Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N°8, Turath N° 4, 2004, p. 11-12 | Texte Intégral




 

Hadj MILIANI

 

 

Le patrimoine immatériel qui englobe, pour une grande part, l’ensemble des objets et des domaines d’investigation dont on présente quelques illustrations dans ce numéro de Turath, est convoqué explicitement ici pour donner à lire quelques unes des initiatives adoptées au plan national et international sur ce sujet. Recommandations, conventions  et textes législatifs explicitent en grande partie tout à la fois les enjeux, les attentes et les perspectives d’action dont font l’objet l’ensemble des expressions et des pratiques que recouvre la dénomination générique de patrimoine culturel.

La partie de ce numéro dévolue aux matériaux concerne en particulier un genre, le chant dans des contextes de travail (chants de moissonneurs et de tisseuses) et dans les pratiques festives des femmes. Les chants de travail sont des expressions qui tombent dans l’oubli le plus rapidement soit avec la disparition de l’activité elle même, soit à cause des changements dans l’organisation et l’activité de production. Outre leur intérêt symbolique et esthétique, ce type de chants constitue une source d’information essentielle pour reconstituer la culture matérielle d’un groupe à un moment donné de son histoire. Les chants féminins quant à eux s’intègrent davantage dans les préoccupations socio-symboliques du vécu des femmes. Amours et culte des saints se croisent dans des chants qui restent encore vivaces dans les pratiques collectives des groupes féminins.

La section que nous avons réservée aux documents est consacrée à la reproduction d’un chant satirique attribué à la corporation des tolbas et recueilli au début du 20ème siècle par Joseph Desparmet dans la région de Blida. Le genre constitue davantage qu’une illustration profane du vécu des étudiants des écoles coraniques et des zaouias, un ethnotexte précieux sur les manières de table et le lexique culinaire de la fin du XIXème siècle en arabe algérien.

Les études de corpus de la tradition orale se partagent entre approches génériques des formes poétiques du Sud Ouest algérien (Bouchiba), analyses des formes sentencieuses et proverbiales thématisées – les femmes, le cheval- des régions de Sétif et de Msila (Koussa, Rahab), dispositifs ritualisés des scénographies d’énonciation dans les pratiques culturelles populaires (Tahrichi, Menad) et, enfin, une série d’expressions orales à travers leur territorialisation et leur ancrage local dans la région de Tlemcen (Boumedini).

A ces explorations diversifiées des configurations orales contextualisées s’ajoutent des exposés sur les modélisations du conte à travers l’angle du genre (Mehadji) et l’inscription de la dimension à la fois épique et légendaire dans la poésie hagiographique (Dellaï). Les chansons et les musiques sont abordées, pour leur part, à travers l’examen des sources concernant les enregistrements phonographiques au cours du siècle écoulé (Miliani).

Ce numéro de Turath conclut ainsi la première phase du travail de notre équipe de recherche que vient compléter la mise sur site web (http://www.patrimoine-algerien.org) d’une partie de nos investigations et des matériaux recueillis. Avec la préparation d’une Université d’été en juillet 2004 sur le Patrimoine Immatériel en Algérie qui regroupera les chercheurs qui travaillent sur ce domaine, nous escomptons élargir notre démarche en démultipliant les objets et les méthodologies en construisant des projets de coopération avec d’autres équipes de recherche et en rendant visible les investigations des uns et des autres  (publications, éditions de corpus, élaboration de supports multimédia). Il reste aux pouvoirs publics et aux institutions concernées de mobiliser les ressources nécessaires pour concrétiser ce programme.