Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N° 20, 2009, p. 7-9 | Texte Intégral


 

 

 

 

Dans la réflexion  menée sur le roman, la question relative au personnage, se pose avec toute sa pertinence.

Peut-on écrire un roman sans personnage ?

Les détracteurs du roman répondent par l’affirmative, puisque sa mort a été proclamée, et qu’il fait partie des « notions périmées », les autres, ses défenseurs, estiment que le personnage est la clé de voûte du roman, qu’il permet une identification presque parfaite, et qu’il impose une vision du monde.

Le personnage de roman, constitue une catégorie, qui est définitoire des notions de genre ou de typologie, en matière de roman.

Le personnage, constituant fondamental du récit, est appréhendé dans cette étude, par le biais de la narratologie, théorie du récit, sur le plan narratif et sur le plan sémiotique.

Sujet d’une construction mentale, que le lecteur opère à partir d’un ensemble de signifiants épars dans le texte, tels que : marques directes (état civil, biographie, statut), ou marques indirectes (réaction émotive, relations avec les autres personnages) le personnage est une illusion ontologique, il n’est plus une catégorie vide, il acquiert une épaisseur sociale et psychologique grâce aux attributs que lui octroie le texte romanesque. 

C’est dans sa dimension acquise à travers le texte, à savoir : identitaire (il a une personnalité) et solidaire (il vit dans un système, avec d’autres) que le personnage permet un fonctionnement optimal du vraisemblable.

 Conscient des enjeux sur lesquels se construit le personnage de roman, nous nous sommes arrêtés au personnage féminin, présent dans le littérature d’expression française, personnage qui se constitue en protagoniste, dynamique, remplissant les fonctions de :

Sujet, objet, héroïne, adjuvante, opposante, jouant ainsi tous les rôles qui lui sont attribués par la fiction.

Traduit par une voix narrative, qui à son tour, lui prête « voix », présenté par une description détaillée, le personnage « vit » le temps d’une lecture, dit et se dit, devient une figure littéraire, qui au fil du temps se transforme en figure emblématique, pour devenir « mythe » ou « légende » ; à titre d’exemple le roman de Gustave Flaubert « Madame Bovary », qui dépassant la légende a donné naissance au bovarysme, un principe, voire un procédé littéraire.  

La conclusion du poète est sans appel : il n’y a pas d’amour heureux !

La peinture des caractères ne saurait aller sans celle du milieu et des habitudes qui caractérisent et marquent profondément le comportement des personnages.

Des comportements de personnages féminins typiques sont répertoriés, dans par exemple :

  • l’art de nuire

ex : « Thérèse Raquin » de Emile Zola

ou « Thérèse Desquiroux » de François Mauriac

Deux fameuses empoisonneuses.

  • ou dans l’art du complot

ex : « La cousine Bette » de Honoré de Balzac

ou « Nana » de Emile Zola .

Deux mauvaises femmes, l’une de mauvaise vie, l’autre au mauvais esprit.

« Grandeur et décadence des héroïnes », beaucoup d’entre-elles traversent les siècles et illustrent une galerie de portraits.

Ce travail que nous proposons, nous permet d’aller à la rencontre de ces héroïnes, qu’elles s’appellent « Sarah » (cf. Timimoun de Rachid Boudjedra), « Assia » (cf. Saison de pierres de A. Djemai)  ou « Fatema » (cf. Fatima ou les Algériens au square de Leila Sebbar), toutes seront appréhendées dans leur parcours narratif, leur portée emblématique, leur impact sur le lecteur, qui sur le mode de l’adhésion ou du rejet, participe au jeu de la fiction.

 

Bahia OUHIBI GHASSOUL