Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N°18, 2009, p. 33-36 | Texte intégral


 

 

 

Nadjiba LAREDJ

 

 

 

En accord avec l’équipe du CRASC, il a été décidé d’étudier le nouveau curriculum avec le personnel éducateur des jardins d’enfants Sonatrach – Région d’Arzew.

Ce nouveau curriculum, élaboré en 2006 ne propose pas une méthode complète et aussi intégrée que le guide méthodologique auquel nous avons  contribué durant presque deux années et qui a fait l’objet d’applications pratiques, d’expérimentations et ajustement avant d’être publié. Cependant, il nous a été très difficile de convaincre nos éducatrices à progresser de la méthode traditionnelle appliquée jusque-là à la méthode active, celle de la pédagogie du projet préconisée dans le guide méthodologique.

Quand nous avons proposé de tester le nouveau curriculum, après lecture de ce dernier, nous avons rencontré des difficultés à l’appliquer :

- Cette difficulté résidait tout d’abord dans la résistance au changement, car tout changement induit de nouvelles méthodes auxquelles il faut adhérer, de nouvelles manières d’agir avec les enfants et de redéfinir de nouvelles formes d’action et d’interactions, ce qui éveille des craintes chez tout praticien. Ces craintes sont inhérentes à tout changement et lorsqu’elles sont bien gérées, elles cèdent la place au plaisir de se renouveler et de progresser.

- Il faut également noter la disparité du niveau scolaire d’un certain nombre d’éducatrices qui ont du mal à saisir la profondeur et la complexité de certaines situations pédagogiques.

- En plus de ces difficultés réelles (et dont il faut tenir compte dans la formation des éducatrices), le nouveau curriculum ne semble pas avoir saisi la globalité de la pédagogie du projet et nous constatons qu’il s’intéresse plus à des élèves du cycle primaire qu’à des enfants en âge préscolaire.

Cependant les objectifs sont clairs et s’articulent autour de facteurs fondamentaux à savoir, l’autonomie, la socialisation et la scolarisation.

Alors que le principal objectif du préscolaire doit viser d’abord l’épanouissement et le développement de l’enfant, le curriculum  vise avant tout la préparation de l’enfant à l’école. Les questions sont de savoir comment s’engager dans les vrais apprentissages « scolaires » sans être dans le rôle de l’enseignante et s’il faut se focaliser sur l’enseignement de la lecture, de l’écriture et du calcul sur le mode traditionnel ? Dans ce cas, le nouveau curriculum nous renvoie aux méthodes traditionnelles.

Les expériences menées dans nos jardins d’enfants démontrent que les enfants apprennent en jouant et que toute activité doit être basée sur le jeu pour aider l’enfant à se développer harmonieusement. Le jeu déclenche une motivation qui va permettre à l’enfant de se mobiliser et de construire de nouvelles stratégies d’apprentissage.

Car pour apprendre à lire, à écrire et à compter, l’enfant doit préalablement apprendre à connaître et à jouer avec son corps pour comprendre son fonctionnement. La motricité globale va lui permettre d’exercer ses muscles,  d’affiner ses gestes, de maîtriser son équilibre et d’oser prendre des risques.

Pour s’initier à la lecture, l’enfant joue à reconnaître :

  • Son étiquette prénom, celle de ses camarades et de sa proche famille
  • Les jours de la semaine, les mois et les saisons, le temps qu’il fait !
  • Lire une recette de cuisine codée
  • Un mode d’emploi de bricolage pour réaliser une œuvre
  • Lire et commenter ses dessins, des images, des photos

Pour s’initier à l’écriture, l’enfant exerce sa dextérité :

- En malaxant de la pâte à modeler, du sable

- Utilise avec aisance une paire de ciseaux,

- Enfile des perles, des coquillages, des boutons

- Apprend à lacer ses chaussures

- Apprend à boutonner et déboutonner

- Dessine, utilise un pinceau, colle, assemble

Toutes ces activités nécessitent des mouvements ordonnés, précis et contribuent au développement de la motricité fine. 

Pour s’initier au calcul :

L’enfant est amené à résoudre des problèmes liés aux situations réelles et vécues.

- Combien sommes-nous en classe (absent et présents) ?

- Combien de filles ? Combien de garçons ?

- Quel jour sommes-nous ? Combien de jours dans la semaine ?

- Partage d’un goûter, d’un gâteau d’anniversaire etc.

- Retrouver sa paire de chaussures, sa paire de gants.

- Distribution de matériel

Toutes ces activités motivantes, concrètes s’inspirent du guide méthodologique et de sa philosophie. Cette nouvelle méthode nous a permis de nous intéresser plus à l’enfant, de lui accorder plus de liberté dans un milieu structuré, de promouvoir les prises d’initiatives et de décision. Si l’enfant est bien épanoui, il saura s’adapter à des situations nouvelles.  

Il ne s’agit pas d’apprendre à lire et à écrire, mais de stimuler l’enfant, développer les  automatismes (contrôle oculomoteur, maîtrise du corps, exercices de latéralité, etc.) pour mieux l’aider à affronter le monde scolaire :

  • Prendre la parole au sein d’un groupe, s’exposer au regard de l’autre, n’est pas chose facile pour un enfant.
  • Accepter le choix de l’autre, se concerter pour prendre une décision ensemble exige attention, écoute, discussion et effort.
  • Comprendre le fonctionnement et les règles de la vie en classe développe l’autonomie et affirme la personnalité de l’enfant.

En plus de ces capacités fondamentales, accompagner l’enfant et l’aider à apprendre  à vivre et à accepter les autres, à travailler en groupe, à répartir les tâches à travers les ateliers et les jeux dans les coins, parrainer les petites sections, rendre visite à un enfant malade, prendre en charge un enfant handicapé, organiser ensemble une sortie, demander une autorisation : tous ces exercices d’entraide, de solidarité, de concertation constituent le meilleur moyen de sensibiliser l’enfant au respect, à la tolérance  et participent à la formation du citoyen de demain.

En conclusion, nous confirmons que la meilleure formation est celle qui se fait sur le terrain tout en tenant compte des progressions théoriques autant que pratiques dans d’autres milieux. C’est ce que nous nous attelons à mettre en application dans nos jardins d’enfants depuis des décennies.