Les Cahiers Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Les cahiers du Crasc, N° 03, Turath n° 1, 2002, p. 59-84 | Texte Intégral


 

 

 

 Banachir RAHAL

 

 

 

Nous avons jugé intéressant d’étudier une certaine image de la femme à travers une de ses propres productions ; production exclusivement féminine : LES BERCEUSES.

Faites par les femmes, dites par les femmes, transmises de mère en fille, elles ne peuvent qu’exprimer leurs préoccupations quotidiennes.

Comme l’a dit Marie Souibes [1] : « La relation que la plupart des femmes entretiennent avec la culture est essentiellement quotidienne, ordinaire et vivante. S’il est vrai qu’elles se trouvent encore souvent exclues de fait dans leur grande majorité de la culture dite savante (…), elles sont par contre, dans le domaine de ce que l’on appelle la culture populaire, des détentrices et des transmettrices de choix.

Les gestes domestiques comme les moments cruciaux des cycles naturels sont prétextes et supports à la reproduction et parfois à la création de tout un fond culturel : aphorisme, formules, paroles et gestes rituels, proverbes, poèmes, chants et danses (..) »

Les Berceuses :

Ces chants anonymes qui ont la particularité d’être de la poésie orale, parfois simplement enjolivée, « améliorée » disent certaines, selon le talent des poétesses. On constate, parfois entre les récitantes, suivant des variations ; des rajouts, des retraits.

De leur bouche se déroule le long poème de leur rêves, de leurs angoisses, de leurs attentes, des espoirs que chacune porte en elle.

Il est aussi à constater que les berceuses ne sont pas des «œuvres publiques » mais des mélopées discrètes de la mère se trouvant, en général, seule avec son bébé. Aussi chantent-elles pour elles mêmes, la mélodie monotone et monodie étant destinée au bébé, Les paroles, à elles mêmes.

On peut aussi émettre l’hypothèse de l’imprégnation par le nouveau-né, d’une manière inconsciente, de paroles de haute portée, de vérités bonnes à savoir. Ce qui peur se rapprocher de la pratique, obligatoire en Islam qui consiste à réciter quelques versets du Coran à l’oreille de chaque nouveau-né afin que l’une des premières paroles qu’il entende soit la parole de DIEU.

Le rituel  : Ce dernier est, pratiquement, simple et immuable  : le nouveau-né est placé soit dans sa bercelonnette (le m’hed), soit dans le creux des bras où des jambes croisées de l’officiante avec, pour certaines, l’obligation de placer le bébé dans la direction de la Mecque, comme pour la prière ou l’inhumation, le rythme étant obtenu par le mouvement du corps ou de la bercelonnette.

La langue utilisée : la langue utilisée dans notre corpus est pure d’emprunts étrangers (espagnols ou français). Nous y trouvons beaucoup de termes d’arabe classique. Ceci ne peut être dû qu’à trois raisons :

  • Le milieu dont sont originaires les berceuses de notre corpus : Nédroma, petite ville traditionaliste de l’ouest de l’Algérie où très peu d’Européens ont vécu.
  • Le milieu dans lequel vivaient les femmes : milieu fermé et très peu perméable aux influences extérieurs.
  • La plupart des textes datant de la période pré coloniale.

Les «gnomes » dont sont composées les berceuses sont le plus souvent métaphoriques (ma ‘ani) : la compréhension doit se faire à demi-mot, parfois même le quatrain est composé de deux parties très éloignées l’une de l’autre ; seule la recherche de la rime les lie.

Exemple : les quatrains 19 et 20

L’armoise / le frère

Le «doum » /le «sang » (dem)

Les paroles, les thèmes : Si les berceuses sont destinées à endormir les nouveau-nés, les paroles sont «adultes ». Nous nous trouvons donc en présence d’une bipolarité ;

Mélopée ------------------- l’enfant

Paroles --------------------- l’adulte

Ces paroles réfèrent à «l’absence » sous toutes ses formes : la mort, le chagrin, la douleur, la vieillesse, la solitude.

Les seules berceuses dont le thème est le bébé sont au nombre de cinq (Th. 5, N°12. 13. 14. 15. 16.) Mais qui appellent quelques remarques :

- N° 12  : Négation de l’adoption (illégale en Islam)

- N° 15–16 : Variations sur un même sujet qui est plus proche de la plaisanterie de la satire que de sérieux des autres pièces.

  • Le thème de la mort : C’est le thème le plus fréquent, bien qu’il soit peu à sa place dans ce type de texte.

La mort est le plus souvent vue en tant que :

* nuit de solitude           (n°4)

* une absence                (n°6, n°25)

* un sommeil tranquille (n°5)

* un départ                     (n°25, 17)

- Le thème de la vieillesse : qui bien sûr rejoint celui de la mort avec ses corollaires, la douleur, la déchéance physique, la laideur, la solitude

 

* les tares physiques (n°7, n°8)

* la solitude              (n°25)

* la douleur               (n°9, 10, 19, 20, 22, 23, 24, 25, 29,)

* l’abandon               (n°12, 21, 25)

Remarque : le mot même de «mort » n’est utilisé que deux fois dans tout le corpus : n°17, n°11 ; l’une pour bien faire sentir la vanité des richesses et l’autre faisant partie d’une généralisation, car les morts sont diverses  et multiples et seul ce terme peut englober toutes.

Par contre, dans les pièces où les récitantes parlent d’elles-mêmes où de leur famille, sont utilisées litotes et allusions ; comme si le mot était trop fort et que, par superstition, on ne voulait voir dans la mort qu’une étape vers le Paradis.

Ces berceuses pourraient être mises en corrélation avec les quatrains gnomiques des deux «mejdoub » (Derviches errants) des XV°/XVI° S :

  • «sidi Abderahmane El Mejdoub », né probablement vers 1503 à Tit (Maroc). Se disant originaire d’une famille de «chérifs » (Nobles) tunisiens, il fait ses études théologiques à Meknès et Fès. Vers 25/30 ans, il accomplit le pèlerinage à la Mecque. Commence ensuite pour lui une longue vie d’errance dans l’isolement et la misère. Vers la fin de sa vie, atteint de cécité, il parcourt le Maghreb, monté sur sa mule. Il meurt dans le dernier tiers du XVI° S chez les Mellali, dans le sud Marocain [«les gnomes de Sidi Abd-Er-Rahman El-Mejdoub », Paris, Leroux 1896 - HENRY de CASTRIES -]
  • « Sidi Ahmed Ben Youcef », «el Miliani », né probablement à la «qalaâ des Béni Rached », près de Mascara, dans le second tiers du XV° S. Il passe la majeure partie de sa vie à voyager. Il meurt vers 1524 / 25 et est enterré à Miliana (Ouest Algérois) qui en a fait son saint patron. [R.Basset : « Les dictons de S.A. Ben Youcef »].

Ces deux derviches, auteurs d’un grand nombre de quatrains, gnomes, sentences, dictons ont certainement essaimé, dans tout le Maghreb, leur poésie orale.

Ce type de «texte » à philosophie essentiellement religieuse était le plus approprié à servir de base ou de modèles à des discours à intention moralisatrice et péda-gogique ;

Exemple : de S.A. EL MEJDOUB (n°83 dans le corpus de R. BASSET)

L’enfant d’un (autre) homme ne l’élevez pas

Après que vous l’aurez élevé, vous vous en repentirez

Ô vous qui me demandez ce qu’est le ghôul

Le ghôul, c’est l’enfant de l’homme

Mais si pour les adultes les termes utilisés ici sont idoines, le sont-ils pour les oreilles d’un nouveau-né ? Aussi fait-il n’en garder que l’esprit ; les poétesses se chargeant d’en transformer l’enveloppe.

Les références : les références pourraient nous aider à ancrer ces écrits dans un temps et un lieu plus ou moins précis. Mais il est déjà prévisible que, par la nature même de ces écrits, les référents seront plus symboliques qu’objectifs.

Cet espace discursif qui pourrait être à la fois géographique, historique, sociologique et idéologique ; l’est-il réellement ?

Au point de vue géographique, nous n’avons qu’une seule référence, «Bordj Mina », ville située entre la Mecque et le mont Arafat (Lieur saint de l’Islam). Près d’elle est sise la « Grotte Hira » où le Prophète de l’Islam a reçu la Révélation. Aussi nous pouvons présumer que cette référence est plus symbolique que réelle.

Au point de vue historique, ce corpus ne comprend que le nom de « Chédda Bnou Aâd », Figure légendaire du pagnisme antéislamique. La tribu des « Bou’Aâd » aurait construit un paradis sur terre ; d’où le lien entre les sept (chiffre magique) palais d’or et la vanité des richesses.

Nous pouvons donc, encore une fois, parler de symbolique.

Sociologiquement, une vie simple, pastorale ressort des différentes références agricoles et paysannes ;

- l’armoise (l’absinthe), symbole de l’amertume.(n°19)

- le serpent, le scorpion, symbole de la félonie     (n°21)

- le mouton, symbole de la naïveté                       (n°18)

- le moineau, symbole de la frivolité, la fugacité (n°26)

- la mule, symbole de la force, de l’endurance     (n° 7)

- le jardin, symbole de la famille                         (n°6, 26)

- le doum, symbole de la dureté, la rugosité         (n°20)

Culturellement, idéologiquement, les principes religieux seuls sont pris en compte : DIEU, le Prophète, la ville de Mina, l’adoption illégale en Islam, l’obligation envers le voisin (prioritaire, avant même les membres de la famille).

Conclusion 

Il est donc indéniable que, contrairement aux mœurs françaises pour qui les berceuses sont des simples et naïves pièces chantées, n’ayant pour seul et unique but que le sommeil du bébé, les berceuses de notre corpus ont une grande portée éthique et morale, et sont une véritable leçon de vie.

Comme l’avait dit Ibn Khaldoun, [La Mouqaddima - trad. V. Monteil] : « Les Arabes ont fait (de la poésie populaire (N.D.A)) le critère de leur notion du bien ou du mal et la référence principale de leurs connaissances et de leur sagesse ». Mais si la poésie écrite est conservée telle qu’elle, la poésie orale a pour principale caractéristique (qualité ?, défaut ?) sa malléabilité et son aspect «  contact direct », en comparaison avec la littérature écrite, « différée ». Ce qui implique une plus grand adhésion au vécu social, et par là une souplesse textuelle, mais qui ne remet pas en cause «l’idéologie du groupe : les femmes, gardiennes des traditions et du patrimoine culturel restent les conservatrices de l’ordre, qu’il soit religieux ou profane.



Thème I : louanges a dieu

1.    Bénédictions sur celui qui a propagé l’Islam

Notre Seigneur a donné à chaque homme sa religion

Pour le Chrétien et le Juif les flammes

Et la mort de mes seigneurs les mènera tous vers lui.

2.    Au nom de Dieu. Par cela j’ai commencé

Et sur notre seigneur le prophète j’ai prié

Et les compagnons j’ai nommé

Et les habitants de la demeure (j’ai nommé)

Pour visiter le tombeau du prophète

       Avec ceux que j’aime,

Pour visiter le tombeau du prophète

Moi et mes voisins.

3. ô mon Dieu, il n’y a pas d’autres Dieu que Toi

     ô Seigneur miséricordieux gare tes yeux sur moi

     ô mon Dieu punis les trompeurs, et celui qui trahit son ami.


Thème II : la mort

4.    ô Seigneur ! ô l’Adoré

ô Créateur de la clémence et de l’excellence

Sois tendre avec moi ô Seigneur dans mon sommeil

Dans ma nuit de solitude

Sans mon père sans ma mère

Sans être cher me tenant compagnie

5.    La bénédiction de Dieu sir Toi, ô envoyé de Dieu

ô Emir des croyants, clé du paradis

Tu me places avec Sidi Mohammed comme voisin

Pour sommeiller paisiblement.

6.    Pauvre de toi ô mon jardin

Et si je m’abstenais, qui assurera ton entretien !

Les ennemis t’envahiront

Et tes rameaux arracheront .


Thème III : la vieillesse

7.    ô maîtresse vois la mule

Elle a fléchi sous mon poids

Autrefois tu étais et nous étions (forts)

Et aujourd’hui nombreuses sont tes tares

8.    Pauvre de moi ! Pauvre de moi !

Sur ce que m’a fait subir le temps

Autrefois tu étais et nous étions (forts)

Et aujourd’hui mes tares sont nombreuses.


Thème IV : L’exil

9.    Ah si je pouvais être oiseau et voler

Je viendrai sur un fort élevé

Et là je verrai mon fils chéri

Et lui conterai ce qui m’est arrivé

10.  Ah si je pouvais être oiseau et voler

Je viendrai sur le fort de Mina

Et je verrai mon père chéri

Et je lui conterai ce malheur

11.  Nous sommes étrangers et ressentons notre exil

Et le feu de l’exil m’a brûlé entre les yeux

Si Dieu nous prête vie, nous reviendrons chez nous

Et si nous mourrons, d’autres nous enseveliront

Et les gens de qualité viendront nous rendre visite

Et diront : « Que Dieu et fasse miséricorde, ô tombeau

Ton occupant est étranger »


Thème V : L’enfant

12.    Mur de sable ne construis pas

Et si tu le construis, il s’écoulera de sa base

Enfant d’autres n’élève pas :

Il grandira et retournera chez les siens

13.   ô mon fils ! ô mon prince

ô toi revêtu d’un burnous

Et ne me tue pas ô mon Dieu

Avant d’avoir vu mon fils entrant pour ses noces.

14.  ô mon garçon ! ô toi le beau parmi les beaux

Aucune sage-femme n’a accouché d’un plus beau

Sa chevelure fils de soie abondants

Et son teint magnifique

Il mériterait le trône et le pouvoir

15.  Je n’enverrai mon fils à l’école

Que lorsque je lui aurais acheté un esclave

Qui portera son encrier et sa plume

Et qui proclamera : « Sidi est devenu savant »

16.   Je n’enverrai mon fils à l’école

Que lorsque je lui aurais acheté une sylphide

Qui portera son encrier et sa plume

Et qui proclamera : « Sidi est devenu lettré »


Thème VI : Vanité des richesses

17.  Cheddad Bnou ‘Aâd faisait partie des riches

Sept palais d’or qu’il fait bâtir

Et quand la mort est arrivée

Il est parti et les a laissés

18.  Pauvre de lui qui était sultan puissant

Et dilapidait l’argent de ses propres mains

La roue (de la fortune) a tourné et il s’est appauvri (enlaidi)

Et il n’a plus trouvé de sou (dans sa main)

: variante : Et il n’a pas trouvé de mouton (à sacrifier) pour son Aïd


Thème VII : les chagrins, les peines

19. Je t’avise ô toi cultivant l’armoise

L’armoise renferme de l’amertume

De celui qui est ton frère germain

De lui viendra le chagrin

20.  Je t’avise ô toi cultivant le « doum »

Le « doum » compte beaucoup de rameaux

Le sang ne profite pas au sang

Malheur à celui dont le (propre) bras a failli.

21.  ô maîtresse qu’à mon bonheur

Entre tous (les bonheurs) il se sauve

Je ne lui ai (pourtant) apporté ni de serpent dans ma main

Ni dans ma manche des scorpions.

22.  J’ai appelé d’un appel pitoyable

Et j’ai éveillé, ô lalla, qui dormait

Se sont levés les cœurs compatissants

Se sont rendormis les cœurs inhumains

23.   ô grand mère, qu’à mon bonheur

D’entre les bonheurs, il se sauve

Si les bonheurs pouvaient se construire

Je construirai moi-même le mien

J’approfondirai ses fondations

J’élèverai ses murailles

Et je disposerai des lucarnes (donnant) sur la rue

Et (ceux) qui passent, je les questionnerai.

24.  ô grand-mère, pourquoi mon œil me fait-il souffrir ?

Est-ce un orgelet ou une poussière ?

Parmi eux, certains m’ont dit : « tu guériras »,

Et d’autres ont été ravis de ma cécité.

Je demande au Généreux de me guérir de mon mal.

25.  ô ma maison, où sont tes gens

Ceux qui t’habitaient sont partis

Ils ont brûlé mon cœur sans flammes

Et de mes yeux ont coulé des larmes.


Thème VIII : le verbe

26. La graine d’anis est sucrée,

J’en ai planté dans mon jardin

Des moineaux sont venus les picorer

Et je les ai chassés à l’aide de métaphores.

: Variante : voir Mr DIB « L’incendie » P.25 :

                  Dans mon jardin

                  J’ai semé les graines d’anis

                  Attirés par leur odeur

                  Les oiseaux sont venus

                  Je les ai chassés

                  Avec des paraboles

                  Les oiseaux rouges et tristes

                  N’assaillent plus mon enfant

27.  Je te conseille, Ô toi qui mange la tête (de mouton)

Dans un puits jettes - en les os

Ris et plaisante avec les gens

Mais à ta bouche, mets un mors.

28.  Je suis entré dans la pièce et j’ai nommé (DIEU)

A mon visage s’est jetée une colombe

Sa lanterne brilla sans huile

J’ai tressé sa mèche d’un ruban

29.  Ô grand-mère combien ai-je été humilié

Humilié par l’être cher

L’armoise ne se fauche pas,

Et j’en ai fait, moi, un appui.

30.  Ô mon Dieu, maître de la sagesse,

Ô Toi plein de miséricorde

Et qui me pardonnera ce mot

Et qui m’offrira le paradis comme abri

 


Thème IX : amour du prophète

31.   Les oiseaux qui se sont envolés,

Dans le ciel ont formé une ronde

Et dès qu’ils ont vu Sidi Mohammed le Bien aimé

Il se sont éparpillés (pour annoncer la nouvelle)

Etude systématique sommaire des 31 énonces

N° I : Louanges par lesquelles tout bon musulman doit débuter chaque acte, chaque parole.

          Réaffirmation de la primauté de la religion musulmane

          Seuls les vrais croyants (les musulmans) iront au Paradis.

N° II : Nommer les personnes, c’est demander à Dieu de les avoir en Sa Sainte garde En Islam, le voisin est sacré. Il est assimilé à un parent ; Il doit prendre part à nos joies comme à nos douleurs.

N° III : Invocation à Dieu afin d’obtenir Sa protection contre les faux amis

N° IV : La mort est « une nuit de solitude » car, comme le dit le Coran : « Lors du Jugement Dernier, ni parents, ni enfants, ni puissance, ni titres ne peuvent intercéder à votre faveur ; seul le « poids » des bonnes actions compte. Chacun sera seul face à ses actes.

N° V : La personne qui aura l’insigne honneur d’être près du Prophète sera sûre d’avoir sa place au Paradis.

N° VI : Enoncé très métaphorique : la famille est signifiée : ici, par le jardin dont la mère est le ciment ; si celle-ci venait à disparaître, l’unité de cette famille serait brisée (les ennemis : la marâtre) et ses membres seraient dispersés.

N° VII : Variante de l’énoncé précédent. La comparaison femme / mule a été supprimée (jugée diffamante ?) et remplacée par un lamento.

N° IX / X : Deux variantes sur un même thème, l’exil. Il est à remarquer que le fils et le père seuls sont appelés ; la femme, appelée à suivre son mari, puis « abandonnée » par son fils et ses filles se retrouvent toujours seules.

N° XI : Même après sa mort, l’exilé inspire encore de la compassion.

Seules les «gens de qualité » savent ce qu’est la douleur de l’exil. Les gens « de peu » n’ont pas ce déchirement.

N° XII : L’adoption est illégale en Islam.

N° XIII +XIV+XV+XVI : Les deux seuls énoncés consacrés au nouveau-né ; dans le premier, la mère ne souhaite vivre que pour voir les noces de son enfant. Dans le N°14, la mère fait l’éloge de la beauté de son bébé.

Les énoncés suivants (15 & 16) ne sont que de petites boutades.

 

N° XVII : Texte montrant la vanité des biens terrestres ; seules les actions (bonnes ou mauvaises) sont comptées.

N° XVIII : Variante de l’énoncé précédent ; Dieu donne et reprend selon sa volonté. Il ne nous laisse que nos actes.

N° XIX : L’armoise, nommée ici, n’est pas l’absinthe, mais une plante sauvage médicinale, le « ché’h », très utilisé dans les cas de douleurs gastriques.

La plante, légèrement odoriférante, est très amère une fois infusée ; de là l’analogie avec le chagrin.

N° XX : « On ne doit compter que sur soit même ».

Il existe « du bon » et du « moins bon » même dans une grande famille.

N° XXI : Le bonheur (ou le malheur) est donné par Dieu, l’individu ne peut que se contenter de ce qu’il lui a octroyé, Il faut toujours remercier Dieu, Il aurait pu nous destiner pire.

N° XXII : Seuls les êtres compatissants rendent des services, surtout des bienfaits qui leur occasionnent des tracas, des dérangements.

N° XXIII : Cet énoncé rejoint le N° 21, ayant la même entrée ; mais la condition posée est irréalisable, même si l’on s’enferme, Dieu est omniprésent.

N° XXIV : Dans ce texte, la chantre se plaint de la méchanceté de certaines gens qui voudraient voir s’aggraver tous les événements malheureux.

N° XXV : La disparition des membres de la cellule familiale engendre la douleur.

N° XXVI, XXVII : Les deux textes soulignent la force, et le danger du verbe : dans le N°1, des oiseaux ont été chassés et donc le jardin (la famille) protégé.

Dans 2ème  quatrain, on conseille de savoir tenir sa langue. Le choix de la tête de mouton n’est pas fortuit : la tête de mouton contient, en proportion beaucoup plus d’os que de chair ; les mauvais exagéreront les faits.

N° XXVIII : Toujours la puissance du verbe ; ici en prononçant le NOM (Dieu) on peut tout obtenir (s’il le veut).

N° XXIX : Nous retrouvons ici des idées déjà exposées dans d’autres énoncés : « l’armoise », l’amertume du chagrin causé par l’être cher (N°19).

N° XXX : Exemple de «vers » uniquement destiné à équilibrer le quatrain. Le 3ème hémistiche ne sert qu’à introduire le 4ème.

N° XXXI : Ici, le sens ne souffre d’aucune ambiguïté.


Thème 1 : Louanges à Dieu

1.    صل الله على من شرح دين الإسلام

و عمال سيدي كلها و دينو و حدو

لهودي و النصراني لنيران

 أموت سيدي لا ريحا لكل العندو

2.­  بسم الله بها بديت

وعلى نبينا صليت

و آلصحابا سميت

و ملين ألبيت

باشترور قبر النبي

معا للحبيت

باشن زور قبر نبي

أنا و جبيرني

3.   ياربي لارب غيراك

أسيد لحنين عليا ركاب

يربي تخود لمخداع

ولي يخدع حببو

 


Thème 2 : La mort

1.     يسدي يلمحبوب

يلخالق الرحمه ولجود

حن عليا يا سدي و نا ممدود

فليلت الوحدنيا

لا ما لا بيا

لا حبب يونسني

 2.  صل الله عليك يا رسول الله

مير الممنين مفتح الجنا

تعلمني سدي محمد جار

أباش نرقد أنتهنا

 3.  عمد عليك يجنني

إذا غبت أنا منصناك

يدخلو لليك لعدا

و يقلعليا غصناك


Thème 3:  La vieillesse

1. ياللى يالحمرا

يلي رخيت بيا ركباك

بكري كنت و كنا

وليوم كثر عيباك

 2.­  عمدا عليا عمدا عليا

علمدار فيا رمني

زمان كنت و كنا

وليوم كثرو عيي

 


Thème 4 : L’Exil

  1.  مصبني طير و نطير

ونجي على برج على

ونشوف و لدي الغلي

ونعدلو علما جرلي

 2.­  مصبني طير و نطير

ونجي علبرج منا

ونشوف بيا الغلي

و نعدلو على دلغينا

 3.  حنا غربا و حسين بغربتنا

و النار الغربه كوتني بين عينيا

إذا عشنا نرجعو لكللتنا

و لا متنا يدفننا ناس اخرين

و يجيو ولاد لحسب و النسب يزرنا

ويقلوا رحمت الله عبيكم ياد لقبر

 ملاك عريب


Thème 5 : L’enfant

1.  حيط الرمل لاتعلشي

إلا علتو يطيح منسسوا

ولد الناس لا تربيه

يكبار أيرجاع آلنسوا

 2.­  يولدي يالعروس

يلي لبس البرنوس

أما تقتلني ياربي

حتا النشوف ولدي داخل آعرس

 3.  ياولدي زين ألزين

ولا ولدتو ولادا

رسوا مدلسي شبكت لحرير أو شنتوف بآلزيادا

أوداك أللون على ولدي مليح

يستاهل الكرسي وآلقيادا

 4.  ما نصيفط ولدي يقرا

حتا نشرلو خدام

يرفدلو لقلم و الدويا

ويقل سيدي ولا علام

 5.  ما نصفاط ولدي يقرا

حتا نشرلو علجا

ترفاد القلم و آلدويا

وتقول سدي ولى علجا


Thème 6 : La vanité des richesses

1.  شداد بنعاد كان من آلعنيا

سبعقصور أدهب لكامل بنها

و منن جاتو الموت مر أخلها

  ­2. عمدا على من كان صلطان

و يقسم المال بدوا

تبدل عليه الحال و شيان

أمصبشي فلس فدول

أمصبش كبش عدوا VARIANTE     


Thème 7 : Les chagrins

Les peines (I)

 1.  أنوصيك ياغرس الشيخ

و الشيخ فيه المرورا

أ من هو خوك شقيق

من دجيك الدررا

 2.  أنصيك يا حرث الدوم

الدم كترو فروع

و الدام ما ينفع الدم

ياويل من خانو دراع

3.  ياللي و مال سعدي

أبين السعود راه هارب

مجبلو حنش فيدي

ولا فكوم عقراب

4.  عيات عيط حننا

أ فياقت من كان نيام

فضو لقلوب لحننا

أركدوا قلوب لبهيام


Thème 7 :   Les chagrins

Les peines (II)

5.  أحنا أمال سعدي

أمنا السعود راه هراب

لوكان السعود يتبناو

نبني ينا سعدي

و نغرق للساس

و نعلي حطنوا

و ندير ريايح للطريق

أمن كاز أنسئلوا

 6.  أحنى و مال عيني و جعتني

لطما و لا عود (عماها) القاها

أو شي منهم كلولي تبرا

أو شي منهم فرحو لعماها

أويا ما نطلب لكريم يشفني من دانا

 7.  يا ضاري و ين نساك

السكان كاع رحوا

حركوا كلبي بلا نار

و الدموع من لعيون سحوا


Thème 8 :  Le verbe

1.  حبات حلوا حلوا

و غرستها أنا في جنني

جاو الطيور ينقبها

أو طرتهم أنا بلمعني

 2.­  أ نوصيك يا واكل ألراس

فلبير تارمي عضموا

أضحاك و لعب معا لناس

أفماك ديرلو لجامو

 3.  أدخولت للبيت أسميت

فوجهي طراتلي حمما

قنديلها يضوي بلزيت

وفتالتها من لعماما

 4.  أحنا أما ند ليت

أند ليت بنفس لعزيزا

و الشيخ ما ينحصد شي

و عمالت ينا ركيزا

 5.  ياربي مالك الحكما

و نتا و سيع الرحما

أمان يغفرلي دلكلما

أتجعلني فلجن مئواه


Thème 9 :  Amour du prophète

1.  و الطيور أللي طارو

أفي آلسما عملو درا

و منين شفوا سدي محمد الحبيب

أنطالقو بلغارا

 

Additif :

 

أرقد يا نفسي ربي هوا ضمني  Dors Ô mon âme, Dieu est la garant 

ما نخاف لا من جن و لا من جنيا Je n’ai peur ni de diable ni de diablesse

خاتم ألنبي عليا Le sceau du prophète est sur moi

ما نخاف لا من جن و لا من جنيا  Je n’ai peur ni de diable ni de diablesse  

بني و بنيك سبعة بحور و جبل النور  Entre nous il y a sept mers et la montage de lumière

أو سيف سدي علي  Et l’épais de Sidi Ali  

أرقد يا نفسي و لا تخفي  Dors Ô mon âme et ne crains rien

 

 

 


Notes

[1] Intellectuelles de l’oralité : La culture au quotidien  Présences de Femmes, Alger, O.P.U. 1984.