentrée scolaire effectué par ces deux UDS, tous les élèves du primaire n’y ont pas accès compte tenu de la dispersion des  écoles et de la distance qui les sépare.                       

Tableau 30 : UDS dans les établissements de la région

Secteur

Communes

Etablissements

Nombre

Communes supervisées par Timimoun

 

Timimoun

UDS Haouari Boumediène

02

Ouled Said

 

01

Aougrout

Lycée Aougrout

01

Deldoul

 

01

Metarfa

 

01

Tinerkouk

 

01

Kaddour

 

00

Charouine

C E M   Moufdi Zakarya

01

Talmine

 

00

Ouled Aissa

 

01

Total 

 

09

Total  wilaya  Adrar

26

Source : Monographie, Wilaya d’Adrar 2009

Les moyens humains et matériels disponibles dans les trois communes ne peuvent faire face à tous les besoins en interventions médicales pour une population de 31.149 habitants vivant dans des conditions d’hygiène déplorables, d’autant que le déficit en personnel médical est important :

- une moyenne de deux médecins généralistes par structure ;

- une sage femme ou deux accoucheuses rurales par polyclinique, arrivent difficilement à satisfaire une demande permanente d’intervention en obstétrique ;

- aucun médecin spécialiste même en gynécologie ;

- inexistence de moyens pour prendre en charge de petites urgences nécessitant une radio ou des analyses au préalable : pour tout problème de ce type, l’évacuation du malade vers l’hôpital de Timimoun (Daïra voisine) ou celui d’Adrar, chef-lieu de Wilaya, est prescrite.

La polyclinique ne peut recevoir et traiter que les cas légers et dont le traitement est standardisé : petits soins, accouchements normaux, conjonctivite épidémique, grippe (rare), diarrhées etc.

Tableau 31 : Répartition des personnels de la santé

Communes

 

Population

RGPH 2008

Généraliste

Spécialiste

Dentiste

Paramédical

Public

privé

Public

privé

Public

privé

Public

privé

Charouine

11.347

02

00

00

00

00

00

15

00

Talmine

12.768

03

00

00

00

00

00

06

00

Ouled Aissa

7034

02

00

00

00

00

00

10

00

Daïra Timimoun

 

41.279

83

02

19

00

09

02

338

00

Wilaya Adrar

399.714

218

13

62

07

31

07

1059

01

Source : Monographie, Wilaya d’Adrar 2009

On pourrait se demander les raisons d’une telle différence existant entre la Daïra de Timimoun et celle de Charouine en matière d’affectation de structures, d’équipements et d’encadrement sanitaires.

10 polycliniques, 55 salles de soins, 09 maternités et 07 pharmacies publiques pour la Daira de Timimoun avec une population de 33 060 habitants, contre 03 polycliniques, 10 salles de soins, et 01 pharmacie publique pour la Daïra de Charouine pour une population de 31 149 habitants.

Sur le plan de l’encadrement médical, Charouine compte 07 médecins généralistes et 31 paramédicaux et aucun spécialiste alors que Timimoun possède 83 généralistes, 19 spécialistes et 338 paramédicaux. C’est en mettant à jour les raisons d’une telle attractivité de la daïra de Timimoun, que des actions d’ajustement et d’amélioration de cette situation pourraient être entreprises pour la daïra de Charouine.

Dans toute la Daïra de Charouine, il n’existe aucun dentiste ou cabinet dentaire alors que Timimoun compte 09 dentistes avec 02 cabinets dentaires publics.

Tous les cas qui nécessitent des examens spécialisés (radiographie, analyses) ou des interventions chirurgicales, sont automatiquement réorientés vers les hôpitaux cités. Pour la plupart des femmes des ksours, l’accouchement est assuré par des accoucheuses traditionnelles et pour beaucoup de maladies ou accidents, des guérisseurs traditionnels usent de médecine verte. La guérisseuse « médecin traditionnel » a pignon sur rue à Adrar. Beaucoup de femmes, en particulier de la commune de Charouine, la consultent. En l’absence de médecines spécialisées, les populations n’ont d’autre choix que de se diriger vers la médecine traditionnelle par les plantes.

2.6. L’état sanitaire général

A l’exception d’un cas survenu chez une femme de 32 ans en 2009, aucune des polycliniques de la Daïra n’a jusque-là enregistré de cas de mortalité chez la femme qui vient y accoucher, durant ces trois (03) dernières années, selon les statistiques de la polyclinique. Cependant des cas de mortalité infantile sont enregistrés lors des accouchements pris en charge.

Il ressort des entretiens menés auprès du personnel médical et des femmes rencontrés dans différents endroits que beaucoup de femmes accouchent chez elles avec l’assistance d’une accoucheuse traditionnelle qui se trouve en général, à proximité du domicile. Cette pratique est généralement privilégiée au déplacement en polyclinique pour des problèmes de manque de transport, même privé, et par crainte du déplacement vers Timimoun qui nécessite, de faire,  pour certaines localités jusqu’à plus de cent (100) kms

Les réorientations vers les hôpitaux se font également pour les cas de maladies répandues, selon le médecin-chef de la polyclinique à Charouine. On y rencontre les maladies telles que :

- les anémies pour cause de sous alimentation ;

- l’hyperthyroïdie dont les raisons sont expliquées par la consommation de sel dépourvu d’iode (les habitants locaux se servent directement des marais salants sans se soucier de l’absence de cet élément essentiel pour la santé d’autant qu’ils sont loin de consommer du poisson) ;

- les maladies à transmission hydrique (MTH) ; les moins graves telles que les diarrhées sont souvent traitées localement, d’autant plus que les médicaments, pour les traiter, sont disponibles ;

- les affections pulmonaires dont souffrent les tamiseuses de graviers car selon le médecin-chef de la polyclinique de Charouine, le sable s’infiltre dans leurs poumons via les bronches et provoquent chez elles différentes maladies. Une tamiseuse approchée au cours de l’enquête nous a parlé des difficultés respiratoires dont elle souffrait ainsi que ses enfants qui l’accompagnent dans cette tâche.   

Tableau 32 : Maladies transmissibles et non transmissibles

Années

Communes

Maladies

Sexe

Masculin

Féminin

2008

Ouled Aissa

Dysenterie

00

01

Dysenterie

01

00

Typhoïde

01

00

2009

Charouine

Dysenterie

01

00

Ouled Aissa

Dysenterie

01

03

2010

Charouine

Dysenterie

01

00

Ouled Aissa

Dysenterie

01

01

Source : Monographie, Wilaya d’Adrar 2009

Nous remarquons, sur ces trois dernières années que  la typhoïde  avec l’hépatite C n’ont fait leur apparition qu’une seule fois en 2008, cependant la méningite en tant que  maladie à déclaration obligatoire( MDO) réapparaît chaque année, sans pour cela faire de ravages ; ce qui démontre que la prise en charge est organisée même avec des problèmes en rapport avec l’évacuation des malades.

Tableau 33 : Maladies à déclaration obligatoire 

Années

Communes

Maladies

Sexe

Masculin

Féminin

2008

Charouine

Paralysie flasque aigue (PFA)

00

01

Ouled Aissa

Méningite

00

01

Talmine

Hépatite C

00

01

Méningite

01

02

2009

Ouled Aissa

Méningite

00

01

2010

Charouine

Méningite

02

00

Source : Monographie, Wilaya d’Adrar 2009

En ce qui concerne les maladies sexuellement transmissibles (MST), aucun cas n’a été signalé. Il faut noter que ce type de maladies est difficilement déclaré compte tenu de son caractère d’intimité et les problèmes tabous qu’il peut engendrer à travers sa diffusion au sein de la communauté. Les femmes ne viennent généralement pas consulter à la polyclinique et encore moins au dispensaire pour ce genre de problème et privilégient la médecine traditionnelle.

Tableau 34 : Bilan couverture vaccinale (avant l’âge de 1 an)

Secteur Sanitaire

Population

Ciblée

Vaccinations

BCG

DTCP1

DTCP2

DTCP3

ROUGEOLE

Adrar

2527

100%

100%

100%

98%

92%

Reggane

2680

76%

72%

70%

68%

63%

Timimoun

2549

98%

96%

92%

86%

79%

Source : Monographie, Wilaya d’Adrar 2009

Le programme de vaccination est pris au sérieux par les équipes spécialisées organisées à partir de Timimoun. En effet ce sont les équipes mobiles qui passent à travers les ksours pour assurer les vaccinations obligatoires et en périodes d’épidémies, ce qui permet d’éviter aux populations intéressées, les déplacements difficiles et de garantir l’efficacité des opérations de vaccination.

La situation sanitaire de la population de Charouine qui cumule un ensemble appréciable de problèmes à plusieurs niveaux malgré leur relative prise en charge. En effet, des caravanes médicales composées de  médecins généralistes et spécialistes, d’infirmiers et de pharmaciens ainsi que de logisticiens, tous bénévoles renforcent épisodiquement la couverture médicale des ksour de la daïra de Charouine[8]. Les principaux objectifs de ces caravanes sont de :

- prodiguer des soins aux populations des zones enclavées, en particulier par des actions de prévention, de dépistage et de traitement ;

- prendre en charge des pathologies chroniques du type hypertension artérielle, diabète et maladies carentielles, en partenariat avec les acteurs de santé locaux ;

- apporter des médicaments essentiels du type anti-infectieux, antihypertenseurs, antidiabétiques, topiques ophtalmiques, vitamines, contraceptifs…

De nombreux médicaments, petits équipements et consommables médicaux sont distribués aux structures de santé de la région de Charouine. Ces caravanes médicales bénéficient du soutien du Programme onusien pour le développement (PNUD) et de Sodegaz, une association des salariés du groupe Gaz de France. Deux caravanes ont été organisées par Solimed Algérie, une association créée en 1994 par des médecins algériens résidant en France, à laquelle participent également les associations Taj d'El Oued et Ihsen de M'sila.

En conclusion, malgré des résultats positifs obtenus dans l’amélioration de la santé des citoyens, en particulier en matière de santé maternelle et infantile et de santé reproductive, de nombreuses insuffisances demeurent, telles qu’une application encore imparfaite des programmes destinés à la mère et l’enfant, une insuffisance dans la prise en charge des femmes en matière de prestation spécialisée de gynécologie dans toutes les wilayas (disparités régionales, qualité des prestations), l’insuffisance d’espaces créés pour les femmes au sein des infrastructures sanitaires et le faible encadrement humain à ce niveau. 

3. Climat familial et violence à l’égard des femmes

Les violences envers les femmes sont un phénomène ancien et nouveau : ancien, car depuis toujours les membres de la société en situation de faiblesse physique, mentale ou sociale sont traités de façon particulière et souvent avec violence. Le phénomène est nouveau en tant qu’objet d’étude et de discours. Si auparavant, ces violences étaient perçues comme « ordinaires », elles ne le sont plus actuellement : l’ONU, les organisations internationales, les ONG en ont fait un cheval de bataille. L’Algérie participe à l’effort pour lutter contre ces violences depuis une vingtaine d’années, mais c’est depuis les années deux mille que le processus s’est accéléré.

Ainsi l’Institut national de santé publique (INSP[9]) a réalisé une étude nationale auprès des victimes de violences dans les centres de santé, dans les services de consultation et dans les espaces d’accueil et de justice. Cette étude a touché près de dix-mille personnes (9033) en 2002-2003. Cette enquête avait pour objet « de proposer une stratégie d’action pour le dépistage et la prévention de la violence à l’égard des femmes ». Le Crasc a réalisé une enquête nationale sur les violences à l’égard des femmes en algérie en 2006 pour le compte du Ministère délégué chargé de la famille et de la condition féminine. En 2008 ce même ministère a lancé la « Stratégie nationale de lutte contre les violence à l’égard des femmes » et en 2010 « la Stratégie nationale de la famille ».

Cette étude sur les femmes de Charouine pourrait apporter un complément d’information sur leur situation et sur la nécessité d’optimiser les mesures, programmes et dispositifs au profit des femmes dans les régions du grand sud.

C’est ainsi que nous avons consacré quelques questions pour approcher la violence envers les femmes dans la société de Charouine dans le but de mieux comprendre cette communauté et de mettre à jour ses difficultés. Contrairement aux études précédentes, les questions ont été posées aux hommes et aux femmes.

Cet axe comporte donc quinze questions :

Une question explore la perception du climat familial

Deux questions pour explorer le degré de tolérance vis-à-vis des violences à l’égard des femmes

Deux questions abordent les recours et soutiens socio-familiaux pour les deux sexes

Et neuf questions abordent les violences à l’égard des enquêtés des deux sexes et les auteurs de ces violences

Une dernière question aborde les propositions pour améliorer les conditions de vie des populations de Charouine.

3.1. Conditions familiales et rapports de genre

Globalement nous pouvons considérer que les positions et attitudes traditionnelles définissant les rôles de genre sur une base sociale, sont maintenues, mais il y a des changements, manifestes ou en voie de développement, qui montrent que la société de Charouine n’est peut-être pas aussi statique qu’elle pourrait le paraître. A partir de là, nous avons abordé le climat familial : 

Tableau 35 : Climat familial

Climat familial

Masculin

%

Féminin

%

Très agréable

13

06.0

08

3.0

Agréable

187

86.2

227

86.0

Instable

07

3.2

06

2.3

Mauvais

08

3.7

09

3.4

Très mauvais

02

0.9

03

1.1

Non-réponse

06

00.0

11

4.2

Total

217

100%

264

100%

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Qu’ils soient hommes ou femmes, la majorité des répondants (86%) considèrent le climat familial comme agréable, toutefois, il est plus agréable pour les mariés que pour les célibataires, et un sur deux des veufs trouvent le climat agréable.

Pour ce qui est du niveau scolaire, plus il est élevé, moins le climat familial est jugé agréable puisque pour les niveaux scolaires primaire, moyen et secondaire, la totalité des répondants le qualifient d’agréable, alors que les universitaires sont divisés en trois groupes égaux pour « agréable », « mauvais » et « très mauvais ». 

Il faut noter que la situation des universitaires est loin d’être facile dans ces contrées où le chômage touche la majorité de la population qui vit de menus travaux, souvent pour une durée limitée. Les problèmes se posent avec acuité en particulier pour les femmes dont les familles sont très réticentes à les laisser s’éloigner pour travailler dans d’autres communes.

La question du climat familial nous a paru intéressante à croiser avec la question sur le degré de satisfaction des enquêtées.

Tableau 36 : Satisfactions des enquêtés(e)  

 

Hommes  n=217

Femmes  n=264

Total

Satisfait(e)s de leur vie

49,3%

28%

181

Insatisfait(e)s

44,7

57,5%

249

Non réponse

6%

14,5%

51

Total

100

100

481

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Si la moitié des hommes déclare être satisfait de leur vie (49,3%), elles ne sont que 28% à l’être et cela malgré un climat familial plutôt agréable.

Le climat familial est agréable car les membres de la famille malgré les manques, restent solidaires et ont un attachement affectif optimal. Mais les conditions générales de vie les laissent insatisfaits d’autant plus que les problèmes cités par les enquêtés sont des problèmes graves :

- le manque de travail (prés de trois jeunes sur cinq)

- la précarité du logement

- le manque des structures de santé et structures de loisirs (sport, culture), café, hammam, etc.

Les résultats de cette étude concordent avec celle de l’enquête[10] sur la base de focus groupes réalisé par la Crasc en 2010 : le travail, le logement, les loisirs et moyens de santé constituent les principales préoccupations des enquêtés qu’ils soient célibataires ou mariés, jeunes ou moins jeunes. Les problèmes signalés par les enquêtés en zones rurales ou en montagnes révèlent les mêmes difficultés en plus des précédentes : vétusté des routes, pas de hammams, peu de transports.

3.2. Représentation des rapports hommes femmes et degré de tolérance des violences de genre

Les questions suivantes apportent un éclairage sur les rapports de genre et sur le degré de tolérance des violences envers les femmes. 

Tableau 37 : Réactions quand une femme est insultée devant l’enquêté

Une femme se fait insulter devant vous :

Masculin

%

Féminin

%

J’interviens

08

3.7

03

1.1

Je n’interviens pas

207

95.4

249

94.3

Non-réponse

02

0.9

12

4.5

TOTAL

217

100%

264

100%

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Hommes ou femmes n’interviennent pas dans leur écrasante majorité quand une femme se fait insulter.Pour ceux qui disent intervenir (8H et 3F) c’est le niveau scolaire qui fait la différence. Plus ce niveau s’élève, plus les tendances s’inversent, les universitaires disent réagir à 100%.

Sur le plan des conventions sociales traditionnelles, les gens interviennent rarement quand c’est un homme et une femme de la même famille ou des conjoints sont en conflits dans un lieu public (ou même privé), ces situations sont des contextes considérés comme privés où il est « malséant » d’intervenir.

Pour l’écrasante majorité des enquêtés hommes et femmes, il n’existe pas de situation où la femme mérite d’être battue. Cependant, la différence de réponse positive entre les hommes 6% et 0,8% pour les femmes, dénote de références conservatrices du statut des femmes.

Tableau 38 : Situations où la femme mériterait d’être battue

Pensez-vous qu’il existe des situations où la femme mérite d’être battue ?

Masculin

%

Féminin

%

Oui

13

6.0

02

0.8

Non

202

93.1

247

93.6

Non-réponse

02

0.9

15

5.7

TOTAL

217

100%

264

100%

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Les non réponses (5,7 contre 0,9%) sont plus nombreuses du côté des femmes. Elles ne sont pas d’accord mais n’osent pas l’affirmer ou considèrent la question comme futile. Les célibataires interviennent plus souvent que les mariés.

Quand on les croise avec le niveau scolaire, nous trouvons que la majorité des enquêtés sont soit sans instruction soit alphabétisés. Ainsi plus le niveau scolaire est bas et plus les répondants ont une attitude traditionnelle. Tous les hommes sont mariés et les deux femmes ayant répondu par l’affirmative sont des veuves et dépassent les soixante ans, alors que les hommes sont âgés entre 35 et 44 ans.

Présence de recours socio-affectifs

Si près d’un homme sur deux (49%) admet se confier en cas de problème, les femmes sont bien plus nombreuses à le faire (69%) ce qui est signalé par de nombreuses études, les femmes exprimant plus leurs difficultés et leurs problèmes.

Tableau 39 : Quels sont les confidents ?

Le confident

Masculin

%

Féminin

%

La mère

13

12.15

40

22.0

Le père

20

18.69

31

17.0

Le frère

47

43.93

05

2.7

La sœur

01

0.93

45

24.7

Le conjoint

14

13.08

52

28.6

Les proches

12

11.21

05

2.7

Les amies

00

00.0

04

2.2

TOTAL

107

100%

182

100%

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Les femmes se confient en priorité à leur conjoint, leur sœur, leur mère, leur père et en dernier au frère et autres proches. Les hommes se confient en priorité au frère ensuite au père, leur conjoint venant loin derrière avec la mère et ensuite aux proches.

Le niveau scolaire n’a pas d’incidence particulière sur le taux de réponses, chez les hommes ceux de niveau primaire et moyen se confient plus que les autres.

3.3. Prévalence des violences 

Cette partie est consacrée aux questions portant sur les violences qu’elles soient à l’encontre des hommes ou des femmes ainsi que l’origine des auteurs de faits de violences déclarés par les enquêtés.

Tableau 40 : Dénigrement des enquêté(es)

Au cours des 12 derniers mois, dans votre famille on a dénigré :

Masculin

%

Féminin

%

Votre façon de vous habiller

75

34.6

26

9.8

Votre façon de penser/de parler

83

38.2

97

36.7

Votre façon de travailler/cuisiner…

06

2.8

91

34.5

Non-réponse

53

24.4

50

18.9

TOTAL

217

100%

264

100%

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Nos enquêtés déclarent être victimes d’abord du dénigrement de la parole et de la pensée au sein de la famille pour 38% des hommes et 36% des femmes, puis de l’habillement pour les hommes (34%) et la façon de réaliser les travaux domestiques pour les femmes (34%).

Tableau 41 : Auteurs des dénigrements des femmes

La personne qui vous a dénigrée vient  de :

Masculin

%

Féminin

%

Votre  famille

162

74.7

207

78.4

Votre belle famille

05

2.3

06

2.3

Non-réponse

50

23.0

51

19.3

TOTAL

217

100%

264

100%

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Le tableau ci-dessus montre que la majorité des auteurs de dénigrement viennent de la famille d’origine alors que 2,3% sont de la belle famille. Il n’y a pas de différence importante entre les hommes et les femmes, les deux sexes sont en but à des exigences partagées.

Tableau 42 : Auteurs des dénigrements membres de la famille

Si de votre famille :

Masculin

%

Féminin

%

Mère

31

19.1

32

15.5

Père

26

16.0

16

7.7

Epouse du père

00

00.0

02

1.0

Frère

03

1.9

02

1.0

Sœur

03

1.9

28

13.5

Autres proches

08

4.9

02

1.0

TOTAL

162

100%

207

100%

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Pour les deux sexes, l’auteur des dénigrements au sein de la famille est en priorité : la mère, citée plus par les hommes (19%) que par les femmes (15,5%).

Le père occupe la deuxième position avec 16% pour les hommes et la troisième pour les femmes avec 7,7%.

Ces résultats sont en adéquation avec une étude (Violences à l’égard des femmes en Algérie, MDCFCF/Crasc, 2006) qui montre que les mères et belles-mères viennent en première position des violences envers les autres femmes de la famille.

Tableau 43 : Auteurs issus de la belle-famille 

Victime

Masculin

%

Féminin

%

Auteur

Conjoint

91

94,8

125

95,4

Beau père

00

00,0

02

1,5

Belle mère

05

5,2

02

1,5

Mari de la sœur de l’époux

00

00,0

02

1,5

TOTAL

96

100%

131

100%

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Pour ce qui est des auteurs membres de la belle-famille, vient en première position le conjoint qui est cité par la grande majorité des répondants (95%). Femmes et hommes déclarent le même taux. On voit ici que les dénigrements sont le propre des conjoints des deux sexes.

Loin derrière l’époux, vient la belle-mère en particulier pour les hommes. Pour les femmes les auteurs se partagent entre la belle-mère, le beau-père, le mari de la belle-sœur.

Pour les insultes, elles sont déclarées par 7 répondants dont deux hommes et cinq femmes, ce qui constitue une prévalence de 1,9% pour les femmes et 0,9% des hommes.  

Une seule femme déclare avoir été giflée, frappée, battue plusieurs fois durant les douze derniers mois (0,4% de prévalence) et quatorze non réponses. Ces mêmes personnes qui ont refusé de répondre à cette question vont répondre à la suivante portant sur les menaces de s’en prendre à ses enfants ou de l’en séparer, contrairement aux hommes qui sont catégoriques et disent jamais personne ne les a menacés de s’en prendre aux enfants.

Tableau 44: Menaces contre enfants

Un de vos proches vous a menacé de s’en prendre à vos enfants ou de vous séparer deux ?

Masculin

%

Féminin

%

Jamais

143

65.9

187

70.8

Une ou deux fois

00

0.0

01

0.4

Tous les jours

00

0.0

14

5.3

Non-réponse

74

34.1

62

23.5

Total

217

100%

264

100%

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Les violences psychologiques (menaces de s’en prendre aux enfants ou de les séparer de leur famille) sont assez importantes, puisque 15 femmes les déclarent dont quatorze selon une fréquence très importante « tous les jours », cela implique que ces femmes vivent dans une insécurité totale et dans un climat très instable et très troublé.

Alors qu’une seule femme déclare des violences physiques et 14 non réponses, pour la question des menaces contre les enfants, nous avons toujours une femme qui déclare des violences une ou deux fois et quatorze qui déclarent ces violences d’ordre psychologique. Il nous semble raisonnable de penser que les non-réponses concernent la violence contre elles-mêmes ; cette question intimide les femmes (ou les pousse à avoir une réaction de prestance) à laquelle elles  n’osent pas répondre, mais quand il s’est agi de leurs enfants, elles n’ont pu taire le problème, en même temps, c’est un contournement de la question précédente trop directe peut-être, c’est une mesure de protection de leur image.

Les violences psychologiques s’expriment à travers des menaces de retirer les enfants puisque quinze femmes répondent par l’affirmative dont quatorze disent presque tous les jours.

Tableau 45 : Violences à l’école

Enfants battus par un enseignant ?

Masculin

%

Féminin

%

Oui

10

4.6

11

4.2

Non

159

73.3

186

70.5

Non-réponse

48

22.1

67

25.4

Total

217

100%

264

100%

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Vingt et un enquêtés (10 hommes et 11 femmes) déclarent que leur enfant a été frappé par l’enseignant. La majorité des hommes (9/10) contre 3/11 femmes ont protesté et sont allés voir l’enseignant.

Une seule femme déclare avoir été harcelée dans la rue.

Dans le tableau suivant nous allons comparer les résultats de cette étude à ceux de l’enquête nationale sur les violences à l’égard des femmes en Algérie, réalisée par le Crasc en 2006 pour le Ministère Délégué chargé de la Famille et de la Condition Féminine.

Tableau 46 : Tableau récapitulatif des violences déclarées par les enquêtés

Types de violences

Prévalence chez les Hommes

Prévalence chez les femmes

Etude Crasc (2006)[11]

Couple

Famille

Dénigrement habit

34,6%

9,8%

 

 

Dénigrement façon de penser

38,2%

36,7%

 

 

Dénigrement façon de travailler/cuisiner

2,8%

34,5%

 

 

Verbale (Insulte)

0,9%

1,2%

16,1%

19,1%

Coup/gifle

---

0,4%

9,4%

5,2%

Menace contre enfant

----

5,3%

2,5%

8,0%

Harcèlement dans la rue

----

0,4%

 

 

Violence à l’école (enfant battu par enseignant)

4,6%

4,2%

 

 

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Si les hommes déclarent plus de dénigrement de leur façon de s’habiller et de penser, les femmes sont plus touchées par les dénigrements de leur façon de penser et de leur travail qu’il soit salarié ou domestique. En dehors des violences verbales (insultes), les hommes ne déclarent aucune autre forme de violence, ni physique (giflé, frappé) ni psychologique (menace de lui enlever les enfants).

Nous pouvons considérer que les dénigrements sont plus le fait de types de rapports entre les membres de la famille. Les femmes déclarent moins de dénigrement de leur façon de s’habiller dans la mesure où le hidjab vient aplanir toutes les résistances, il est donc difficile de se voir reprocher son apparence extérieure puisqu’il y a uniformisation de la tenue de sortie de femmes. Hommes et femmes déclarent quasiment les mêmes taux de dénigrement. leur mode de penser exprime peut-être une société très rigide dans les limites qu’elle fixe à la « bienséance » et à la façon d’être.

L’existence de violence psychologiques par l’intermédiaire des menaces, d’enlever à la femme ses enfants, laissent présager un taux de violences physiques plus important que ne déclarent les enquêtées, d’une part et d’autre part ces personnes doivent vivre dans des conditions de stress très fort perturbant leur santé physique et leur équilibre psychologique. Et si personne n’intervient dans ces cas (situations jugées comme étant privées) ces femmes doivent vivre une grande détresse.

En conclusion, il y a des transformations lentes de la famille à Charouine, les enquêtés notent des transformations de la vie des femmes et des hommes dont les facteurs positifs dominants sont : l’éducation (scolarisation), meilleures conditions matérielles, le travail pour certaines, le vote et le droit d’exprimer son avis.

D’autres aspects sont négatifs, constituant un frein à l’évolution des femmes, les enquêtés déplorent : le manque de responsabilité (conscientisation) et d’éducation. Ces deux facteurs sont relevés par les hommes et les femmes, mais ces dernières ajoutent « les coutumes et traditions, l’isolement, et l’exploitation des femmes par les hommes.» La discrimination entre les sexes est relevée par les hommes comme par les femmes.

Qu’ils soient hommes ou femmes, jeunes ou moins jeunes, les principaux problèmes sont le travail, le logement, le manque de loisirs et de confort (hammam, transport, centres de soins et de santé, eau potable, route carrossables...).

Conclusion

Les violences au sein de la famille sont donc présentes et méritent une approche plus affinée. La passation de questionnaires risque de provoquer la méfiance des enquêtées et les mener vers une sous déclaration importante. Il nous semble que des études de cas seraient intéressantes à réaliser non pas dans les zones enclavées, (trop traditionnelles et trop jalouses de leur intimité) mais d’aller plutôt dans les centres de santé, les espaces de soins, les tribunaux etc.

La prévalence des violences physiques est relativement faible (0,4%), mais l’existence de violences psychologiques, s’exprimant dans les menaces de s’en prendre aux enfants ou de les séparer de leur mère, est révélateur de ce type de violence et peut-être d’autres types.

4. Perceptions, valeurs et comportements des populations de Charouine vis-à-vis de la femme

C’est autour d’une vingtaine de questions, posées au moyen d’un questionnaire et d’entretiens qualitatifs les représentations des hommes et des femmes de Charouine, Talmine et Ouled Aïssa furent abordées. Organisés sous quatre thèmes, celui de la perception de l’égalité homme/femme, celui des valeurs à travers les qualités recherchées chez l’épouse modèle et la fille modèle, celui du mode de gestion des conflits intra familiaux et de l’appréciation de l’évolution de la condition féminine, que des réactions furent suscitées.

Les réponses aux interrogations relatives à cet axe, reflètent la diversité des points de vue, les accords et désaccords liés au sexe, à l’âge et au niveau d’instruction et cela, bien que vivant dans les mêmes contrées rurales du Sud algérien. Le changement social n’emprunte pas de sens impératif.

4.1 Perception de l’égalité Homme/Femme

L’Algérie a signé la Convention internationale Cedaw avec quelques réserves. Des mesures diverses ont été prises visant la mise en œuvre de l’objectif de lutte contre la discrimination Homme/Femme. Le Ministère Délégué Chargé de la Famille et de la Condition Féminine (MDCFCF) a lancé entre autre, une politique nationale d’intégration des femmes (Panpif) avec sa stratégie 2008-2012, dont la mise en œuvre de la politique genre au sein de tous les secteurs. La question aujourd’hui est de savoir si dans des régions telles que le Sud, dans des localités déterminées, quelle est la perception de la situation des femmes quant aux avancées juridiques et leur application ? La perception de l’égalité Homme/Femme a été mise à l’épreuve en mettant l’accent sur un comportement et une attitude, fréquente dans la société, celle du contrôle des femmes, fondamentalement discriminatoire.

  • Absence d’égalité Homme/femme dans les textes et en réalité: Une perception partagée entre les hommes et les femmes

Interpellé sur la question de l’égalité entre les hommes et les femmes en droits selon les textes et en réalité, l’écrasante majorité (84%) soutient l’idée de l’inexistence de texte reconnaissant l’égalité des hommes et des femmes. Ils sont la quasi-totalité 95% à dire que sur le terrain et en réalité l’égalité n’existe pas, 59 sur 407 répondants, soit 14% seulement, affirment l’existence de textes juridiques prônant l’égalité entre homme et femme. Ils sont une minorité de femmes et d’hommes à l’affirmer (12%).

Tableau 47 : Perception de l’égalité homme/femme à travers les textes de loi

Egalité H/F en droit selon les textes

Masculin

%

Féminin

%

Total

%

Oui

26

12.0

33

12.5

59

12,3

Non

190

87.6

217

82.2

407

84,6

Non-réponse

01

0.5

14

5.3

15

3,1

Total

217

100%

264

100%

481

100,0

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Graphe 7 : Perception de l’égalité Hommes/Femmes en droit selon les textes

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Les personnes affirmant l’existence de l’égalité Homme / Femme à travers les textes sont plutôt célibataires et d’un niveau scolaire secondaire ou supérieur et dont l’âge varient entre 25 et 34 ans. Il est important de signaler que toutes les femmes interrogées de niveau scolaire universitaire, au nombre de 21, ont dans leur totalité répondu que dans les textes, l’égalité homme/femme existe. Pour les hommes, de niveau universitaire, la réponse est identique. Plus le niveau scolaire est élevé, plus la reconnaissance de l’égalité homme/femme à travers les textes est admise.

Dans la vie quotidienne, l’inexistence de l’égalité homme / femme est fortement reconnue. Les hommes sont dans leur totalité convaincus que l’égalité entre hommes et femmes n’existent pas en réalité. Le fait qu’aucune non réponse à cette question n’ai été faite, indique l’absence d’hésitation ou d‘ambigüité dans l’appréhension de la situation des femmes à Charouine. Cette reconnaissance d’un état de fait relève-t-elle d’abord d’une conviction personnelle, d’une interprétation de la réalité ou simplement d’un certain pragmatisme.

La tendance se vérifie également chez les réponses féminines avec un bémol, 4,5% n’ont pas répondu à cette question.

Tableau 48 : Perception de l’égalité homme/femme dans la vie quotidienne

Egalité H/F en droit dans la réalité

Masculin

%

Féminin

%

Total

%

Oui

00

00.0

01

0.4

1

0,2

Non

217

100.0

251

95.1

468

97,3

Non-réponse

00

00.0

12

4.5

12

2,5

Total

217

100%

264

100%

481

100,0

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

Graphe 8 : Perception de l’égalité dans la vie quotidienne (H/F)

Source : Etude femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Savoir si la société locale considère que les femmes d’aujourd’hui ont plus de droits que les femmes d’hier, permet d’appréhender les évolutions inter-générationnelles et les différences d’interprétation de cette évolution entre les hommes et les femmes.

Graphe 9 : Pensez-vous que les femmes d’aujourd’hui ont plus de droits que les femmes d’hier ?

Source : Etude femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

La majorité des répondants hommes, ne perçoivent pas que les femmes d’aujourd’hui ont plus de droits alors même que les femmes pensent l’inverse. C’est probablement le vécu du statut de femmes qui permet à cs dernières aujourd’hui, en comparaison avec la génération précédente, d’affirmer ce progrès et les avancées.

Il est clair que des hésitations dans les réponses masculines, sont les indices du changement, des transformations sociales profondes. Parmi ceux ayant répondu positivement, ils sont plutôt mariés (homme ou femme), et sans niveau d’instruction ou alphabétisés. Les femmes sont plutôt âgées de plus de 45 ans tandis que les hommes sont plus jeunes ou d’âges plus dispersés (de 15 à 50 et plus).

  • Le contrôle des femmes : une perception divergente

A la question s’il est nécessaire de contrôler les femmes, les hommes sont partagés avec cependant une majorité de répondants hommes pour. Près de 60% considèrent comme non-nécessaire de contrôler les femmes, et pratiquement pas de non réponse. Une différence de perception est à noter, révélant que 70,5% des femmes considèrent le contrôle des femmes comme non-nécessaire. La représentation de soi constitue souvent le terreau de la légitimation d’un traitement inégalitaire. Or, le fait que les trois quarts des femmes, considèrent comme non-nécessaire le contrôle des femmes, déstabilisent le fondement du rapport patriarcal. Le contrôle est le moyen de garantir l’obéissance et de préserver l’autorité masculine. L’autonomie est soumise au groupe et à la collectivité. Le contrôle part du présupposé que le corps des femmes est objet de tentation et doit être contrôlé, surveillé dans ses agissements, car il est la cause de « dépassements masculins ». Les partisans du « contrôle » des femmes sont en quasi-totalité (95%) sans niveau scolaire ou d’un très faible niveau (sans instruction, alphabétisé primaire). Aucun enquêté de niveau secondaire/supérieur, qui représente un peu plus du tiers de l’échantillon (Homme et Femme), n’a répondu positivement à la question de savoir si les femmes nécessitaient un contrôle. Aucune célibataire femme, âgée de moins de 30 ans n’exprime la nécessité du contrôle des femmes pour moins de 8% des hommes de statut équivalent.

Graphe 10 : Les femmes nécessitent-elles un contrôle ?

 

Source : Etude Femmes Charouine, Crasc/UNFPA, 2010

4.2. Valeurs au fondement de la représentation des femmes

Pénétrer le monde des représentations, permet de dégager les valeurs structurant les comportements au quotidien. En laissant libre cours à la parole à travers des questions ouvertes, des réactions ont été suscitées à partir de séries d’interrogations portant sur : les qualités et défauts des femmes aujourd’hui et des femmes de l’ancienne génération, les qualités recherchées chez l’époux et chez l’épouse modèle, et enfin les qualités à développer chez la fille modèle. Passer du vécu quotidien à la projection sur le futur, a été un des exercices auxquels, a été conviée la population enquêtée au sein des ménages. Les valeurs d’obéissance, de patience et d’endurance structurent de fait, l’affiliation aux référents de base de l’éducation « traditionnelle » avec une reconnaissance élevée de l’intérêt du savoir et de l’instruction.

  • Qualités et défaut des femmes aujourd’hui : le savoir et son « corollaire » l’assurance

A partir d’une série de questions ouvertes portant sur la perception que les différents composants de la société locale ont sur les qualités et les défauts des femmes d’aujourd’hui et d’hier, des épouses et des filles, on pénètre dans le monde des représentations.

Sur les qualités attribuées aux femmes d’aujourd’hui, majoritairement pour tous et plus pour les hommes que pour les femmes, « la culture et le savoir » puis vient en seconde position « la conscience » (que nous pouvons considérer comme un dérivé de la culture) sont évoqués 354 fois sur 454 occurrences. Les autres qualités citées représentent le tiers des réponses émises :

L’investissement dans la scolarisation, trouve un écho réel dans la société quel que soit le genre. Mais si l’aspect « culture », « savoir », « conscience » résultant de la scolarisation mais au sens de compétence technique et instrumentale, est invoqué comme qualité, leur conséquence sur l’acquisition de compétences sociales et relationnelles semblent constituer les effets non désirés ou non voulus. Les défauts sont exprimés avec les qualificatifs « d’arrogance » (33%), suivi de « imitant l’Occident » (14,1%), « la liberté » (12,2%), « l’impatience » (10%), « le non respect des autres » (10%), « la perte de moralité » (4,5%), « la négligence » (4,5%) et « la revendication des droits pour l’égalité » (4%).

En fait, les défauts invoqués réfèrent à l’attitude d’assurance que les femmes d’aujourd’hui plus instruites que leurs ainées, adoptent dans leur fonctionnement au quotidien. Cependant la hiérarchisation par ordre d’occurrence, des défauts féminins, diffèrent quelque peu entre les hommes et les femmes :

Hommes : arrogance (27,4%), mimétisme (19,2%), liberté (11%), impatience (10,4%), non respect (8,9%)

Femmes : arrogance (37%), liberté (13%), non respect (11%), mimétisme (11%), impatience (9,7%)

La revendication des droits d’égalité est citée comme défaut, 5,2% par les hommes et 2,8% par les femmes.

Qualités et défauts des femmes d’hier : l’endurance et son revers l’ignorance

Si « l’endurance » et « la patience » sont les deux qualités les plus citées, attribuées aux femmes de l’ancienne génération, (40 et 10%), le retard et l’ignorance en sont les deux défauts majeurs (28% et 26%). L’obéissance comme qualité expressément citée, vient en quatrième position, citée par les hommes (7,6%), elle l’est en 6ème position pour les femmes avec 5,1% des scores.

  • Qualités du compagnon modèle : une épouse obéissante, un époux sincère

Dans le couple, les hommes considèrent comme qualité première « l’obéissance », suivie par le « savoir et la culture » et en troisième position ex aequo « l’endurance et la bonne entente ». Pour les femmes, le mari modèle est celui qui est sincère  en première position, puis cultivé en 2ème position et celui qui respecte la femme et ses droits en 3ème position.

  • Qualités d’une fille modèle : une fille éduquée selon les pères (futurs ou actuels) une fille obéissante selon les mères (futures ou actuelles)

Quatre qualités sont les plus citées et révèlent les références éducationnelles de base de la socialisation familiale : l’obéissance, la bonne éducation, le respect des autres et la culture.

Seul l’ordre de priorité, de la première qualité attribuée à la fille modèle, diffère selon les hommes et les femmes. La bonne éducation vient en première position pour les hommes tandis que l’obéissance vient 1ère position pour les femmes. La reproduction à partir de valeur référence séculaire dans la société est celle de l’obéissance, qui est considérée comme la référence légitime et souhaitable dans l’éducation d’une fille.

4.3 Mode de gestion des conflits intra familiaux

Les rapports Hommes/Femmes, au sein de la cellule familiale, peuvent être saisis à travers les comportements adoptés dans le quotidien pour faire face aux difficultés nées d’approches différenciées sur des questions données. Le choix de l’indicateur « mode de gestion d’un conflit », révèle les fondamentaux éducationnels et leurs présupposés. A travers la proposition de réponse fermée à la question du « mode de gestion des conflits », trois modalités possibles disponibles dans le registre de l’action sont offertes : celles de l’imposition, de la négociation et de l’acceptation.

Gestion des désaccords au sein de la famille : l’imposition masculine et la négociation féminine

A la question posée, en cas de désaccord sur un sujet particulier quelles attitudes adoptez-vous ; au niveau global, les enquêtés apparaîssent comme plutôt partagés entre la négociation et le débat (35%), l’imposition d’un point de vue (28%) et l’acceptation/soumission (24%). Cependant la prise en compte du sexe du répondant, donne une répartition nettement tranchée, où les hommes imposent un point de vue, avec une émergence d’une attitude de négociation pour le tiers d’entre eux. Tandis que les femmes sont partagées entre deux attitudes, celle de l’engagement du débat en vue de la négociation et celle de l’acceptation du point de vue de l’autre.

Tableau 49 : En cas de désaccord sur un sujet particulier 

En cas de désaccord :

Masculin

%

Féminin

%

Total

%

Vous imposez vos points de vue

125

57,6

14

5,3

139

28,9

Vous essayez de convaincre

56

25,8

113

42,8

169

35,1

Vous acceptez le point de vue de l’autre

08

3,7

111

42,0

119

24,7

Non-réponse

28

12,9

26

9,8

54

11,2

Total

217

100%

264

100%

481

100,0

Source : étude femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Graphe 11 : Que faites-vous en situation de désaccord ?

Source : Etude femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

En affinant les résultats par la mise en corrélation des réponses avec le niveau scolaire des répondants, le statut matrimonial et l’âge, cela nous permet de mieux saisir la diversité de la population enquêtée et de voir comment cette diversité de profil se comporte dans la vie quotidienne face aux conflits nés de divergences d’approche et de compréhension d’un problème.

Les positions adoptées en cas de désaccord sont fortement dépendante du niveau d’instruction. Moins les hommes sont instruits et plus ils imposent leur volonté. Pour les femmes, de niveau scolaire secondaire et supérieur tendent à convaincre et négocier pour faire accepter le point de vue, tandis que celles de niveau d’instruction faible déclarent accepter le point de vue de l’autre.

Les célibataires hommes ayant répondu à la question du mode de gestion des conflits sont ambivalents mais avec cependant la moitié d’entre eux qui optent pour la négociation, donc le dialogue pour la résolution d’un conflit, et 42% qui imposent d’emblée leur position. Les célibataires femmes, dans leur majorité (57%) préfèrent accepter le point de vue de l’autre et seules 36% d’entre elles tentent de convaincre. Plus on avance en âge, moins les hommes négocient et plus les femmes dialoguent et ont moins tendance à accepter.

Les quatorze femmes ayant répondu « imposer leur point de vue » sont en fait célibataires et de niveau scolaire élevé (supérieur/secondaire) et âgées entre 20 et 29 ans. Alors que les hommes partageant la même attitude sont plutôt sans instruction et plutôt mariés.

4.4 Evolution de la situation des femmes à Charouine 

Interroger sur une approche comparative la situation des femmes, permet d’évaluer la pertinence des retombées des investissements matériels consentis par l’Etat dans la région. Les modes de vie, dont témoignent les photos ci-après, semblent figés dans le temps et dans l’espace. Trois questions structurent l’appréhension du thème : Y a-t-il amélioration de la situation des femmes, bénéficient-elles de meilleures conditions de vie, sont-elles satisfaites de leurs conditions de vie ?     

  • Situation des femmes aujourd’hui à Charouine quasi identique à celle des femmes d’hier

A la question ouverte visant à recueillir des avis sur l’évolution/amélioration de la situation des femmes à Charouine, près de 82% de réponses négatives reconnaissent une absence d’amélioration.  Ceux et celles reconnaissant l’absence d’amélioration de la situation des femmes, trois raisons sont invoquées par une minorité, la majorité n’ayant pas répondu à cette question : « le manque de sensibilisation, le manque d’éducation » et « les coutumes et des traditions » pour les deux femmes et hommes.

A peine 13% des hommes et des femmes admettent que la situation des femmes d’aujourd’hui est meilleure que celle d’hier. Hommes et femmes sont quasiment à égalité.

Figure 6 : Femme transportant gaz butane

Figure 7 : Cuisine dans un ksar

 

 Perception de la situation des femmes, aujourd’hui meilleure quelle celle d’hier : une position marginale.

Parmi les réponses positives (13%) trois facteurs sont cités par les deux sexes et selon l’ordre de priorité suivant : « l’éducation » grâce à la disponibilité des écoles (44,3%), « l’amélioration des conditions de vie » (30,4%), « la liberté de travailler » (15,5%).

Tableau 50 : La situation des femmes d’aujourd’hui est meilleure que celle d’hier ?

La situation des femmes d’aujourd’hui est meilleure que celle d’hier ?

Masculin

%

Féminin

%

Total

%

oui

29

13.4

34

12.9

63

13,1

non

181

83.4

214

81.1

395

82,1

Non-réponse

07

3.2

16

6.1

23

4,8

Total

217

100%

264

100%

481

100,0

Source : étude femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Les autres items regroupant près de 10% des réponses concernent la jouissance des droits, et la participation au droit à l’expression de l’opinion. L’analyse des réponses, en fonction du sexe,  donne la scolarisation comme première priorité citée par les femmes (57%) alors qu’elle n’occupe que 32,3% des réponses masculines, pour lesquels c’est l’amélioration des conditions de vie qui est le premier indicateur de l’amélioration de la situation des femmes.

Graphe 12 : Situation des femmes d’aujourd’hui meilleure que celle d’hier ?

Source : étude femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Pour ceux ayant répondu positivement (13%), le manque de sensibilisation et d’éducation, les traditions, l’isolement, la marginalisation encore présents dans la société, annulent les efforts de développement consentis.

A la question, « si les femmes d’aujourd’hui bénéficient de conditions de vie, meilleure, identique ou difficile », ils ne sont plus que la moitié à affirmer l’absence d’amélioration (50,3%) et plus nombreux à reconnaître que les femmes d’aujourd’hui bénéficient de meilleures conditions de vie. Cette question interpelle plus le principe de réalité alors que la précédente interpelle plus la subjectivité, confirmée par une troisième question sur le niveau de satisfaction du vécu actuel des femmes.

Tableau 51 : Les femmes à Charouine d’aujourd’hui bénéficient 

Les femmes d’aujourd’hui bénéficient :

Masculin

%

Féminin

%

Total

%

De meilleures conditions de vie

93

42.9

94

35.6

187

38,9

De mêmes conditions de vie

110

50.7

132

50.0

242

50,3

De conditions de vie difficiles

01

0.5

01

0.4

2

0,4

Non-réponse

13

6.0

37

14.0

50

10,4

Total

217

100%

264

100%

481

100,0

Source : étude femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Graphe 13 : Les femmes à Charouine d’aujourd’hui bénéficient 

Source : étude femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Une réponse remarquable : presque personne ne soutient l’idée de dégradation de conditions de vie (3 sur 481). Les hommes sont plus nombreux à affirmer que les femmes bénéficient de meilleures conditions de vie. Les femmes de niveau scolaire universitaire affirment dans leur quasi-totalité que les femmes vivent aujourd’hui comme hier, que ce sont plus les mariées qui disent bénéficier de meilleures conditions de vie. Si les hommes, pour près de la moitié d’entre eux, sont convaincus que les femmes d’aujourd’hui sont satisfaites de leurs conditions de vie, les femmes le sont pour le 1/3 d’entre elles. Les plus insatisfaites, dans leur quasi-totalité sont les femmes de niveau scolaire élevé (universitaire).

Tableau 52 : Aujourd’hui les femmes à Charouine

Les femmes d’aujourd’hui sont :

Masculin

%

Féminin

%

Total

%

Satisfaites de leurs conditions de vie

107

49.3

74

28.0

181

37,6

Insatisfaites  de leurs conditions de vie

97

44.7

152

57.6

249

51,8

Non-réponse

13

6.0

38

14.4

51

10,6

Total

217

100%

264

100%

481

100,0

Source : Etude Femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Graphe 14 : Aujourd’hui les femmes à Charouine

Le profil des insatisfaits est celui de la célibataire, de niveau universitaire, non mariée, âgée de moins de 30 ans. Le profil des hommes considérant que les femmes aujourd’hui sont non satisfaites de leur condition, est célibataire, âgé de plus de 30 ans, de niveau moyen ou secondaire. Le profil des satisfaits, mariés, moins de 30 ans, ayant un niveau scolaire faible (sans instruction ou alphabétisé) et cette tendance dans le profil est la même pour les deux sexes.

  • Attentes des femmes : de la reconnaissance

La situation des femmes dans les trois communes, est sujet de préoccupation et de soin de la part de tous, pour les répondants des femmes et hommes : offrir l’opportunité d’évoluer dans l’éducation, bénéficier d’emploi et pouvoir accéder au niveau des postes supérieurs comme les hommes. En cas d’occupation d’un poste de responsabilité dans la commune, les mesures à prendre selon les occurrences, sont les suivantes, indiquant par là même les problèmes du vécu quotidien :

Si on vous propose un poste de responsabilité dans votre commune, vous commenceriez par quelles mesures à prendre ? Les réponsesz se déclinent comme suit :

Écouter les problèmes des gens et essayer de les résoudre الاستماع إلى مشاكل الشعب و العمل على حلها, 108 ; Offrir des emploisتوفير مناصب العمل   : 43 ; Offrir des centres de formation professionnelle - : 32 ; توفير مراكز التكوين المهني ; Assurer l'éducation des femmes et la sensibilisation à travers des organisations et des associations تعليم المرأة و توعيتها من خلال إنشاء جمعيات تحسيسية : 24 ; Réaliser le projet d'eau potableإنشاء مشروع الماء الحلو : 20 ; Faire le pavage des routesفتح الطرقات و تعبيدها   : 20 ; Délier l’isolementفك العزلة  : 20 ; Ouvrir des classes d'alphabétisationفتح أقسام محو الأمية   : 17 ; Offrir les services nécessaires (salons de coiffure pour hommes et femmes, salles de sport, hammam, marchés…) : 14 ; إنشاء المرافق الضرورية كالحمامات ... ; Offrir le transport urbainتوفير النقل  : 12 ; Construire les écoles et s’intéresser aux établissements d’enseignement بناء المدارس و الاهتمام بالمؤسسات التربوية و الحرص على التعليم : 8 ; Mettre en place des ateliers pour l'industrie traditionnelle : إنشاء ورشات للصناعة التقليدية (كتعليب التمور أو علف الغنم...) : 7

L’interrogation relative à l’évolution de la situation des femmes à Charouine, visant à savoir si la société locale considère que les femmes d’aujourd’hui ont plus de droits que celles d’hier, permet d’appréhender les évolutions inter-générationnelles et les différences d’interprétation de cette évolution entre les genres. Pour la majorité des répondants (83%), la situation des femmes aujourd’hui à Charouine est quasi identique à celle des femmes d’hier. Cependant, émerge une petite minorité percevant la situation des femmes, aujourd’hui meilleure que celle d’hier.

5. Approche qualitative et parole aux acteurs sociaux

Le choix d’une méthodologie de type qualitatif, a été envisagée à travers l’organisation de focus groupes et d’entretiens individuels. La méthode choisie place le sujet dans l'univers social et physique dans lequel il évolue.

Nous avons procédé à des entretiens centrés sur le dialogue et au cours desquels le degré de liberté de l'interviewé a été cependant circonscrit dans un cadre logique préétabli. Même si des thèmes ont été préalablement retenus, ce sont les idées exprimées par les individus qui ont permis de structurer les entretiens.

La méthode des focus group présente, quant à elle, de nombreux avantages. le groupe crée une ambiance très favorable à l'expression. Les individus se sentent moins identifiés individuellement et, de ce fait, expriment leurs idées sans se préoccuper de censurer les émotions qui les accompagnent. Cette technique offre également l'avantage de vérifier immédiatement l'information dans la mesure où les individus se corrigent entre eux et grâce au jeu de stimulations réciproques, l'entretien de groupe fait ressortir les différences d'opinions et de perceptions.

5.1 Les entretiens

Entretien 1 : Professeur d’enseignement moyen (titulaire) de Sciences naturelles au CEM nouveau de Taghouzi, commune de Talmine, Daïra de Charouine, 29 ans, célibataire, trois années d’ancienneté à Taghouzi. Il partage une chambre avec trois collègues dans un appartement de quatre pièces  qui abrite 9 enseignants (3 par chambre + une pièce utilisée comme salle pour travailler et prendre les repas ensemble.

  • La vie quotidienne de la femme aujourd’hui à Talmine

 L’enseignant affirme en guise d’introduction que la femme à Talmine n’a aucun droit par rapport à celle de Timimoun[12]. La femme à Talmine, selon lui, souffre sans se plaindre. Même si elle voulait se plaindre, ajoute-t-il, à qui elle pourrait le faire ? A Talmine la femme ne parle pas. Elle est obligée de trimer et de se taire. Ses travaux au jardin et à la maison l’accaparent toute la journée. Elle n’a pas de vie sociale. Comment voulez-vous qu’elle évolue ? Interroge-t-il ?

Ses élèves/ filles  travaillent très bien en classe mais n’ont pas le temps de réviser leurs cours ni de faire leurs devoirs.  Elles secondent les mères aussi bien dans les jardins qu’en famille.     

Il juge sévèrement les pères et surtout les frères qui retirent leurs sœurs du CEM pour les marier, faisant fi de leurs performances scolaires.

  • Aucun changement  de  la situation des femmes à Talmine n’a été perçu. La jeune fille est toujours mariée à 14-15 ans. Les frères sont toujours violents vis-à-vis de leurs sœurs. La culture du silence prévaut aussi bien en zone urbaine  qu’en zone rurale. Les mentalités masculines sont toujours les mêmes.

Notre locuteur procède par comparaisons successives de la situation de la femme à Taghouzi et à Timimoun, mettant l’accent sur les différences. Les filles de Timimoun continuent leurs études. Certaines sont à l’Université de Béchar, d’autres à Oran, quant à celles de Charouine, elles ne peuvent même pas aller à l’université d’Adrar. Il ne peut y avoir d’impact sur les mentalités masculines que par l’instruction et la culture des femmes. 

  • Les propositions avancées ont la forme de recommandations. Il faut, dit-il, des internats pour les filles et un lycée à Talmine. C’est le seul moyen ajoute-t-il pour que les filles puissent étudier. 

Entretien 2 : femme Professeur d’enseignement moyen de français au CEM Moufdi Zakaria, commune de Charouine, Daïra de Charouine, 31 ans, mari enseignant dans le même établissement, maman d’une fille de 4 ans.

  • La vie quotidienne de la femme à Charouine est décrite sans complaisance. L’enseignante commence par sa vie. Une vie faite de labeur dans l’établissement et en famille. Ce n’est pas cela qui la dérange. Elle semble parfaitement concilier  les deux volets.  Cependant, elle explique que cet équilibre n’est réalisé que parce qu’elle a ramené sa sœur pour s’occuper de sa fille.  Parlant de ses collègues qui ne sont pas aidées, elle précise que c’est la galère au quotidien  pour elles.

Elle nous décrit  ensuite  l’hostilité de l’environnement humain à l’égard de toutes les femmes mariées. Elles n’ont pas le droit d’amener leurs enfants à la seule crèche qui existe, pas le droit de faire leurs courses, même voilées et rasant les murs.  

  • Les changements survenus sur la situation de la femme à Charouine sont d’ordre matériel essentiellement.  Elle possède une maison en dur, un téléphone portable et peut joindre ses enfants, la cuisinière et  le climatiseur. En revanche, elle n’est pas autonome et est astreinte au silence. Aucune infrastructure n’existe pour elle. Elle nous a raconté une petite anecdote : un jour sa collègue enseignante d’arabe a demandé à ses élèves de se faire aider le soir par leurs parents afin de faire un exercice à rendre le lendemain. Toute la classe s’est mise à rire. A la fin de l’hilarité collective, une élève dit : « maîtresse, nos parents ne savent ni lire ni écrire »   
  • Les propositions tournent autour des infrastructures : des crèches, des classes préscolaires, un bain maure, des ateliers de formation pour les jeunes filles déscolarisées par leurs parents.

Entretien 3 : Administratif/ homme 45 ans,  licence en sciences économiques, marié, deux enfants

  • La vie quotidienne de la femme est dure aujourd’hui  dans les ksours de la commune de Talmine en particulier ; elle l’est  moins à Ouled Aïssa et encore moins dans la commune de Charouine, affirme-t-il. Pourquoi ? Parce que les ksours de Talmine sont dispersés, souvent ensablés, éloignés des infrastructures indispensables dont doivent bénéficier les femmes : la grande majorité des  femmes accouchent chez elles parce que :

-premièrement les maris refusent qu’un médecin ausculte  leurs femmes. Même ces dernières sont réticentes à l’idée d’accoucher à la polyclinique.

-deuxièmement en l’absence de la sage-femme et à défaut d’ambulance disponible la crainte des risques de décès sur la route est réelle chez tout le monde.

La connaissance de la contraception est rudimentaire en particulier avant le mariage. Ce n’est qu’après la naissance du premier enfant (si cette naissance a lieu à la polyclinique) que la femme en est informée par la sage-femme.

  • Des changements sont perceptibles au niveau de l’investissement des mères dans la scolarisation de leurs filles. Hier à Charouine, elles hésitaient, déscolarisaient  à partir du collège à cause de son éloignement. Aujourd’hui ce sont elles qui encouragent à la poursuite  des  études qu’elles auraient probablement voulu faire. Le rôle de la femme est de plus en plus déterminant uniquement dans sa famille. Son implication dans la commune et dans la daïra est nulle.  Aucune n’occupe un poste supérieur dans la daïra.  Elles ne sont pas non plus nombreuses dans l’administration : une seule à l daïra (contractuelle) et douze à l’APC  (sur 56 employés)  et deux femmes[13]  sur douze,  ont été confirmées. 
  • Ce que fonctionnaire propose c’est l’ouverture d’un lycée par commune avec internat pour les filles  et un dispositif de commercialisation des objets fabriqués par les femmes rurales.        

 Entretien 4 : Administratif/femme  32 ans, titulaire, veuve, 2 enfants

  • Les réponses à nos questions ont débuté par cette assertion : Aujourd’hui, la vie quotidienne de la femme est semée d’embûches inhérentes aux comportements des hommes à son égard. Ces hommes se demandent pourquoi les femmes travaillent et occupent des postes qui en principe reviennent aux hommes de la région.  
  • Sa vie quotidienne est caractérisée par le travail au CEM et l’éducation de ses deux enfants. Elle se plaint du fait que personne ne lui vient en aide. Elle explique : « pour réparer quelque chose à la maison ou transporter un petit équipement électro-ménager, elle ne trouve personne ni les collègues/hommes, ni les voisins, même les parents ou les « amis » de son mari défunt.   Rentrer chez une femme seule c’est impensable.
  • Elle entretient une relation fusionnelle avec ses deux enfants. Elle dit avoir des rapports superficiels avec ses collègues femmes : « bonjour », « bonsoir ». De là à ce qu’elle puisse se confier à l’une ou à l’autre ! 
  • « La situation des femmes évolue de jour en jour à Timimoun[14], dit-elle, mais pas à Charouine. A Timimoun la femme est libre, elle n’est pas victime de racisme[15], ajoute-t-elle. Les infrastructures qui existent là-bas n’existent pas ici. Les cybercafés sont nombreux et ils sont fréquentés aussi bien par les garçons que par les jeunes filles.

Dans les Ksours  là-bas et ici, les activités[16] des femmes et leurs besoins sont à peu près les mêmes. La femme a besoin d’un environnement qui ne lui soit pas hostile. A Charouine, elle a besoin d’un  espace pour respirer[17]. Elle a besoin d’un bain maure pour femmes.  Le seul changement avec les anciennes générations c’est qu’aujourd’hui la femme travaille à l’extérieur.

L’adjointe d’éducation n’est pas contente de son sort et ne souhaite pas la même vie à sa fille. Elle voudrait que sa fille puisse  faire des études supérieures et avoir un bon poste mais loin de Charouine. 

Entretien 5 : Agriculteur Salem, 63 ans, marié, 7 enfants, alphabétisé

  • La femme aujourd’hui est instruite, elle connaît ses droits et ses devoirs. L’homme peut se reposer sur elle, et ce, dans tous les domaines. Il y a un partage des rôles, nous dit-il, entre les hommes et les femmes. Nous lui avons demandé si sa femme travaillait avec lui la terre. Bien sûr, nous dit-il, mais l’agriculture c’est moi et le jardin c’est elle. « Elle travaille aussi à la maison » A la question de savoir ce qu’elle fait à la maison, il nous répond (sic) : « tout » « affaires de femme » 
  • L’évolution de la situation de la femme est réelle selon lui : avant les motopompes, la femme trimait. Avant, la cuisine se faisait au bois, maintenant elle se fait gaz butane, avant, il fallait moudre le blé pour obtenir de la farine maintenant la femme l’a toute prête.
  • La femme idéale pour lui est obéissante à son mari. Elle ne prend aucune décision sans son avis. Elle fait passer l’intérêt de sa famille avant le sien. Elle sait gérer son économie domestique
  • Deux propositions sont avancées : le rapprochement des centres de santé des ksours ainsi que l’alphabétisation des hommes et des femmes qui ne le sont pas encore. 

Entretien 6 : agricultrice Messaouda, agricultrice, 38 ans, analphabète

  • Le plus clair de son temps, elle le passe dans son exploitation (4 hectares). Elle rentre chez elle s’occuper de son mari et de ses 5 enfants[18]. S’occuper pour elle c’est : « préparer les repas et faire le ménage. » La situation de la femme a évolué selon elle : « maintenant, la jeune fille étudie et la femme a le droit de voter. »
  • Nous lui avons demandé pourquoi ses deux filles n’allaient pas à l’école ? Elle répondit : ce sont elles qui n’ont pas voulu continuer. L’aînée est rentrée à 8 ans et est sortie à 11 ans ; la plus jeune est rentrée à 7 ans et est sortie à 12 ans. L’école est loin, dit-elle. Elle n’a pas pu estimer la distance.
  • En ce qui concerne les relations au sein de son couple, elle parle de compréhension mutuelle et de dialogue permanent.
  • En matière de propositions, elle souhaiterait que les polycliniques soient rapprochées des ksours et que des ateliers polyvalents de formation soient ouverts pour les jeunes filles.

Entretien 7 : femme au foyer Meriema, 26 ans, femme au foyer, niveau d’instruction de 5ème année primaire, mariée, un enfant.

  • Les changements apportés à la situation de la femme, de génération à génération, sont nombreux, dit-elle. Hier la femme n’étudiait pas, ne votait pas, n’avait pas le droit de choisir son mari, de donner son avis, de prendre part aux décisions, de sortir, de travailler.
  • Sa vie quotidienne se déroule sans encombre. Elle partage sa journée entre le ménage, la cuisine, le tissage avec sa mère et l’éducation de sa fille. Elle dit se réveiller au petit matin pour préparer le petit déjeuner, le déjeuner et faire son ménage. Après le petit déjeuner, elle regarde la télévision  et se rend chez sa mère pour faire du tissage avec elle. En fin de journée, elle retourne chez elle pour préparer le diner.
  • Les relations au sein du couple sont excellentes selon elle. Elle dialogue avec son mari et n’est victime d’aucune violence, ni verbale, ni psychologique, ni physique. Elle ajoute qu’à Charouine, il n’y a pas de violence au sein des couples. Un jeune ne se marie pas s’il n’a pas un logement pour fonder un foyer.
  • Dans les propositions qu’elle formule nous retrouvons l’ouverture de polycliniques équipées en personnel et en matériel près des ksours ainsi que des centres de formations avec plusieurs spécialités, pour les femmes en particulier

Entretien 8 : chômeur Mohamed, 47 ans, marié, chômeur

  • La situation de la femme, affirme-t-il a changé du tout au tout. Hier dit-il elle était esclave, ignorante et soumise. Aujourd’hui, grâce à l’éducation, un bon nombre de femmes ont été sauvées. C’est l’éducation qui émancipe et non pas le père ou le mari. La femme idéale pour moi, ajoute-t-il défend ses droits avec force, tout en accomplissant ses devoirs envers sa famille. La fille idéale interagit avec son milieu et réussit dans ses études. La réussite dans les études peut garantir la réussite dans la vie.
  • Sur le plan relationnel, notre locuteur soutient qu’il n’y a aucune violence dans les comportements masculins dans la région. Il existerait une entente entre les époux même s’ils communiquent visiblement très peu.
  • Ce qu’il propose pour améliorer les conditions de vie de la femme ce sont

- des formations innovantes préparant à différents métiers et développant d’autres compétences que le tissage et la couture même si ces deux activités sont à promouvoir.

- des écoles ou instituts d’enseignement religieux et scientifique spécifiques pour les femmes. Les mosquées des ksours assurent l’enseignement coranique mais il faut également une alphabétisation scientifique.

- des polycliniques dans les ksours avec tout le personnel et l’équipement. Souvent, dit-il, le local existe mais il est vide.

Entretien 9 : Etudiant Abdallah, 20 ans, étudiant en licence 2ème année

  • La situation de la femme a changé positivement, dit-il. Hier, la femme n’avait aucun droit : ni de prendre la parole, ni de d’exprimer, ni de décider, ni d’étudier, ni de sortir de chez elle. Aujourd’hui, elle est instruite, elle travaille, elle participe à la vie de la communauté.   Elle est présidente d’association. Exemples : associations « promotion de la jeune fille-Echihab » « réhabilitation du patrimoine »
  • Sur le plan relationnel, hier aucun dialogue n’était possible en famille. Homes et femmes vivaient sous le même toit sans communiquer. Aujourd’hui la communication est possible.  Avant, les conflits et la violence étaient visibles. Aujourd’hui même s’ils existent on ne les voit pas.
  • La femme idéale pour moi c’est la mère, la sœur,  l’amie, la femme, c’est tout ça à la fois. Elle est sensible, patiente, élégante, consciente de ses actes, ancrée dans sa société.
  • Parmi les propositions formulées, un accent particulier est mis sur l’ouverture d’instituts de formation des femmes, de polycliniques équipées et fonctionnelles. C’est l’éducation, dit-il pour finir, à tous les niveaux et tous les âges de la vie qui peut provoquer de véritables changements.

Entretien 10 : Etudiante Meriama,  1ère année de Doctorat

  • Les changements perçus sont centrés sur les droits et devoirs. Hier, dit-elle la femme accomplissait ses devoirs envers sa famille et son environnement proche sans réclamer ses droits : droit à l’éducation, à la formation, à la santé, à choisir son conjoint. Elle subissait le mariage forcé. Elle était obligée d’épouser l’homme que les autres ont choisi pour elle sans le connaître. La première rencontre coïncidait pour elle avec sa nuit de noces. Aujourd’hui, elle a  le droit d’étudier, de voter, de donner son avis et selon les milieux de faire des études supérieures.
  • La femme idéale communique, participe à la prise de décision, est sûre d’elle. L’homme idéal est cultivé,  ouvert,  compréhensif, à l’écoute des besoins et intérêts de sa femme et de sa famille, capable de dialoguer.
  • Les propositions avancées sont centrées sur l’amélioration des infrastructures et des équipements : multiplication de cybercafés pour les jeunes, ouverture de polycliniques proches des ksours, d’internats pour filles.  C’est l’éducation, conclue-t-elle,  qui ouvre des perspectives  de promotion sociale  et de travail pour la femme.

5.2 Les focus group

Focus group 1 : Célibataires hommes

-Participants : 5 agents de bureau (pré-emploi) à la Daïra de Charouine

P1 : 29 ans, Licence en Droit

P2 : 26 ans, Licence en Sciences économiques

P3 : 27 ans, Technicien en Informatique

P4 : 27 ans, Magister de Physique

P5 : 29 ans, 1ère AS

  • A la question de savoir s’ils ont observé des changements (en positif ou négatif) au niveau de la situation de la femme et de la jeune fille au niveau de Charouine, les déclarations convergent vers le fait que :

- l’instruction de la jeune fille est un fait réel. Des progrès sont perceptibles. Les jeunes filles  qui étaient déscolarisées à partir du primaire, arrivent maintenant au CEM, au lycée et même à l’Université.  Leur nombre n’est malheureusement pas encore important mais les parents comprennent de plus en plus la nécessité des études et de la formation dans la vie de leurs filles.

- les déplacements des jeunes filles pour études sont de plus en plus admis : Les CEM et lycées étant souvent éloignés, les parents comment à admettre l’idée du transport scolaire et de l’internat féminin.

Parallèlement à ces changements positifs, les participants déplorent la disparition progressive des traditions et des coutumes des femmes de la région. La femme à Charouine, affirment-ils ne s’occupent plus d’artisanat comme sa mère et sa grand’mère et le risque encouru actuellement par la jeune fille est double : échec scolaire et mort du métier artisanal. Même les activités féminines de jardinage à Charouine en particulier se réduisent de jour en jour faute d’eau. 

  • Les interactions des jeunes filles et femmes avec leur environnement sont perçues de manière quasi semblable par les cinq participants.

La place de la femme est dans son foyer. Aucune femme ne peut, disent-il concilier son travail à l’extérieur avec sa vie en famille. Même si le mari consent  à ce qu’elle travaille, le problème actuellement  insoluble est double : d’un côté  la pression sociale pour le maintien en l’état des rôles des femmes et des hommes  et de l’autre côté la garde des enfants  qui ne trouve aucune solution dans l’environnement.

Quant à la place de la femme de la région en politique, ils n’en voient aucune.  Une femme voulait se  porter candidate aux dernières élections communales. Ses proches l’en avaient dissuadée, sachant qu’eux-mêmes ne pouvaient pas voter pour elle.  Il nous est impossible de voter pour une femme déclarent-ils. C’est au-dessus de nos forces.

  • Les propositions en vue d’améliorer la situation de la jeune fille et de la femme à Charouine s’articulent autour d’investissements à faire sur :

-la réduction de l’analphabétisme dans tous les Ksours    

-l’augmentation des années  d’études pour toutes les jeunes filles

-la mise en place de caravanes de formation professionnelle pour les femmes au foyer

-la régulation du marché pour commercialiser les produits de la femme rurale.

Focus group 2 : Célibataires femmes

Participantes : 5  employées à l’APC

P1 : 23 ans,  technicienne en informatique

P2 : 23 ans, 3ème AS

P3 : 23 ans, 1ère AS

       23 ans, 3ème AS

       21 ans, 3ème AS

  • Les changements au centre du consensus des participantes sont ceux du statut: la fille/femme est élève, étudiante, travailleuse, ménagère, cuisinière, couturière, tisseuse, enseignante, infirmière. Aucun changement par contre n’est observé  dans les infrastructures permettant leur promotion culturelle et/ou leur bien-être social. « Ce sont les éternelles oubliées.» Les activités investies par les femmes sont les mêmes qu’il y a dix ans : elle s’occupe de son jardin et de sa famille, elle coud et tisse.  On ne la retrouve pas dans la coiffure ou dans l’informatique.  Pour se coiffer, certaines femmes vont à Timimoun ! Pour le moindre achat il faut aller à Timimoun !
  • Leurs interactions avec leur environnement sont décrites de façon similaire : « nous sommes harcelées aussi bien sur les lieux de travail qu’en dehors ; principalement pour la tenue vestimentaire et pour le fait de sortir travailler. On dérange ! Le comportement des collègues de sexe masculin est insupportable. La technicienne supérieure rêve d’être secrétaire générale de l’APC.  Elle fait de son mieux pour y arriver  malgré ce qui lui en coûte comme médisances sur son sort.
  • Les propositions formulées se centrent sur l’évolution des mentalités des hommes et l’amélioration de leurs comportements. C’est plutôt ce qu’elles espèrent toutes ! déclarent Déclarant être harcelées au quotidien, elles expriment le souhait que cela puisse changer un jour.

Focus Group 3 : Mariés hommes

-Participants : 4 employés permanents à la daïra

P1 : 37 ans, ingénieur d’Etat en génie civil

P2 : 38 ans, Technicien supérieur

P3 : 55 ans,  5ème année primaire

P4 : 33 ans, 3ème AS

  • Les principaux changements observés se situent au niveau  des conditions d’occupation des logements. Actuellement  chaque couple est indépendant. La femme est autonome : elle n’est plus sous la tutelle de la belle-famille. De plus elle peut étudier, travailler si son mari est d’accord.
  • Quant aux interactions entre les femmes et leur environnement, le poids de ce dernier est fortement souligné. « La femme ne peut pas échapper aux exigences du contexte social » « Elle ne peut être impliquée que dans sa sphère domestique.» Aucun participant ne perçoit le rôle de la femme en politique. Selon eux, c’est une affaire d’hommes essentiellement. Durant le focus group, les participants affirment que leurs épouses ne travaillent pas à l’extérieur. Leurs tâches ménagères les occupent à plein temps. Il a fallu attendre la fin de l’entretien pour que  l’ingénieur d’Etat vienne vers nous pour déclarer doucement que sa femme travaillait et qu’elle était  la sage-femme de la clinique de Charouine.  C’est comme s’il devait se conformer à leurs règles sociales.  C’est la culture du silence qui semble prévaloir.  Même si le mari est « ouvert », il doit respecter les desirata sociaux :
  • tenue vestimentaire stricte: cheveux couverts, voilette sur le visage
  • activités exclusivement à l’intérieur du foyer
  • éviter de se retrouver en même temps qu’un homme dans un espace donné : poste, épicerie
  • Aucune proposition n’est formulée par ces participants. Ils estiment que les femmes n’ont besoin de rien à Charouine.

Focus Group 4 : femmes mariées

- Participantes : parmi le personnel du CEM Moufdi Zakaria

P1 : adjointe d’éducation, 3ème AS,  39 ans

P2 : enseignante d’anglais, 28 ans, licence d’anglais

P3 : enseignante d’arabe, 30 ans, licence d’arabe 

P4 : enseignante de français,  31, licence d’anglais

P5 : secrétaire du Directeur du CEM, 3ème AS, 26 ans

  • Parmi les principaux changements observés par la quasi-totalité des participantes ce qui est déclaré c’est :

-le choix du mari : la femme a le droit de refuser un mariage forcé

-l’instruction et la culture : depuis la dernière décennie,  avec la vieille de l’ancienne génération et l’émergence d’une nouvelle génération, la scolarisation des filles et la formation des femmes se sont développées.

-l’accès à la santé et à la contraception  quoique timide, selon les dires des participantes.

-ouverture d’un cybercafé à  Charouine (chef-lieu de la commune)  mais en réalité les femmes ne s’y rendent pas  parce que leur présence n’est pas tolérée par la gente masculine, de même pour la douche publique existante qui fonctionnait le matin pour les femmes et le soir pour les hommes. En effet,  les maris et parents refusent catégoriquement à leurs femmes et filles de s’y rendre prétextant les commérages du voisinage sur la fréquentation de ce lieu 

  • Ce qui n’a pas changé c’est l’ensemble des activités féminines : jardinage, ménage, couture, tissage, administration. Ce sont également les tâches domestiques qui demeurent du ressort exclusif des hommes. Même les universitaires s’y plient et ne s’impliquent ni dans le quartier, ni dans la commune. La pression sociale est toujours aussi intense et les mentalités masculines aussi rigides. 
  • En ce qui concerne les interactions entre les femmes et leur environnement, celles qui viennent de l’extérieur de la daïra de Charouine doivent se soumettre rapidement aux exigences de la société si non le conjoint (et/ou père) est considéré comme un déviant. Le droit de sortir cheveux et visage découverts est refusé aux femmes mariées. Les enseignantes avec lesquelles nous nous sommes entretenues avaient toutes leurs voilettes baissées au niveau du menton, qu’elles dans cette position en classe et ne remettent qu’une fois sur le seul du CEM. Pour éviter tout commérage, ces femmes s’interdisent de rentrer par exemple dans une épicerie si un homme autre que le vendeur s’y trouve.
  • L’unique proposition émanant des participantes portent sur : la mise en service  d’un bain maure pouvant être gérée par l’adjointe d’éducation si elle peut bénéficier d’une aide financière. La question est de savoir si les hommes sont suffisamment prêts pour laisser y aller?

Focus group collégiens[19], CEM Taghouzi nouveau, commune de Talmine

- Participants : 4 élèves de 4ème année

P1 :  Bassaali, 17 ans

P2 : Brahim, 17 ans

P3 : Abdelhakim, 15 ans

P4 : Amhamed, 16 ans

  • Les filles de leur classe sont dans leurs rangées et eux dans les leurs. La description qu’ils de l’organisation de leur division fait penser à un mur virtuel séparant les rangées de filles de celles des garçons. Ils déclarent ne pas parler aux filles ni en classe, ni dans la cour ni dehors. Parce que ce n’est pas permis... Ce n’est pas toléré…Par l’environnement humain…Les frères surveillent… Ils affirment que les filles travaillent mieux que les garçons…Que leurs notes sont meilleures. S’ils ont des difficultés en classe ils ne peuvent pas (doivent pas) demander l’aides des filles.
  • Les activités des mères à Talmine, outre le ménage et la cuisine pour leurs familles, tournent autour du jardinage et de l’artisanat.  Les quatre participants au focus group parlent  de blé, d’orge, d’oignons, de pommes de terre, de fèves, de tomates, de salade, et de coton[20]. Les produits cultivés,  selon eux, sont consommés pour une partie et vendus pour l’autre partie. Ils reconnaissent tous que les mères travaillent davantage que les pères, dans le jardin et à la maison.
  • Leurs sœurs sont toutes voilées. Elles le sont depuis l’école primaire. Elles ne sont pas autorisées à se rendre au cybercafé. Si elles ont une recherche documentaire à faire ce sont eux qui s’en chargent.
  • Leurs attentes s’expriment en termes de formation scientifique pour tous[21].

Focus group collégiennes, CEM Moufdi Zakaria, commune de Charouine 

Participantes : 5 élèves de 4ème année

Saadia, 16 ans

Rahma, 15 ans

Wahiba, 16 ans

Fatima, 15 ans

Khadidja, 16 ans

  • Pour l’ensemble des collégiennes, ce sont les mères qui investissent le plus dans leur scolarité. « Elles n’ont pas eu la chance d’étudier, elles veulent que nous on étudie », affirment-elles. Elles sont prêtes à continuer leurs études après le collège. Quatre d’entre elles ne rencontrent pas d’obstacles. En revanche Khadidja déclare être harcelée par ses huit frères.  Sa mère est de son côté.  Elle déclare « résister à l’extrême » à défaut de se battre.
  • Les changements observés dans la situation des jeunes filles et des femmes sont exprimés en termes : « d’instruction » et « d’émancipation ». Nous avons voulu connaître le sens que revêtait ce dernier terme, pour toutes. « Etre émancipée», signifiait pour elles, « avoir une tenue vestimentaire moderne : pantalon et tunique. »
  • Leurs activités au quotidien se résument aux cours au collège, au ménage à la maison et aux travaux de jardinage.  Aucun loisir disent-elles. Pourtant chacune décline son violon d’ingres : théâtre pour Saadia, musique et chants pour Rahma, sports Wahiba, Fatima et Khadidja. A part les cours d’éducation physique et sportive au CEM, elles ne pratiquent aucune activité extra-scolaire.

Leurs propositions s’articulent autour de création d’espaces où elles pourront faire du théâtre, de la musique,…


Notes

[1] M. Bourayou ; R. Belhadi Islam, législation et démographie en Algérie CENEAP - 1997

[2] K. Boutaleb Le marché du travail en Algérie : le poids de l’emploi informel Revue Economie et Management n°1 Mars 2002- Tlemcen

[3] ONS – Collection  Statistiques Enquête emploi auprès des ménages 2007

[4] Rabia Naciri, L’enquête nationale du Budget temps au Maroc, 1998

[5] I. Hayef, L’intégration des femmes algériennes dans le processus de développement, Rapport pour la Banque Mondiale, Alger 2002

[6] Femmes et intégration socioéconomique. MDCFCF/CRASC 2006

[7] Nous retiendrons donc que la santé est un « état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ». Cette définition, qui n’a pas été modifiée depuis 1946, est celle du préambule de 1946 à la Constitution de l'organisation mondiale de la santé (OMS). Elle implique que tous les besoins fondamentaux de la personne soient satisfaits, qu'ils soient affectifs, sanitaires, nutritionnels, sociaux ou culturels et du stade de l'embryon, voire des gamètes à celui de la personne.

[8] Centres de soins des trois communes : Charouine, Talmine et Ouled Aïssa

[9] Enquête nationale auprès des victimes de violences. MSPRH/INSP, Alger 2002-2003

[10] Enquête stratégie nationale de la famille algérienne (SNAFAM) CRASC/MDCFCF/ADB 2010

[11] Enquête nationale  sur les violences envers les femmes en Algérie. MDCFCF/CRASC, 2006.

[12] Sa ville qu’il retrouve le week-end.

[13] Dont une mariée

[14] Timimoun étant sa ville. 

[15] C’est le terme employé par notre locutrice.

[16] Jardinage, ménage, cuisine, artisanat

[17] Terme employé par la locutrice’

[18] Deux garçons scolarisés (les plus jeunes 7 et 11 ans)  sur cinq enfants. Les trois autres : 2 jeunes filles 13 et 15 ans et un garçon  de 17 ans déscolarisés précocement

[19] Il faut sans doute souligner que les 4 garçons ont refusé la présence des filles. Il n’était pas question de répondre à nos questions en leur présence. Par ailleurs pour les collégiennes du CEM   Moufdi Zakaria c’était pareil.

[20] Qui est filé et tissé par les mères

[21] Garçons et filles