Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N° 22, 2012, p. 28-47 | Texte intégral


 

 

 

II. Portrait de la Daïra de Charouine

Ce portrait apparemment singulier s’insère dans le portrait socio-économico-culturel de la région. Aussi avons-nous jugé nécessaire de faire un zoom tout d’abord sur la daïra et ensuite sur sa population globale et ses principales caractéristiques socioéconomiques et socioculturelles avant de nous attarder sur les conditions de vie des femmes et des jeunes. Notre hypothèse étant formulée ici en termes de liens existant entre l’enclavement de la daïra conjugué à la dispersion des populations  et leurs conditions de vie socioéconomique et socioculturelle.

Ce portrait peut contribuer à expliquer, du moins en partie, la situation des femmes et des jeunes dans la région de Charouine.

1. L'environnement

Au plan physique, la daïra de Charouine constitue géographiquement un ensemble d’oasis dont une grande partie se trouve en plein dans l’Erg occidental. Au plan climatique, la région est caractérisée par une alternance de deux saisons relativement bien marquées : un hiver saharien court de novembre à mars, avec des nuits fraîches voire froides. L’été, qui dépasse six mois, est la réelle saison de ralentissement de la végétation. Aux températures très élevées peut venir s’ajouter le sirocco, vent sec et chaud ; dès lors, il n’est pas rare que les températures dépassent largement les 40°C. Cette « aridité tyrannique » (J.-F. Troin, 1985) se traduit notamment dans la constitution d’un paysage typique qui conditionne la vie humaine et économique et « malgré tous les efforts humains et économiques, le climat domine et la nature crée l’espace ». Les précipitations ne dépassent pas les 50 mm et elles interviennent généralement entre les mois de mai et septembre et pas tous les ans. Un autre élément climatique qu’il faut souligner c’est le vent qui pose un réel problème car responsable des phénomènes d’ensablement dans la région, il peut souffler aussi bien en été qu’en hiver, selon des directions différentes. Le vent est perçu comme un agent érosif[1] de transport et de formation des dunes.

L’enquête que nous avons réalisée à Charouine[2] montre que la daïra souffre de l’enclavement, de l’ensablement, du chômage et du manque d’accès aux services de santé. L’indice global de pauvreté[3] met en évidence sa situation défavorable. L’activité humaine se heurte d’une manière générale au problème de la dispersion de la population - imposée par la faiblesse des ressources en eau - à travers un territoire immense et fort éloigné des grands pôles urbains et économiques : il convient cependant de souligner le remarquable effort (public et privé) de désenclavement des oasis, des années soixante-dix à nos jours.

A l’échelon des 1541 communes du pays, l’indice global situe les trois communes[4] de la daïra  de Charouine dans la classe la plus défavorable. Les populations dispersées vivent en marge des autres oasis (Bisson, 1957). Elles sont confinées dans de petits terroirs, isolées les unes des autres en raison de la nature de l’erg. S’adonnant à une agriculture traditionnelle, dans un milieu très contraignant  ces populations vivent dans des conditions extrêmes, où le travail se fonde en grande partie sur la main d’œuvre féminine (Marouf, 1980). La première question est de savoir en quoi l’hostilité naturelle de cet espace géographique conjuguée aux facteurs abiotiques[5] peuvent-ils influer sur les conditions de vie des femmes en particulier?

Figure 2 : Daïra de Charouine

Source ONS, (2004). Atlas de lieux habités

Les implantations humaines dans les trois communes sont réparties à travers plusieurs ksour[6] plus ou moins touchés par l’ensablement en fonction de leur position spécifique par rapport aux chaînes de dunes de sable que constitue l’erg occidental. Sur les trois communes, c’est Talmine qui est la plus touchée par l’ensablement, et ce, en dehors du chef-lieu de la commune qui semble épargné. Parmi les actions menées pour lutter contre l’ensablement nous notons le déblaiement et les palissades[7] d’arrêt et de déviation. Cette maîtrise de l’ensablement soulève une question importante : comment peut-on bloquer le processus dans un espace essentiellement dunaire ? Beaucoup d’efforts sont déployés aussi bien par les autorités que par les populations pour  résoudre le problème d’enclavement mais les résultats sont encore insuffisants. L’aménagement de ces espaces, constituant un chapelet d’ilots dans une mer de sable, demeure problématique non seulement pour les pouvoirs publics mais surtout pour la population locale.

2. La population de Charouine

Selon les données de l’ONS[8], la population féminine à Charouine s’élevait en 2008 à 14 246, avec un taux global pour la daïra de 48,95%[9] , vivant pour la plupart en agglomération secondaire et en zone éparse. Les zénètes constituent le fond de ce peuplement, évoluant dans de petits terroirs isolés les uns des autres en raison de la nature de l’environnement. Le taux d’analphabétisme féminin demeure encore élevé (48,95%)[10] malgré les efforts réels consentis par l’Etat dans ce domaine et l’accès, aux soins, difficile[11].

L’enquête nous a permis de mettre en exergue le caractère singulier de cette population dont la répartition, à travers la daïra, se caractérise par une dispersion importante.

La dispersion est un des traits majeurs de la population de la daïra Charouine qui ne se concentre pas dans les chefs-lieux des trois communes. Cette caractéristique de peuplement de l’espace, selon Bendjelid, Brûlé et Fontaine (2004), concerne toutes les communes du grand erg occidental.

Graphe 1 : Répartition de la population de la daïra de Charouine par zones

Source : RGPH 2008, ONS, Données statistiques N°527/01

Comme le montre ce graphe, seuls 13% de la population sont en agglomération chef-lieu (ACL). Les 34% de population en zone éparse (ZE) peuvent s’expliquer par le fort enracinement de la population à ses terroirs. De nombreux chefs de ménage résident dans leur ksar de naissance. Cette caractéristique de peuplement de l’espace concerne en fait les trois communes de la daïra.

 La maison oasienne, affirme Battesti (2005) est un espace réservé aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées. Les hommes en sont pratiquement exclus dans la journée et n’y reviennent que pour manger le soir et pour dormir. « Pour un homme valide, dit-il, il serait déshonorant, honteux de rester à la maison après le lever du soleil … honte qu’on les croie paresseux ou ayant perdu leur jardin ». Dans les familles, ajoute Gélard (2003), les femmes sont obligées de travailler dans les palmeraies : s’occuper des cultures basses, participer à la récolte des dattes et transporter les gerbes de céréales ou les palmes sèches jusqu’à la maison.

La population enquêtée se compose de 217 hommes et 264 femmes et représente les caractéristiques suivantes :

Tableau 3 : Répartition de la population enquêtée selon le sexe et les groupes d’âges

Groupes d’âges

Sexe

Mas

%

Fém.

%

Total

%

Moins de 30 ans

125

57,6

152

57,6

277

57,6

30-44 ans

 73

33,6

81

30,7

154

32,0

45 -59 ans

 14

6,5

27

10,2

41

8,5

60 ans et plus

   5

2,3

4

1,5

9

1,9

Total

217

100.0

264

100.0

481

100.0

Source : Etude Femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Tableau 4 : Répartition de la population mère selon le sexe et les groupes d’âges

Groupes d’âges

Sexe

Mas

%

Fém.

%

Total

%

Moins de 30 ans

4742

29.8

4481

29.4

9223

29.6

30-44 ans

2095

13.2

2080

13.6

4175

13.4

45 -59 ans

1338

8.4

1191

7.8

2529

8.1

60 ans et plus

1100

6.9

872

5.7

1972

6.3

Total

15904

100.0

15245

100.0

31149

100.0

Source : RGPH 2008

L’échantillon se compose principalement de femmes et d’hommes  âgés de moins de 30 ans  avec une égalité marquante (57,6% et 57,6%). En comparant la distribution par âge de notre échantillon avec la population mère et qui représente l’ensemble des hommes et des femmes âgés de 15 ans et plus durant la période de l’enquête.

Graphe 2 : Comparaison population-mère/population d’enquête de la daïra de Charouine

3. Les conditions d'habitat

L’établissement humain est adapté à l’environnement naturel. Deux types d’habitat se présentent. Dans les espaces envahis par les dunes, les groupes humains se réduisent à des familles qui sont dispersées autour de leurs jardins « où on pratique une culture en entonnoirs : on déblaie le sable sur un rayon allant de cinq à dix mètres et à partir de là on creuse un puits » (Bellil, 2003, p.69). L’autre type d’habitat c’est le Ksar. Les habitats isolés reflètent les conditions du passé et renvoient au vécu de ces populations qui au départ étaient nomades, éleveurs de chameaux. La maison dans cet espace n’a pas la même signification que dans les espaces urbanisés. Si elle est composée de nombreuses pièces, sa taille reste relativement petite. De plus, certaines pièces sont utilisées comme aires de stockage.

Plus de 90% des constructions sont composées de briques en toub (brique de terre séchée) pour les murs et de tronc de palmiers pour les toitures.

Figure 3 : Types d’habitat dans les ksour de la daïra

Source : Enquête femmes à Charouine Crasc/UNFPA 2010

La caractéristique fondamentale de l’habitat à Charouine est la maison en toub.

En ce qui concerne l’habitat de notre échantillon, les maisons en toub représentent 79,8% et les maisons en dur 20,2% (Tableau 5).

Tableau 5 : Répartition  des  ménages selon le type de construction

 

Ménages enquête 2010

Ménages RGPH 2008

Type de construction

Effectifs

%

Effectifs

%

Maison en dur

34

20.2

311

06.11

Maison en toub

134

79.8

4781

93.89

total

168

100.0

5092

100.0

Source : RGPH 2008 - Etude Femmes Charouine Crasc/UNFPA, 2010

Graphe 3: Types d’habitat – Comparaison population mère et population enquêtée

 

La présence de cuisine séparée des autres pièces de la maison n’est pas systématique ; seule la moitié des maisons en est dotée. Ceci peut s’expliquer par des pratiques traditionnelles n’usant pas de la cuisine, les repas se préparent en général à l’extérieur (dans les cours des maisons). La même observation est relevée pour la présence d’une salle d’eau au sein des habitations. Si la cuisine dépend d’initiatives individuelles et personnalisées des ménages, les salles de bain et les toilettes sont dépendantes de l’existence ou non de réseaux publics. Or, la dispersion de l’habitat ne facilite aucunement l’équipement des ksour par de telles infrastructures.

L’électricité rurale dans les régions sahariennes, constituent le désarroi majeur des citoyens. L’électrification des habitations et des infrastructures dans les villages ou ksour est assez ardu, parfois quasi impossible au regard de l’éparpillement et de l’environnement physique. En plus de la disparité des habitations, il y a le problème d'éparpillement des chambres au sein d'un même foyer. Qui dit éparpillement, dit tacitement une distance allant jusqu'à cinquante mètres.

Les habitations disposent toutes systématiquement d’une zriba (petite pièce pour l’élevage) et d’une aire de stockage pour entreposer des produits agricoles et en particulier les produits de la phoeniculture (les dattes dont la particularité de certaines variétés est celle d’être longtemps conservées). La prise en charge de programmes d’habitat dans les communes par l’Etat ne répond pas aux attentes des populations locales. La politique de l’Etat tend à regrouper les populations en agglomérations (chefs-lieux de communes), tandis que les intéressés préfèrent rester dans leur terroir.

4. Caractéristiques socioéconomiques de la population

  • L’agriculture

Deux types d’agriculture caractérisent l’activité : le petit maraîchage, à la limite du jardinage (orge, luzerne et légumes) et la phoeniculture. Le premier type d’agriculture se pratique dans des jardins sur plusieurs parcelles[12] d’une moyenne de 20m2 et c’est la partie du terroir que l’on irrigue deux fois par jour en général (matin et soir) à partir du puits à balancier (Kerkaz…) qui se trouve à l’intérieur des jardins même. Ces derniers sont sur des terrains surélevés par rapport aux beurda[13]. Ils constituent une extension volontaire de cette entité presque naturelle. Le second type d’agriculture se pratique dans la beurda, c’est le domaine du palmier dattier. Nous avons constaté que les palmiers sont productifs (90%), que la production est précoce (juin-juillet) et que les variétés sont plus ou moins de bonne qualité (Hmira, Tinacer, Takerboucht,…) ; la plus célèbre est la variété Deglet Talmine.

Le nombre de jardins dont disposent les ménages est en relation directe avec leur taille : plus les ménages sont grands et plus le nombre de parcelles travaillées est élevé. Ils disposent en moyenne de deux jardins dont ils sont propriétaires. Les travaux agricoles effectués se résument en un ensemble de tâches simples et répétitives mobilisant tous les membres du ménage sans exception : le puisage de l’eau, l’irrigation, le travail de la terre, le fauchage, le désherbage, la récolte et le désensablement. La moyenne des palmiers travaillés, essentiellement par les hommes, est d’environ 130 unités. La propriété du palmier relève de plusieurs ménages de parenté directe en général. Le travail du palmier consiste en sa mise en rapport (préparation à la production) et en la récolte. Les bénéficiaires sont les membres qui s’investissent dans le travail à la production.

L’enquête que nous avons récemment menée dans la région nous a permis de constater qu’en dehors des tâches domestiques quotidiennes, les occupations féminines se partagent entre le jardinage dans les parcelles agricoles des ménages (petit maraîchage), l’entretien des palissades pour lutter contre l’ensablement, le puisage de l’eau, le désherbage et les petites activités artisanales : poterie, tissage etc. Les activités dans le jardin et leur pérennité dépendent essentiellement du travail féminin. Elles s’acquittent de nombreuses tâches liées au puisage de l’eau et à l’irrigation, travaux incontournables qu’elles effectuent deux à trois fois dans leur quotidien. Ce sont des activités pénibles qui demandent l’utilisation de la force des bras, qui, dans d’autres espaces agricoles sont du domaine de l’activité masculine ou bénéficient de la traction animale.

Si le creusement des puits, leur entretien, la recherche de nouveaux espaces à exploiter relèvent exclusivement de la main d’œuvre masculine, et en particulier des chefs de ménage, les travaux dans les jardins sont du domaine de la main d’œuvre féminine et infantile. Les chefs de ménage s’occupent essentiellement du travail de la terre (préparation des parcelles, semences,…), de la protection du terroir agricole par la confection et la mise en place d’un système ingénieux de palissades pour la lutte perpétuelle contre les vents, source d’envahissement des jardins par les sables. Le désensablement des parcelles incombe aussi au chef de ménage, par contre, l’évacuation des sables est plutôt le travail des enfants. La récolte est une tâche qui mobilise toute la famille.

  • L’élevage

La pratique de l’élevage est presque systématique. En effet, beaucoup de ménages enquêtés disposent d’un petit élevage. Cette activité est liée au travail du jardin ; c’est un complément, il se pratique au sein même de l’habitation dans des « zribates » de manière extensive et en général par les femmes et les enfants. Si originellement, le camelin était l’unique vocation de la région, et faisait de ces populations des nomades, il n’en est plus de même aujourd’hui : il ne représente plus que 4% du cheptel ; il est destiné à l’abattage. L’élevage principal est constitué d’une race d’ovins locale de type « Sidaoune » destinés à la à la consommation. Ils représentent les trois quarts du cheptel. Il existe secondairement un élevage caprin représentant 23% du total et qui est assimilé à l’élevage ovin.

Les produits dérivés de l’élevage et les tâches qui leur sont assujetties ne font pas partie de leurs traditions. L’élevage constitue un appoint alimentaire, néanmoins, cette pratique confirme la particularité de ces terroirs de l’erg fondés sur l’irrigation par puits par rapport aux autres espaces du Touat – Gourara. 

  • L’artisanat

Le tressage des vanneries fait partie des activités des populations féminines de la daïra, parce qu’elles ont à leur disposition la matière première tirée du palmier dattier qui permet de produire un nombre considérable d’objets indispensa­bles au travail agricole et à la vie quotidienne. Dans la pratique de la région, il y a plusieurs modes de fonctionnement, depuis la production domestique jusqu’à l’artisanat, en passant par différentes formules transitoires. Pour analyser les modes de production et de commercialisation des vanneries à Charouine, il faut probablement nous arrêter sur deux notions qui traduisent la nature socio-économique des différentes activités techniques non-industrielles, à savoir la production domestique et l’artisanat.

La production domestique semble très développée par rapport à l’artisanat. Elle consiste en la  fabrication d’objets utilitaires : « tadara », tapis, poteries, etc.) destinés à la consommation familiale et dont la forme correspond à une économie d’autosuffisance basée sur l’exploitation directe des ressources naturelles.

L’artisanat, exercé dans un but commercial, est peu développé à Charouine. Les ateliers sont peu nombreux et le temps de travail consacré à cette activité par les femmes et les jeunes filles à la maison, est réduit. La vente des quelques objets fabriqués est assurée par le centre de l’artisanat de la daïra qui assure à l’artisan la totalité de ses revenus.  

Selon Messahel et Trache (2009), les femmes restent un élément clé et incontournable dans la vivacité et la dynamique de l’agriculture de la région. La division du travail agricole dans cet espace se fait selon les sexes. Les filles suivent quelque peu les travaux effectués par leurs aînées. Néanmoins, elles s’acquittent aussi d’une tâche fastidieuse et pénible celle de l’évacuation des sables hors des jardins, souvent au-delà des dunes-afregs, les obligeant à monter et descendre des pentes raides avec sur leur tête des paniers.

Le tressage des vanneries fait également partie des activités féminines de la région, en raison de la disponibilité de la matière première tirée du palmier dattier qui permet de produire un nombre considérable d’objets indispensa­bles au travail agricole et à la vie quotidienne. Et il est fréquent de recontrer sur les axes qui conduisent à Ouled Aïssa et/ou à Talmine des femmes, souvent accompagnées par leurs jeunes enfants, occupées à tamiser le sable le plus clair de la journée en vue de ramasser la plus grande quantité de gravillons possible, que les camionneurs viennent prélever  en leur versant une somme modique. 

5. Caractéristiques socioculturelles

Sur le plan éducatif, les statistiques recueillies au niveau de la Direction de l’Education, lors de la pré-enquête en Octobre 2010, mettent en exergue les efforts fournis dans la scolarisation et le maintien à l’école des garçons et des filles.

Figure 4 : Salle de classe à Charouine


 

- Les douze (12) établissements d’enseignement primaire, dans la commune de Charouine ont 1804 élèves inscrits dont 876 filles (48,55%). Dans  la commune de Talmine, l’effectif global inscrit est de 2166 dont 1016 filles (49,90%). Dans la commune de Ouled Aïssa, nous comptons 962 élèves inscrits dont 483 filles, soit un taux de participation théorique de 49,29%.

- En revanche, sur 2971 élèves inscrits dans les quatre CEM de la daïra, nous comptons seulement 1097 filles soit un taux de 36, 92% et sur 628 élèves inscrits au lycée nous comptons 186 filles soit un taux de 29,61%.

L’enquête de terrain menée par le Crasc a mis en exergue l’âge tardif d’entrée des filles. Parfois, selon les enquêtés, les filles ne rentrent qu’à 7-8 ans. On les retrouve, pour celles qui ne sont pas retirées avant, jusqu’à 15 ans au primaire.

L’analyse comparative des effectifs d’un cycle à l’autre exprime des écarts importants entre les garçons et les filles scolarisées (maintenues) à l’école. Les facteurs de ces déperditions selon les responsables,  réfèrent, souvent au problème du transport, de l’absence d’internat par endroit et du degré de pauvreté : les parents n’arrivant plus à supporter les frais qui accompagnent la scolarité, malgré tous les services offerts : cantines, demi-pension, transport collectif, etc.

Il faut noter que les filles des ksour sont très impliquées dans les tâches ménagères et dans le jardinage (tout autant que les garçons dans le jardinage), ce qui n’est pas un facteur d’encouragement à la scolarité régulière.

L’indice de parité reflète, une composante « genre » qui donne le privilège aux garçons, du primaire au supérieur. Cela laisse supposer que l’équilibre a encore du mal à s’installer dans la mentalité de certains parents qui préfèrent garder la fille à la maison. Il faut tout de même signaler que le problème des distances à parcourir pour rejoindre l’école, le collège ou le lycée est grande. 

Tableau 6 : Indice de parité au primaire

Communes

Filles (%)

Garçons (%)

Charouine

1,8

3,8

Talmine

0,1

1,9

Ouled Aïssa

08

5,5

Source : Direction de l’éducation. Wilaya d’Adrar

Concernant l’enseignement moyen, l’indice de parité, pour les filles, est prononcé à la baisse par rapport aux garçons. En effet, si l’indice de parité au primaire est de 0,89, il s’enfonce dans le moyen pour se limiter à 0,59 ; c’est dire combien est importante la discrimination vécue par les filles de manière générale et dans la commune de Talmine, en particulier.

Tableau 7 : Indice de parité dans l’enseignement moyen

 

Population scolarisée au moyen

IPS

Masculin

Féminin

Total

Charouine

691

471

1162

0.68

Talmine

729

325

1054

0.45

Ouled Aissa

454

301

755

0.66

Total Daira

1874

1097

2971

0.59

Source : Direction de l’éducation. Wilaya d’Adrar

L’indice faible de parité au lycée dénote d’une situation scolaire encore plus critique vécue avec plus d’acuité par les lycéennes. En effet lorsque les filles admises au secondaire, à l’exception de celles qui résident au chef lieu de Daïra, arrivent à convaincre les parents du déplacement jusqu’au lycée (situé au chef lieu de Daïra) pour poursuivre leurs études, elles se heurtent à des problèmes des plus épineux, celui de l’inexistence de transport public : distance Talmine/Charouine 200 Kms ; Ouled Aïssa/Charouine : 60 Kms. Elles se trouvent donc dans l’impossibilité de se déplacer au quotidien, même si les transports étaient réguliers, hors c’est loin d’être le cas ; les quelques bus qu’ils interceptent au passage, sont occasionnels (passage à des heures irrégulières) et reviennent excessivement chers pour les petites bourses du rural. Que dire de l’envoi des filles à l’université ?

Dans l’enseignement supérieur, les données recueillies au niveau de l’Université africaine d’Adrar[14] révèle sur 4900 étudiants 1,2% sont de la daïra de Charouine soit 63 étudiants dont 29 filles (Graphe 4).

Graphe 4 : Distribution des étudiants de Charouine selon le sexe

Source : Statistiques de l’Université africaine d’Adrar

La comparaison par commune des effectifs d’étudiants à l’université africaine d’Adrar met en exergue le taux élevé des filles de Charouine et de Ouled Aïssa (Graphe 5).

Graphe 5 : Distribution des étudiants sur les 3 communes de la daïra selon le sexe

Source : Statistiques de l’Université africaine d’Adrar

Nous ne pouvons pas parler de l’université africaine d’Adrar sans dire un mot sur la Zaouia de Cheikh Mohammed Ben Lekbir qui en a été le précurseur. Depuis sa fondation par son maître spirituel Cheikh Mohammed Ben Lekbir en 1950, la grande zaouïa d’Adrar n'a cessé d’évoluer. Le nombre d’étudiants « talabas » formés jusqu'aujourd'hui, est estimé à plus de 20.000, soit une moyenne de 1.000 étudiants par an, dont une grande partie provient de Charouine et de Timimoun. Une nouvelle infrastructure moderne a été mise en place ces dernières années comportant des salles de prière, d’enseignement et de conférence, des dortoirs, une cantine et une bibliothèque, dont le financement est assuré par les dons de ses fidèles.

  • L’alphabétisation

Le taux d’alphabétisation (versus analphabétisme) des populations âgés de 15 ans et plus peut revêtir une signification dans la mesure où il peut traduire les résultats concrets du processus de généralisation de l’enseignement obligatoire dans la daïra. Selon l’ONS, 48,04% de la population de 15 ans et plus, de la daïra de Charouine, sont analphabètes. 

Tableau 8 : Taux d’analphabétisme de la population âgée de 15 ans et plus, selon l’ONS 

Communes

Masculin %

Féminin %

Total %

Charouine

28,02

65,0

46,51

Talmine

43,07

84,7

63,88

Ouled Aïssa

19,00

54,5

36,75

Totaux

30,03

68,06

49,04

Source : RGPH 2008, ONS, données statistiques N°527/01

Ce taux dépasse celui de la wilaya d’Adrar qui est de 26,3% dont 15,9% pour la population de sexe masculin et 37% pour la population de sexe féminin. De gros efforts de scolarisation ont été entrepris par l’Etat. Les progrès relatifs à l’alphabétisation sont certains. Néanmoins l’analyse  inter-commune fait ressortir un taux d’analphabétisme important. Et si l’on se réfère à la comparaison de ces taux entre femmes et hommes, les femmes sont moins alphabétisées.

La campagne d’alphabétisation a fait son entrée, ces toutes dernières années, à la faveur de la visite de la présidente de l’association « Iqraa » dans la daïra. C’est ainsi que plus de deux cents (200) jeunes filles et femmes dans la commune de Charouine et de cinq cents (500) dans la commune de Ouled Aïssa ont été alphabétisées. Cette campagne n’a concerné jusque là que la population féminine. Selon le chef de daïra et les présidents d’APC, les résultats sont très probants


Notes

[1]  Le vent est un agent érosif des milieux arides. Dans les vastes étendues de la daïra, il peut atteindre des vitesses considérables lui permettant d’exercer des actions érosives sur le sol.

[2] Idem

[3] Cf. carte de pauvreté élaborée par l'Agence Nationale de l'Aménagement du Territoire (ANAT) en collaboration avec le PNUD sur la base des 22 indicateurs : 18 fournis par l’ONS et différents ministères et 4 indicateurs synthétiques (éducation, santé, logement, richesse de la commune)

[4] Les communes de Charouine, Talmine et Ouled Aïssa

[5] Les facteurs abiotiques regroupent les facteurs édaphiques (structures des sols)  et climatiques (vents, température…)

[6] Le mot se prononce Gsar. C'est une altération phonique de la racine arabe Qasr qui désigne ce qui est court, limité. C’est-à-dire un espace limité, auquel n’a accès qu’une certaine catégorie de groupes sociaux. C’est un espace confiné et réservé, limité à l’usage de certains. Le ksar (pluriel = ksour) est un grenier, mieux encore un ensemble de greniers bien ajustés. La fonction du Ksar est essentiellement agricole. A l'origine, c'est un grenier collectif qui sert de lieu d'ensilage des céréales, des olives, des produits de bétail, c'est aussi un lieu sûr où les objets de valeur sont en sécurité. Le mode de vie basé essentiellement sur le semi nomadisme avait influé sur la fonction principale du ksar. En effet, la double transhumance (en hiver vers le Sahara et en été vers le tell), engendrant ainsi une vie active toujours en mouvement nécessitait un point d’attache permanent vital pour se décharger de tout ce qui n’était pas nécessaire. Bellil R., (2003). Ksours et saints du Gourara. Dans la tradition orale, l’hagiographie et les chroniques locales. Mémoires du Centre National de recherches préhistoriques anthropologiques et historiques (CNRPAH), Nouvelle série n°3

[7]  Les palissades constituent des obstacles linéaires réalisés en palmes sèches qu’on oppose aux vents dominants afin de réduire leur vitesse. Selon le but recherché les palissades réduisent la force du vent ou la dévient.

[8] RGPH 2008, ONS, Données statistiques N°527/01

[9] Comparativement au taux national qui était à la même époque de 49,5%. Cf. Enquête nationale à indicateurs multiples MICS 3. Rapport préliminaire sur le suivi de la situation des enfants et des femmes.

[10] Comparativement au taux national qui était de 29% en 2008. Cf. RGPH 2008, ONS, Données statistiques N°527/01

[11] Idem

[12] Connues localement sous le nom de « Guemoun ». Celui-ci représente une unité de référence dans le monde oasien.

[13] Etymologiquement, "Beurda" signifie froide. C’est en fait une fosse humide où les cultures y sont pratiquées, les palmiers ont les pieds dans l’eau. Il arrive parfois que cette fosse soit le résultat d’actions du milieu.

[14] Inauguré en 2001, l’Université d’Adrar est constituée de trois facultés (Sciences sociales et sciences islamiques, Sciences des lettres et sciences humaines et la faculté des sciences et de l’ingénieur). Elle compte 4 900 étudiants encadrés par 178 enseignants. La part des étudiants en sciences islamiques, a tendance à baisser ces dernières années au profit des autres filières de sciences humaines, juridiques et techniques.