Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N° 07, 2004, p. 9-19  | Texte Intégral


 

 

Fawzia  BENDJELID

 

 

Dans le cadre de la problématique « textes littéraires – approches plurielles », nous privilégions, dans notre travail, l’approche idéologique ; de ce fait, nous nous plaçons dans le champ très vaste de la sociocritique. Pour répondre à notre sujet, « l’étude idéologique de l’espace social décolonisé dans Tombeza de R. Mimouni », nous retenons les points suivants :

1. Les fondements théoriques pour une lecture idéologique de « Tombéza »

2. Le conflit entre le discours idéologique institué et le contre-discours Mimouni

3. Le discours idéologique de « Tombéza » en société décolonisée

4. Didactique du discours idéologique dans « Tombéza »

5. Ecriture et idéologie dans « Tombéza »

1. Les fondements théoriques pour une lecture idéologique de « Tombéza »

Le choix d’une lecture idéologique du roman « Tombéza », n’est ni arbitraire ni fortuite ; cette lecture s’impose à nous car nous mesurons d’emblée son ancrage socio-historique et sa portée politico-idéologique ; l’approche sociocritqiue est donc incontournable : « Tout lecteur appartient à une société et à une sociabilité qui, à la fois déterminent sa lecture et ouvrent des espaces d’interprétation, le conditionnent, le rendent libre et inventif » [1].

« Tout lecteur est un moi, venu de relations  parentales et symboliques qui, elles aussi, le déterminent et lui ouvrent des espaces de recherches et d’interprétations » [2]

Pour les thèses de la sociocritique, lire un texte n’est donc pas un acte intemporel, lire se présente comme un acte social qui travaille sur un texte qui, selon Cl. Duchet, « historise et socialise ce dont il parle ». il s’agit d’interroger la « socialité » de l’œuvre dans sa textualité, dans le corpus même ; c’est tout un questionnement, en contexte, de l’implicité, du non-dit, du présupposé ; p. Barbéris assigne à la sociocritique ses objectifs : « La sociocritique désignera donc la lecture de l’historique, du social, de l’idéologique, du culturel dans cette configuration étrangère qu’est le texte : il n’existerait pas sans le réel, et le réel à la limite aurait existé sans lui » [3].

2. Le conflit entre le discours idéologique institué et le contre discours mimounien

Mimouni nous livre le message suivant le para texte de « Tombéza » :

- « On a effectivement parlé à mon propos d’écrivain de la rupture. L’énorme poids d’un passé récent et les mystifications d’un pouvoir qui toujours su en jouer avec un art consommé nous ont longtemps affectés d’une injustifiables bienveillance. Il est temps de retrouver notre lucidité. L’oppression, l’injustice, l’abus de pouvoir sont inacceptables d’où qu’ils viennent, et il ne faut pas ce contenter de dénoncer ceux d’hier… »[4].

C’est ainsi que R. Mimouni se situe dans la sphère littéraire des écrivains de sa génération : un écrivain de la rupture : son écriture se veut ainsi remise en cause, dénonciation d’une littérature entièrement  inféodée au pouvoir en place et qui la réduit à un état de « confortable sclérose ». Cette  situation d’intertextualité est génératrice d’un contre discours de la dénonciation ; donc son texte s’élabore par rapport à un déjà dit, dans une sorte de discours polémique dans l’espace littéraire environnant ; dans le contexte historique, politique et idéologique, qui était le sien, Mimouni est un écrivain qui revendique l’autonomie de la pensée chez le créateur, l’affranchissement de l’activité intellectuelle. Il refuse de s’aligner, de souscrire  à une conception de la littérature qui réduit l’écrivain à un simple répétiteur du discours élaboré par l’idéologie dominante.

Mimouni, dans le paratexte de « Tombéza », interpelle le lecteur éventuel :

« Je crois à l’écrivain comme pure conscience, probité intégrale, qui propose au miroir de son art une société à assumer ou à changer qui interpelle son lecteur au non des plus fondamentales exigences de l’humain : la liberté, la justice, l’amour… Je crois à l’intellectuel… comme guetteur vigilant prêt à dénoncer les dangers qui menacent la société »[5]. Mimouni octroie au lecteur une participation active à l’élaboration du sens, en tant que partenaire de l’auteur en l’installant dans une relation de complicité, de connivence ; il lui propose l’adhésion à un autre discours dans lequel il faudrait saisir la portée d’une écriture véhiculant un projet réaliste et un autre idéologique. Dans cette relation écriture-lecteur, l’œuvre de Mimouni semble obéir impérativement à une « commande sociale » Sociocritique, contrat de lecture, contre discours mimounien représentent autant d’éléments nécessaires à la compréhension de la dimension idéologique de notre corpus de la parole de la dénonciation.

3. Le discours idéologique de « Tombéza » en société décolonisée

Pour rendre compte de l’approche idéologique dans le roman « Tombéza », dans le cadre du discours de la dénonciation, nous référons à la définition de la fonction idéologique telle que définie par G. Genette en narratologie :

« … C’est la fonction « émotive » : c’est celle qui rend compte de la part que le narrateur, en tant que tel, prend à l’histoire qu’il raconte, du rapport qu’il entretient avec elle : rapport affectif, mais aussi moral ou intellectuel… mais les interventions, directes ou indirectes, du narrateur à l’égard de l’histoire peuvent prendre la forme plus didactique d’un commentaire autorisé de l’action : ici s’affirme ce que l’on pourrait appeler la fonction idéologique du narrateur… » [6]

Pour l’analyse du discours idéologique nous retenons au plan méthodologique les points suivants :

- Le discours dénonciateur assumé par le personnage narrateur « Tombéza » - nous considérons les espaces textuels dans lesquels le narrateur (première instance narrative) est extradiégétique ; observant une distance par rapport aux événements et aux personnages de la fiction, le narrateur explique, évalue, commente, juge, exprime toute son émotivité dans des situations narratives.

- nous pouvons aussi considérer le discours extradiégétique de personnages comme instances narratives secondes, parole convergente à la première instance narrative.

Quant au contenu idéologique du discours de la dénonciation, nous nous arrêtons sur le regard porté sur la société décolonisée, deux niveaux d’analyse s’offrent à nous :

Dans le roman, nous voyons « Tombéza » quitter la campagne pour aller vivre, à l’indépendance, dans une ville, « Riama » ; un tournant dans son parcours narratif car il va pouvoir y travailler, s’y intégrer et même s’y enrichir ; au cours de sa trajectoire, se dessine le tableau d’une société en crise de ses valeurs et de ses institutions et dans laquelle les citoyens ont une « peine à vivre ». Nous considérons à présent le contenu du discours dénonciateur au niveau des deux axes de réflexion proposés plus haut :

3.1. Déconnexion des réalités au niveau politico-idéologique

Dans ce contexte, le peuple subit plusieurs oppressions :

- La répression policière

Ses méthodes d’action sont l’arbitraire, l’injustice, l’humiliation,  l’abus de pouvoir, les violences ; le commissaire Batoul joue ce rôle par ces actions et son discours.

- La suppression de la parole au peuple

Le peuple est réduit au silence. Nous relevons des espaces discursifs qui témoignent de l’effacement total de l’intervention de la population dans le champ politico-idéologique ; c’est le règne du totalitarisme que fait régner le parti unique :

« … Du responsable du parti qui passe son temps à servir un discours stéréotypé et creux à des assemblés qu’il ignore et méprise » (p.145)

« On ne peut pas compter sur un peuple dont on prend plaisir à bafouer  la dignité » (p.209).

Le commissaire Batoul  atteste de cet état de « domestication », de mépris et d’asservissement du peuple :

« Pour la première fois la plèbe relevait le font et osait lui tenir tête. Une révolte ? Une révolution ? Batoul se surpris à sourire. Allons donc, un simple geste de ras-le-bol. Plus capables de rien les pauvres mecs, piégés comme ils sont : c’est au non de la révolution et de ses glorieux martyrs qu’on tond les brebis : impossible de protester, de remettre en cause ceci sans impliquer cela » (p.21).

Le problème de la légitimité historique sert de couverture à tous les dépassements ; autorise toutes les oppressions, injustices, abus de pouvoir et autres pratiques répressives. C’est le règne des nouveaux oppresseurs qui prend la forme d’une dictature réelle.

- L’émergence de l’individu immoral :

Le corpus met en scène un mode de personnage qui verse dans l’immoralité ; c’est l’intronisation dans la société du règne de l’individu qui très souvent occupe un poste de responsabilité, par exemple : le nouveau directeur de l’hôpital qui se comporte en maître incontesté dans cette institution.

- « Qu’ils aillent au diable les médecins. Il faut qu’ils apprennent que le  patron ici, c’est moi ? » (p.246).

- Amili, le chef du personnel de l’hôpital qui jongle avec les règlements et les lois pour gérer cette institution comme bon lui semble.

- Palono prêt à offrir son âme au diable pour s’enrichir.

- Tombéza qui s’associe à toutes les manigances les plus infâmes pour parvenir à la réalisation de ses ambitions.

- L’ancien directeur de l’hôpital qui exerce un pouvoir absolu :

"L'évanescent directeur restait manifestement hors du coup. D'ailleurs il ne faisait que de brèves apparitions dans son bureau… Signer sans les lire, les documents qu'on lui avait préparés… avant de disparaître plusieurs jours durant à courir d'un endroit à l'autre, de réunion en réunion, à l'Union médicale, au Parti, aux Affaires Etrangères, et tout un fouillis d'organisations qui n'avaient pas le moindre rapport avec sa fonction" (p.174).

- Le commissaire Batoul résume quant à lui ce type de comportement immoral et anti-social :

- "Dans ce monde on peut vivre sans conscience mais pas sans amis" (p. 266).

3.2 Le marasme social : valeurs et institutions

Notre corpus soulève configurations du discours dénonciateur ; nous retenons :

Une crise morale et sociale

Notre corpus prend en charge plusieurs cas de figures, nous retenons :

Une crise morale et humaine :

Elle s'articule autour de situations narratives récurrentes: corruption, spéculation, clientélisme, l'affairisme truanderie, brigandage, malhonnêteté dont le citoyen fait les frais :

« Quand le népotisme est roi, tout ne tient qu'à un homme » (p.236)

Dans cette ambiance d'immoralité, se tissent à l'intérieur, de la société ou de l'institution, des relations d'allégeance et de complicité d'intérêts les plus sinistres et les plus troubles ( les micro-récits traitent de plusieurs affaires) Citons « Tombéza » :

« Depuis longtemps déjà j'avais compris que nous ne vivions plus au royaume du pouvoir des idées, encore moins celui des principes, que les comportements des notables, des responsables, des dirigeants, ne visaient qu'à satisfaire leur effarante boulimie de puissance, de sexe et de biens, que les alliances s'organisaient autour de buts peu avouables, d'immondes trafics, que comptaient d'abord les liens d'allégeance, la concussion, le trafic d'influence, les combines en tout genre» (p.144).

Le mépris et la transgression des lois :

Dans ce monde là, il est permis d'être au-dessus des lois :

« Il n 'y a plus de lois nulle part, plus de règles. C'est le règne sans partage de l'anarchie. Où allons-nous? » (p.201)

La dévalorisation du savoir :

Le discours de la dénonciation dans le texte porte sur la faillite du système scolaire, de la démocratisation de l'enseignement, et les conditions de vie socio-professionnelles de l'enseignant ; l'exclusion des intellectuels est une politique délibérée suivie par le pouvoir :

Le professeur Méklat est un exemple de cette marginalisation ; pour le pouvoir :

«…il suffit de mieux alimenter les magasins et les bars pour rendre euphorique une population qui n'a que faire de leurs belles idées…» (p.134-135).

L'oppression de la femme

Le nombre de personnages féminins est très important mais les femmes ne jouent pas les premiers rôles ; elles sont l'objet de plusieurs sortes de violences, les micro-récits en donnent l'image suivante : elles sont brutalisées et violées, opprimées et soumises, persécutées et discréditées, débauchées et méprisées, séduites et abandonnées.

La disparition des valeurs authentiques

Le roman fait état de la disparition des valeurs humaines et sociales authentiques, opérant un parallèle entre les repères d' « autrefois » et ceux d' « aujourd'hui », nous citons ;

« autrefois... les habitants cultivaient de somptueux vergers aussi verdoyants que le paradis promis aux vertueux croyants.» (p. 72/73 )

Le paysan éprouve de la répugnance à travailler la terre car fasciné par le confort matériel que peut lui offrir la ville. Le texte soulève les problèmes sociaux attenants à l'exode rural ; les fonctions représentant une sinécure sont très convoitées, retenons la réflexion de Tombéza sur le poste vacant du réceptionniste à la direction :

« il y avait plusieurs candidats à une fonction que beaucoup considéraient comme une sinécure mais Amili les élimina impitoyablement, l'un après l'autre. » (p.221)

« Une nuée de mouches qui piquent sur une goutte de sirop! C'est le mal de ce pays. Incroyable ! Un infirmier diplômé, sept années d'ancienneté et qui veut devenir planton(...) il sait que le système lui permet de garder son actuel salaire ». (p.221).

La foi religieuse

Relevons la comparaison que fait le discours de la dénonciation sur « les croyants d'hier » et « ceux d'aujourd'hui » :

« ...comme s'il allait effectuer son pèlerinage aux Lieux Saints, ainsi que le faisaient en ce temps-là les croyants sans le sou, c'est-à-dire traverser à pieds la moitie du pays, la Tunisie, la Tripolitaine, descendre en longeant le Nil, ne pas oublier de réserver ses maigres économies pour payer la traversée de la mer Rouge, et tout au long du périple, vivre de la charité des habitants, des prodigalités des riches croyants, on ne sort pas des pays d'Islam, le voyage prenait prés d'une année, beaucoup n'en revenaient pas, ayant péri de fatigue, de faim, de maladie, ce n'est pas comme aujourd'hui, où l'on s’est rendu à La Mecque en quelques heures (...) et il y a tant de candidat au saint périple que le gouvernement a été obligé d'en restreindre le nombre...» (p.71)

La marginalisation des compétences

Tout logiquement, cette chute des valeurs élimine des hommes probes, persévérants et durs à la tâche et pour certains hautement qualifiés intellectuellement, humainement et professionnellement ; méprisés quand ils ne disparaissent pas. Nous pouvons citer les personnages suivants : le professeur Méklat (Médecin, méprisé et réduit à l'impuissance dans cette galère que représente l'hôpital), l'infirmier Brahim (lâchement assassiné), l'infirmière Fatima (licenciée pour sa probité au travail). Pour conclure, citons les paroles de Fatima qui résument le dépérissement des valeurs : "Le drame, ajoutait-elle, c'est que cela ne cesse pas d'empirer. Ce qui allait de soit hier devient problématique aujourd'hui. Un jour on parviendra à empêcher le soleil de se lever !" (p.170).

4. La dimension didactique discours idéologique dans "Tombéza"

La dimension didactique du roman est tout à fait évidente ; elle tend à expliquer politiquement le pourquoi de cette lecture nous pouvons saisir institutions de la société ; dans cette lecture nous pouvons saisir deux raisons majeures à travers le discours des personnages qui adoptent une attitude critique face à cette situation; lecture qui traduit toute la sensibilité et les préoccupations idéologiques des personnages:

Un vide politique au lendemain de l'indépendance

La transition d'une société colonisée à une société libérée se fait avec brutalité, vacation d'un pouvoir se traduisant par un vide constitutionnel effarant dans lequel la société et le nouvel état indépendant sont confrontés dorénavant à tous les aléas et à tous les courants déstabilisants de l'Histoire. Absence d'un projet de société supporté par une élite politique constituée et préparée pour gérer l'indépendance du pays ; la déroute d'une transition historique non préparée se traduit dans à propos de Tombéza :

« Après la proclamation du cessez-Ie-feu, les évènements évoluèrent très vite. Tout le monde semblait dépassé, personne ne savait exactement à quoi s'en tenir, ni ce que nous réservait l'avenir. Il y eut d'abord comme une période de temps mort, suspendant toute évolution (...) en l'absence de toute solution de rechange (...) en ces temps de vacances de pouvoir et d'anarchie où le premier venu pouvait s'affubler d'un uniforme et jouer au combattant de la première heure ».(p.156-157).

Usurpation du pouvoir

Selon le discours du professeur Meklat, intellectuel éclairé, durant une étape historique caractérisée par l'anarchie et la déroute, se déroule l'usurpation du pouvoir par ceux qui se réclament de la légitimité historique et ce au nom de la résistance, du combat contre le colonisateur et au nom de tous ceux qui se sont sacrifiés pour la patrie. Ni loi, ni état de droit : dirigisme, totalitarisme et arbitraire d'un groupe ; bien plus c'est l'avènement d'un pouvoir personnel dictatorial:

« La loi ne peut pas être au-dessus des hommes quand elle est faite par l'un d'eux. Nos dirigeants n'ont pas eu le courage de l'instaurer, sans doute par crainte de se voir débordés. Mais (...) des thaumaturges qui ont changé le destin d'un peuple à partir de quelques coups de fusils. Parvenus au pouvoir, ils ont changé de tenue, mais pas d'idées.» (p.202)

Pour ce chirurgien, la solution de tous ces problèmes doit inéluctablement passer par l'instauration d'un état de droit, par la démocratisation de la vie : gérer le pays avec le plus grand nombre; citons le texte :

« Le professeur Meklat disait que seule la démocratie permet le respect de la loi, parce qu'elle est la concrétisation de la volonté du plus grand nombre. » (p.202).

Il s'agit pour Meklat de créer un état de droit mais aussi bannir toutes les formes de violence :

«… la misère, la faim, la maladie sont les premières violences, l'injustice est aussi une violence, le développement doit viser la diminution de l'état de violence de la société (…) ainsi que les atteintes aux libertés. » (p.134)

Ce sont là les positions politico-idéologiques d'un personnage au parcours intègre, militant sincère et dévoué de la cause nationale. Sortir du carcan des idéologies aux positions d'exclusion tranchées et des mentalités passéistes : c'est gérer démocratiquement le pays.

5. Ecriture et idéologie dans « Tombéza »

Nous nous contentons de citer quelques exemples procédés d'écriture que l'auteur déploie dans le roman et qui sont le support du discours idéologique de la parole dénonciatrice :

-Au niveau du récit : la narration se présente par un éclatement de l'histoire dans l'espace et le temps, dislocation des pôles de la séquence narrative qui permettent de greffer une multitude de micro-récits qui véhiculent, à travers des situations narratives variées et parfois récurrentes, le discours de la dénonciation; les récits seconds s'enchevêtrent dans le récit premier par des analogies syntaxiques lexicales ou autres.

- Au niveau du discours :

- La linguistique énonciative: la dénonciation qui se caractérise comme la parole d'un locuteur en direction d'un interlocutaire, engageant tous les phénomènes énonciatifs (tension, distance, adhésion) ; le lecteur éventuel est souvent interpellé (vous, tu, impératif)

-La polyphonie: les micro-récits multiplient dans la diégèse les voix : autant de voix qui développent un discours de la dénonciation inscrit dans la convergence par rapport à l'instance énonciative première.

-La linguistique pragmatique : « dénoncer » est un acte de langage mettant en relation un locuteur et un co-locuteur, le discours est alors argumentatif, explicatif, acte illocutoire et acte perlocutoire destiné à convaincre le destinataire de l'illocution.

Pour conclure, on peut dire que le roman « Tombéza », histoire d'une déchéance, rejoint, dans la littérature maghrébine d'expression française, l'écriture dite de « dévoilement » et de « désenchantement », écriture d'une génération d'écrivains de la post-indépendance. Il n'en demeure pas moins que pour Rachid Mimouni la littérature est utile et hautement idéologique :

« Moi je défends des idées, je ne pense jamais à la réflexion des gens de pouvoir dont c'est une litote de dire qu'ils ne m'aiment pas beaucoup ». [7]


Notes

[1] Barbéris, P. : Lecture du réel.-  Ed. Sociales, 1973.- p.124.

[2] Barbéris, P. : La sociocritique : introduction aux méthodes critiques pour analyse littéraire, Ed. Dunod, 1990.- p.144.

[3] Barbéris : Op.cité.- p. 144.

[4] Mimouni, Rachid : Tombeza.- Alger, Editions LAPHONIC, 1985.- p.II

[5] Idem.- p. IV.

[6] Genette, G. : Figures III, Collection poétique.- Seuil, 1972.- p.p. 262-263.

[7] Entretien de Bruno de Cessole avec Rachid Mimouni : Bibliothèque publique d'informations-Centre Georges Pompidou, Paris.- p.25.