Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des cahiers

Les cahiers du Crasc, N°15, Turath N°6, 2006, p. 35-39 | Texte intégral


 

 

 

Le poète de Tiaret,  Hadj Khaled Mihoubi, est l’auteur d’un magnifique bouquet de qacidas dédiées aux grandes villes de l’Oranie telles que Oran, Mascara, Mostaganem et Bel-Abbès. De celle qui célèbre la ville d’Oran, et qui fait 80 vers, nous avons extrait les deux passages suivants concernant les saints, les poètes et les interprètes de cette capitale du melhoun, du chant bédouin, et du moderne « ‘asri ouahrani ».

 

Texte arabe 1

 

الڨلب شاش ليهم و غدا * شور المقام ناوي زاير

تسليم طالبه مالسادة * نجوم الأرض بهم زاهر

يغدى الغيض و يزول الدا * يصفى زلالي نتفاخر

نطوف بمول المايدة * عبد القدير زهو الخاطر

شباح مقامها و العودة * حرم الضيف والّي باحر

و الّي مڨابله فالوهدة * الهواري عز الباير

الحسني على# يمينته عمدة * سيدي بلال ماشي قاصر

الفيلالي و الخروطي وكدة * نقمة لمن تعدّى جاير

مول الدومة ليها عدّة * سيدي المخفي مع بن ناصر

البكّاي و سنوسي نجدة * البشير فالپلاطو ظاهر

عبد الباقي مع  بن عودة * محمد في شطوط البحر

هذو انصارها في الشدّة * مالساڨية جاوها غاير

مرفوعة القدر مرفودة * مبني في سحول البحر

روضة محصّنة محدودة * عزّ المدون بها نفخر

 

 

Traduction

Mon cœur soupire après eux et veut les rejoindre, dans les sanctuaires il compte se rendre en pèlerinage. Je recherche le consentement de ces saints hommes, ces étoiles qui illuminent la terre. Alors les chagrins se dissiperont, le mal sera guéri, mon eau retrouvera sa pureté, ce dont je tirerais gloire. Je ferais le tour de l’enceinte du « Maître de la plate-forme », Sidi Abdelkader la joie du cœur. C’est l’ornement des lieux, ce saint à la belle jument, c’est l’abri où viennent se réfugier l’homme sans défense et celui qui n’a ni feu ni lieu. Son vis à vis dans le vallon, c’est Sidi El Houari qui redonne sa fierté au délaissé. A sa droite se trouve Sidi El Hasni l’appui solide, Sidi Blal est loin d’être un impuissant. Sidi El Filali et Sidi El Khrouti sont gens sur qui on peut compter, ils savent tirer vengeance de celui qui abuse de sa force. « Moul-douma » est sa défense, Sidi Mokhfi et Sidi Bennacer. Sidi El Bekkaï et Sidi Snoussi viennent à son aide, Sidi Bachir est bien connu au plateau (Saint-Michel). Sidi Abdelbaqi avec Sidi Benaouda, et Sidi M’hamed en bord de mer. Ceux-là sont ses soutiens dans les moments difficiles, ils sont venus à son secours du fin fond de la Saguia-El-Hamra. Elle jouit d’une très haute considération, et occupe un haut rang, cette cité bâtie sur la côte. C’est un jardin solidement défendu et enclos, c’est la plus chère des villes et je suis fier de la célébrer.

 

Texte arabe 2

للباهية شكري ظاهر* مطبوعة البها وهرانَ

جوهرة الجواهر منظر* عاصمة غرب  وطنّا

عمران بنيها متعزّر* منقوش بالعبر و تقانة

خصّاتها مزخرف ناغر* بمياه دافقة تسّانى

برزو شيوخ منها قادر* تمثيل ليهم مزونة

بيزان فالرموز تعبّر* فراشات راكبة معّانة

العامري تمّة ڨحّر * ملحون بدو طبعنا

بالقاضي و اولاد منوّر* البشير بالحميدي ڨمنة

بن حميدة كنز مذخّر* قايد نجوع و بطل عنا

سليمان شيخ محكّر* واسع في المعارف خزنة

ولد بن عودة في الڨبلي عابر* نقّاط في رياشه بنّة

بن عاشت طبع التڨاصر* يتقلّب في الهوا يتغانى

ولد جلول في الهمزة يحزر* يرادف النقرة بشحانة

الخالدي قاموس شهر* نصروه ناسها و تعانى

الهاشمي في كعبها شاعر* بن سمير ما خفا مالڨانة

ولد الصبابطي فيها يشكر* جاب ارسامها برزانة

ولد الروج نبهي فاهر* غوّاص في بحور الغنا

الطّيب في حديثه ثامر* بن نعوم رهج اعدانا

عبد الإه في المخزني جابر* يهلك البحور الهمدانة

ولد البرودي و بخّدّا الاشڨر* شباح دنانهم غيوانا

ولد العيد طير ينڨمر* رياش اوزانه محّانة

ڤدّا و النقوس حناڨر* يلوحو المعنى بضمانة

الوراغي ليهم عنصر* مع الوكيد مكّي نونة

بن عودة  ليه مجاور* و شيكي طابع السهنة

دورة  لبدور الباهر* فحول الوهراني و دزانا

بلاوي و وهبي زاهر* في انغامها وزّانة

باوتار عودها تستخبر* بلابل غربنا رنّانة

بن زرڨا واحمد صابر* بصياحها دونانة

شاع خبارهم و انتشر* في اريافها و مدينة

أرحم يا الله القادر* جميع الشيوخ و الفنّانة

والحيّين ليهم تنظر* بالخير والسعادة تهنا

Traduction

Je clame haut et fort mes louanges à El-Bahia, la ville d’Oran à la beauté naturelle. Cette perle des perles est un régal pour les yeux, c’est la capitale de la région ouest de notre pays. Ses constructions sont solidement bâties et leurs décorations sont faites avec un grand savoir-faire. De ses jets d’eau joliment sculptés l’eau jaillit avec force et abondance. De son sein ont émergé des poètes puissants, à l’instar d’une ville comme Mazouna. Des faucons qui parlent par métaphores et composent des strophes pleines d’images. Le style « ‘amri » y règne en maître, du melhoun bédouin, le genre que nous prisons. Benaouda Belqadi et les deux Ould Mnaouar, El Bachir Benhamidi homme de bon ton. Benhamida, un trésor caché, qui a occupé le poste de caïd à la tête des tribus où il s’illustra par sa bravoure. Slimane qui était une référence en poésie, il avait des connaissances encyclopédiques et un fonds inépuisable. ’Ould Benaouda est imbattable dans le « gabli », il modulait longuement des « richas » d’une grande saveur. Ben’achat était la vedette des concerts, il variait les airs avec une aisance insolente. Ould Djelloul jouait avec brio du « gallal », il martelait ses battements avec impavidité. El Khaldi était un poète de génie reconnu, les habitants d’Oran lui ont fait gravir les échelons de la gloire. El Hachemi Bensmir est un ciseleur de vers, ce n’est pas un inconnu parmi les poètes. Ould Sbabti a composé un éloge d’Oran, il a énuméré tous ses hauts-lieux un à un. Ould Errouj est un homme à l’esprit fin et habile, il plonge dans les profondeurs du chant. Tayeb Benaoum sait de quoi il parle, c’est la bête noire de nos ennemis. Abdelilah est le maître incontesté du « makhazni », il déchaîne des tempêtes dans les océans pacifiques. Ould El Baroudi et Bekhkhadda le rougeaud, qui brodaient si joliment en fredonnant leurs mélodies. Ould El Aïd est un oiseau roucouleur, les refrains de ses poèmes réveillent la passion de l’amoureux. Gadda et Naqous sont des as, ils savent lancer des allusions qui font mouche. El Ouraghi est leur source-mère, et aussi Nouna Mekki le dégourdi. Benaouda est de la même trempe, et Chiki est d’une grande élégance. Passons maintenant aux étoiles qui brillent dans le ciel de l’art, aux maîtres du genre « ouahrani » qui nous ont comblés, Blaoui et Wahbi sont deux lions rugissants, ils composent leurs mélodies dans les règles de l’art. Ils exécutent des préludes sur leurs instruments à cordes, le chant de ces rossignols a charmé tout l’ouest. Benzerga et Ahmed Saber, nous fredonnons encore leurs chansons. Ils sont devenus célèbres et connus de tous, citadins ou campagnards. Accorde ta miséricorde, Seigneur Tout-Puissant, à tous les poètes et les artistes. Quant aux vivants, couvre-les de ta sollicitude, donne-leur la richesse, le bonheur et la paix.