Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N° 04, Turath n° 2, 2002, p. 11-61 | Texte Intégral





Rahmouna MEHADJI

 

 

I. Eléments de biographie

Enfance et jeunesse

Abdelkader Khaldi est né le 20 Avril 1896 à Sidi Benmoussa près de Mascara dans la commune de Froha. Il fait ses études coraniques dans le quartier populaire de Sidi Bouskrine où son père s’était reconvertit dans l’artisanat.

Après avoir brillamment obtenu son certificat d’études, et réformé du Service National (par tirage au sort), il fait plusieurs petits métiers avant d’être recruté à vingt quatre ans comme gardien de la paix dans la police municipale (Oujda). Au vu de ses compétences, Khaldi parlait tout aussi bien l’arabe que le français ainsi que l’espagnol, il est rapidement promu au poste de secrétaire.

A cette époque, le jeune Khaldi commence déjà à se forger une conscience poétique par la fréquentation des poètes de l’époque.

Notoriété

Sous la houlette de M’Kaddem Méziane, de Tahar Benmoulay, et de Benchérif, Khaldi découvre le monde du "chi’r el melhoun"[1].

Il commence alors à s’imposer auprès des grands " chioukhs " de l’époque. Il joue du violon en amateur pour rechercher les notes et les mesures de la " gasba"[2].

En 1938, il enregistre à Paris chez Pathé-Marconi des chansons avec cheikh Hamada. A cette époque, il vit déjà de sa poésie qu’il compose lui-même et qu’il chante pour animer les fêtes, les mariages…

Sa notoriété déborde des limites de Mascara et commence à essaimer au-delà, où petit à petit, ses œuvres font l’objet d’une demande accrue au niveau de toutes les manifestations festives.

De Mascara à El-Harrach… puis Oran

1946. Tout va très bien lorsque sur un coup de colère, Khaldi quitte Mascara pour El-Harrach où il ne reste qu’une année avant de s’installer à Oran. Avec sa femme et ses trois enfants, il va habiter successivement les quartiers de Gambetta, Médina Jdida et Cholet.

Abdelkader Khaldi s’éteindra le 16 janvier 1964, le premier jour du mois de ramadhan, une mort commémorée chaque année par des soirées de chants bédouins. Ces soirées qui ouvrent les festivités de ce mois sacré portent le nom de "Layali El Khaldi "[3].

L’héritage

Khaldi contribua à façonner l’âge d’or de la poésie bédouine.

Des chanteurs bédouins comme Mohamed El-Relizani, Ahmed Tiarti, Rahmoun Boualem, Abdelkader Ould Laïd, Mohamed Maati, et bien d’autres encore, interprètent plusieurs de ses textes. 

Parallèlement la chanson moderne puise, elle aussi, dans le répertoire de Khaldi : Ahmed Wahbi, Blaoui Lahouari, Ahmed Saber, Mohamed Oujdi, pour ne citer que les plus connus, ont fait connaître ses textes à un plus large public.  

En 1987, Abdelkader Khaldi reçoit à titre posthume, de la part du président Chadli, un diplôme d’honneur pour sa contribution à l’enrichissement du patrimoine culturel algérien. 

Témoignages

Madame Veuve Khaldi : (Décédée en 1993)

" Toute sa vie, il a dormi avec une lampe de chevet à sa portée. Il aimait se réveiller au milieu de la nuit et griffonner des choses sur son calepin qui ne le quittait jamais…

Je savais que mon mari était connu et apprécié, mais ce n’est que le jour de sa mort, que, j’ai pu réellement me rendre compte de sa popularité devant la grande affluence à son enterrement. De toutes les régions d’Algérie, les gens ont accouru. "

- Monsieur Mokhtar Khaldi : (fils aîné du défunt, décédé en 1995)

" Mon père ne s’exprimait que par des vérités qu’il avait vécues et dont il tirait l’enseignement. (…)  Chacune de ses œuvres a une morale qu’il s’agit de découvrir. La morale est défini par un système de codes dont il faut trouver la clef. Quelquefois, toute l’œuvre est une morale comme par exemple "jar alya elhem". (…)

Très minutieux dans ses descriptions, chaque mot revêt une signification certaine et occupe une place déterminée en donnant à son expression un style qui lui est propre, comme par exemple :

Dak lyoum el had oumars wal course walghachi meddahsa " : plusieurs situations dans une seule phrase.

Balek yalghadi ghadi balek " : enchaînement du même mot avec des sens différents."

-Cheikh Abdlekader Ould Laïd : Discipline de cheikh El Khaldi)

" J’avais alors vingt cinq ans, et il m’a fallu plus d’une année pour être admis comme disciple par cheikh El-Khaldi. (…) C’était un homme silencieux, très craint, qui ne parlait que lorsqu’il jugeait son auditoire à sa mesure. (…)

A une certaine époque, Khaldi évitait d’animer des soirées ; aussi me chargeait-il de le représenter accompagné de Ould Moulay, son gassab. (…)

En ce temps là,  il était inadmissible, voire impensable qu’une soirée de chants bédouins soit animée sans que ne soient chantées les œuvres de cheikh El-Khaldi. Depuis mon admission comme disciple, j’ai été son plus fidèle compagnon et ce, jusqu’au jour de sa mort."

- Cheikh Maati

" A la simple audition d’un vers de chi’r el melhoun, Khaldi était capable de citer son auteur. Il reconnaissait le style de chacun des membres de toute la corporation. (…)

En 1955, à l’occasion de la sortie de "balek yal ghadi balek ", dans laquelle il louait la Chambord et l’Ariane, il s’était vu octroyer par la firme SIMCA, une prime de un million cinq cent mille francs anciens qu’il s’empressa de refuser au motif que sa poésie n’était pas un support publicitaire."

II. Aperçu de l’œuvre poétique de Abdelkader El Khaldi

Œuvre de l’auteur

Doué d’un incontestable don pour l’écriture, Khaldi écrit souvent d’un seul jet des textes de qualité indéniable.

Il a chanté l’amour, le ghazal, à travers la beauté de Kheira, de Yamina… Des poèmes pleins de délicatesse, riches de comparaisons et de métaphores.

Yamina lui inspira les célèbres :

- " Helkatni Yamina "(chant érotique)

- " Wahd el ghzal " (chant érotique)

- " Zendha ichali " (chant érotique)

Pour Kheira, il écrivit :

- " Ya sahi baadni slim la tan’dach "(chant érotique)

- " Ya sayelni ’ala hwali wa hwaya " (reproches à l’infidèle)

Quant à Bakhta, sa muse, une soixantaine de poèmes lui furent consacrés. Les plus célèbres étant :

- " Madam youmen jat "(chant érotique)

- " ’Ari alik " ‘ évocation d’un amour tumultueux)

- " Rbi’ ’ayani Bakhta "

Ce poète a abordé également plusieurs sujets d’ordre social. Ses textes sont très souvent émaillés d’enchâssements pour dénoncer les maux sociaux sécrétés par le système colonial :

- " Htakt eddine " (réquisitoire contre le modèle coloniale)

- " Ya touil eragba " (valeurs ancestrales en péril)

- " Ayatni del qofa " (quotidien tragique du colonisé)

et bien d’autres encore…

Il a composé aussi plusieurs textes qui invitent à la réflexion. La difficulté de vivre, la douleur du quotidien se retrouvent dans :

- " Jar ’alya el hem " (réflexion amère sur les vicissitudes du temps)

- " Rani day’ek lachra’ya gassabi "  (déception des faux amis)

- Ayatni detrig " (réflexion pessimiste sur l’art et la profession de poète)

-" Ya saheb el medem " (quotidien fait d’amertumes, de trahisons, de déchirures)

- " Ya saheb el âraki " (exil)

- " Rani aoud elli mgadji " (émigration)

Des chants patriotiques célèbres font également partie de son œuvre  :

- " Kifah el isti’mar " (chant révolutionnaire)

- " Jabouha jabouha " (hymne à l’indépendance recaurée)

" Mabrouk had el youm alina " (glorification de l’indépendance)

- " Guedach fatouk ghamrat "

Abdelkader Khaldi a laissé un fond de manuscrits, d’inédits d’une grande richesse car, à la différence de nombreux poètes du ch’ir el melhoun, dont une grande partie de l'œuvre finit par disparaître faute d’avoir été fixée par l’écriture, celui-ci consignait tous ses textes sur papier.

Récapitulatif établi par cheikh El-Khaldi, de ses œuvres déclarées à l’ONDA [4] (Office national des droits d’auteur)

- La tsali ’amma bia

- El ghaziza yamina

- Men ghazali nagtaâ lyas

 -Bekkit besslama ouatni oumchit

- Heb ânni nsim nekkass

- Ya Adab galbi

- Rim tallet

- Mesbought llouameh’

-Mout yal ôukli (Zendha chali)

- ând cadi el h’oub

- Hadou snine

- Khabarni ouach bik

- Moulat essiala

- Rani âoud elli mgadji

- Ouach issabarni âla khadidja

- Wahd el ghazal

- Rani naâchaq fik

- Dek enhar ghadi

- Goul el bakhta goul

- Khiar ennachoua âraqui

- Maâdam youmen djatt

- Touil erragba

- Ouin rahi sakna ghazali

- Kheira tchouf kheira

- Ya bahi leriam

- El azba

- Aya noghdou chouar

- Fal zine

- Lakane tahna

- Hadou mhaïneh

- Balaki latamen ensa

- Kirani memhoun

- Letsali âmma bia

- Rani mrid la tahdini mouta

- Rahia âyani bakhta

- Galbi hani

- Di moudda

- Wasf

- El kess

- El ghaddara

- Ténégrich’

- Ouachta ysabar ya ouâadi

- Saki

- Ya saqi kassel ghram

- Dak el youm el had ou mars (nous verrons ça)

- Djar alya el hem

- Ayetri dettrig

- Youm el aïd

- Zarni wahch tnine

- Chafett aïni chaoufa

- Fi had mel bhar

- Ya s’hab el medame

- Ya shab al araki

- Galbi houa el basta

- Moudda ma dja rsoul

- Baâd laânt ech-chitane

- Rim tallet ma bine ariem

- Hetta goult et’hannitt

- Djarhou galbi

- Mersoul el hob

- Ya labnat elli tehaoussou

- Etfakar khatri

- Mabaghi sbar

- Til eljelsa

- Djani mersoul

- Ida tsal ân h’ali

- Dora manasouini

- Zehoue fel Blida

- Ouahd azine elkétou

Textes choisis

Texte 1. "  Ya touil eragba " (1936)

Ô ! toi au long cou

Ô toi au long cou, en toi j’ai vu des phénomènes,

Tes péripéties sont difficiles et tu as marqué les Arabes.

Tu n’as épargné ni les sages, ni les nobles,

Ni les saints, ni les scientistes de la religion.

Jeunes et vieux te considèrent comme un apaisement,

Et même les femmes, vierges ou célibataires sont ensorcelées par toi.

Quand l’air de la flûte commence et que toi tu montes à la tête,

Ton partenaire perd conscience et en oublie ses moyens.

Ton but est bizarre, tu portes préjudice aux sages,

Tu cherches noise, telle la trique, cherchant les blessures.

Tu es une catastrophe pour celui que tu atteints, car tu envoûtes celui que tu possèdes.

Tu n’es d’aucun apport et tu dévalorises les nantis.

Ton ami tombe et des cimes, dégringole,

Du respect, de la crainte il est dépouillé.

En toi réside l’abandon de la piété et de l’éducation,

En toi réside l’abandon de l’amitié et de la droiture.

 Notre génération versatile, se retourne contre elle-même.

Il leur a crée une montée et les a jeté sur les versants.

L’un craint, l’autre prophétise, tandis que le dernier chavire,

Qui a chaviré ne peut plus se relever et qui se relève n’est plus en scène.

Une année de malheur s’est écoulée, les récoltes ont été détruites.

Nul n’a trouvé une graine, les fruits ont disparu.

Celui qui a été content d’une récolte, l’a aussitôt perdue,

Une partie en intérêts, une autre en impôts et le reste volé.

Le plant bénéfique a disparu, les mûres sauvages se sont propagées.

Et le mulet est sorti victorieux contre le noble cheval.

De la forêt, le lion a disparu, y laissant l’ours.

Les conscients, tapis, regardent sous les franges.

Des maisons hospitalières, il ne reste que le perron

Et les ruines amoncelées sur tel et tel désastres.

La crainte apparaît dans toute sa splendeur sur les visages fermés,

Tandis que la colère illumine les visages jadis paisibles.

Les mauvais ont pris l’allure de prophètes et de nobles, ô Arabes !

Tandis que les bons sont absents et d’eux, aucune nouvelle.

Les gens d’origine légitime sont devenus l’objet de la médisance.

Ont acquis les meilleures places, ceux qui les critiquent.

Ô phénomène de ce phénomène, tu dépasses tous les phénomènes !

Il n’y a plus d’amour et l’amitié se fait de plus en rare.

Celui sur qui on peut compter, en réalité son cœur est chargé,

Et celui dont on vante la bravoure, lui, est sollicité par tous.

Chaque chose a son tour, et le vainqueur sera vaincu,

Le temps est à l’avenir, et est cavalier qui monte.

 

Valeurs ancestrales en péril ou dénonciation du système colonial.

Ô ! toi au long cou " : certains sont unanimes à dire qu’il s’agit du verre à pied, d’autres de la bouteille d’alcool ; hors, à aucun moment  Khaldi n’est explicite à ce propos.

Cependant, un aspect technique est ici fondamental et généralisé, à savoir la métaphore. La subtilité du poète va être de partir d’une pierre angulaire, en l’occurrence l’alcool, implicitement, pour construire un édifice de rejet psychosocial d’un code et d’un système qui ne sont pas les siens et qui, par extrapolation, renvoient au colonialisme.

En dénonçant, la disparition des valeurs ancestrales qui prédominaient avant l’avènement du colonialisme Khaldi pose un problème qui relève d’une ambiguïté : est-ce les méfaits de l’alcool qui ont provoqué cette scission dans la société et qui ont engendré une rupture avec les valeurs sacrées ou est-ce le système colonial qui est la cause de ces changements ?

Toujours est-il, qu’il est clair que le choix de la métaphore généralisée dans le texte, avec tous les paradoxes qu’elle évoque pour asseoir un double effet de dénonciation, a en fait un seul objectif : dénoncer les maux sociaux sécrétés par le système colonial, l’alcool n’étant qu’un prétexte.

Des éléments présents dans le texte se référant à une situation socio-historique précise, permettront d’éclairer ce propos. 

Tu as marqué les arabes " : l’auteur fait référence aux Arabes seulement, par opposition à la société coloniale. D’emblée, il provoque une scission dans la société, il y a deux groupes d’individus,  les Arabes et les autres. Lui, s’adresse aux Arabes musulmans, plus précisément. Il sera explicite plus loin dans le texte lorsqu’il emploie un ton emphatique pour désigner son destinataire : " Ô ! Arabes ".

Tu n’as épargné personne ni les sages, ni les nobles, ni les saints, ni les scientistes de la religion " : l’auteur évoque ici tous les représentants qui fondent l’ordre social arabo-musulman avec son échelle de valeurs : sagesse, noblesse, foi, philosophie…

Tes péripéties sont difficiles… Tu n’as épargné " : c’est la lutte entre le bien (valeurs) et le mal (ce phénomène). Ce phénomène est pris comme refuge : " jeunes et vieux te considèrent comme apaisement ". Il envoûte ceux qui y touchent : " même les femmes vierges ou célibataires sont envoûtées par toi ", fait immoral dans une société de type archaïque à dominante patriarcale.

Tu portes préjudice aux sages ", " Tu dévalorises les nantis " : c’est le bouleversement de l’échelle des valeurs, le désordre total, annonciateur d’un système nouveau.

Respect ", " Crainte ", " Piété ", " Education ", " Amitié ", " Droiture " : tout ce qui est sacré, non seulement ce qui a trait au religieux mais aussi tout ce qui est valeur au sens d’attitudes est gommée par ce phénomène.

" L’un craint, l’autre prophétise, tandis que le dernier chavire " : l’auteur fait référence à ceux qui sont contaminés par ce fléau et qui ne réagissent plus en personne brave et sensée. Ce phénomène a annihilé leur courage (l’un craint) et leur faculté de raisonnement (l’autre prophétise), il les a retourné sens dessus-dessous (le dernier chavire).

Une année de malheur s’est écoulée, les récoltes ont été détruites " : l’auteur fait allusion aux razzias causées par l’occupant français qui brûlait toutes les récoltes en signe de représailles contre les algériens récalcitrants.

Nul n’a trouvé une graine, les fruits ont disparu… Le plant bénéfique a disparu, les mûres sauvages se sont propagées " : l’énonciateur suggère ici la désagrégation de la société agro-pastorale : les récoltes brûlées, le colon ne remplaçait les plants que par rapport à ses besoins, l’Algérie étant devenue une zone - complément, en matière d’agriculture, orchestrée à partir de la métropole.

Celui qui a été content d’une récolte, l’a aussitôt perdue, une partie en intérêts, une autre en impôts, le reste volé " : Khaldi signale ici l’implantation d’une nouvelle structure imposée par le système colonial, il s’agit des transformations économiques qui ont marginalisé les indigènes par le biais de textes juridiques à corollaire fiscale.

Les conscients, tapis, regardent sous les franges " : les risques de l’oppression du colonialisme commencent à se faire sentir. Ceux qui sont conscients de cette situation ont peur, mais ils observent et attendent.

Des maisons hospitalières, il ne reste que le perron " : les gens ont peur, ils ne reçoivent plus que devant le pas de la porte. L’hospitalité chère aux Arabes tend à disparaître.

Les ruines amoncelées sur tel ou tel désastres " : Khaldi dénonce les méfaits des colons, qui pillaient et saccageaient tout sur leur passage, ne laissant que des ruines derrière eux.

La crainte… La colère illumine les visages jadis paisibles " : le colonisé a peur, mais il est furieux contre cet état de choses. C’est un rappel permanent et obsédant de la relation colonisé-colonisateur.

Les mauvais ont pris l’allure de prophètes et de nobles, ô ! Arabes " : Khaldi dénonce cette partie des algériens (les mauvais) qui sont devenus très vite les valets du colonialisme en s’intégrant à la société française et qui promptement, en ont été récompensés.

Tandis que les bons sont absents et d’eux aucune nouvelle " : l’auteur fait référence à ceux qui ont pris le maquis et qui ne pouvaient communiquer avec leur proche au risque de les mettre en péril.[5]

Il n’y a plus d’amour et l’amitié se fait de plus en plus rare " : le climat de délation qui régnait est ressenti avec beaucoup d’âpreté par l’auteur, d’où le bouleversement total des relations humaines.

Chaque chose à son tour et le vainqueur sera vaincu le temps est à l’avenir… " : Khaldi annonce les prémices de l’indépendance en invoquant la loi naturelle de l’évolution. La guerre d’usure a commencé, ce n’est plus qu’une question de temps.

Il faut avoir en mémoire que ce texte a été chanté pour la première fois en 1956 par Ahmed Wahbi, alors que l’appel à la rébellion s’était déjà généralisé. A ce propos, lors de la diffusion de cette chanson " Ya Touil Eragba ", l’un des principaux responsables de la DST [6], le Colonel Petit, convoqua Cheikh El-Khaldi pour lui demander des explications sur cet écrit, qui connaissait alors un vif succès (A. Wahbi se trouvait à Tunis). Ce qui a sauvé Khaldi de l’incarcération a été l’enregistrement de ce texte au niveau des droits d’auteurs en 1938, alors que l’appel du FLN se situe bien plus tard, soit en 1954.

On serait en droit aujourd’hui, de se demander si les idéologues et propagandistes du système d’alors, qui avaient vu dans cette chanson des appels pressants à l’opposition et à la rébellion, n’avaient pas en fait surestimé le talent de Khaldi dans la superposition du dit et du non-dit, ou bien n’était-ce pas là une simple réaction des grands propriétaires de vignobles qui voyaient dans ce texte une incitation au boycott des alcools, d’où l’interdiction de cette chanson.

Fait notable, cette chanson était continuellement diffusée par SAWT EL ARAB[7] (voix du FLN à Tunis), elle fût même traduite en différentes langues des pays de l’Est.

 
Texte 2. "Ari alik " (1937)

Honte à toi !

Honte à toi, ne me rejette pas ! Ô Bakhta,

Tu es la cause de mon mal, et tu en es l’unique remède.

Avec ton remède, sors-moi de cet état ! Ô Bakhta,

Il m’est impossible de désirer une autre que toi, je t’aime.

Je t’aime, je ne parle que de toi, à tout jamais, je ne me tairai Ô ! Bakhta,

Je passe mon temps à conter ton nom et ta beauté.

 Ta beauté par son éclat rend les astres ternes, ! Ô Bakhta,

De toutes les femmes, je n’ai pu rencontrer ni ton égale, ni ta douceur.

 Ta douceur, aucun lettré n’en a disserté Ô! Bakhta,

Hommage à Dieu qui a crée Zoulikha, et t’a crée.

 T’a crée ange dans ce monde dispersé Ô! Bakhta,

Tu es au dessus de toutes les femmes, que Dieu te protège.

 Te protège des souffrances et des bassesses Ô! Bakhta,

Du mauvais œil, du dénigrement et des cœurs douteux.

 Douteux, je suis perdu à la fleur de l’âge Ô ! Bakhta,

Dès l’aube de ton règne, ma raison s’en est allée avec toi.

Avec toi, ma quiétude et mes joies ont hiberné Ô ! Bakhta,

Mon malaise vient de ta séparation aussi bien que de ta rencontre

Ta rencontre est salutaire, tes intentions sont pures Ô ! Bakhta,

Mon désir le plus ardent, est que tous les matins, je puisse te voir.

Te voir pure comme un dôme connu Ô ! Bakhta,

Construit sur une colline, comme celui de ton père.

Ton père reconnu par les tolbas et les muphtis Ô ! Bakhta,

Que sa bénédiction te protège et t’assiste.

T’assiste ma bénédiction sans limite aucune Ô ! Bakhta

Je t’attends toujours et longue est mon attente.

Ton attente m’a secoué comme la brise glaciale de l’hiver, Ô ! Bakhta

Les fils se sont emmêlés et je ne puis les défaire.

 Les défaire serait mon espoir tant que je vivrai Ô ! Bakhta,

De l’amour je ne puis distinguer ceci de cela

 Cela est la destinée de Dieu le tout puissant, Ô ! Bakhta,

Que de langues acérées me dénigrent.

Me dénigrent dans le dos, ces vilaines gens Ô ! Bakhta.

Cette époque a fait du lâche un brave.

Brave, seulement dans les bassesses ignobles Ô ! Bakhta,

Ni fortune, ni alliance et ils comptent leurs biens.

 Les biens sont partis et mes épaules se voûtent Ô ! Bakhta,

Je n’ai pas d’hommes pour engager la lutte,

 Lutte, où brilleraient les plus nobles Ô ! Bakhta,

Unis, se soutenant l’un l’autre.

 Ce jour là, ma mort se fera retentir, Ô! Bakhta,

Il n’y aura ni défenseurs, ni sauveurs.

 Sauveur est celui qui remédiera au mal du poète Ô! Bakhta,

L’ignorant ne pourra ni te comprendre, ni te laisser en paix.

La paix de ton esprit, avec des "après, après ", ! Ô Bakhta,

Je pense que les envieux t’ont dit de me quitter.

Va-t-en si Abdelkader a fauté.

Toujours, Khaldi fredonnera ton amour.

 

Bakhta : un amour tumultueux

Ce poème a été composé en 1937 à l’intention de Bakhta, la muse de Khaldi. Il est très célèbre par sa construction particulière qui en fait un modèle unique en son genre. En effet, on peut remarquer que le dernier mot de chaque vers est repris en début du vers suivant et ceci d’un bout à l’autre du texte[8] :

" De toutes les femmes, je n’ai pu rencontrer ni ton égale, ni ta douceur,

Ta douceur, aucun lettré n’en a disserté Ô ! Bakhta"

" Fi lgayd ma lquit mthilek oual ldak

Ldak laysa dafrou bih aqnouta ey Bakhta "

Sous thèmes                                Thèmes

 

A travers le relevé des champs sémantiques, plusieurs thèmes peuvent être dégagés, l’hyperthème étant l’amour tumultueux causé par la passion et par l’angoisse qu’éprouve l’auteur à l’idée de perdre sa bien aimée. 

Une partie du texte est consacrée à la beauté de "Bakhta " tandis que l’autre évoque la jalousie et la méchanceté de ceux qui cherchent à les séparer (ignominies). Le poète a des désirs de vengeance qu’il ne peut réaliser faute d’entraide :

" Je n’ai pas d’hommes pour engager la lutte "

Mali rjal bihoum na’mal ma’rak… "


Texte 3. "Hawlou galbi " 1946.

Mon cœur est blessé.

Les nouvelles m’ont remué et ont meurtri mon cœur.

Elles sont parvenues le même jour de Mascara et de Tiaret.

J’ai reçu une lettre et des visiteurs,

Les salutations des frères et des mots d’une vulgaire bassesse.

Il ne peut rien faire ce bavard,

On ne demande jamais vengeance à un chien qui agresse. 

 Il y a le paradis, il y a l’enfer,

Le compte par la balance et Dieu, juste, au rendez-vous.

 Le malveillant à notre égard n’a aucun honneur,

Et celui qui nous cite en bien, Dieu de lui rendra.

Celui qui nous renie, perdra la face, "inchallah " !

Il fera faillite, et noir sera son destin.

Je ne suis pas le premier à avoir émigré,

J’ai fait comme ont fait mes prédécesseurs.

La crise ne durera pas, viendront les pluies,

Ce qui a séché fleurira et l’eau ira vers ses racines.

La lettre que j’ai citée m’a réconforté,

Elle m’a trouvé à El-Harrach avec mes déboires qui s’accumulent.

A l’ouverture de l’enveloppe, le bien-être m’a envahi,

J’ai vu un nom que j’aime et une écriture que je connais.

Des larmes subites ont coulé sur mes joues.

Assailli par un manque, la fièvre m’a envahit.

L’image de l’aimée m’est apparue et a peiné mon regard,

La passion m’a emportée et mes voiles dérivent.

Il m’a rapporté tout ce qui s’est passé là bas,

De déshonneur, il m’a souillé, mais le secret je le garde.

Avec les baisers de l’aimée, il a clos son écrit

Elle, pour qui combien m’ont envié !

Bakhta, fruit des âmes vaillantes et libres,

Belle silhouette aux yeux sombres !

Elle amoindrit toutes celles qui se parent.

Son amour est dans mon cœur et ses blessures en témoignent.

Elle a sculpté dans mon cœur l’amour éternel

Qui ne s’éteindra jamais, il est fort comme à son premier jour.

Mais le destin et mon foyer nous ont séparés,

D’Alger à Tiaret, si on doit compter la distance

N’en viendrait à bout que le train express,

Ou à Blida, la correspondance routière lorsque cela possible.

Ô vent, emporte lui mes baisers,

Et ramène moi d’elle une brise, que mes sens s’apaisent !

Les cadets de Mokhtar[9] m’ont retenu loin d’elle,

Ils n’ont pas pris conscience de la vie, ils ne sont pas encore mûrs.

La bienveillance sur les enfants ne vient pas du voisin,

Et l’étranger esseulé, ne pense qu’à ses proches.

Je la languis et je suis submergé par le chagrin,

Je me rappelle le mal de chacun de mes ennemis.

Il a sali mon amour, ce n’est qu’un chiot traître !

Il a déçu mes espérances et trahi son serment.

Puisque le cheikh est devenu le rival du cheikh,

Il n’y a plus d’attention à tout cheikh où qu’il s’adresse.

J’ai voulu punir et un esprit brave m’a retenu,

De la descendance des nobles, aux aïeuls connus,

Que toute la considération de Dieu soit sur lui, ce généreux,

Il m’a dit : "laisse l’épée de l’honneur dans son fourreau.

N’en frappe que celui dont les griffes sont mortelles,

Et le chiot, houspille-le, il prendra son élan ! "


La colère m’avait orienté vers de noirs desseins,

Je rends grâce à Dieu qui m’a sauvé, salut soit sur son prophète !

Salut et Grâce sur Lui, Lui aux douces citations,

Et mille chapelets de la part de son fils Khaldi !

Réponses à des calomnies

1946, le poète vient de quitter Mascara, il est à El-Harrach. Cet exil équivaut à une première rupture avec Bakhta, sa bien-aimée.

Ce poème évoque la déception de Abdelkader Khaldi vis-à-vis de son confrère : un cheikh qu’il avait fréquenté a porté atteinte à son honneur en tentant de salir la réputation de Bakhta[10]. Ce texte constitue en fait la réponse à ce cheikh qu’il considère trop bas pour se mettre à son niveau (" on ne demande jamais vengeance à un chien qui agresse"), il en est le destinataire. Il lui dit ce qu’il pense de son comportement mais il s’adresse également à tous ceux qui veulent médire sur son compte (" le malveillant à notre égard n’a aucun honneur ").

L’auteur parle de lui à la troisième personne du singulier. Il emploiera soit "il ", "lui ", ou " un esprit brave ", pour qualifier son propre comportement, soit "lui… de la descendance des nobles aux aïeuls connus " pour mettre en valeur sa généalogie, soit "ce généreux " en parlant de son caractère… Serait-ce une marque de prétention de sa part que de parler de lui-même à la troisième personne du singulier comme il le fait, ou serait-ce tout simplement la lutte entre sa personnalité d’homme sage qui lui commande de ne pas répondre à ces bassesses, et ses élans de colère qui demandent vengeance, réparation.

S’il fallait retenir ce poème, une assimilation s’impose d’emblée et elle se résume en deux mots qui font le titre du manuscrit déposé aux droits d’auteur " Djarhou galbi ". " Ils ont blessé mon cœur ". C’est là le drame millénaire de l’amour : depuis l’aube des temps, poètes et écrivains ont conté les menaces qui planent sur l’amour, sur l’aimée et sur l’état d’esprit de l’amant.

Dans cet écrit, cependant, c’est le concept de " rodjla"[11] qui s’oppose à la raison. C’est la raison qui réduit à néant la passion aveugle et guide la sagesse.

On prend acte ici, d’un fait fondamental : un homme blessé s’interroge, raisonne et fait montre d’une sagesse quasi proverbiale en faisant abstraction de ce sentiment inexpliqué mais latent et diffus, qu’est la " rodjla " ; d’autant plus que ce sentiment garde toute son ampleur dans une région montagnarde telle que Mascara, berceau originel de Khaldi.

La mise à mort de cette figure idyllique par ses détracteurs, entraînera pour Khaldi une rupture définitive avec celle-ci. C’est le point de non retour. Il convient de souligner que c’est dans ce texte que le nom de Bakhta apparaîtra pour la dernière fois dans la poésie de Khaldi. A partir de ce moment, le contre-pied est pris par " Yamina ".


Texte 4. " Ayatni detrig " 1948.

Parcours Pénible

Cette voie pénible qui n’est pas celle de mon père, m’a fatiguée,.

Elle est longue, ô misères, longue ô combien !

Ni elle tourne, ni elle revient pour que les efforts soient fixés.

Un fleuve d’illusions s’est interposé entre mon but et moi.

Nous y avons brillé quand le senior n’était qu’un benjamin

Et rencontré toutes les satisfactions.

Des hommes de bon ton comprenaient et louaient mon esprit.

Chaque rencontre, à n’importe quel moment, devenait une fête sans motif.

Et aujourd’hui, la route est devenue difficile, ô décadence !

L’énergie d’antan s’est affaiblie,

Elle a usé les membres de soutien,

Elle a usé mes éperons, et la bride blesse.

Cette voie m’a fatigué, elle a consumé ma jeunesse.

Je n’ai plus les moyens ni d’arriver, ni d’abandonner.

J’ai promené mon esprit d’Est en Ouest comme je l’ai voulu,

Et j’ai trouvé des gens unis dans la parole et dans le geste.

J’ai posé sur mon cheval, ma selle ainsi que mon harnais,

Et je me suis retiré de la compétition.

Mes amis et les miens, qui font partie des gens de bien, sont partis,

Et ceux qui restent sont si peu, que ce "si peu " attriste.

Cette voie m’a fatigué, elle ne vaut plus rien, ô perdition !

Je n’ai point trouvé de braves qui me vengent du temps.

Elle a perdu sa notoriété et mon savoir l’a renié.

Elle est dévaluée auprès de la société, elle est même interdite.

Elle était jolie et belle de toute ma jeunesse,

Ne pouvait s’y engager que celui dont le cheval était capable.

D’une mauvaise punition, Dieu l’a punie,

Et elle a hérité de tous les maux, tel notre père Adam.

Elle est devenue un enclos pour bêtes de somme et un dépotoir

Dans sa largeur, le mulet y court en braillant.

Cette voie m’a fatigué, ô blessures de mon cœur !

D’elle, j’entends tous les jours des nouvelles qui désolent.

Ils se sont ligués contre elle et elle est perdue irrémédiablement.

Elle s’est épanouie de visages qui ne rougissent pas.

Elle n’est plus éclairée que par les lumières artificielles.

Ses plants ont séché et ne s’épanouissent plus.

Ses valeurs se débattent, alors qu’elles sont emportées, à l’agonie.

Et ses cimes sont à la portée du premier venu.

 Ses chevaliers servants ont disparu

Avec leurs visages épanouis et leur pudeur affichée !

 Figures exemplaires pour toutes mes sollicitudes !

Le cheikh était craint tel le savant et le sage.

 Pleure pour eux ô voyante et lacère ton visage !

Loue-les ô érudit, chante-les et bénis-les !

Les jours passent, les uns amers, les autres doux

Tant qu’il y aura du nouveau, des fêtes et des joies générales.

Cette voie m’a fatigué, mon corbeau a déteint[12],

Et un pigeon blanc est monté sur les minbars[13].

La vieillesse et les défauts ont fait leur apparition,

Le signal du destin sonne le glas.

Je n’ai point de superflu, ni de provisions à présenter en compte.

Ô Juste Dieu, de quelle malice vais-je user avec toi !

Toi qui connais mon état, c’est toi ma sauvegarde !

Tu es mon havre, ô Maître des grâces, si tu le veux !

Pardonne-moi les fautes commises, aies pitié de mon impuissance !

Clémence, miséricorde, que je meurs dans tes grâces !

Epanouis la récolte de mon jardin, qu’elle mûrisse et soit douce.

Et qu’elle soit, ô Généreux, rassasiante !

Ecarte de mon jardin les obstacles et l’œil maléfique.

Et protège-le ô Protecteur de tous les mauvais coups !

Je souhaite le trouver à l’heure de mon déclin,

Le jour où je marcherai sur trois pieds.

Je m’aiderai de lui pour organiser mon dernier voyage.

Vers le rivage éternel des ténèbres.

Fais-moi gracier par le Maître des grâces, le jour des comptes !

Fais-moi parmi les élus, le jour de la précipitation !

Mohamed, le Chéri, noble descendance.

Ben Abdellah, fierté des Béni Hachem !

Que les grâces de Dieu soient sur lui, gloire à ses compagnons.

Aïeul de Lahcène et Hocine et père de Kacem !

Grâce illimitée tant qu’existe et existera ma ponctuation,

Au compte de tout ce qui porte mon nom et du reste des créatures !

Que les grâces de Dieu soient sur lui !

***

La dévalorisation de la profession du poète chanteur et la fuite du temps

1948, Agé de cinquante deux ans, cheikh El Khaldi est un homme fatigué qui aligne d’une traite une série de quatre textes dans l’ordre chronologique suivant :

- " Rani day’ek lachra’ ya gassabi " (remise en question de l’amitié et du métier de poète)

- " Ritek temchi sri’ lelbit etlabi "  (procès de l’amitié)

- " Jar ’alya el hem " (réflexion sur les vicissitudes du temps)

- " Ayatni detrig " (bouleversement des valeurs et fuite du temps)

Une évidence se dégage, c’est qu’il s’agit du même malaise qui ronge le poète, un ressentiment mêlé de tristesse et de déception. " Ayatni detrig " traduit "des réflexions pessimistes sur l’art et la profession du poète chanteur.  

Les dix derniers vers de ce poème ont été choisis conjointement par son fils Mokhtar et Ahmed Saber, pour servir d’épitaphe à ce poète.

Thématiques du Texte

Sous thèmes                                    Thèmes

 

A travers l’analyse des champs sémantiques, cinq thèmes peuvent être dégagés, l’hyperthème étant la dévalorisation de la profession de poète-chanteur

Ce texte a une progression thématique cohérente. En effet, l’auteur porte des réflexions sur la gloire d’antan de la profession de poète-chanteur, lorsque la poésie était à son apogée et que le poète faisait figure de "savant ".

 Ensuite, il réfléchit sur sa folle jeunesse, sur la fuite angoissante du temps qui a dévalorisé l’art de la poésie et qui en a fait, dit-il, "un enclos pour bêtes de somme et un dépotoir…le mulet y court en braillant ", image très significative.

Le poète est vieux, il se retrouve seul, incompris, découragé, malheureux et impuissant. Il n’a plus la consolation que de se retourner vers Dieu et vers le prophète (relation mystique) pour demander leurs grâces et pour les prier d’épargner ses enfants. « épanouis la récolte de mon jardin… écarte de mon jardin les obstacles et l’œil maléfique »


Texte 5. "Hdafli Hadef "  1954.

Je suis tourmenté, mes souvenirs foisonnent, mes désirs abondent,

Le bouillonnement des souvenirs a bouleversé ma conscience.

J’avais oublié mes aventures et rejeté le chemin périlleux,

Je ne recherchais aucun plaisir, et je n’aimais point qui s’y complaisait.

Je croyais la plaie guérie, je pensais être délivré de la crainte contraignante,

Mais ma blessure est grave et son remède presque inaccessible.

De tout temps, des générations passées et à venir,

Celui qui a goûté aux aventures, en un tournemain y revient.

Mon esprit est encore rempli d’illusions, et moi, je me plie à ses caprices,

Il aime l’anis, les filles et le chuchotement des flûtes.

L’ignorant de ces choses, ô combien il ne sait pas !

Ne pardonne à l’épicurien, que celui qui a connu le plaisir sensuel !

J’ai en mémoire les années passées, le temps s’y prêtait :

Des festivités, des hommes alentour, la poésie régnait.

L’échanson abreuvait avec générosité, l’argent était éparpillé,

Et les jouisseurs étaient heureux, chacun avec sa gazelle.

Qui est menacé, ne devrait jamais se sentir en confiance,

Car arrivera ce jour où le sort décidera.

Alors que depuis longtemps, j’avais tout oublié et renié,

Hier, la sommité de la ville m’a envoyé son messager.

D’urgence, j’ai accouru, dans le salon d’honneur je l’ai vu,

J’ai pris place sur des paroles de bienvenue et j’ai veillé en sa compagnie.


Nous avons passé une nuit de plaisir jusqu’à l’aube révélateur,

Le cœur trouve son bonheur dans les plaisirs avec les gens d’esprit.

Boissons raffinées, pétillantes, dans des verres de cristal,

Et l’échanson sur ordre, nous servait en même temps.

Le premier verre m’a secoué comme un vent violent,

Et mes souvenirs m’ont mené vers les aventures d’amour.

J’ai trouvé plaisir à boire, ma voix a trouvé sa juste mesure,

Et mon esprit s’est ouvert à l’amour, révolu depuis vingt ans.

Il m’a rappelé les anciennes aventures et les regrets m’ont assailli,

Mais le prétexte est là, venu d’un être incomparable.

C’est un pacha arabe, habitué aux soirées !

Je le connaissais de réputation avant même de l’avoir vu.

C’est un grand pacha et sa renommée est sur toutes les lèvres,

Il est cité en exemple pour ses interventions et ses réussites.

Celui-là, ô toi, si tu demandes après lui, connaît et est connu

Comme la pleine lune éclatante dans le ciel !

Ce n’est pas un grand pacha, c’est la fille de grands notables !

C’est la fille des distinctions, des décorations et des sceaux !

C’est l’imam des filles, Setti, à la frange colorée,

Qui ternit toute beauté réputée et désirée.

Sa valeur est sur toutes les langues et les gens en fabulent,

Les plus belles et les plus riches même réunies ne peuvent l’égaler !

Le bras long chez les autorités, où toute demande lui est agréée et,

Où le difficile se simplifie juste avec le mot "allô " !

Palmier, aux fruits inaccessibles au gourmand,

Ne l’atteint aucune main envieuse qui voudrait se l’accaparer.

Cette grâce, qui veut la dépeindre, se perd sans sa beauté !

Charme, allure, silhouette, grâce, cheveux noirs.

Elle a réuni la gentillesse, la générosité et la bonté proverbiale,

La sagesse dans son langage, avec la douceur s’est alliée.

 Quand elle se dresse, on dirait un minaret sur une colline

Nouvellement peint et où les yeux s’éblouissent.

 Une ligne verte sur son front qui l’illumine comme un flambeau,

Les traits fins, les cils et les yeux alanguis.

 Le flambeau de la beauté entre les roses des joues,

Le vermillon des lèvres avec le " swak " emmêlé.

 Le cou majestueux comme la hampe entre deux violences,

Ses bras parés bougeant telle la lumière de l’éclair dans la nuit.

 Un regard sur sa poitrine valant des milliers et des milles,

Trésor sur un trésor, heureux celui qui en a la clef !

 Qu’y-a-t-il sous ces nœuds en ce sein unique au monde ?

Pêches et pommes sur les hauteurs que personne ne peut atteindre !

 Le corps, dans toute sa blancheur, envoûtant,

Le mollet dans toute sa pureté, tel que l’a ciselé le Créateur.

 Celle des parties de plaisirs, de loisirs, à la main généreuse !

Le Dieu des bontés l’a guidée et comblée de ses bienfaits !

 Ce sont les paroles de Khaldi honni soit qui mal y pense !

Louange à la sommité de la ville !

 


Setti ou l’épicurisme de Abdelkader Khaldi

 Cette chanson a été composée en 1954. Elle a été écrite à l’intention d’une femme " Setti ", mécène du chi’r el melhoun. Khaldi l’avait fréquentée alors qu’il animait des soirées poétiques, plusieurs années auparavant. C’était une femme cultivée, émancipée, de grande renommée, qui était intégrée aussi bien dans les milieux mondains algériens que français.

Thématiques du texte

Sous thèmes                                    Thèmes

 

 

L’hyper-thème est celui de la beauté de Setti. En effet, le poète rend un véritable hommage à sa beauté en mettant en exergue toutes ses qualités physiques ou morales ainsi que sa position sociale des plus enviables.

Celle-ci l’ayant convié à une soirée poétique (divertissement), il oublie toutes ses bonnes résolutions et faiblit devant cette beauté incomparable (faiblesse).

Il succombera au plaisir des sens (épicurisme) ; il se laissera griser par l’alcool, la poésie et Setti.

C’est le Carpé Diem d’Horace qui l’emporte sur la raison.

 

III. Textes de chansons en arabe

 

قصيدة 1. يا طويل الرقبة

يا اطْوِيلْ الرَّقْبة فِيكْ رِيتْ الْعَجَبْ

وامْحَايْنَكْ اصْعِيبة واثِّرْتْ فالْعَرَبْ

مَا اهْدَاتْ تْرابَي وَلاَ اشْرَافْ النّسبْ

امْرَابْطِينْ وُطُلْبَة اصْحَابْ سَلْكْ الذّهبْ

دايْرِينَكْ رَتْبَة اصْغَارْهَا و الشِّيِِّبْ

وُالنْسا مَجْلُوبَة بْكَارهَا و الثّيّبْ

إذا ابْدَاتْ القَصْبَة اتْنَمّ و انت اتْكُبْ

صَاحْبَكْ مَا يَعْبَى ايغِيبْ كَلِّي اجْذبْ

شِيمْتَكْ مُغْريبَة اتْهَلّكْ الِّي ارْتَبْ

لَلْبْلاَ كِى الشّطْبَة اتْدَوَرْ عْلَى العْطَبْ

مْصَيبْتَكْ مُصِيبَة الَمالْكَه يَنْسْلْبْ

مَا يْدِيرْ كْسِِيبَة وَ يَِرْخَسْ ألِّيِ أْكْسَبْ

صَاحْبَكْ يدَّرْبَي مَنْ العْلاَلِي ايْكَبْ

مَالقْدَر و الهَيْبَة إيْعُودْ مَا يَنْحْسَبْ

فِيكْ تْرَكَ التَّوْبَة وْ فِيكْ تْرَكْ الأَدَبْ

فِيكْ تْرَكْ الصَّّحْبَة وْ فِيكْ تْرَكْ الصُوَبْ

جِيلْنَا بُوقَلْبَة عْلَى اصْحَابَهْ أَنْقْلَبْ

دَارْ لِيهُمْ عَقْبَة وْقَاسْهُمْ فَالعْقَبْ

ذَا اهْبى ذَا يَنْبىَ وْ ذَاكْ غَادِي انْكَبْ

مَنْ اهْبَطْ مَا يَجْبَى وْ مَنْ اجْبَى مَا اثْقَبْ

عَامْ جَوّزْ غَلْبَة الغَرْسْ فَيهْ انْضرَبْ

مَا لْقْاحَتْ حَبَّة مَنْ الثّمَارْ انْسَحَبْ

مَنْ افْرَحْشْ ابْصَابَة امْشَاتْ لَهْ مَنْتَشَبْ

شِي أمْشَي لَلرِِّيبَة وْ شِي غْرَامَة وْ سَلْبْ

خَابْ عُودْ الطِّيبَة وَ غْلِِّ تُوتْ الزّرَبْ

وُفَازْ عَوْدْ القَرْبَة عْلَى عَوْدْ الجْعَبْ

غَابْ سدّ الغَابَة وُ صَالْ فِيهَا الدَّبْ

وَ اللّصُوصْ أثْرَابَى أتْشُوفْ تَحْتَ الهْدَبْ

مَنْ بْيُوتْ الوَجْبَة ابْقَاوْ غِيرْ العْتَبْ

وَ الهْدَمْ مَنْصُوبَة عْلَى الكدا و الرّوب

بان شان الهيبة على وجوه الغضب

و الوجوه الطّربى اسطى عليها الشّغب

كلّ شين اتنبّى و ساد يا للعرب

و الملاح اغيابى و حسّهم ما اثغب

صافيين النّسبة اضحاو سهم الغتب

و بايعين الغتبة اسواو علو الرّتب

يا عجب ذا العجبة اتفوت كلّ العجب

ما ابقات امحبّة و قلّ من يصطجب

من اتصيبه و جبة اتصيب قلبه اصلب

و من يقولوا رقبه ابكلّ همّ انطلب

كلّ شي بالنّوبة و من اغلب ينغلب

و الزمان اعقوبة و فارس الّي اركب

 

2. عاري  عليك

عاري عليك لا تهديني نوتى *آي بختة

ضرّي على يدك وادوايا بدواك

بدواك عالجيني من ذا النّكتة * آي بختة

محال ما انريد اخلافك نهواك

نهواك بك نهدر مالي سكتة * آي بختة

راني الاّ انحاجي باسمك و ا بهاك

ابهاك ضدّ لشعاع الوقّاتة * آي بختة

في الغيد ما القيت أمثيلك و الذاك

ألذاك ليس ظفرو به اقنوتة * آي بختة

سبحان من انشا زوليخة وانشاك

انشاك حور في الدّنيا الشّتّاتة *آي بختة

فزتي على النسا عين الله ترعاك

ترعاك من الإذاية و من الشّمتة * آي بختة

و العين و اللّسان و قلب المشكاك

مشكاك ضعت و انا باقي فتى * آي بختة

من يوم طلعتك راح العقل معاك

معاك راحتي وافراحي شتّى * آي بختة

غبني على فراقك وعلى ملقاك

ملقاك خير نصيتك مبخوتة * آي بختة

من صاب كلّ صبحة عيني تراك

تراك صافية قبّة منعوتة * آي بختة

مبني على اصرى كي قبّة باباك

باباك طاعتة طلبا وامفاتى * آي بختة

الله يجّعله يرعاك و يرضاك

يرضاك خاطري ماله تلفاتة * آي بختة

راني الاّ رّاجي واطوال ارجاك

ارجاك هزّني كي ريح المشتة * آي بختة

و اتخبّل الغزل ما عنده اسلاك

اسلاك منيتي لكان النّهتة * آي بختة

مالحب ما أنفرز ذا من هذاك

هذاك ما اكتب لي ربّ اللّتى * آي بختة

عيطة أفّام راهم فيّا صرصاك

صرصاك في القفا قوم البهّاتة * آي بختة

هذا الزّمان ردّ الغشما تيّاك

تيّاك غير بالخدعة المبتوتة * آي بختة

لا حسب لا نسب ويعدّوا الادراك

الادراك روحوا واكتافي موتى * آي بختة

مالي ارجال بهم نعمل معراك

معراك يوكدوا فيه أهل اسراتى * آي بختة

مصّادقين هذاك امحامي ذاك

ذاك النّهار موتي مشي لتّى * آي بختة

ما كان فيه نهّاي ولا فكاك

 فكّاك من استنصف و الشّيخ افتى * آي بختة

و الّي اغشيم ما فهمك ما هنّاك

هنّاك خاطرك في حتّى حتّى * آي بختة

ظنّي سدي محا قالوا لك بركاك         

بركاك كان عبد القادر و تّى * آي بختة

ديما الخالدي يترنّم بهواك    


3. هلكو قلبي

هلكو قلبي و هوّلوني لاخبار

من امعسكر و اتيارت في نهار وردوا

جات ابرية وجاو لهنا خطّار

جا اسلام الخاوى و اكلام غوغ و غدو

ما عنده ما ايدير داك الهّدار

ما انطلبوا بالثّار اكلاب كان هدوا

الجنّة كاين و كاين النّار

و المقصّ و الميزان و ربّ حق وعده

ما دار اشنا الّي دهمنا بالعار

من اذكرنا بالخير الله له ايردّه

الجاحدنا ان شا الله وجهه بار

خيّب الله سعيه واسود له سعده

ماشي الاّنا اهجرت الاّول الاوكار

كيف دار اللي من قبلي عملت بعد

الشد ما أدوم وايجو لمطار

ما يبس يخضار و يجري الماء لعود

و الكتب اللي اذكرت جاني بشار

صابني في الحراش امحايني أيزيدوا

أزهى حالي ألا افتحت التضمار

ريت أسم أنحب و أعرفت خط يد

جات الدّمعة على اخدودي مدرار

زارني وحش الحقني فالدليل صهده

ولعب طيف الوليف شوّق الابصار

هلكو الارياح اسفوني الهيه صدّوا

عاد عليّا الجميع ما ثمّة صار

بالجفا عاتبني و السّرّ ما انعيده

بسلام العافنة اختم التّسطار

من عليها عيطة من كادني ابحسده

بختة تفّاحة الغواني الاحرار

زينة القدّ الّي بعيونها سوادوا

بخّاسة كلّ من تحلّت بسوار

حبّها في قلبي واجوارحي اشهوده

رسمت في خاطري الحبّ الدّهّار

ما ايزول و لا زال امتين كي اجديده

لكن الاقدار فارقتنا و الدّار

من الجزائر لتيارت بعد لو انعدّه

ما يقّطعه الاّ اسريع القطار

و البليدة لصّ الكيران لو اجتهدوا

يا ريح ادّي لها اسلامي تفكار

و جيب لي منها نسمة للخلاق يهدوا

شدّوني دونها اصغار المخطار

ما عباو الدنيا مازال ما اتقرّدوا

الرّحمة للصّغار ما هي في جار

و الغريب الواحد عقلة مع اولاده

نتوحّشها و يركب القلب اغيار

نتفكر كيد العد يا كلّها و وحده

غيّؤ حبّي الاّ كليّب غدّار

خاب ظنّي فيه وخان الحبيب عهده

امنين اضحى الشّيخ للشّيخ انقار

ما ابقات اعناية لشيوخ وين ردّوا

جيت انوتّي وردّني بطل اخيار

من اثراية الاشراف امسلسلة اجدوده

برك الله فيه نعم المشار

قالّي خلّي سيف العزّ في اغماده

لا تضرب به غير كاسح الاضفار

و الكليب اقزيه ايولّي ابطبع جبده

كان ادّاني الغيظ و اضمرت اشرار

نحمد الله نجّاني والثّنا العبده

صلّى الله عليه طيّب الاذكار

ألف سبحة من عند الخالدي اوليده

 

4. عيتني ذا الطريق

عيّتني ذا الطّريق ماهيش الأبي

و اطوالت يا اقرايحي و اتمدّت كم

ما دارت ما اثنات للقرب آتعبي

و العب بيني و بين قصدي وهر الوهم

اسلكناها امنين كان الكهل اصبي

و القينا في مسيرها كلّ انعايم

ارجال يقّمنوا و يقّمنوا وجبي

و امقاصد كلّ حين عيد ابلا موسم

و اليوم اصعابت المسافة ياشيبي

و الجهد الّي اقبيل سالم راه اسقم

عيّات امراكب العزم التّخبابي

وحّفات امهامزي على لكم يعدّم

عيّتني ذا الطّريق واكلات اشبابي

ماطقت على الوصول ما طقت انبرّم

دنّيت النّيل غايتي شرق و غربي

القيت النّاس غير واحد يد و افّم

حطّيت على الجواد سرجي و اركابي

زلّيت من العناد و عقيدي سلّم

افقدت من الملاح ناسي و احبابي

و الّي قعدوا اقلال و القلّة تهزم

عيّتني ذا الطّريق بارت يا غلبي

ما صابت للزّمان تيّاك اتلاطم

راح عليها العزّ و اطرقها نكبي

و انفركت فالنّجوع فرك امرا حارم

كانت زينة وشابّة كل اشبوبي

يغدى فيها الاّ الّي عوده ناجم

ساعة بعقاب شين عاقبها ربّي

و اندركت بالهموم كي بنى آدم

ولّت سهم الدّواب و محطّ ازوابي

يجري في عرضها الدّابر وينهم

عيّتني ذا الطّريق يا قرحة قلبي

نسمع في كل يوم عنها خبر ايهم

دنّا و البخسها و بخست لا ريبي

و اشناعت من وجوه ما يعلاهم دمّ

طفّو مصباحها النّير الكهرابي

و ايبسّ نوّارها و لابا يتنسّم

اشوامخها اهواو ولاّو اروابي

و اشمخ بالأسم كلّ سفلي و اتورّم

غاست فرسان كانت عليها هيبي

بوجوه منوّرين و الحيا تحشم

فرسان مشبّين في كلّ اطلابي

يهاب الشّيخ كي العالم و الحاكم

ابكي يا الشّايفة عليهم و اندبي

و ارثيهم يا افصيح و امدح و اترحّم

حالة الايّام ذاك مرّ و ذا عذبي

ما دام الجديد و العيد و فرح يعمّ

عيّتني ذا الطّريق و اشهاب اغرابي

و اركب فوق المنابر احمام ملثّم

الشّيب مع العيوب جدّوا في طلبي

و انذير الأجل حان وقته جا يعلم

ما عندي زاد لا ازناد الطلاّبي

يا ربّي كيف حيلتي يا منتقم

أنت الدّاري بحالتي و انت هربي

ملجاي لك يا الحليم ان تحلم

 أغفرلي ما جنيت و اعفو عن عقبي

و ارحمني يا ارحيم و اقبضني مسلم

سجّي غرس الجنان يلقح بالطّيبي

و اجّعله يا اكريم مبروك النّعم

نجّيه من الضّريب و العين المربي

و احّفظه يا حفيظ من كلّ انقايم

راني طمّاع نوجده في شيبوبي

يومًا نضحى على اثلاثة نتقدّم

نزّوّد به للسّفر عند اركوبي

نحو امقام الدّوام و البيت المظلم

شفّع فيّا الشّفيع يوم الحسابي

و اجعلني في حماه عند المزداحم

محمّد الحبيب طيّب الانسابي

بن عبد الله فخر بيت ابن هاشم

صلّى الله عليه جيّد الاصحابي

جدّ الحسن و الحسين أبو القاسم

صلاة ألاّ اتّم بالنّقط و ضربي

بعداد الّي اسمي و ما باقي مبهم

صلّى الله عليه اثنى و سلّم

 

5. اهدف لي  هادف

أهلك بحري و هاج فكري و الشّوق اترادف  * اهدف لي  هادف

جاش الغيوان في اضميري و اكثر تهوالهُ

كنت انسيت الغرام وارميت الرّاي التالف * اهدف لي  هادف

مايهوى لي اهوي ولا نهوى من يهوى له

حاسب جرحى ابرا ورّيح مالخوف الخايف * اهدف لي  هادف

وثرن جرحي اصعيب وادواه  اصعيب وصالهُ

من شاو  الحال و الجيال السّالف والخالف * اهدف لي  هادف

شارب المحان عند ساعة يرجع لهباله

مازال اهبيل خاطري وانا ليه انساعف * اهدف لي  هادف

يبغي لنيس و العوانس و اقصب يتخالوا

جاهل الاشيا الذا المسايل ماهوشي عارف * اهدف لي  هادف

يعذر حال العشيق من هو حاله كي حاله

نتفكّر في سنين فاتولا و الوقت امصادف * اهدف لي  هادف

حضرة و ارجال دايرة و أغواني يتغالوا

السّاقي بالحسان يملي و المالي طايف * اهدف لي  هادف

و اصحاب البسط كلّ واحد زاهي بغزالهُ

حقّ المحلوف ما ايأمن  من  شر الحالف * اهدف لي  هادف

لابد يوم الخلاص يلحق و ايجي ميجاله

بعدًا هذا شحال كنت امهنّي و امنايف * اهدف لي  هادف

يامس راس البلاد زيفط ليّا برساله

بالعزم امشيت له وزرته في دار امضايف * اهدف لي  هادف

اجلست على اهلا وسهلا و  سهرت اقبالهُ

بايت زاهي معه حتّى للصّبح الكاشف

الزّهو مع المليح زهو الخاطر يزهى لهُ

اصهيبة شارقة اترقرق و اكيوس ارهايف * اهدف لي  هادف

والسّاقي عند الامر كي يملالي يملالهُ

الأوّل من كاس هزّ غصني كي الرّيح العاصف * اهدف لي  هادف

واتفكّر خاطري المحنة و الحبّ اربالهُ

طاب اجريع المدام وارطاب الحلق النّاشف * اهدف لي  هادف

واسكن راسة اغرام من عشرين اسنة ذاله

هيّض ليّا الحبّ و اصبحت ابهمّه صادف * اهدف لي  هادف

جات السّبّة وجات من مرو اقليل امثاله

هذا باشا من العرب بالجلسات اموالف * اهدف لي  هادف

نعّرفه من بعيد من قبل انشوف خيالهُ

هذا باشا كبير خبره في كلّ اشوايف * اهدف لي  هادف

تضرب به الامثال في سطوته واخصالهُ

هذا يامن اتسال عنّه معروف و عارف * اهدف لي  هادف

كي فمر النّصف في اسماه امشعشع بكمالهُ

مَاشي باش اكبير ذي بنت اكبار اوضايف * اهدف لي  هادف

بنت الشّيعات و الشّوايع و اطوابع صالوا

ذيك إمام البنات  ستّي صابغة السّالف * اهدف لي  هادف

بخّاسة كلّ زين مذكور عليه ايسالوا

اشناها فالفّام به الدّنيا تتخارف * اهدف لي  هادف

ماداروا كيفها اغزايز غنيا يجمالوا

اذراع اطويل فالمحاكم واسناد امكاتف * اهدف لي  هادف

الّي تصعاب ساهلة غير بكلمة ألو

نخلة عرجونها ابعيد على المرو السّاخف * اهدف لي  هادف

ماتوصلها ايدين طامعة عليها يحتالوا

هذا الهيفا اشبوبها فيه ايحير الواصف * اهدف لي  هادف

زين صيفة وقدّ وبها واشعور اكحالو

جملت الاحسان والمحاسن و الحسن الحايف * اهدف لي  هادف

الحكمة فاللّسان طيّب مع الطّيب اتوالوا

امنين اتنوض غير قبّة والي  في شايف * اهدف لي  هادف

كي زقلوها اجديد فيها العيون اشهالوا

شرطة خضرا على جبين ايوضّح كالخاسف * اهدف لي  هادف

الاحروف ارقاق و الشّفر و العينين اذبالوا

مصباح الزّين بين وردات الخدّ املاطف * اهدف لي  هادف

اللّكّ على الشّفاف هو و القرمز حالوا

الرّقبة تايقة الاّ راية بين اعنايف * اهدف لي  هادف

الزّنود مسلسين  في برق اللّيل ايشالوا

نظرة فيها على اصدرها لولوف و لالف * اهدف لي  هادف

كنز على كنز ياسعادة من حلّ اقفاله

ماذا تحت العقود رصّى مالكون امخالف * اهدف لي  هادف

خوخ و تفّاح فالعلالي لامن يعلا له

البدن على الّي ابياض ابياضه يتخاطف * اهدف لي  هادف

والسّاق من اللّجين صافي فرغه فصّاله

مولاة البسط و النّزايه و الكفّ العاطف

ربّ الجوّاد ودّها واكرمها بفضاله

ذا قول الخالدي و غير الجحّاد اتناكف

  شكر الراس البلاد من عنده واهديّة له


Notes

[1] Chir’el melhoun : poésie chantée.

[2] Gasba : flûte.

[3] Layali El Khaldi : Les nuits de Khaldi. Chaque année, depuis 1978, la ville de Mascara organise des soirées pour rendre hommage au Cheikh. Ces veillées se passent tous les jeudis du mois de Ramadhan. Elles ont lieu au théâtre de la ville ou aux cinémas « Saâda » aou « Vox ». Cinq à six chioukhs y sont invités ainsi que quatre à cinq gassab, Ceux-ci sont rémunérés et l’accès au public est gratuit. Durant ces soirées, on chante les poèmes cheikh El Khaldi, ceci afin de reconstituer le patrimoine laissé par ce poète et de le faire revivre le temps d’une soirée.

[4] ONDA : Une copie du manuscrit de ce récapitulatif a été publié dans le Revue « El-Turath », n°1, 1992.

[5] Il est utile de signaler que l’auteur est de la région de Mascara, un des bastions de la lutte armée.

[6] DST : Direction de la Sécurité Territoriale

[7] SAWT EL ARAB : chaîne radiophonique

[8] Vers les années quarante, ce poème fut pendant longtemps l’objet d’un cours de littérature arabe à l’Université de Fès au Maroc, justement à cause de son style particulier.

[9] Mokhtar est son fils aîné, les cadets sont ses deux autres enfants.

[10] Bakhta ne sachant pas écrire, faisait écrire ses lettres par un ami commun « A l’ouverture de l’enveloppe, le bien-être m’a envahi, j’ai vu un nom que j’aime (Bakhta) et une écriture que je connais (celle de l’ami commun) ».  Dans cette lettre, elle lui raconta de quelle manière elle fut piégée par un confrère de son amant.

[11] Rodjla : virilité, masculinité.

[12] Cette métaphore signifie « mes cheveux sont devenus blancs ». Le corbeau réputé par sa couleur,  représente dans le chir’El melhoun les cheveux.

[13] Le Minbar, élément faisant partie du domaine du religieux, donc sacré, est le signe de la sagesse ; il représente ici les arcades sourcilières, le pigeon blanc étant les sourcils blanchis par la vieillesse.